‹ Gustave, le mauvais sujetChapitre 3 sur 40 · GUS · texte numérisé non relu

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voyages que je faisais à Paris j'allais voir ma sœur,

tous preniez mon c t'e et la mettiez à la place d< 1 i broche; mon plumet devenait ta proie du chat, mon chs peau changeail de forme, mes épaulettes n'avaient phn de grains, et je trouvais à mes pistolets du fromage d i Gruyère pour pierre et de la cendre dans le bassinel : tout cela n'était que bagatelles; mais je n'aperc que vous n'appreniez rien. Votre mère vu : des maîtres que vous n'écoutiez point; \ou> dansiez votre maître de latin et d'histoire ; vous tiriez des pét au nez de votre maître de violon ; vous mettiez des boots de chandelle dans les poches de votre maître rie AesBÙl : vous faisiez le diable enfin!... le disais a ma sœur de vous corriger, mais elle croyait que l'âge suffirait pour mûrir votre raison. Pauvre Hortense !.. . elle vous trouvait charmant! ... —Ah! mon oncle, toutes les dames étaient de l'a vi< de ma mère!... — Ooif... c'esi donc cela que vous les aimez toutes généralement!... — Cesl par reconnaissance, mon oncle... — Est-ce aussi par reconnaissance que vous les trompez? que vous sédnisez les petites filles, débauchez les femmes honnêtes et faites les maris cocus?... Mais poursuivons : votre mère... ma pauvre sœur est morte... cette perte vous a vivement affligé!... j'en conviens, vous aimiez votre mère; c'est tout naturel : en la pleurant, vous n'avez fait que votre devoir. Hortense, en mourant, me recommanda son fils, j'ai juré de veiller sur vous, et Dieu sait aussi le mal que vous m'avez donné depuis ce moment! Je vous ai mis en pension : vous aviez alors douze ans. Pendant quelques années , vous avez été assez raisonnable. On m'écrivait que vous faisiez de rapides progrès : j'étais enchanté! Enfin, je me rends à Paris., 'vous veniez d'avoir seize ans. Je vais à votre collège: je me fais une fête de voir mon cher neveu !... je demande Gustave Saint- Réal... les visages s'allongent, les physionomies se rembrunissent... on balbutie .. je m'impatiente, je crie, je me fâche... on m'apprend enrin que mon drôle a disparu

depuis huit jours, aimi qu'une petite demoiselle de quinze ans, blanchisseuse de fin de messieurs les élèves,, et qui demeurait en face de votre pension. r — Ah! mon oncle, est-ce ma faute si l'amour?... — Mille cartouches ! monsieur, un enlèvement à seize ans!... — Lise était si jolie... si espiègle... — Et vous si libertin... Enfin, j'ai déniché M. Gustave et sa dulcinée au*, fond d'une petite chambre, au quatrième, rue du Fauconnier. J'ai ramené la jeune personne chez sa mère..» fe ne sais trop dans quel état... mais cela regarde les parents, qui n'ont pas su garder leur fille. Pour vous.. depuis ce temps, vous ne m'avez pas laissé respirer un moment... — Ah! mon oncle... pour quelques folies...

— Si je vous laisse à la ville, vous courez les bals, vous vous liez avec des mauvais sujets, vous les amenez chez moi, vous buvez mon meilleur vin, vous crevez mes chevaux!... vous cassez mon cabriolet, et, qui pis est, vous faites des dettes .. Si je vous fais rester à ma maison de campagne, vous dévastez mon jardin, vous tuez mes lapins, vous blessez mes chiens de chasse, vous vous battez avec les paysans, et faites des enfants à leurs femmes. Que diable ! monsieur, il faut que cela finisse.- Vous ne voulez pas être militaire, je le conçois, vous ne savez pas obéir, et je n'insiste pas là-dessus, car je craindrais de vous voir, au bout de quelque temps, condamné à être fusillé pour avoir manqué à vos supérieurs. D'ailleurs, nous sommes en paix, et il n'est pas nécessaire que vous passiez votre jeunesse en garnison. Mais enfin, vous avez vingt ans ; moi je commence à devenir vieux: l'occupation que vous me donnez est trop fatigante, je suis bien aise de me reposer, mais je veux vous forcer à devenir sage ; et pour cela, monsieur, je vais vens marier. — Me marier, mon oncle! — Oui, Gustave, oui, vous marier. — Et c'est pour me rendre sage? — Est-ce 'que vous ne » pourrez pas vous contenter de votre femme? — C'est selon, mon oncle; il faut d'abord qu'elk me plaise: il faut ensuite qu'elle m'aime...

— Me prenez- vous pour un imbécile, mon neveu? croyez-vous que je n'ai point songé à tout cela?... La demoiselle vous plaira, parce qu'une fille bien élevée aime l'époux qu'on lui destine ; que d'ailleurs vous êtes joli garçon, et qu'en général les femmes n'ont que trop de penchant pour les mauvais sujets. Enfin, ce mariage me fera grand plaisir, et j'espère que vous compterez cela pour quelque chose. — Ah, mon oncle', mon plus grand désir est de vous prouver mon attachement... — En ce cas, Gustave, tu vas partir pour la terre de M. de Berly. qui est située à huit lieues d'ici, entre Louvres et Senlis : c'est là que tu verras sa nièce, la jeune Aurélie, celle que je te destine. — Mais, mon oncle, je ne connais ni M. de Berly ni sa nièce — Tu feras connaissance : de Berly est un bon homme tout rond, que j'ai connu jadis lorsqu'il était fournisseur de nos armées... D'ailleurs, tu es attendu; parbleu! tu seras bien reçu. — Mais vous, mon oncle?... — Moi? tu vois bien que je ne puis pa< remuer maintenant, ma maudite goutte me retient à Paris, mais dès qu'elle me laissera en repos, je partirai, j'irai vous rejoindre. En attendant on se passera de moi : vous vous amuserez, vous chasserez ; car de Berly est fou da la chasse!...

— Allons, mon oncle, puisque vous le voulez, je vais partir, je vais voir cette demoiselle Aurélie!... — Tu n'en seras pas fâché, fripon... Tiens, puisque tu deviens raisonnable, je veux oublier tes folies passées : voilà cent louis pour ton voyage et pour t'amuser au château de Berly... — Ah ! mon cher oncle, que de bonté ! —Mais, mon neveu, plus d'étourderies, de duels, d'enlèvements, de déguisements!... Rompez entièrement avec les marchandes de modes et les danseuses de l'Opéra... surtout ne voyez plus cette petite Lise... objet de vos premières amours... c'est elle qui vous engage à me désobéir. — Non, mon cher oncle! oh! je vous jure... — Enfin, morisieur, devenez sage, ou je vous avertis que je me fâche sérieusement et que j'emploierai la rigueur pour vous

faire changer. — C'est fini, mon oncle, je suis corrigé.

— Prends mon cheval gris. Il est dix heures; tu arriveras au château avant le dîner. J'ai dit à Benoît de préparer ton porte-manteau. Il te suivra pour être ton valet à la place de ce mauvais sujet de Dubois que je viens de chasser, — Quoi, mon oncle, Benoît, le fils de votre portier ! [mais ce garçon-là est bête comme une oie!... — Tant mieux, cela fait que tu ne lui donneras pas d'intrigues à conduire. Allons, pars et fais ce que je te dis.

Gustave embrasse son oncle, monte le cheval gris, et, suivi de Benoît, part pour la terre de M. de Berly.

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