LA TANTE ET LA NIECE
Tout en traversant la Villette, le Bourget et Vauderland, chemin qui, par parenthèse, n'offre au voyageur rien de bien récréatif, Gustave faisait ses réflexions : il pensait qu'avant d'épouser il faut bien se connaître, se convenir (pour un étourdi cette réflexion était fort sage). Il était bien décidé à ne prendre mademoiselle Aurélie que dans le cas où ce serait une femme jolie, aimable, douce, modeste, sensible et constante, enfin une femme comme il n'en avait pas encore rencontré ; et à vingt ans Gustave avait l'expérience d'un homme mûr, par la raison qu'il avait commencé ses fredaines de très-bonne heure, ce qui a son bon et son mauvais côté : son bon, parce que cela donne quelque connaissance du cœur féminin; son mauvais, parce qu'on croit le connaître tout à fait et que Ton est souvent plus trompé lorsqu'on pense ne plus pouvoir l'être.
Gustave avait un fonds de gaieté inépuisable, et quand, avec cela, sa bourse était bien garnie, il voyait tout en rose. Dans cette heureuse disposition d'esprit, notre