DÉVOUEMENT
Pendant que tout ceci se passait, Constance, qui avait sacrifié sa fortune à son cousin, travaillait assidûment et sans se plaindre auprès de Pélagie, qui continuait de faire endêver M. Ginguet.
Cependant Constance pleurait quelquefois, mais c'était dans le silence de la nuit, lorsque personne ne pouvait ni voir ni entendre ses sanglots ; car la jeune fille s'apervait bien que son cousin abrégeait chaque jour un peu plus ses visites chez M. Pause ; et lorsqu'il était près d'elle, au lieu de lui parler avec cet abandon que permet
l'amitié, Edmond restait froid, soucieux et souvent même il ne disait rien.
D'abord Constance n'avait attribué cela qu'au chagrin que son cousin pouvait éprouver de ses revers de fortune, mais dans le fond de son âme quelque chose lui disait :
— S'il m'aimait comme je l'aime, ne serait-il occupé que de la perte de son argent?... Ne suis-je donc rien pour lui..., et puisque je lui reste, ne peut-il pas être heureux?...
Pélagie n'osait plus parler de sa toilette de noces : M. Ginguet lui-même n'osait plus soupirer tout haut, car il craignait que cela ne fît de la peine à Constance d'entendre parler d'amour près d'elle, lorsque celui qui aurait dû l'adorer ne lui en parlait jamais. Quant au bon M. Pause, il cherchait continuellement un emploi pour Edmond, eu avait souvent quelque chose à lui proposer; mais, afin de ne pas être obligé de l'entendre, Edmond s'en allait toujours avant que le vieux musicien ne fût revenu de son théâtre.
Quelques jours s'écoulèrent pendant lesquels Edmond ne vint pas exactement ; puis ses visites furent plus courtes encore que de coutume, et il fut plus distrait, plus préoccupé.
— Certainement ton cousin a quelque chose, dit un soir Pélagie à Constance; il vient ici pour s'asseoir dans un coin... soupirer... parler à peine... Oh! sans doute il a en tête quelque nouveau projet... il veut s'enrichir encore... et, en t 'épousant, te surprendre par de brillants cadeaux. Je gage que c'est à cela qu'il rêve sans cesse.
Constance secouait la tête et ne répondait pas. M. Ginguet arriva et dit aux jeunes filles :
— Je sais à présent pourquoi M. Edmond est si souvent plongé dans ses réflexions..., Je l'ai rencontré ce matin, nous avons causé longtemps ensemble... Entre jeunes geas on se dit ses affaires.
— De grâce, monsieur Ginquet, venez au fait î
— M. Edmond m'a parlé de la famille Bringuesingue,
chez laquelle il va très-souvent... Ce sont des gens fort riches... d'anciens commerçants qui n'ont qu'une fille... une jeune personne assez bien... mais qui cloche un peu en marchant...
— Enfin, monsieur Ginguet?
— Enfin Edmond m'a dit: Vous ne devineriez pas, mon cher Ginguet, ce que M. Bringuesingue m'a proposé?
— Ma foi! non, lui ai-je répondu; d'abord je ne
pas fort pour deviner... Je n'ai jamais deviné une charade ni un rébus.
— Ah! monsieur Ginguet, vous abusez de notre patience! dit Pélagie.
— Pardon, mademoiselle, mais je vous rapporte noire conversation. Eh bien ! me dit Edmond, M. Bringuesingue m'a offert de me donner sa fille en mariage...
— Sa fille ! dit Constance en changeant de couleur.
— Vous mentez, monsieur Ginguet, dit Pélagie; M. Edmond ne peut pas vous avoir dit cela.
— Je vous jure, mademoiselle, que c'est l'exacte vérité... Mais ne vous chagrinez pas, mademoi^» tance, M. votre cousin a ajouté : Vous pensez bien, mon cher Ginguet, que j'ai refusé. Quoique je n'ai plus Le
et que mademoiselle Clodora soit fort riche, je n'accepterai pas, car je suis fié à ma ôousine par l'amitié... la reconnaissance... le devoir... Je me regarde déjà comme son époux... Nos mères nous avaient fiancés, et... Mon Dieu, mademoiselle, est-ce que vous vous trouvez mal!... En effet, Constance ne pouvait plus se soutenir ; elle venait de laisser tomber sa tête sur le dos de sa chaise, et semblait prête à perdre connaissance, Pélagie la soutenait et lui faisait respirer des sels, tout en disant à M. Ginguet :
— Vous aviez bien besoin de venir dire cela !... Oh que vous êtes bavard!... Vous n'avez jamais que de mauvaises nouvelles à conter.
— Mais, mademoiselle, il n'y a pas de mauvaises
nouvelles là-dedans ; au contraire... M. Edmond n'a pas du tout l'intention d'en épouser une autre que sa cousine.
— C'est égal, il ne fallait pas dire cela à Constance. Comme celle-ci ouvrait les yeux, Ginguet s'écria de
nouveau : — J'ai l'honneur de vous assurer, mademoiselle, que votre cousin m'a dit : On m'offrirait une femme avec un million que je ne la prendrais pas... parce que je ne le peux pas. Je me regarde comme lié avec ma cousine.,, et je suis incapable de manquer à mon devoir. Une princesse... une duchesse, je ne l'accepterais pas... un honnête homme n'a que sa parole ..
— C'est bien... c'est bien, monsieur Ginguet, dit Constance en s' efforçant de paraître calme. Je vous remercie... de m' avoir dit tout cela.
— Ça vous fait plaisir, n'est-ce pas, mademoiselle?
— Oui, je suis bien aise de le savoir.
La pauvre Constance ne parla plus pendant le reste de la soirée, malgré tous les efforts de Pélagie pour l'égayer et de M. Ginguet, qui s'écriait de temps à autre :
— Oh! M. Edmond Guerval est un brave jeune homme... il refuserait une mine d'or pour femme..., il se regarde déjà comme enchaîné à sa cousine...
Et Pélagie poussait Ginguet et lui donnait des coups de pied sous la table pour le faire taire toutes les fois qu'il revenait sur ce sujet.
Lorsque Constance se trouva seule dans sa chambre, elle put s'abandonner sans réserve à toute sa douleur; car la jeune fille ne se faisait pas illusion ; elle sentait bien que si son cousin refusait le parti fortuné qu'on lui proposait, c'était parce qu'il se croyait engagé avec elle au point de ne plus pouvoir disposer de lui-môme.
— Mais ce n'est pas par amour pour moi qu'il en refuse une autre, se dit Constance; oh ! non !... car si mon cousin m'aimait, il ne serait pas triste et rêveur près de moi... En m'épousant, c'est un devoir qu'il remplira, voilà tout !... et il sera malheureux... doublement malheureux, puisque je l'aurai empêché de jouir du sort brillant qui
292 EDMOND i:T SA COUSINE
lui est offert. Mais parce que j'ai eu une fois le bonheur
de l'obliger, eroit-il donc nue je veuille être un obstacle à sa fortune... que j'exigerai de sa reconnaissance le sacrifice de sa liberté, de son avenir!... Oh ! j'aime trop Edmond pour vouloir le priver de tous les avantages qu'il trouvera'" dans L'union qu'on lui propose. Qu'importe qu'ensuite je meure de chagrin, pourvu que mon cousin soit heureux!... Mais si je lui dis qu'il est libre... si je rengage moi-même à épouser cette demoiselle Clodora, il ne m'obéirapas... Oh non... je connais Edmond... il craindra de me taire de la peine. Mon Dieu ! comment donc faire pour qu'il se croie bien maître de se marier sans me faire du chagrin?... Il faudrait... oui, il faudrait qu'il crût que c'est moi qui ne l'aime plus...
Toute la nuit la pauvre Constance pleura et chercha par quel moyen elle pourrait faire croire à son cousin qu'elle avait cessé de l'aimer, atin qu'il ne pensât pas faire mal en se mariant à une autre.
Vers le malin elle avait conçu un projet qui ne pouvait manquer de remplir le but qu'elle se proposait. A peine fit-il jour qu'elle se mit à écrire le brouillon d'une lettre ; puis, dès qu'il fut l'heure de sortir, elle courut chez un écrivain public, lui fit écrire le billet dont elle avait fait le modèle, lui en dicta l'adresse, et le cœur gros, respirant à peine, elle se dirigea vers une petite poste pour y jeter cette lettre fatale.
La jeune tille tremblait et se soutenait à peine en marchant dans la rue ; plusieurs fois elle passa devant une boîte à lettres, et ne put se décider à y jeter le billet qu'elle tenait dans sa main ; elle sentait qu'il y allait du bonheur de toute sa vie... C'était son avenir, toutes les illusions de sa jeunesse qu'elle allait sacrifier ; il ne lui restait plus que des larmes et le souvenir d'une belle action ; à vingt et un ans il faut bien du courage pour accomplir un si grand sacrifice. Il y a tant de gens qui vivent et meurent sans comprendre de telles actions !
Cependant la matinée s'écoulait. Constance n*avait pas
encore jeté la lettre dans une petite poste ; elle se gronde de sa faiblesse, et, courant vers une boîte qu'elle aperçoit à la porte d'un café, elle y glisse en frémissant l'écrit qu'elle-même a dicté. Mais alors un nuage vient obscurcir sa vue, elle est forcée de s'appuyer un moment sur un banc de pierre qui est là tout près... Ce banc, elle le reconnaît; elle s'y est déjà reposée un soir lorsqu' en courant avec M. Ginguet pour retrouver son cousin elle forçait son compagnon à visiter tous les cafés qui se trouvaient sur leur route. Ce souvenir mouille ses yeux de larmes, car alors en cherchant Edmond elle ne pensait pas qu'un jour il lui faudrait vouloir elle-même se séparer de lui.
Mais le sacrifice n'est pas consommé entièrement ; Constance songe qu'il lui faudra encore bien du courage pour ce qui lui reste à faire ; et, rappelant ses forces, elle quitte le banc et retourne à sa demeure.
Dans le courant de la journée, Edmond, qui était seul chez lui; rêvant à sa situation, à l'amour de sa cousine et à la proposition de M. Bringuesingue, vit entrer son portier qui lui montait une lettre que le facteur venait d'apporter.
Edmond jette les yeux sur l'écriture qu'il ne connaît pas, et il décacheté nonchalamment la lettre comme quelqu'un qui n'attend ni bonnes ni mauvaises nouvelles.
Le billet ne porte point de signature, mais la figure d'Edmond s'anime en lisant ces mots :
« Vous vous croyez aimé de votre cousine Constance, vous vous abusez ; depuis longtemps elle a donné son cœur à un autre. Si vous doutez de ce qu'on vous écrit, rendezvous entre sept et huit heures sur le boulevard Saint- Martin, près du Château-d'Eau : vous y verrez votre inconstante cousine y attendre votre heureux rival. Adieu. Quelqu'un qui s'intéresse à votre bonheur. »
— Constance en aime un autre ! dit Edmond en froissant avec colère le billet dans sa main. Ah ! c'est une indigne calomnie !.., l'auteur de cette lettre est un misérable !...
("on -tance ! un modèle de vertus... et qui m'a donné une bnde preuve d'attachement.... Constance me tromp i :... car ce serait me tromper, moi qui dois être son époux... Mais un billet anonyme !... Il n'y a que les méchants qui en écrivent, les personnes qui veulent vraiment rendre service ne craignent pas de se nommer.
Cependant, tout en se disant cela, Edmond se sentait . inquiet ; la calomnie, même la plus absurde, trouve toujours moyen de troubler notre repos. Et, singulier effet des passions et surtout de l'amour propre dans le cœur des hommes, Edmond qui, quelques moments auparavant, ne songeait que froidement, que tristement même à son union avec sa cousine ; Edmond qui. bien certain d'être aimé d'elle, se mettait si peu en peine de la payer de retour, Edmond se sent jaloux et passionnément amoureux de Constance, à présent qu'il pense qu'elle pourrait en aimer un autre. Il se promène dans sa chambre avec agitation, relisant le billet que d'abord il avait jeté à terre ; il se répète tout ce qu'il a déjà dit sur le peu de cas que l'on doit faire d'une lettre anonyme, mais de temps à autre il s'écrie :
— Et pourtant... dans quelle intention m'aurait-on écrit cela?... Constance depuis quelque temps ne me parle plus ni d'union ni d'amour... il est vrai que je ne lui en parle pas non plus .. je n'ai plus rien et pas d'état... pas d'avenir... Elle a pu faire des réflexions... on a pu lui conseiller de m' oublier... Mais Constance m'aimait tant!... Non, c'est impossible... des rendez-vous le soir... près du Château-d'Eau... Elle n'a jamais affaire de ce côté-là... c'est un odieux mensonge!... Mais on me dit que je puis me convaincre par mes yeux... Ah! ce serait faire outrage à Constance que d'aller à ce rendezvous... je ne l'y verrai pas... on veut se moquer de moi... Non, je n'irai certainement pas m'assurer de la vérité de ce qu'on m'écrit.
Tout en disant cela. Edmond trouvait que le temps n'avançait pas. Il regardait souvent à sa montre, il lui
tardait de voir arriver l'heure qu'on lui avait indiquée. Il ne put pas dîner, car il n'avait pas faim; ses vœux appelaient la soirée, et à sept heures il était déjà sur le boulevard, près le Château-d'Eau, quoique répétant encore qu'il aurait tort d'y aller.
Un quart d'heure s'écoula. Edmond n'avait vu personne qui ressemblât à sa cousine ; son coeur se dilatait et il respirait plus librement, en se disant : — Mon Dieu, comment peut-on ajouter foi à des écrits anonymes?.. Ceux qui les écrivent méritent ordinairement toutes les injures, toutes les épithètes qu'ils adressent aux autres.
Mais tout à coup Edmond aperçoit une femme dont la tournure a quelque rapport avec celle de Constance. 11 attend, il s'arrête, il sent un poids affreux se placer sur sa poitrine. Il faisait presque nuit; cette femme s'avance d'un pas incertain, regardant souvent derrière elle comme si elle craignait qu'on ne la suivît; tout cela annonce bien un rendez-vous. Edmond ne respire plus... car cette femme vient de passer près de lui, et malgré le chapeau qui couvre sa figure il a reconnu Constance.
— C'est elle! se dit-il, c'est elle... on ne m'avait pas trompé... Oh! mais non... je ne puis le croire encore... mes yeux m'ont abusé... il faut que j'entende sa voix...
Et aussitôt Edmond court après la personne qui vient de passer; il l'atteint, il lui prend le bras... elle tourne la tête... C'était bien Constance, en effet, et elle était si pâle, si tremblante, si émue en voyant son cousin, que tout se réunissait pour que celui-ci la crût coupable.
La jeune fille a murmuré : — Edmond... c'est vous!... et elle couvre sa figure de son mouchoir.
— Oui, c'est moi, répond Edmond avec l'accent de la fureur. C'est moi... que vous trompez... que vous n'aimez plus!... Soyez franche, au moins, ma cousine; ditesmoi ce que vous veniez faire ici... seule... le soir... Eh bien! vous vous taisez... vous ne trouvez rien à me dire... vous êtes confondue... Cela est donc bien vrai,
constance; un autre homme a votre amour, et c'est lui que vous espériez trouver ici?...
— Je ne chercherai point à le nier, reprend Constance d'une voix presque éteinte. Oui... mon cousin... vous savez la vérité... Je ne vous aime plus... Depuis longtemps... je voulais vous le dire... mais je n'osais pas... Pardonnez-moi... oubliez-moi... Adieu, Edmond, il est inutile de nous revoir.
En achevant ces mots Constance s'enfuit; il était temps que ia pauvre petite s'éloignât, car les sanglots étouffaient sa voix; et si Edmond n'avait pas été aveuglé par la jalousie, il aurait dû trouver bien singulier que sa cousine pleurât si lort pour lui dire qu'elle ne l'aimait plus. Ordinairement, ce n'est pas ainsi qu'une femme nous rend notre liberté. On pleure avec celui qu'on aime, on rit avec ceux que l'on a cessé d'aimer.
Mais Edmond n'a entendu, n'a compris qu'une chose : c'est que sa cousine ne l'aime plus, et que depuis longtemps elle aurait voulu lui faire cet aveu. Edmond se sent blessé au cœur, car il se croyait sûr de l'amour de Constance; et c'était peut-être cette profonde certitude, cette trop grande confiance dans un attachement qui datait de leur enfance, qui avait engourdi et presque éteint dans son âme les doux sentiments qu'il avait pour sa cousine. On s'endort dans la certitude d'un parfait bonheur, mais on veille quand on a quelques inquiétudes sur sa possession.
Étourdi du coup qu'il vient de recevoir, Edmond est resté sur le boulevard ; il a laissé sa cousine s'éloigner sans faire le moindre effort pour la retenir.
— Mais pourquoi l'aurais-je retenue? pense-t-il en regardant tristement autour de lui; n'a-t-elle pas dit qu'il était inutile de nous revoir?
Une foule de réflexions vinrent alors assaillir Edmond : en un instant il s'est rappelé toute sa conduite passée, son indifférence, sa froideur avec Constance, ces retards, ces délaie successifs apportés à leur union, lorsque depuis
longtemps il ne dépendait que de lui d'être l'époux de sa cousine; ses projets de gloire, de fortune, qui n'ont abouti qu'à sa ruine, et qu'il n'aurait pas formés s'il s'était contenté du bonheur plus réel qu'il avait près de lui.
— C'est par ma faute que j'ai perdu le cœur de Constance, se dit Edmond en soupirant; je me suis bien mal conduit... j'ai bien des reproches à me faire... mais pourtant, si elle m'avait autant aimé que je le croyais, elle m'aurait pardonné tout cela !
Et le dépit, la jalousie s'emparent de nouveau de son âme. Il s'écrie :
— Mais je suis bien sot de me chagriner, de m' abandonner âmes regrets... je veux l'oublier aussi... Un sort brillant m'est offert; rien ne m'empêche maintenant d'accepter... Au sein des plaisirs que procure la fortune, je perdrai le souvenir de mon ingrate cousine...
Il appelait ingrate celle qui lui avait sacrifié tout ce qu'elle possédait. Mais lajalousierendinjuste! elleétouffe, elle éteint la reconnaissance, et il y a beaucoup de gens qui n'ont pas besoin d'être jaloux pour cesser d'être reconnaissants.
Edmond est allé trouver M. Bringuesingue, et, sans autre préambule, il lui crie dès qu'il l'aperçoit :
— Monsieur, j'ai changé d'idée... décidément j'accepte la main de mademoiselle votre fille ; quand vous voudrez, je serai votre gendre...
— Eh ! parbleu ! mon cher ami, j'étais bien sûr que cela se terminerait ainsi... ce n'était pas sérieusement que vous pouviez refuser Clodora, qui a reçu une excellente éducation et aura un jour vingt-cinq mille livres de rente. Vous mériteriez que je vous tisse des reproches pour avoir paru hésiter un moment... mais puisque vous voilà décidé... c'est inutile, je ne veux pas vous gronder... ce serait de la moutarde après dîner. . . Ah ! ... ' mon Dieu ! . . . qu'est-ce que je viens de dire là?... Ce proverbe est de bien mauvais genre 1 .. je ne sais pas où i'avais la tête. >*
je voulais dire que... je ne sais plus ce que je voulais dire... Embrassez-moi, mon gendre, et venez embrasser aussi votre belle-mère et votre future épouse.
Edmond se laisse conduire près de celle qui va être sa femme, et tout en l'embrassant il poussait un gros soupir et pensait à sa cousine. Le souvenir de Constance ne le quitte plus un instant; il est comme gravé dans le fond de son âme, il le suit partout; c'est en vain qu'il cherche à l'éloigner, à se distraire; il voit toujours sa cousine, si belle, si bonne, si aimante; il la voit lorsque sa mère les unit en lui disant : Voila ta fiancée ; il la voit encore se jetant à ses genoux et arrêtant sa main au moment où, dans son désespoir, il voulait s'ôter la vie.
— Oh! mon Dieu! quel trésor j'ai perdu! se dit-il, et je m'en occupais à peine lorsque je me croyais certain de la posséder !
Mais toutes ces réflexions n'empêchent pas qu'au bout de quinze jours mademoiselle Clodora Bringuesingue ne soit l'épouse d'Edmond Guerval.