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(car vous devinez, lecteur, que monsieur Gué est le mauvais sujet dont nous allons nous occuper), notre héros, dis-je. passa Louvres, et tourna vers Senlis, dont la terre de Berly n'était point éloignée. Plus il approchait cependant, plus il était curieux de connaître œ M. de Berly et sa nièce. Il ne se rappelait pas les avoir vus chez son oncle, ce qui n'était point extraordinaire : il avait pour habitude d'être toujours dehors, et pour éviter les sermons du colonel Moranval, il se trouvait rarement en société avec lui.
Gustave réfléchit que son nouveau domestique. Benoît. étant fils du portier de la maison et chargé quelqi;da servir à table, pouvait connaître le personnage chez lequel il se rendait : il se décida donc à interroger Benoît .
Le nouveau jockey de Gustave était un garçon de dixhuit ans, grand comme une perche, fort comme un Turc. frais comme une rose, rouge comme une cerise, gauche comme une Champenoise, bète comme un âne. et • comme ces derniers le sont ordinairement.
Gustave partit d'un éclat de rire en regardant Benoît, qu'il avait oublié depuis qu'ils étaient en route. La tournure du jockei était bien faite pour provoquer la gaieté. Benoît n'avait jamais monté à cheval, mais n'ayant point osé dire cela devant le colonel Moranval. qu'il craignait comme le feu. il avait pris bravement son parti, et avait enfourché le cheval le plus petit, sur lequel il se tenait roide comme un piquet, et sérieux comme un Suisse.
Gustave arrête son cheval pour que Benoît puisse le rejoindre; mais le nouveau valet, qui s'est fait donner par son papa une leçon détaillée touchant les devoirs d'un serviteur envers son maître, et qui a juré de ne jamais s'en écarter, a bien retenu qu'il fallait être toujours à une distance respectueuse de M. Gustave. Ferme sur ses principes, il s'arrête dès qu'il voit son maître s'arrêter.
GUSTAVE I î
— Avance donc! crie Gustave impatienté. — Nori, monsieur!... pas si bête!... — Comment, pas si bête! -K te dis d'approcher!... — Je connais trop mes devoirs, monsieur; je n'en ferai rien!... — Mais, butor, puisque je te rordonne!. .. — C'est égal, ça, monsieur, je sais le respect qu'un valet doit à son maître... et je n'avancerai
point"!... *
— Maudit imbécile!... il faudra que ce soit moi qui aille le chercher...
Gustave pique son cheval, et court sur Benoît, dont la monture effrayée fait un saut de mouton, qui jette son cavalier dans le ruisseau. Le grand garçon se relève eu pleurant, fort mécontent des suites de son respect pour ses devoirs. Gustave lui tire l'oreille pour qu'il remonte à cheval, et le force enfin à rester près de lui.
— Allons, Benoît, tu m'écouteras maintenant, j'espère? — Oui, monsieur... oui... hi! hi! ni!... — Comment, grand nigaud! tu pleures?... — Monsieur... c'est que je crois que je suis blessé... — Où donc?
— Monsieur... c'est... c'est... — ■ Mais où donc?... parleras-tu?... — Monsieur... c'est entre le haut des cuisses et la chute des reins... — Imbécile! tu ne peux pas dire au derrière?...— Monsieur.... je sais mon respect et mon devoir... — Ce coquin-là me fera damner avec ses devoirs. Allons, tu te bassineras les fesses à la maison de campagne où nous allons. A présent réponds-moi; connais-tu ce M. de Berly? l'as-tu vu chez mon oncle? — Mais oui, monsieur. — Quel homme est-^e? — Dame monsieur... c'est un homme... ni grand ni petit... ni beau ni laid... — Son âge? — Ni jeune ni vieux, monsieur. —
Me voilà bien instruit!... et sa nièce? quel âge? quel tournure? — Mais monsieur, quant à ce qui est de ça... je ne me rappelle pas d'avoir vu de nièce !... — Allons.. je vois que tu n'es bon à rien. Mais j'aperçois une maison de belle apparence; ce doit être celle de M. de Berly... avançons.
Les voyageurs étaient en effet arrivées au but de leur
course. Gustave s'informe à un villageois, et apprenant qu'il ne s'est pas trompé, il entre avec Benoît dans une grande cour, descend de cheval et demande M. de Bérly. Le concierge l'engage à se rendre dans les jardins, où il trouvera >on maître, s'il n'aime mieux 1 attendre au salon. Gustave, impatient de connaître son hôte, préfère le premier parti ; il laisse Benoît qu'il recommande au concierge, et, traversant une terrasse, entre dans les jardins.
Notre jeune homme parcourt plusieurs allées de lilas et de chôvie feuille; il admire la tenue du jardin et le goût qui a présidé à sa distribution; des bosquets touffus, dont l'entrée est presque cachée par des buissons de roses, semblent inviter au repos ou à l'amour. Des statues ornent ces aimables lieux; mais ce ne sont point les tristes Danaïdes, le malheureux Tantale, l'affreux Polyphème, le hideux Centaure, le dégoûtant Philoctète, qui s'offrent aux regards des promeneurs ; ce sont Vénus détachant sa ceinture, l'Amour aiguisant ses flèches, les Grâces folâtrant autour de Cupidon; et si, dans le fond d'une grotte, Vulcain vient frapper vos yeux, c'est que l'image du pauvre boiteux ne rappelle rien de triste à l'imagination.
Gustave admirait tout, et pensait que le maître de la maison devait être un homme d'esprit et de goût, lorsqu'au détour d'une allée, il aperçoit, sous un bosquet, une jeune femme assise et lisant ; ne doutant point que ce ne soit la nièce de M. de Berly, cette demoiselle Aurélie qu'on lui destine, il s'arrête pour la regarder : heureux Gustave ! avec quel plaisir il admire une bouche charmante, un teint rosé, un nez bien fait, un front gracieux, qu'ombragent de beaux cheveux blonds, une taille élégante, des formes arrondies, un petit pied qui semble effleurer la terre, et un sein dont chaque mouvement fait battre violemment le cœur de notre héros? Quant aux yeux, il ne peut les voir, puisqu'ils sont baissés sur le livre; mais il les devine, il pressent d'avance leur
GUSTAVE jo
expression, leur douceur, leur volupté. Ne pouvant plus longtemps résister à son agitation, Gustave approche la jeune femme l'entend, elle quitte son livre et le r&garde... - J'en étais sûr. pense Gustave, les plus beaux yeux du monde.
— Que demande monsieur? dit une voix qui retentit jusqu'au cœur du jeune homme (lequel, d'ailleurs, avait comme vous le savez, un cœur très-prompt à s'enflammer). — Pardon... mademoiselle... je voulais... je venais... mais en vérité, je ne cherche plus rien depuis que je vous ai trouvée.
La jeune personne qui avait souri au nom de mademoiselle, parut nattée de l'effet que sa vue produisait sur un joli garçon qui, malgré son émotion, ne paraissait ni gauche ni emprunté. On a beau dire, le cœur les qualités, le caractère, voilà l'essentiel : une jolie figure une tournure agréable et de la grâce, ne gâtent rien à 1 aftaire. Demandez aux demoiselles, aux dames même si ce n'est pas d'abord par là qu'on se laisse séduire , Je sais bien que si l'on n'a que les avantages physiques on cesse bientôt de plaire; cela doit être; c'est une compensation pour les gens aimables qui ne sont pas oeaux.
- Eh mais, monsieur, dit la jeune dame après avoir regardé Gustave, seriez-vous par hasard le jeune homme que nous attendons, monsieur Gustave Saint-Réal? — C'est moi-même, mademoiselle; et je vois en vous mademoiselle Aurélie, la nièce de M. de B rly?... — Non monsieur, je suis l'épouse deM. deBerly. — Son épouse ' ' - Comment! M. de Berly est marié et vous êtes../- Sa femme ; oui, monsieur.
Gustave n'en revenait pas : il ignorait que M. de Berly fut marié, et marié à une femme qui n'a pas vingt ans! Cette jolie personne était donc la tante de mademoiselle Aurehe? Comment une nièce pouvait-elle plaire à côté <* une tante comme madame de Berly? - Allons, se dit Gustave, attendons avant de prononcer ; cette maison
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me paraît le séjour des Grâces; je vais sans doute voU une autre merveille.
Madame de Berly proposa à Gustave de le conduire près de son mari, qui attendait son arrivée avec impatience. — Il sera, dit-elle, enchanté de vous voir... ainsi que ma nièce, mademoiselle Aurélie.
Ces derniers mots furent prononcés en souriant : on regardait Gustave, et celui ci cherchait aussi à lire dans les yeux de son aimable conductrice : on fait ainsi un peu de chemin; on paraissait préoccupé, on se regardait, on soupirait et on se taisait. Ces mots : Voilà mon mari, tirèrent Gustave de ses pensées. — Voyons donc ce mari, dit-il en lui-même, cet heureux mortel, possesseur de tant de charmes!... Parbleu! il faut qu'il ait bien du mérite, bien de l'esprit, bien des avantages naturels pour captiver une aussi aimable femme !
Gustave lève les yeux, et se trouve en face d'un petit homme de cinquante ans, gros, rouge, bourgeonné, ayant de petits yeux bêtes et une bouche jiiMjuaux oreilles.
— Encore une surprise! se dit notre. jeune homme en retenant un éclat de rire qu'avait fait Battre la vue de M. de Berly. Celle-ci, quoique moins agréable, lui causa cependant une secrète joie, dont le lecteur intelligent devinera facilement la cause.
— Mon ami, dit lajeune dame, voilà M.Gustave Saint rléal que je te présente.
— Eh ! arrivez donc, jeune homme; je vous attends depuis quinze jours !... Je suis enchanté de vous voir... embrassons-nous. Votre oncle est mon ami... il m'a souvent parlé de vous ! il dit que vous êtes un mauvais sujet!... Eh parbleu, je l'ai été aussi!... On est jeune! on a des passions!... on tare des folies! c'est tout naturel ! mon ami, voici ma femme, qui, je m'en flatte, en vaut bien une autre : vous ferez connaissance!...
Gustave s'était laissé secouer la main, embrasser... presser... 11 n'avait pas encore trouvé le temps de répondre aux politesses de M. de Berly ; il n'y avait pas
moyen de placer un mot avec cet homme-là lorsqu'il se mettait en train (ce qui lui arrivait souven). Gustave le vit, il se contenta d* saluer, de sourire et de regarder madame, qui souriait au:vsi.
— Dis donc, ma femme, a-t-cn prévenu Aurélie de l'arrivée de notre jeune Lomme?... — Mon ami, j'ignore si... — Bon ! bon! elle n'en sait rien : tant mieux, nous allons la surprendre; elle ne s'attend pas à atous voir aujourd'hui. . Peste! elle sera contente. Je ne m'étonne pas que vous fassiez des vôtres à Paris ! c'est comme moi!... J'ai été fort bien!... j'ai été la coqueluche des belles ; mais maintenant je suis sage ! demandez plutôt à ma femme. Ah! chassez-vous?... c'est que je suis grand chasseur, moi ! Oh ! c'est encore une passion ! Je passe des journées dans le bois à la piste du chevreuil ou du lièvre... mais aussi je tire!... Ah! je tire joliment!... demandez plutôt à ma femme! — Monsieur,. pour moi, je ne chasse que... — Vous chassez? bravo' nous ferons de fameuses battues !. .. tous admirerez mes bois : ils sont fournis en gibier ; j'ai une meute excellente!... et des fusils qui ne ratent jamais... Mais il me semble que l'heure du dîner est venue : mon estomac ne me trompe point. Allons nous mettre à table, et là nous ferons plus ample connaissance, et nous causerons, mon ami, nous jaserons le verre à la main ; c'est la bonne manière!... Je vois que vous êtes un garçon d'esprit; j'aurai beaucoup de plaisir à causer avec vous.
On arrive à la maison. Pendant que M. de Berly donne ses ordres aux domestiques, et va, suivant l'usage, jeter les yeux à la cuisine, Gustave donne la main à madame, et passe avec elle au salon. Une jeune personne était au piano. — Voilà, dit madame de Berly. mademoiselle Aurélie.
Ciel!... quelle différence entre la tante et la nièce! Et les yeux de Gustave attestèrent à madame de Berly ce que son coeur sentait déjà. On teignit de ne pas s'apercevoir de cet aveu tacite; mais le jeune ho.i/me remar-
qua qu'on ne paraissait nullement fâchée de cette préférence.
Mademoiselle Aurélie était grande, roide et empesée; sa figure n'avait rien de mal, mais rien non plus qui fût agréable : ses yeux étaient grands, mais à fleur de tête; sa bouche pincée, son nez long et aquilin, sa peau plutôt jaune que blanche : un air de pruderie répandu sur toute sa personne donnait aux manières de mademoiselle Aurélie une sécheresse qui ne provoquait ni l'amour ni l'amitié.
La demoiselle se leva à la voix de madame de Berly, salua Gustave avec gravité, et reprit place devant le piano.
— Et voilà, se dit Gustave, la femme que Ton veut que j'épouse!... Vraiment, mon cher oncle a trop de bonté. Au reste, je suis enchanté d'être venu dans cette maison : je n'épouserai certainement pas la nièce; mais si la tante est sensible ! . ..
Madame de Berly engagea Gustave à se regarder dans la maison comme chez lui. — Vous voyez, lui dit-elle, que mon mari est un homme sans façon ; veuillez agir de même ; le tâcherai de vous rendre ce séjour le moins ennuyeux possible. — Ah ! madame, près de vous on doit le trouver charmant.
Et le jeune homme qui avait pris la main de la jeune tante, la saisit avec transport, tandis que la nièce promenait les siennes sur les touches du piano. La tante retira vivement sa main ; mais le regard qu'elle lança à Gustave n'exprimait pas un grand courroux.
— A table!... à table! s'écria M. de Berly en entrant dans le salon ; que diable faites-vous donc ici, vous autres, au lieu de venir dans la salle à manger? Ah! je devine!... les jeunes gens s'examinaient, se lorgnaient soupiraient!... Ah! ah!... n'est-ce pas, ma femme, qu'on soupirait déjà?... — Mon ami, je ne puis pas dire... —Oui, oui, c'est juste!... tu ne veux pas parler de cela!... toi, qui a un cœur froid et sévère, tu ne penses pas qu'on
puisse s'enflammer comme cela tout de suite!... Ah! ah! Gustave! c'est que ma femme est singulière! elle rit. elle plaisante quand je lui parle des passions que j'ai inspirées jadis!... Allons, le dîner sera froid... Donnez la main à Aurélie, mon ami, et vous, ma nièce, souriez donc un peu... Oh! c'est qu'elle est d'une timidité!... (Bas à Gustave.) L'innocence même!... mais le diable n'y perd rien...
On se rend dans la salle à manger; Gustave est placé entre madame de Berly et mademoiselle Aurélie : — Du moins, dit-il en lui-même, si le côté gauche m'ennuie, le côté droit m'en dédommagera.
Pendant le premier service, M. de Berly, qui est aussi grand mangeur que grand chasseur, laisse un peu de repos à ses auditeurs. Sa femme peut alors causer avec Gustave, qui est enchanté de son esprit, de sa gaieté, de son amabilité. La nièce parle peu, mais lorsqu'elle dit quelque chose, c'est avec une afféterie, une affectation, une recherche qui décèlent les prétentions cachées sous le voile d'une fausse modestie.
— A propos, dit M. de Berly pendant que sa femme découpait une superbe volaille, mon ami, c'est sans doute à vous, un grand garçon que je viens d'apercevoir cueillant de l'oseille à l'entrée du potager?... — Oui, monsieur; j'avais oublié de vous en parler; mais je suis étonné qu'il se soit permis... — Parbleu ! il n'y a pas de mal à cueillir de l'oseille! j'espère qu'il saura se faire donner ce qu'il faut par mes gens... —Je crains, monsieur, qu'il ne fasse ici quelque sottise ; c'est un garçon trèsniais dont mon oncle s'est engoué. — Bon! bon!... il se dérouillera !... tous mes gens ont de l'esprit ici ! . .. J'aime cela; et puis, comme on dit, tel maître, tel valet.
Gustave rit en lui-même de la gaucherie de M. de Berly, ■lui ne s'apercevait pas qu'en se faisant un compliment il lui adressait une sottise. Il était déjà décidé à trouver toujours parfait ce que ferait et dirait son hôte. Sans parler, il s'entendait avec le côté droit : il avait avancé
- non... un pied... D'abord oh >'•'•:..!; reeuftée... puis 0.1 avait cédé à la nécessité... on ne regardait plus Gustave, mais on paraissait vivement agitée... le cœui palpitait avec force... et rien de tout cela ne paraissait annoncer 1* indifférence ou la colère.
Quoi! dira-t-on, déjà des entreprises téméraires: déjà des genoux des pieds, des mains qui vont leur train ! Que voulez-vous! ces mauvais sujets vont vite en l esogne: et, en cela, ont-ils si grand tort? pourquoi ne pas s'assurer de suite si Ton plaît, si Ton est aimé?... — Mais la pudeur, me direz-vous, doit-on l'effaroucher ainsi!... — Oh!... vous avez raison!... on doit respecter la pudeur... Mais examinez que tout ceci se pas><> rmh la table et ne peut être vu. Ah ! lecteur, si vous poin i jour ou un soir vous glisser sous une table où siègent de jolies femmes et des hommes aimables, vous verriez <1< s choses fort drôles : sortez ensuite votre tête; regardez ces yeux baissés, ce front candide, cet air ingénu... Vous voyez bien que ce qui est caché, n'alarme pas la pudeur. Le dessert remettait M. de Berly en train : il fallut entendre le récit de sa chasse de la veille, de l'adresse avec laquelle il avait tué un chevreuil qu'il avait blessé huit jours auparavant, et du courage qu'il avait déployé en tirant, presque à bout portant, sur un loup aveugle qui, depuis quelques jours, désolait les environs.
On se leva de table, on passa au salon. Bientôt arrivèrent quelques habitants du voisinage qui faisaient la partie de M. de Berly, lequel aimait beaucoup le trictrac, auquel il se croyait de la première force. Madame de Berly chantait avec un goût exquis, et s'accompagnait avec grâce ; mademoiselle Aurélie frappait sur le piano comme un cheval sur le pavé, et l'oncle s'écriait tout en jouant : — Hein! entendez-vous ma nièce?... Peste! quel nerf! quelle vigueur! Si ce n'est pas là de la première force, je ne m'y connais pas.
On se sépara de bonne heure. Madame de Berly avait mis notre jeune homme au fait des habitudes de la mai-
son. On l'engagea à ne pas faire de cérémonie, à se regarder enfin comme chez lui.
skxse ne put retenir un soupir en voyant madame de Berly s'éloigner avec son époux... Il se rappela Vénus et Yulcain ; et le souvenir des statues qui décoraient le jardin se présentant à son imagination, il ne douta pas que madame de Berly n'eût présidé au choix des dieux. Cette idée lui donnant une secrète espérance, il fit une grande salutation à la superbe Aurélie, et suivit un valet qui le conduisit à son appartement.
« Notre héros rencontre sur son chemin Benoît qui se présente à lui clopin-clopant. — Te voilà donc, imbécile, lui dit Gustave; pourquoi ne t'ai-je pas revu?... — Ah! monsieur! vous voyez bien que je puis à peine me tenir... depuis que j'ai fait usage du spécifique que la cuisinière m'a indiqué... — Est-ce que par hasard tu aurais mis de l'oseille sur tes fesses?... — Justement, monsieur : ils me disaient tous, là-bas, qu'il n'y avait rien de meilleur pour guérir les écorchures... Moi. j'ai été en cueillir .. on me l'a hachée, et puis dam'... je me suis mis ça en cataplasme... mais ça me cuit joliment, toujours!... et je commence à croire que c'est une farce qu'on m'a faite. — Mon pauvre Benoît! je vois que les gens de M- de Berly sont en effet très-espiègles : tant mieux, le séjour que nous ferons dans cette maison te formera. — Ah? monsieur!... si on me forme souvent comme ça... je n'en sortirai pas !... — Allons, couche-toi. nigaud, et, une autre fois, tâche de ne point le laisser attraper. — Oui, monsieur... Vlà mon cabinet... si monsieur a besoin de moi, il n'aura qu'à m'appeler. — Oh ! tu peux dormir! ce n'est pas toi que je consulterai pour la réussite de mes projets.
Gustave se déshabilla en songeant à lajeune tante, dont il était éperdument amoureux ; Benoît se mit au lit en jurant contre l'oseille et la cuisinière ; le maître soupirait d'amour et d'espérance; le valet gémissait et faisait des grimaces. Notre héros vit en songe madame de Berly
plus aimable, plus belle, plus séduisante que jamais ; il était avec elle sous un bosquet de myrtes et de roses ; loin des regards curieux, il pressait sa taille élégante, ses formes voluptueuses ; il cueillait sur ses lèvres un baiser brûlant, qui portait l'ivresse, le délire dans ses gens !... Benoît rêva qu'il prenait un lavement.