‹ Gustave, le mauvais sujetChapitre 6 sur 40 · LA PARTIE DE BILLARD · texte numérisé non relu

LA PARTIE DE BILLARD

Le lendemain, dès le point du jour, Gustave était dans les jardins. Je ns sais par quel hasard madame de Berly s'y trouva aussi; on se rencontra, on s'aborda.

— Quoi, madame, déjà levée! — Oh! monsieur, à la campagne, c'est un plaisir d'être matinal. — Que je suis heureux de vous avoir rencontrée ! — Mais il est probable que, demeurant ici, nous nous rencontrerons souvent. — Ah! madame!., quenepuis-je... — Mon mari est à la chasse. Il voulait vous réveiller pour vous emmener ; mais je lui ai fait observer qu'il fallait au moins vous laisser reposer aujourd'hui. C'est peut-être un plaisir dont je vous ai privé ?... — Ah ! vous ne le pensez pas, madame !... Puis-je en trouver où vous ne serez point?... — En vérité, monsieur Saint -Real, vous êtes d'une galanterie... — Non, madame, je ne suis pas galant !... je dis ce que je sens ! — Quelle folie !... mais vous vous méprenez, c'est à ma nièce qu'il faut adresser vos hommages ; songez donc que vous devez l'épouser. — L'épouser ?... Jamais, madame !... — Quoi ! vous ne remplirez pas les intentions de votre oncle ? — Non, madame, je n'épouserai point une femme que je n'aimerais jamais !... •Qu'en savez-vous ? peut-être, en connaissant mieux Aurélie, que vous ne pouvez encore juger que bien imparfaitement, peut-être changerez-vous de sentiments. La nièce de M. de Berly a des qualités, des vertus... —

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Il me paraît, madame, que vous voudriez bien me la faire adorer ? — Mais, monsieur, je le dois. Cet hymen satisferait un oncle qui vous aime... — Et mon bonheur, madame, vous le comptez pour rien ? — Mais vous-même, monsieur Saint-Réal, où l'avez-vous placé jusqu'à présent ? Si je crois tout ce que... Ton dit de vous, l'inconstance est votre bonheur !... la séduction, la perfidie, sont vos plus doux passe-temps... — Ah ! madame ! — Je sais bien que les hommes sont presque tous volages, que les jeunes gens surtout n'aiment que le changement... — Je suis revenu de toutes ces folies... — Vous êtes corrigé... à vingt ans! — Mais vous-même qui me prêchez si bien, madame, vous ne les avez pas?... — Moi, monsieur, je suis mariée... — Hélas ! oui, madame. — Ainsi, monsieur, vous allez nous quitter ! — Pourquoi donc, madame ? — Puisque vous n'aimez pas Aurélie, ce séjour ne pourra vous plaire longtemps. — Ah !... madame... je ne m'éloignerai de vous que lorsque vous me chasserez !*...— Quelle idée ! nous serons enchantés, monsieur, de vous posséder ici; votre présence fera plaisir... à... tout le monde. Je me flatte d'ailleurs qu'en voyant souvent Aurélie... —Ah ! de grâce, madame, ne parlons plus de cela. — Allons, soit, pour aujourd'hui. Je veux maintenant vous faire connaître les agréments de ce jardin. Gustave offre son bras ; on l'accepte. On parcourt tous les détours d'un jardin qui a près de trois arpents On visite un petit bois bien sombre, bien touffu, où l'ardeur du soleil ne pénètre jamais ; on entre dans une grotte tapissée de mousse, où madame de Berly va presque tous les jours lire ou travailler ; on monte sur un rocher d'où l'on découvre une grande étendue de terrain ; on passe ensuite devant d'épaisses charmilles. « Madame, dit Gustave, quel est donc cet endroit que nous ne visitons pas ?... Ah ! c'est un labyrinthe. -~ Un labyrinthe ? Oh ! voyons, j'aime beaucoup les lieux où l'on peut s'égarer !... — Mais, monsieur, je ne sais pa's si je dois... Allons ! puisque vous le désirez.

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La îeune femme réfléchit que refuser d'entrer da labyrinthe serait déjà montrerde la crainte, et que la crainte estune preuve de faiblesse. Ne voulantpoint laisser deviner à Gustave ce que peut-être elle craignait de s'avouer à elle-même, elle céda à son désir. D'ailleurs ce jeune homme ne lui a dit que de ces choses qu'on dit à toutes les femmes ; il ne lui a point fait d'aveu qui puisse l'alarmer : à la vérité, ses yeux sont bien expressif- ! ils cherchent sans cesse les siens ; ils sont tendres, ardents. <''loquenrs : mais peut-être M. Saint-Réal a-t-il toujours les yeux ainsi ! et puis ce jeune homme n'est arrivé que la veille, et on semblerait déjà craindre destentatives ?... Allons' décidément, il faut le conduire au labyrinthe.

N'allez pas croire, lecteur, qu'il s'y soit passé dechoses que je n'ose point vous raconter. Non : on se promena, voilà tout. Gustave prit une main qu'il voulut baiser... mais qu'on retira bien vite ; il fit semblant de s'égarer: mais on le ramena toujours dans le bon chemin, •et il fallut sortir du labyrinthe tout aussi amoureux, mais pas plus avancé.

— A propos, dit madame de Berly, j'allais oublier de tous faire voir notre salle de billard. Comme nous ne passons ici que la belle saison, c'est dans le jardin que nous jouons.

Cette salle était près du salon du rez-de-chaussée ; quelques arbres seulement l'en séparaient. Entourée de charmilles, de chèvrefeuilles et de lilas, elle ne recevait de jour que du haut ; elle était, à l'intérieur, ornée d'arbustes charmants ; les bancs de gazon, placés tout autour semblaient des bosquets formés par la nature.

— Que cet endroit est délicieux ! dit Gustave. — Jouezvous au billard, monsieur ? — Oui, madame. — En ce «as, je compte sur votre complaisance pour me l'apprendre. Mon mari y joue fort peu !... il n'aime que son trictrac ! D'ailleurs un époux a si rarement la patience d'apprendre quelque chose à sa femme !

— Madame, je serai enchanté de pouvoir vous être

agréable : si vous voulez, nous pouvons commencer... — Non, il est trop tard à présent ; songez qu'on nous attend pour déjeuner... Ce soir je vous rappelerai votre promesse.

On quitta la salle de billard et Ton rentra dans la maison. Qu'il est doux d'être chez une jolie femme dont le mari aime la chasse ! toute la journée on est seul avec elle. — Ah ! mon cher oncle ! disait Gustave en luimême, que vous êtes aimable de nT avoir envoyé tenir compagnie à madame de Berly !

Pour mieux tromper le colonel Moranval, il lui écrivit qu'il se plaisait beaucoup chez madame de Berly, que tout le monde y était aimable, et qu'il y resterait aussi longtemps que Ton voudrait le garder.

Quoiqu'il ne se fût point expliqué à l'égard d'Aurélie, sa lettre enchanta le colonel, qui ne douta plus de l'amour de son neveu pour celle qu'il lui destinait. Rassuré sur le compte de Gustave, qui paraissait disposé à faire les volontés de son oncle, le colonel écrivit à M. de Berly une lettre par laquelle il lui marquait que tout allait suivant leurs désirs, et envoya pour récompense à son neveu une nouvelle somme d'argent.

Pendant que cette correspondance s'établissait, le neveu avançait ses affaires. Julie (c'est le nom de madame de Berly) ne pouvait se défendre de trouver Gustave bien aimable. A la campagne, on bannit le ton froid et composé de la ville, la confiance s'établit plus facilement ; tout en causant, notre jeune homme apprit que Julie, mariée par des parents sévères qui n'avaient pas mémo daigné consulter son goût, n'avaient vu son futur qu'au moment de signer le contrat. A la vérité, 01 ne se plaignait pas de M. de Berly, qui était complaisant et laissait S9 femme libre de faire ce qu'elle voulait; mais l'amour pouvait-il naître d'une union si disproportionnée ? M. de Berly avait plus du double de l'âge de sa femme ; il était sot et bavard, Julie était tendre, spirituelle; il était laid, elle était charmante; il appelait

amour le besoin des sens, Julie avait une âme faite pour connaître toute la délicatesse de ce sentiment : de bonne foi, elle ne pouvait qu'estimer son mari. Ainsi des parents qui donnent leur fille à un homme qu'elle n'aime pas, la condamnent à m jamais se livrer au plus doux sentiment de la nature !.'.. Pauvres femmes !... il faut bien de la vertu ! et c'est le sexe le plus faible, celui qui est 'sans cesse l'objet de nos hommages, de nos séductions, qui doit montrer le plus de force, d'insensibilité, de fermeté !... En vérité tout cela est fort mal arrangé, et ces messieurs qui ont fait le Code civil auraient bien dû consulter davantage le code de la nature.

C'est ce mauvais sujet de Gustave qui faisait toutes ces réflexions en regardant Julie assise devant son métier à broder, tandis que mademoiselle Aurélie leur tapait sur le piano l'air de Èeniouski, qu'elle chantait comme un chantre de cathédrale. L'après-dînée, on allait au billard, où Julie recevait des leçons de Gustave : quel plaisir de former à ce jeu une charmante écolière ! Le jeune homme plaçait toujours les billes au milieu du tapis, afin d'obliger madame de Berly à s'étendre un peu sur le billard ; il admirait alors des formes ravissantes, qu'une légère robe de mousseline couvrait sans les cacher. Pour diriger la main de son écolière, il entourait de son bras une taille bien prise ; il effleurait quelquefois une gorge d'albâtre ; ses yeux s'égaraient alors sur un sein qu'il brûlait de baiser ! Julie se plaignait de ce qu'il lui faisait souvent recommencer le même coup, mais Gustave enseignait avec tant de douceur qu'il n'y avait pas moyeu de se fâcher.

Mademoiselle Aurélie ne jouait point au billard : elle aurait cru compromettre sa dignité en apprenant un exercice qu'elle trouvait trop masculin, Ses yeux exprimaient un étonnement mêlé de dépit toutes les fois que Julie et Gustave se rendaient au jardin, mais elle n'osait se permettre des observations sur ce qu'elle appelait tout bas la folie de sa tante. o

M. de Berly voulait tous les matins emmener Gustave à la chasse ; mais celui-ci, feignant de s'être blessé au genou et de boiter légèrement, avait jusqu'alors évité la compagnie de son hôte. La lettre du colonel MoranvaL avait fait grand plaisir à M. de Berly, qui, fort peu connaisseur en amour et en galanterie, était persuadé que Gustave adorait sa nièce ; il attribuait même à cette passion et au désir de rester près d'Aurélie les refus du jeune homme de l'accompagner à la poursuite des lièvres.

Un monsieur Desjardins était arrivé chez M. de Berly trois jours après Gustave. C'était un grand sec, d'une cinquantaine d'années, grand mangeur, grand joueur et grand menteur. N'ayant qu'un revenu médiocre, il trour vait moyen de ne pas toucher à ses rentes en vivant habituellement chez les autres. Il avait les qualités nécessaires dans un parasite : il était complaisant, flatteur et médisant, lorsque cela était agréable à ses hôtes. Il faisait un peu de tout : il jouait du violon assez pour accompagner une sonate de Pleyel ; il dessinait passablement et faisait des portraits à la silhouette ; il dansait lorsque cela était nécessaire, et il jouait à tous les jeux. Chaque soir M. de Berly et lui se mettaient au trictrac, où M. Desjardins trouvait, en jouant, le moment d'adresser des compliments à madame de Berly, des éloges à mademoiselle Aurélie sur sa manière de chanter, des caresses au chat et des gimblettes au chien.

Depuis quinze jours Gustave était près de madame de Berly, toujours plus amoureux, mais n'obtenant rien de Julie. Il avait fait l'aveu de son amour, qu'on avait écouté en plaisantant ; on voulait bien plaire, mais on ne voulait pas manquer à ses devoirs. Cependant les leçons de billard contin uaient ; elles devenaient bien dan gereuses ; on y était toujours seuls; les charmilles épaisses qui entouraient ce lieu empêchaient d'être vus du dehors ; le maître était tendre, aimable, entreprenant; l'écolière, trop sensible, sentit que son courage diminuait... elle refusa de continuer à prendre des leçons.

''. l'STAVE

— Allons, elle ne m'aime pas, dit Gustave. décidéni'-m c'est une coquette qui ne veut que s'amiis t âe nus tourments: je suis va iou de soupirer pour elle !... mais

fini, je ne lui parlerai plus... je ne veux même plus la regarder.

Cette résolution prise, Gustave veut essayer de faire la cour à Aurélie: mais la tâche est trop pénible. Les journées ne sont plus les mêmes : madame de Berly, fixée près de son métier, ne sort pas du salon, et le soir elle regarde jouer au trictrac ou écoute chanter l'infatigable Aurélie. Elle est triste, rêveuse, mais toujours douce, complaisante pour ceux qui viennent chez son époux : elle ne paraît pas s'apercevoir de l'humeur de Gustave, de ses prévenances afiectées pour la grande nièce, de ses ép tgrammes sur la coquetterie des femmes. Le jeune homme se dépite, il ne sait plus que faire; dans son désespoir il accompagne M. de Berly à la chasse: il tire sur les chiens au lieu de tirer sur les lièvres ; il prend des pies pour des bécasses, et un gros cochon pour un ^anglier. Le soir, il veut jouer au trictrac : il faix école sur école, jette les dés par terre, laisse tomber son cornet, il veut chanter et n'a plus de voix ; il veut jouer du violon : sa main tremble, il joue faux, il ne va pas en mesure, il ne sait plus ce qu'il fait... M. de Berly le raille, M. Desjardins rit, mademoiselle Aurélie ouvre de grands yeux, Julie soupire.

— Allons, pensait M. de Berly, le jeune homme est amoureux fou de ma nièce!... j'espère que cela est visible!...

Le cher oncle en causait avec Desjardins, qui, par principe, était toujours de son avis, et avec sa femme, qui se contentait de répondre qu'elle le désirait.

— Tiens, ma femme, regarde donc Gustave assis làbas tout seul dans un coin... vois-tu cet air boudeur, ce front soucieux et mélancolique?... Eh bien ! c'est l'amour qui fait tout cela. Oh! je m'y connais !... D'ailleurs, rappelle-toi les premiers jours de son arrivée ici, il était

tout différent; il riait, causait, chantait, faisait mille folies! .. aujourd'hui il n'ouvre la bouche que pour soupirer... il lève les yeux au ciel!... et à la chasse, si tu savais toutes les étourderies qu'il a commises !.., «test à mourir de rire!... Parbleu! celui-là en tient, et joliment!... je vais écrire à son oncle le colonel, pour qu'il, presse la conclusion, car enfin il ne faut pas laisser ce pauvre garçon se dessécher!... N'est-ce pas, Desjardins ? — Vous avez parfaitement raison, car... — Quant à ma nièce, elle ne dit rien, mais je suis sûr que- la friponne n'en pense pas moins. Ah! si le colonel n'avait passa maudite goutte, il serait déjà ici!... qu'il me tarde de lui montrer son neveu converti!... — Mais, mon ami, ètes-vous bien certain... — Oui, madame, oui, je suis certain que ce mariage sera aussi heureux que le nôtre... Mais à propos, pourquoi donc ne jouez-vous plus au billard?... — Mon ami, c'est que... — Cela amusait notre amoureux. Que diable ! il faut un peu l'égayer , il aura le temps de faire des réflexions quand il sera marié!... Gustave !. . . ma iemme se plaint de ce que vous ne voulez plus lui donner les leçons de billard... — Moi, mon ami! je n'ai pas dit cela. . . — Chut !... laissez-moi donc faire..,

— Quand madame voudra, dit Gustave en se levant ; je suis toujours à ses ordres. — A la bonne heure... Allons, sortez un peu de vos rêveries, jeune homme ! je vais faire un trictrac avec Desjardins ; faites éclairer le billard; vous aurez le temps de jouer jusqu'au souper... Allons, madame de Juerly. .. allez donc... Vous voyez bien que monsieur vous attend...

Il n'y avait pas moyen de s'en défendre ; M. de Berly le voulait, Gustave présenta la main à Julie, il sentit que celle qu'on lui donnait tremblait beaucoup : un sentiment vague (2'espérance et de plaisir vint ranimer son cœur.

Ils arrivent à la salle de billard : le domefiiqu1 s'éloigne après a^oir allumé les quinquets. Ils restent seuls. Madame de Berly est silencieuse, mais elle paraît

agitée ; Gustave est si triste qu'il faudrait avoir le cœur bien dur pour ne pas avoir pitié de lui. — Qu'avez-vous donc depuis quelques jours, monsieur ? dit enfin d'une voix faible madame de Berly, vous ne daignez pas de parler... ~e que j'ai ?... ah ! madame ! ai-je besoin de vous le dire encore ? Je vous adore, et vous me détestez ! — Je vous déteste !... quelle injustice !... si cela était, craindrais-je d'écouter vos serments... vos discours ?

Julie en avait trop dit. Gustave saisit sa main, qu'il posa sur son cœur. — Laissez-moi, dit Madame de Berly, vous ferez mon malheur. . . Ah ! Gustave !... n'abusez pas de ma faiblesse.

Mais un amant qui apprend qu'il est aimé n'écoute plus que son ardeur. Julie pleurait ; Gustave la presse contre son sein, il couvre de baisers les larmes qu'elle répand... Elle veut se défendre... mais une flamme inconnue circule déjà dans ses veines... elle ne peut que rendre transport pour transport, amour pour amour.

— Ma femme ! ma femme ! s'écria M. de Berly. qui, comme on sait, n'était séparé du billard que par quelques arbres et une charmille qui empêchaient de se voir, mais non de s'entendre, je viens d'être fait grande bredouille ; c'est la première fois que cela m' arrive !... Et vous autres, allez-vous bien? — Mais oui, monsieur, répond Gustave, car sa compagne n'avait plus la force de parler : nous jouons très-bien ce soir... madame votre épouse fait des progrès sensibles... — Tant mieux ! tant mieux ! au moins, quand je jouerai avec elle, elle sera de force ; mais apprenez-lui le doublé surtout, c'est cela qui est joli... — C'est ce que je fais dans ce moment, monsieur.

La partie fut sans doute longue, car Gustave et Julie ne rentrèrent au salon qu'au moment de se mettre à table pour souper. Madame de Berly avait les yeux trèsrouges, Gustave était rayonnant ; le plaisir, le bonheur brillaient dans ses regards.

— Eh bien, dit M. de Berly, vous êtes- vous escrx nés ?

Qui est-ce qui a gagné le plus de parties ? — Mais je crois que c'est madame... — Bah ! allons, vous aurez fait cela par galanterie !.... Elle ne peut pas être encore aussi forte que vous, qui avez un coup de queue su perbe, et qui bloquez presque aussi bien que moi !... N'est-ce pas, ma remme, que je bloque joliment quand je m'y mets ?... — Oui, mon ami, mais pas si bien que M. Gustave... — Allons, tu veux flatter ton maître... Mais tu parais bien fatiguée... Au fait, le billard est un jeu trèsfatigant ; être toujours debout... aller... venir.,. — Eh bien ! moi, dit Desjardins, j'y ai joué une fois trois jours de suite... nous étions deux enragés ! on nous apportait à manger, et... —Allons, Desjardins, vous nous conterez cela en soupant ; d'ailleurs, je suis fâché avec vous... j'ai votre grande bredouille sur le cœur!... —J'en ai donné une lois huit de suite à un homme qui certes était pour le moins...

Mais on était déjà dans la salle à manger, et M. Desjardins fut obligé de remettre son anecdote à un autre moment.

Pendant le souper, madame de Beriy parla peu et tint constamment ses yeux baissés. Mademoiselle Aurélie ne cessait de promener les siens sur Gustave et sa tante : ces prudes sont quelquefois très-clairvoyantes !... M. Desjardins se contenta de manger et d'applaudir indistinctement aux discours de tout le monde. M. de Berly ne cessa de parler de sa force au billard et des coups charmants que l'on pouvait y faire. Quant à Gustave, il fut gai, aimable, et d'une complaisance extrême avec M. de Berly, dont' il vanta l'adresse à la chasse, l'amabilité près des dames, et le courage dans le danger.

Le pauvre époux était enchanté du jeune homme : en se levant de table il lui serra la main avec force, et lui promit que son oncle serait instruit de sa bonne conduite.

Qu'on dise après cela qu'on a des pressentiments !

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