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GUSTAVE MOREAU Al

par aucun intermédiaire, ceux qu’attirait son art surent pénétrer

jusqu’à lui. Il entra directement en contact avec une élite: il fut

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Musée Gustave Moreau.)

profondément aimé et vénéré par le petit groupe de penseurs et

d'amateurs qui prépare et anticipe les hautes consécrations. Ceux-ci

fomentèrent son travail avec intelligence et comprirent ses vastes

désirs ; il peignit réellement pour eux et pour chacun d'eux; son nom personnifia ainsi l’art le plus élevé, le plus précieux ; ses œuvres furent comme des joyaux sans égal, dignes seulement des écrins aristocratiques. Environ cent tableaux et deux cents aquarelles de sa main, œuvres poussées jusqu'au plus scrupuleux ne varielur, sont conservés à Paris. Une douzaine de collectionneurs raffinés! se les disputèrent et l’on apprit par eux que l'inspiration de l'artiste répondait à une renaissance du goût, à une évolution bienfaisante de l’idéalisme plastique. Honneur à ceux pour qui Moreau, élaborant sa gloire en toute liberté, put incarner son rêve immense !

Aujourd’hui, l'atelier est devenu musée. Des centaines de compositions, des milliers de dessins et d’aquarelles nous racontent les travaux et les jours du maître. Il a décidé que sa demeure privée s'ouvrirait publiquement à l'étude ; il a entendu nous léguer l’enseignement moral de son exemple et la confession de son effort entier. Toujours préoccupé de la brièveté de la vie, il a pris ses précautions pour nous éviter les moindres malentendus, jusqu'à inscrire la mention : «en voie d'exécution » sur les toiles inachevées, mais non point abandonnées, jusqu'à classer ses dessins, ses calques, méticuleusement. Certainement, il s’est investi d’une tâche, il à voulu assurer les principes qu’il chérissait et nous laisser le manifeste d’un art renouvelé.

Orgueil supérieur d'une âme ardente et constante en ses élans : lorsque le marquis de Chennevières vint lui proposer ?, en 1874, de décorer la chapelle de la Vierge au Panthéon, alors église Sainte- Geneviève, il refusa, pensant que sa mission n'élait pas là, que les proportions de la peinture murale et la contrainte du genre imposé le stériliseraient. Il eût fallu cent ans, cependant, pour qu'il réalisât les projets ébauchés en sa maturité, et la vieillesse même exalta son énergie créatrice.

La famille de Gustave Moreau ne disposait que de ressources fort médiocres. Après des essais timidement romantiques dans la peinture de genre, le jeune homme fut admis à l'atelier de Picot où l’enseignement officiel mit ses instincts en révolte contre les formules mesquines de l’école et de l’Académie. Son esprit était cultivé, sans que ni ses notions classiques ni Jamais ses lectures aient été celles d’un érudit. En réalité, Moreau regarda les maîtres avide-

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