‹ Gustave Moreau; 48 planches hors texteChapitre 14 sur 52 · DR DE SUP AINTES DU POÈTE · texte numérisé non relu

DR DE SUP AINTES DU POÈTE

Le poëête apparaît à Gustave Moreau sous les espèces d’un être sensible et pur, épris de mystère, assoiffé de tendresse délicate, baigné de douceur et de mélancolie. Ce compagnon de sa propre pensée reparaît sous des noms divers tout au Ilong de l’œuvre de l'artiste. C'est tantôt TYRTÉE, tantôt HÉSIODE et tantôt ORPHÉE. C’est le POÈTE VOYAGEUR, {n° 24 du Musée), accablé devant un gouffre et que Pégase regarde « ayec une pitié sévère »; c’est le POÈTE MORT EMPORTÉ PAR DES CENTAURES, de la collection Bessonneau, LE FOÈTE ET LA SIRÈNE dont le Musée du Luxembourg possède le carton original et la tapisserie exécutée aux Gobelins, toute la série des POÈTES PERSANS et des POËTES ARABES, sans oublier le poète expirant sous les coups d'Ulysse qui occupe la place d'honneur dans la grande toile des PRÉTENDANTS.

Voici encore une précieuse aquarelle en camaïeu bieu pâle, LES PLAINTES DU FOÈTE, dont M. Leprieur a donné en 1889 la description suivante: « La Muse est assise, trônant en quelque sorte sur des rochers élevés, au pied d’un bouquet d'arbres. Couronnée de feuillages et parée de joyaux, l'expression mysté-

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rieuse, insaisissable et changeante, ainsi qu’une figure de Vinci, elle semble, en sa retraite, loin des hommes, loin du bruit, la magicienne de 1a forêt qui connaît le secret des philtres endormeurs.

« Le poète, un jeune éphèbe nu, s'appuie des deux bras, avec confiance, contre un des genoux de l’enchanteresse, et brame, éploré, vers elle son unique espérance. La déesse, imperturbable et sereine, demi-souriante et pourtant pleine de compassion et de bonté, lui redresse le front et, d’un regard, verse en son cœur le baume apaisant des caresses. )

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Ce retour incessant à quelques thèmes favoris a été souligné par tous les commentateurs et l’œuvre entier de Moreau a pu être groupé ainsi en un petit nombre de « cycles », pour employer le mot qui a fait fortune : cycle du Poëte, cycle du Héros, cycle de la Fenime...…. C’est un procédé de classement quipeut ayoir ses avantages, mais à condition de ne pas en faire une sorte de plan préétabli dans l'esprit au peintre lui-même. Il en est tout à fait innocent et ses intimes sont là pour l’affirmer : ce beau système bien symétrique est fait après coup. Ne fournissons pas ce nouvel argument à ceux qu'inquiète parfois l'ambition philosophique de certaines œuvres de Moreau et laissons la paternité des « Cycles » à leurs inventeurs.

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