‹ Gustave Moreau; 48 planches hors texteChapitre 17 sur 52 · GUSTAVE · texte numérisé non relu

GUSTAVE

UTILES TÉD A

11 faut s'arrêter à l’un des reproches soulevés par les deux tableaux précédents. Presque tous les critiques s’accordaient à regretter, dans PROMÉTHÉE, et dans EUROPE, des lourdeurs d'éxécution.

On dirait — déclarait Borgella dans le Globe — « un dessin pénible vingt fois recommencé sur un papier sale avec de 1a sépia, de la mine de plomb et un peu d’aquarelle. C’est la peinture d’un esprit fatigué et décu, qui n’a plus ni foi ni croyance ).

Le peintre — disait Paul Mantz — « n’a plus ces amusantes curiosités de couleur, ces notes irisées et brillantes comme un paillon d’émail qui jadis égayaient le regard. Sa palette s’est attristée et ternie. Mais ce qui surtout est fait pour surprendre, c’est la manière empêchée, hésitante,inhabiledontM.Moreau peint les chairs. Qu'il s'agisse d’un homme dans la force de l’âge, comme Prométhée, ou d’une jeune fille, comme Europe, Îles carnations sont trailées de même sorte, d’un pinceau rugueux qui éraille l’'épiderme au lieu de le caresser et qui ignore toute vérité et toute souplesse y».

L'exemple particulier de PROMÉTHÉE et d'EUROPE

un ’

pouvait légitimer ces critiques,car ces deux toiles sont peut-être celles où l'effort de l'artiste s’est le plus péniblement marqué. Avant de généraliser ces critiques, consultons cependant d’autres œuvres de la même époque, qui nous feront assister à la conception et à l'exécution d’une toile de Moreau.

Se

Parfois, mais exceptionnellement, c’est l’idée même qui est lente | à Se dégager. Voici, danse mème « cycle » qu'EUROPE, une LÉDA dont la composition s’est d’abord modifiée en d'innombrables croquis. On voit, en parcourant au Musée ces curieuses variantes, le mythe perdre peu à peu son sens yvoluptueux traditionnel pour devenir une sorte de mystère sacré; la femme assaillie par l'amant équivoque devient l’initiée consacrée par le dieu ; son bras gauche, qui se levait avec effroi devant les entreprises audacieuses du cygne, reste dressé maintenant pour la seule harmonie des formes et trace dans l'air un geste hiératique.

Un exemplaire de cette œuvre si longuement méditée, si souvent modifiée dans la pensée de l'artiste, est entré dans la collection Mante. Voici au Musée une autre toile restée sur Ie chevalet. pu moins le peintre l’a-t-il abandonnée à un heureux moment, car la toile inachevée nous offre un des nus les plus souples et les plus forts qu'’ait peints Moreau.

BULLOZ

PHOT

Page 1