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L'œuvre de Gustave Moreau s'ouvre en l’année 1849. 11 était alors âgé de vingt-trois ans et donnait déjà des inquiétudes à son maître, le très classique Monsieur Picot. Le jeune homme venait de prendre part à cette date — sans succès d’ailleurs — au concours de Rome, ainsi qu’en témoigne un dessin: ULYSSE RECONNU PAR SA SERVANTE, conservé au musée. Mais son ambition allait déjà au delà des programmes et des récompenses d'école, et il peignait dès cette même année, en vue du Salon, quelques études pour une PIETA.
Sans doute avait-il déjà pénétré dans l'atelier de son voisin de l’ayenue Frochot, ce jeune maître si séduisant, Théodore Chassériau, dont il devait fortement subir l’ascendant. Notons que, par une coïncidence curieuse, un autre glorieux disciple de Chassériau, Puvis de Chävannes, exposait presque en même temps, pour ses débuts, une FIETA au Salon de 1850.
La toile de Moreau, préparée en 1849, parut seulement au Salon de 1852, où elle ne passa pas inaperçue.
Les Goncourt la décrivirent en ces termes: «Sur un fond de montagnes verdâtres que le peintre a fait bondir à l'horizon, sur un ciel blafard et voilé de deuil, se détachent la Vierge qu’on soutient, le Christ affaissé et évanoui dans la mort, Madeleine assise à côté du cadavre, la tête cachée. Le mouvement de la Vierge, suffoquant de sanglots et ramenant la draperie à ses lèvres, est beau. L'homme qui la soutient à droite, en grande tunique rouge largement épandue, a grande tournure. La Madeleine, abimée dans sa douleur et pleurant sur une des mains du cadavre, est d’un heureux sentiment. Cette scène, toute pleine de tons vigoureux et sourds, doit à la sobriété de ton des draperies, qui sont toutes ou rouges ou bleues, une harmonie solide, un effet puissant ).
Claude Vignon remarque dans ce premier envoi, avec de très bonnes qualités et quelques faiblesses, beaucoup de souvenirs des vieux maîtres. Détail à noter, le critique, qu’exaspèrent pourtant les « tons féroces » de Chassériau, vante ici l'harmonie de la couleur, et regrette seulement une prédilection excessive de G. Moreau pour les bleus]
Le sort actuel de cette toile est inconnu. C’est à tort qu'on l’a signalée plusieurs fois à la cathédrale d'Angoulême.
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