‹ Gustave Moreau; 48 planches hors texteChapitre 21 sur 52 · MUSÉE GUSTAVE MORE AU) PHOT, BULLOZ · texte numérisé non relu

MUSÉE GUSTAVE MORE AU) PHOT, BULLOZ

PORT LES ROISUMAGES

Voici une œuvre conçue dès 1860, plusieurs fois reprise et, comme bien d’autres, laissée inachevée. Outre la grande toile, ébauchée dans un si beau sentiment, que nous reproduisons ici, le musée conserve une petite esquisse (n° 579) fort instructive.

Cette composition nous apprend, en effet, que Moreau avait d’abord conçu son œuvre comme une sorte de frise décorative ; un long cortège pittoresque, esquissé avec des tons très tendres, s’allongeait derrière les rois.

Mais si Moreau est amoureux autant que quiconque du rythme des lignes, de l'harmonie de l’'arabesque, il se défend cependant d'être un décorateur. On sait que lorsque le marquis de Chennevières lui proposa, en 1874, de décorer la chapelle de la Vierge au Panthéon, notre artiste déclina la commande, pensant que sa mission n’était pas là et que les nécessités de la technique décorative le détourneraient de son véritable but.

Le voici, en effet, qui, dans sa composition des ROIS MAGES, coupe délibérément toute la suite

pittoresque des rois, afin de réduire l’œuvre aux seuls personnages nécessaires pour exprimer l’idée profonde de son sujet.

« Les trois rois — expliquait-il lui-même — sont représentés par trois figures d’un caractère absolument tranché : la race blanche, par un jeune roi rappelant, dans son ajustement, son type et son caractère d'expression, un saint Louis jeune, figure toute de foi, d’ardeur intérieure et de dignité royale; la race cuivrée représentée par une figure féminine de jeune roi indien, type tout oriental de rêverie sensuelle et de fatalisme : c’est un roi-poëête tenant la fleur mystique dans une somnolence songeuse ; la race noire, enfin, sous la figure d’un jeune roi nègre, a conservé son caractère enfantin et naïf, figure souriante, toujours curieuse, toute en dehors et par le geste et par l'expression de la physionomie.

« Ces trois types sont, par leur caractère psychologique, la synthèse de i’âme de l'Humanité.

« À la suite de ces jeunes rois, marchent le poète, le peuple et toute la caravane ; le poète portant la lyre, l'épouse et son précieux fardeau, l'époux tenant la gerbe, le soldat offrant l'épée.

« En avant, précédant les rois, le groupe des néophytes, pages célestes, anges de la terre, martyrs futurs, entonnant l'hymne de Mort et de Vie, le chant sacré qui conduit par l'étoile cette armée de paix, de grâce, d'amour, de gloire, de pauvreté, au but tant désiré, au petit Enfant-Dieu, au Rédempteur de l'Humanité. »

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