AR PE RCULCENET L'HYDRE
Cette petite toile, aujourd’hui dans la collection Mante, frappait au premier abord, au Salon de 1876, par son extraordinaire ragoût de couleur. Pour la première fois, on accorde enfin que la facture précieuse des détails ne nuit pas à l’ensemble.
« La facture — disait Cherbuliez — est d’un précieux inouï ; la couleur est trop cuite, presque confite ; mais quelle délicieuse confiture | Quel régal pour les yeux I Quelle richesse dans ces tons heureusement assortis |... Quelle douceur et quelle harmonie dans l'effet générall »
« Les détails, étudiés avec un soin minutieux, se fondent bien dans l’ensemble, — dit aussi C. Clément. — L'aspect rappelle les vieux cuirs de Cordoue, les vieilles tapisseries fanées, même les vieux tableaux; les yeux s’y reposent avec plaisir. Cet air de vétusté attire et j'y ai été pris comme un autre. La couleur est riche, harmonieuse, puissante. )
La donnée de la scène se résume dans le saisissant contraste entre le paysage sinistre, strié de sang, le marais fétide où pourrissent les cadavres, le monstre effrayant, immonde machine de mort, et, d'autre part, le héros calme et radieux.
« Ce n’est pas cet athlète énorme, ventripotent, aux formes épaisses, à tournure bestiale, — disait Lafenestre, — que 1a décadence macédonienne légua au banal Panthéon des Romains, c’est le véritable Hercule hellénique, le beau-fils de Maîïa, l’Hercule solaire, symbole, comme Apollon, avec lequel il fut longtemps confondu, de la lumière, de la beauté, de la jeunesse, de la poésie... Nulle peur ne trouble l'adolescent divin, qui apporte, dans ce chaos sanglant, dans cette barbarie féroce, l’ordre; “la paix etWltharmonie.--WAUtourNdeMir rayonne la lumière; il est sûr de lui, il va vaincrel »
« Son Hercule — dit Saint- Victor — yous transporte à dix siècles de la fable classique telle que les peintres l'ont jusqu'à présent figurée. Hercule est jeune, svelte et nu comme Apollon, avec lequel il se confond dans les premiers âges de la Grèce: ses traits d’une régularité implacable semblent taillés dans la pierre précieuse d’un camée...)
De plus malveillants disaient en termes moins voilés que Moreau avait bien évité de recommencer la statue classique de l’Hercule, mais pour refaire la statue non moins classique de l’Apollon.