‹ Gustave Moreau; 48 planches hors texteChapitre 27 sur 52 · GUSTAVE MOREAU —— FAO PAR NE · texte numérisé non relu

GUSTAVE MOREAU —— FAO PAR NE

DOM III = SALOME

C’est peut-être l'œuvre qui résume le mieux le talent de Gustave Moreau, en tout cas le plus significatif de ses envois au Salon en 1876, par l'hiératisme de la composition, l'atmosphère (« capiteuse comme certaines fleurs d'Asie », la richesse suprême du décor, véritable « ruissellement de pierreries », dans lequel le peintre, dont certains louent cependant la « science archéologique », a rassemblé avec une parfaite indifférence de l’archéologie les éléments d'architecture empruntés aux pays et aux siècles les plus divers.

Mais peut-on penser à lui en faire grief? ( ÆRegarder un pareil ouvrage avec des yeux de réaliste — répond Lafenestre —, ne cherchant, dans l’art, rien au delà de l'imitation stérile ou avec les regards froids d’un historien sceptique, c’est assurément n’y rien voir... Ce n'est pas la Palestine mi-judaïque mi-romaine que M. Moreau a vue dans sa vision étincelante ; c’est l'Orient tout entier avec

toutes ses splendeurs architecturales, tous ses luxes de pierreries, de tissus, de métaux, ses voluptés sanglantes et ses atrocités graves... })

L'œuvre est « indescriptible — confesse Yriarte —.…. Nous sommes dans un temple, dans une mosquée, un alcazar, peut-être dans une pagode, et la scène se passe dans cette partie consacrée qui serait l’iconostase;... dans le milieu de la composition, dans l’entrecolonnement central, s'élève le trône d’Hérode, surmonté d’une idole appartenant à je ne sais quel culte et quelle cosmogonie bizarre, mais dont la forme plastique et les lignes principales rappellent la Diane d’'Ephèse. Le bourreau, impassible, muet, reste debout, appuyant d’un beau geste la main sur son glaive; des cassolettes précieuses, des brüle-parfums plus splendides de matière et de forme que les plus riches bibelots demandés par les amateurs modernes aux arts de l'Orient, brülent en saturant l'air de leurs parfums pénétrants. Salomé s’ayance, singulièrement portée sur ses pointes comme la baïilarina de cet Alhambra fantastique, l’almée de ce harem mystique où on respire l’encens, l’opium, la myrrhe et le haschich,.…. tenant à la main je ne sais quel lotus mystique, elle s’avance ou elle glisse comme une apparition ou comme une péri de l’Inde.-."L'architectureuest prestigieuse, invraisemblable, prodigieuse d'’exécution, à la fois pleine de lumière et pleine de mystère... Est-ce Tyr, Jérusalem, Kochmyr, Hiram, Danderah, dJagernau, Lahore ou Hyderabab? »

Se

Page 1