XXXIV. — MOISE EXPOSÉ
Dans une de ses premières œuvres — elle avait été commencée en 1854 — Moreau avait peint Moise parvenant enfin avec son peuple en vue de la terre promise, chargé d'années et de tristesse comme 1e héros de Vigny.
La toile qui figura à l'Exposition de 1878 représente au contraire Moïse dans le berceau qui dérive sur les eaux du Nil. Sujet redoutable, puisqu'il fallait faire deviner dans le nouveau-né paisiblement endormi au milieu des monuments formidables du passé le futur législateur du monde.
« Est-ce Moïse — demande C. Massarani dans l’Art à Paris — ou n'est-ce pas plutôt le premier des Bouddhas ou Sakyamouni. ou le dieu Oannes que ce petit être mystérieux flottant au milieu du cortège de toute la flore des eaux, entre des édifices à assises gigantesques, pylônes, thupos ou pyramides que les Devâs ou les Djinns ou les Açvins seuls peuvent avoir été à même de bâtir?»
84 = = L'ARTIDESNOMRENPEMIES
« Architectures hindoues plutôt qu'égyptiennes — ajoute M. Claretie —, épanouissement de fleurs de lotus, décor stupéfiant, rayonnant comme des escarboucles, avec ses pierreries et ses jaspes, rêve de poëte, reconstruction du passé selon la méthode de Flaubert dans Salam m bô. Evidemment la peinture a un autre but que la représentation des visions, et il ne faudrait pas abuser de l’art fantasmagorique ; mais Gustave Moreau, nature d'élite et de foi, n’en est pas moins une des figures originales et, je dirai, respectables d’une époque beaucoup trop vouée à la vulgarité et au facile succès. ph
« Le futur conducteur d'Israël, dans son repos de nouveau-né, — dit aussi Dubosc de PFesquidoux — a je ne sais quelle sérénité pure et divine qui en fait l’image préfigurative du futur conducteur du monde... Une civilisation entière est ici concentrée dans deux mètres carrés et frappe autant que sur les ruines amoncelées par le temps. Une auguste tranquillité, véritable émanation du ciel, plane au-dessus de la scène, pacifie toutes choses et se répercute dans l'âme du spectateur. »
Notre reproduction ne saurait évoquer, pour ceux qui ne connaissent point l'original, le charme de couleur du tableau, depuis longtemps acquis par M. Antoni Roux : l'enfant, dont les formes rappellent celles des putti raphaëlesques, a une chair blonde et lumineuse; des oiseaux et des fleurs éclatantes l'entourent, et de beaux reflets rosés et dorés jouent dans les fonds ensoleillés.
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