COLLECTION ANTON ROUX
PHOT. BULLOZ
GUSTAVE MOREAU — = —= £ eo
XXXV'—PHAÉËÉTON
« Il faut voir ce PHAÉTON, précipité au milieu du Zodiaque — écrivait C. Massarani à propos de l'Exposition de 1878 —, et ces gigantesques constellations du ciel, toutes vivantes, qui ouvrent des mâchoires formidables et des gueules immenses pour l’engloutir. On n’a plus ses aises pour critiquer; est-ce de l'admiration que l’on éprouve, est-ce de l’'ébahissement, est-ce de l’épouvante? »
La course vertigineuse de l’imprudent PFhaëton à travers l’espace, popularisée par Ovide, les coursiers emportés, les cieux embrasés, le char affolé, les constellations monstrueuses, offraient à l'artiste assez de ressources pittoresques pour expliquer le choix de son sujet. Mais il a bien fallu que les commentateurs ajoutassent encore ici un grain de philosophie : « Une page de Flaton, — expliquait M. Schuré en 1900 — serait le seul commentaire digne d’une d’une telle peinture. Rappelez-vous dans Phèdre le passage sur l'âme et son attelage. Rappelez-vous encore celui où le maître parle du voyage cosmique de l'âme, qui, après avoir contemplé les pures essences du Vrai et du Beau, à la suite des dieux, est forcée de se réincarner dans Un COTDS terrestre... }
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Le PHAÉËÉTON était une aquarelle conçue comme projet de plafond. Elle est entrée au Luxembourg par le don de M. Hayem et figure actuellement, faute de place, dans les bureaux de la conservation. Nous avons constaté déjà que Moreau se sentait peu porté vers la peinture décorative et l’on ne s’étonnera pas qu'il n'ait pas donné suite à ce projet.
Eut-il rivalisé heureusement avec le PLAFOND D’APOLLON de Delacroix, auquel on ne peut ici ne pas penser? C'est ce qu'il eut été intéressant de constater. C’est ce que ne prévoyaient pas certains juges comme Charles Blanc et Paul Mantz qui continuaient à faire des réserves sévères sur le talent de coloriste de notre artiste. «1 M. Moreau — disait Paul Mantz à cette date — a quelques-unes des qualités du coloriste; mais il ne comprend le ton que dans les joailleries du détail; il n’a pas la notion des grands contrastes équilibrés; en outre et bien qu'il ait traité souvent des sujets tragiques, il ne sait pas mettre sa couleur d'accord avec sa pensée... Ces défauts, le coloriage scintillant du morceau, l'absence d'harmonie dans l’ensemble, la méconnaissance des lois qui font du spectacle optique un drame douloureux ou une chanson égayée, ces défauts se retrouvent chez la plupart des modernes, car, il faut bien l'avouer, depuis la mort de Delacroix, nous cherchons vainement des coloristes complets, nous n’en trouyons aucun. »
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