‹ Gustave Moreau; 48 planches hors texteChapitre 36 sur 52 · XXXVII — HÉLÈNE · texte numérisé non relu

XXXVII — HÉLÈNE

La passivité dans l’action, le calme au centre du drame, contraste cher à Moreau, était la donnée essentielle de l'HÉLÈNE exposée au Salon de 1880. Idée difficile à exprimer lisiblement, à en juger par l'inquiétude des juges les plus sympathiques.

« Je continue — disait H. Cochin — a être attiré par une véritable prédilection pour M. G. Moreau, sans saisir plus que par le passé ses rêves étranges et sans pouvoir suivre toujours les égarements de son esprit bizarre. Son Hélène, sorte d’allégorie étrange de la beauté qui donne la mort, de l'amour qui tue, ne peut laisser insensible un spectateur dont l'âme est quelque peu tournée vers les spéculations poétiques. )

« Ce grand et singulier maître — ajoute M. de Fourcaud — ce poëte étrange est, avant tout et par-dessus tout, un admirable malade. Il est savant et il ne peut se reposer sur sa science; il se fait une souffrance de ce qu’il ne connaît pas ; il se tourne et se retourne sur le lit de cendre de ses désirs; il prétend tout connaître, tout sentir, routRSCruUterm et tout dire... ».

Dans sa langue aussi richement émaillée que les toiles de notre peintre, d.-K. Huysmans décrit avec un plaisir évident « Hélène, debout, droite, se découpant sur un terrible horizon éclaboussé de phosphore et rayé de sang, vêtue d’une robe incrustée de pierreries comme une châsse ; tenant à la main, de même que la Dame de Pique des jeux de cartes, une grande fleur; marchant les yeux larges ouverts, fixe, dans une pose cataleptique. À ses pieds gisent des amas de cadavres percés de flèches et, de son auguste beauté blonde, elle domine le carnage, majestueuse et superbe comme la Salammbô apparaissant aux mercenaires, semblable à une divinité malfaisante qui empoisonne, sans même qu'elle en ait conscience, tout ce qui l'approche ou tout ce qu'elle regarde et LoUCGHe ee Que l’on aime ou que l’on n'aime pas ces féeries écloses dans le cerveau d’un mangeur d'’opium, il faut bien avouer que M. Moreau est un grand artiste et qu'il domine, aujourd'hui, de toute ja tête, la banale cohue des peintres d'histoire ».

HÉLÈNE, qui a appartenu à la collection de M. Beer, est récemment passée en vente au prix de 27.500 fr.; deux autres toiles du maître, à la même vente, DÉJANIRE et VÉNUS SORTANT DE L’ONDE, atteignaient respectivement 80.600 et 60.000 fr. Nous releyons ces indications au passage parce que les œuvres de Moreau, réparties entre quelques rares amateurs et les musées, n’ont eu guère l’occasion d'affronter les enchères publiques.

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