XLII. — LES FABLES (suite) SAMSON ET DALILA
C’est ordinairement par les accessoires et par le décor que Moreau fait participer les Fables de son esthétique habituelle. Sur la table où festoie le RAT DE VILLE, s’amoncellent les aiguières, les buires et les cristaux; sous les doigts du THÉSAU- RISEUR, les joyaux entassés brillent dans l'ombre d’une salle à la Rembrandt; dans LE SINGE ET LE DAUPHIN, une lyre couverte d’émaux éclatants traîne dans la mer violette. Un peu partout ce sont des lampes d'or éclairant les voütes, des colonnes de lapis soutenant des architraves de porphyre, des chocs de nuages tragiques, des ciels sauvages et sanglants.
Et pour peu qu’un mot en donne le prétexte, avec quelle hâte l'artiste s'’évade vers les régions lointaines et indéfinies où il se complaît d'habitude. C’est tout exprès pour son futur illustrateur que La Fontaine a mis en scène éléphants et rhinocéros, songeurs du Mogol et vrais amis du Monomotapa.
Quand on ne peut faire intervenir l'Inde et la Perse, c’est la vieille Rome, avec sa louve de bronze, qui se dresse auprès du PAYSAN DU DANUBE, sorte de rédempteur préchant avec véhémence au milieu d’une basilique.
Mais parfois l’occasion se présente de se lancer en plein mythe et en plein fantastique, en évoquant UUNON, JUPITER ET LE PASSAGER, PHÉBUS ET BORÉE, L'HYMÉNÉE, LA MORT ET LE BUCHERON, LE DRAGON A PLUSIEURS TÉTES, et tant d'autres sujets que Moreau élève tout naturellement au niveau de l'épopée. I1 faut arrêter cette énumération, mais si l’on veut résumer en un exemple typique le caractère de cette série d’'aquarelles, il suffit d’en citer le frontispice : c’est la Fable elle-même, non empreinte de simplicité rustique, de savoureuse malice, et de bonhomie champenoise, mais presque divine, le regard étrange, chevauchant un hippogriffe et faisant l’ascension des nuées.
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Vers la même époque, Moreau avait entrepris avec un vif intérêt des recherches pour une toile qui, croyons-nous, resta en projet : SAMSON ET DALILA. Quelques études en gardent le souvenir, comme la petite aquarelle ci-contre, d’une composition si exquise dans sa tonalité bleue. Il est difficile, malgré la différence des titres, de ne pas la rapprocher de notre planche précédente. Nuances imperceptibles et cependant longuement méditées du geste, de l'expression et du sentiment, voilà ce que semble chercher inlassablement Moreau en des œuyres que l’on prendrait au premier abord pour de simples répétitions.
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