‹ Gustave Moreau; 48 planches hors texteChapitre 44 sur 52 · XLV. — ORPHÉE AU TOMBEAU D'EURYDICE · texte numérisé non relu

XLV. — ORPHÉE AU TOMBEAU D'EURYDICE

Voici, de la même période, inspirée par un autre deuil, et empreinte du même sentiment de douleur, une autre toile inachevée, ORPFHÉE. Moreau l’a comimentée en ces termes :

« Le chantre sacré se tait pour toujours. La grande voix des êtres et des choses est éteinte. Le Vates est tombé prostré au pied de l'arbre desséché, aux branches gémissantes et douloureuses.

« L'âme est seule, elle a perdu tout ce qui était la splendeur, la force et la douceur, elle pleure sur elle-même, dans cet abandon de tout, dans sa solitude inconsolée. Le silence est partout, la lune apparait au-dessus de l’édicule et de l'étang sacré, clos de murs. Seules les gouttes de rosée, tombant des fleurs d’eau, font leur bruit régulier et discret, ce bruit plein de mélancolie et de douceur, ce bruit de vie dans ce silence de mort. »

Se

Malheureusement à côté de ces œuvres de donnée lisible, développant des sentiments simples, Moreau, cédant sans doute aux suggestions de ses admirateurs, échafaudait des compositions philosophiques d’une pénible et puérile complication.

LES LYRES MORTES,\\quel l'artiste n'a" pasteume temps d'achever, illustraient le thème suivant, d’une clarté assurément incertaine : « Les poètes, les chantres païens, meurent de cet embrassement, de cette communion ardente avec la matière, sous les formes créées par eux : Amadryades, Naïades, Sources, Nymphes des bois ; de cette immersion dans la nature végétative, dans cette union affolée, délirante, d'un éréthisme éperdu, avec cette nature muette, insensible, prenante, mourant sans cesse pour renaître plus vivace, absorbant tout autour d'elle, sereine, silencieuse, pleine de mystère, animée, pénétrée, créée vivante par l'imagination, l’'adoration, la lyre du poète païen. Mais la grande voix aux cordes vibrantes de l'idéal vraiment divin vient éteindre, abolir toutes ces voix des sens, ces voix de la nature glorifiée;..NLelgrandWOc6anhdes\ siècles antiques entraîne dans un puissant reflux ces astres naguère brillants, qui s’éteignent dans les eaux sombres, et tous ces mondes de pensée, de poésie terrestre disparaissent submergés par le flot justicier, vengeur et rédempteur de l’Idéal divin. )

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