GUSTAVE
ALI LSEMÉLEÉ
La SÉMÉLÉ était en projet depuis trente ans; des dessins, des études de fleurs, datés de 1864, 1865, 1866, attendaient dans les cartons. Vers 1894-05, sur 1eS instances de M. Léopold Goldschmidt, Moreau se mit au travail et consentit à lui livrer cette toile, offerte depuis au Musée Par SOn possesseur. C'est, CTOYOns-nous, la dernière des grandes compositions que l’artiste ait entièrement terminée.
Autour du fragment Principal, que reproduit notre planche, il faut imaginer un chaos de figures et d’ornements Symboliques, peints avec une richesse de pâte et de couleur qui fait ressembler l’œuvre à une mosaïque. En yoici la description, par l’auteur lui-même, dans ce Style exalté qu'il affectionnait alors :
« Au centre d’architectures aériennes, colossales, sans bases ni faites, couvertes de végétations animées et frémissantes, flore sacrée se découpant Sur 1eS sombres azurs des voûtes étoilées, le Dieu,
tant de fois invoqué, se manifeste dans sa splendeur encore voilée. Sémélé, pénétrée des effluves divins, régénérée, purifiée par le Sacre, meurt foudroyée, et avec elle le génie de l'Amour terrestre, le génie aux pieds de bouc.
« Alors, sous cette incantation et cet exorcisme sacré, tout setransforme, s’épure,s’idéalise; l’immortalité commence, le Divin se répand en tout, et tous les êtres, ébauches encore informes, se dégagent de leur limon terrestre et aspirent à la vraie lumière.
« Au pied du trône, la Mort et la Douleur forment la base tragique de la Vie, et non loin d'elles, sous l'égide de l’aigle de Jupiter, le grand Pan, symbole de la terre, courbe son front attristé dans un regret d’esclayage et d’exil, tandis qu’à ses pieds s'entasse la sombre phalange des monstres de l'Erèbe et de la Nuit, des êtres non formés qui doivent attendre encore la vie de lumière, les êtres de l'ombre et du mystère, les indéchiffrables énigmes des ténèbres.
« C’est une ascension vers les sphères supérieures, une montée des êtres épurés, purifiés, vers le Divin, la mort terrestre et l’apothéose dans l’immortalité. Le grand mystère s’accomplit, toute la nature est imprégnée d’idéal et de divin, tout se transforme.
« C’est un hymne à la Divinité. »