VIII, — LE JEUNE HOMME ET LA MORT
AQUARELLE (musée DU LUXEMBOURG) PHOT, BULLOZ
TX =UDIOMEDE
Au Salon de 1866 figurèrent DIOMÈDE, ORPHÉE, HÉSIODE et la PÉRI. Castagnary triomphe lourdement: « Vous êtes prié d'assister aux convoi et enterrement de M. G. Moreau, artiste peintre, âgé de deux Salons (sic), qui fit un ŒDIPE et ne sut pas rester à l’état de Sphinx : Orphée et Diomède tiendront les cordons du poële ».
Mais cette condamnation sans réplique est l’exception. Le sentiment général est singulièrement mélangé (et l'obligation de couper 1es passages les plus saillants dans des commentaires moins rapides que ceux de nos salonniers actuels pourrait induire en erreur) : ceux mêmes qui font les réserves les plus importantes reconnaissent chez lartistendes qualités dignes d'’attention et de respect.
« Ilest facile — écrit Edmond About — de voir que M. Moreau sait peindre excellemment et qu'il est un des plus forts coloristes de notre temps... Mais l'artiste est buté à la plus étrange fantaisie qui soit jamais éclose d’un cerveau sain. 1l a parié avec luimême qu’il deviendrait un primitif; il espère qu’il réussira à entrer de toutes pièces dans la peau d’un mort... J'attendsavecimpatiencele jour où M. Moreau se fera voir au public dans sa peau... Qu'il se mette à faire du Moreau et nous pourrons le juger l »
« Son talent — dit Jahyer — est trop beau, trop réel, pour que nous ne le tenions pas en haute estime, mais nous lui dirons alors de dures vérités; au lieu de ne voir dans ses œuvres que les côtés forts, nous découvrirons les parties faibles.» |
- Ces « parties faibles » sont d’abord l’imitation, cela va sans dire (et voici qu’à l’étonnement de Fromentin lui-même, on prétend retrouver chez Moreau la couleur de Fromentin), et aussi l'absence d'unité dans l'exécution.
L'architecture qui meuble le fond du DIOMÈDE paraît à tous imposante etmagnifiquement ordonnée; les chevaux sont grandioses et d’un beau mouvement, mais leur cohue est indéchiffrable comme un paquet de serpents (Saint-Victor). Lascènelaisse lesentiment d'horreur et de cruauté qu’elle doit suggérer, mais les deux personnages, le Diomède déchiré par ses chevaux et l’Hercule assis à l'écart sur la muraille, semblent mesquins et singulièrement posés.
Malgré tout, conclut Maxime du Camp, « c’est M. Moreau qui est le maître de l'exposition, car c’est lui qui a les tendances les meilleures, l'idéal le plus haut, l'amour le plus vif de son art, le désintéressement le plus radical des triomphes éphémères et le dédain le plus manifeste des succès de coterie ».
Nous ignorons le sort actuel du DIOMÈDE, mais le Musée Gustave Moreau possède comme d'habitude de nombreux dessins, cartons et préparations pour cette toile. La petite esquisse reproduite ci-contre (n° 176) est particulièrement séduisante par la liberté de son dessin, la transparence de sa couleur blonde.
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