‹ Gustave Nadaud et la chanson françaiseChapitre 17 sur 31 · CARCASSONNE · texte numérisé non relu

CARCASSONNE

Je me fais vieux, j'ai soixante ans,

J'ai travaillé toute ma vie,

Sans avoir, durant tout ce temps,

Pu satisfaire mon envie.

Je vois bien qu'il n'est ici-bas

De bonheur complet pour personne,

Mon voeu ne s'accomplira pas :

Je n'ai jamais vu Carcassonne !

On voit la ville de là-haut, Derrière les montagnes bleues ; Mais, pour y parvenir, il faut, Il faut faire cinq grandes lieues ; En faire autant pour revenir !

Oh I si la vendange était bonne !

Le raisin ne veut pas jaunir :

Je ne verrai pas Carcassonne !

On dit qu'on y voit tous les jours, Ni plus, ni moins que les dimanches, Des gens s'en aller sur le cours,' En habits neufs, en robes blanches.

On dit qu'on y voit des châteaux Grands comme ceux de Babylone, Un évêque et deux généraux !

Je ne connais pas Carcassonne I

Le vicaire a cent fois raison:

C'est des imprudents que nous sommes.

Il disait dans une oraison

Que l'ambition perd les hommes.

Si je pouvais trouver, pourtant,

Deux jours sur la lin de l'automne...

Mon Dieu ! que je mourrais content,

Après avoir vu Garcassonne I

Mon Dieu I mon Dieu 1 pardonnez-moi Si ma prière vous offense ; On voit toujours plus haut que soi En vieillesse comme en enfance.

Ma femme, avec mon fils Aignan, A voyagé jusqu'à Narbonne, Mon filleul a vu Perpignan Et je n'ai pas vu Carcassonne !

Ainsi chantait près de Limoux, Un paysan courbé par l'âge.

Je lui dis : « Ami, levez-vous, Nous allons faire le voyage. »

Nous partîmes le lendemain, Mais (que le bon Dieu lui pardonne!) Il mourut à moitié chemin :

Il n'a jamais vu Carcassonne I

Oui» chimères 1 nos rêves,e1 parfois, insaisissable l'idéal poursuivi, « mais si vous retire/, à l'homme ses chimères, <{tic lui restera-t-ill a dit Fontanelle

GUSTAVE \\nwi> ET LA CHAÎfSOK riiw \isi 90

Et combien sont douces les folies chimériques des Poètes, des Artistes et même des Savants : s'ils n'atteignent jamais « Carcassonne »... ils en rêvent toujours délicieusement !... et, cet état d'esprit vaut bien, selon nous, celui de certains jeunes modernistes, qui ont arrêté les battements de leur cœur à tout sentiment idéal, pour se faire une existence et une religion, dans le matérialisme el L'égoîsme !

Du reste, dans une époque de transition de vitesse perpétuelle, la pensée n'est que fugitive et le passé n'existe plus ! Bientôt, hélas, à moins d'un événement qui nous fera nous retrouver tous, soit dans un élan patriotique, pour le salut de la France ou pour l'apothéose de l'Union fraternelle, glorifiant la grande et sublime idée pacifique et humanitaire, dont la science est le flambeau devant illuminer la raison des peuples, bientôt, disonsnous, le scepticisme aura remplacé « Carcassonne » dans le cœur des générations futures!... Mais, revenons au bon soleil de la gai té, ainsi qu'an bon esprit de Nadaud.

Les Chansons joyeuses terminent les Chansons à dire, et sont au nombre de Neuf; c'est peu, mais dans le volume édité par Tresse et Stock en 1891 , l'on rencontre aussi des Chansons joyeuses, parmi lesquelles, notamment, Les Deux (iendarmes, que nous donnerons dans le prochain chapitre, à seule lin de la taire suivre d'anecdotes s'v rattachant.

Nous avons fait choix, dans cette dernière série, de Y Epingle sur la manche.

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