LA JEUNE FILLE EN DEUIL
Pourquoi toujours en noir, La jeune fille?
Elle est sans guide et sans famille ; Voilà tout ce qu'on peut savoir.
Toujours en noir !
Si vous lui demandez la cause De son incurable souci, Sur ses yeux un voile se pose ;
Elle répond ainsi :
« Mon père est mort ; ma mère est morte. (> n'est p;is leur deuil que je porte ».
Pourquoi toujours en noir?
Son teint est pâte ; Comme un BOUpir M voix s'exhale El sans pleurer sait émouvoir.
Toujours en noir !
J ;i vais une MBUr bien-aimce,
Mon frère était vaillant et fort.
Ainsi s'envole la fumée
Sous le souffle du Nord.
Mon frère est mort, ma sœur est morte. Ce n'est pas leur deuil que je porte. »
Pourquoi toujours en noir ?
Son front est sombre ; C'est moins une forme qu'une ombre, C'est moins un beau jour qu'un beau soir.
Toujours en noir !
« J'aurais porté de cœur et d'âme Le nom d'un époux adoré.
Je suis veuve avant d'être femme,
Et telle resterai.
Mon cœur est mort, mon âme est morte.
Ce n'est pas leur deuil que je porte. »
Pourquoi toujours en noir?
Ses yeux sont mornes.
On sent une douleur sans bornes Dans une plainte sans espoir.
Toujours en noir !
« Que le vent orageux m'entraîne !
Emportez-moi, flux et reflux !
0 mon Alsace, ô ma Lorraine,
Je ne vous verrai plus.
Car ma patrie est morte, morte!
Et voilà le deuil que je porte. »
Nadaud écrivit aussi ses Notes d'infirmier, cet ouvrage publié par Pion, en 1871, obtint une mé-
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daille d'or de la Société Nationale d'encouragement au bien, en 1886.
En parcourant les œuvres du chansonnier, on peut dire que sa Muse, après la guerre, se fait plus sérieuse. Il songe avec douleur à nos revers et dans N'oublions pus, sa chanson est énergique et fière ! Son amour de la patrie le portail à la revanche.
Du reste, il annonce dans Mu Patrie, que la France a besoin de chansons venant apporter l'espérance aux cœurs déchirçs, et relever les énergies de l'âme :
N'attendez plus de moi, La molle poésie Qui d'un secret émoi Tenait l'âme saisie.
() France, je t'aimais Jusqu'à l'idolâtrie, Tous mes chants désormais Seront pour ma patrie !
Il préconise la chanson nouvelle aux jeunes, et voilà comment le Maître la comprend, la désire,
et l'enseigne :
LA Nol VI i l.i CHANSON
( 'liamon, il laut chyiK-c-r de sl\ le : Mnel ne serait pas Ion honneur,
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Si lu pouvais le rendre utile, Sans perdre ton aimable, humeur ?
Les ans ont blanchi notre tête, L'orage a courbé notre corps ; Bénis soient rage et la tempête, S'ils rendent nos (ils fiers et torts.
Il faut, sous un refrain frivole, Cacher une leçon :
Charme, élève, console Et vole, vole, vole, Chanson !
Tu ne verseras plus à boire A des paresseux avinés ; Tu n'exalteras plus la gloire Des soudards indisciplinés.
Mais chante les vertus guerrières Des enfants qui sont notre espoir; Célèbre les mains ouvrières Qui, simplement, font leur devoir.
Ne flatte plus la populace, Ni les puissants ni les partis :
Prends la balance, prends ta place Plus loin des grands que des petits.
Mets ton influence au service Du droit et vie l'humanité :
Tu tiens, avec le fouet du vice, L'aiguillon de la charité.
Cours, recueillie et cadencée, Sois la joie ou l'allégement, L'expression d'une pensée Ou la note d'un sentiment.
Ne crains pas de mouiller ton aile Aux pleurs des humaines amours.
L'amour est la chose éternelle; L'éternel est jeune toujours.
Ne sois plus satire et scandale, Ne sois plus le rire moqueur ; Fais-toi conseil, fais-toi morale, Sois saine à l'esprit comme au cœur.
Sois la lueur avant-courrière Du jour qui vient se rapprochant, Et, s'il se peut, fais- toi prière :
La prière est encore un chant.
Il faut, sous un refrain frivole, Cacher une leçon :
Charme, élève, console Lt vole, vole, vole, Chanson !
Nous avons dit, dans les premières pages, que (i. Nadaud, après la guerre, avait écrit des chanta
élevés pour le bien social de l'humanité. En lisant Les Amis <hi peuple, nous voyons les pensera d'un «•sprit réfléchi
Le poète et l'homme se sont penchés, après nos
GustaVe badaud ei la chanson française 17o
grands malheurs, sur les souffrances du peuple, et il lui donne les judicieux conseils de son expérience, sur les amis qu'il doit choisir :