LES SAPINS
J'allais cueillir des Heurs dans la vallée, Insouciant comme un papillon bleu, A Tàge où l'âme à peine révélée Se cherche encore et ne sait rien de Dieu. Je composais avec amour ma gerbe, Quand, au détour du coteau, l'aspect noir De sapins verts couvrant un sol sans herbe Me lit prier ainsi sans le savoir :
Dieu d'harmonie et de beauté, Par qui le sapin fut planté, Par qui la bruyère est bénie,
J'adore ton génie
Dans la simplicité !
Le sapin brave et l'hiver cl l'orage, Chaque printemps lui t'ait un éventail:
Droite esl s;i Qèche ci vibrant son feuillage
L'art grec s'y mêle au gothique travail, L< s blancs piliers un souffle les balance, Sani plus d'efforts que de simples roseaux
Chœur végétal, symphonie, orgue Immense, m h dardi au ciel d innombrables tin aux
Dieu d'harmonie et de beauté Far qui le sapin tut planté, Par qui la bruyère est bénie,
J'adore ton génie
Dans sa simplicité.
Les bûcherons, dont la hache est sonore, Sapin géant, coupent tes bois légers, Qui porteront du couchant à l'aurore Hommes, bestiaux et produits échangés.
De ta résine on enduira tes planches, Tu doubleras les caps sombres sans peur, Tantôt voguant au gré des voiles blanches, Tantôt poussé par l'ardente vapeur.
Dieu d'harmonie et de beauté Par qui le sapin tut planté, Par qui la bruyère est bénie, J'adore ton génie Dans sa simplicité.
L'Archet de Dieu règle votre cadence, Musiciens rythmés par l'aquilon, l'n jour des bals vous mènerez la danse De l'orme agreste au splendide salon.
Vous traduirez des accents dont la flamme Cherche des cœurs l'invisible chemin ; Aux violons vous donnerez une âme ït vibrerez dans un Archet humain.
Dieu d'harmonie et de beauté Par qui le sapin fut planté, Par qui la bruyère est bénie,
J'adore ton génie
Dans sa simplicité.
Heureux sapins, vos solives légères Font les chalets, construisent les hameaux ; Dans vos taillis se cachent les bergères, Et les buveurs dorment dans vos rameaux. L'humanité par vos soins est servie, Bois familiers, dans sa joie et son deuil ; Dans un berceau vous accueillez la vie, Et vous clouez ses morts dans un cercueil.
Dieu d'harmonie et de beauté Par qui le sapin fut planté, Par qui la bruyère est bénie, J'adore ton génie Dans sa simplicité.
Arbres divins, respectés des tempêtes, Vous inspirez le calme et ces douceurs Qu'aime la toute aux vers de ses poètes, El qu'Apollon enseignait aux neufsœurs.
Quand, au hasard, la sagesse infinie Eclaire an iront, c'est à l'ombre des bois; Reviens, Orphée, \ rêver I harmonie ; Viens, 0 Lycurguc I > méditer des i«'is.
GUSTAVE \VI>UI> ET \A «Il V n -i » \ iit\\< u-l .».»
Dieu d'harmonie et de beaulé Par qui le sapin fut planté, Par qui la bruyère est bénie,
J'adore ton génie
Dans sa simplicité.