‹ Gustave Nadaud et la chanson françaiseChapitre 9 sur 31 · LA CHANSON DE LA SOIF · texte numérisé non relu

LA CHANSON DE LA SOIF

(Test du pays bleu de la Chine, Contrée où fleurit l'inconnu Et plus d'une plante divine Que le mûrier blanc est venu.

Sa feuille est soyeuse et fertile, Le ver à soie en la rongeant A son insu dévide et file Un écheveau d'or et d'argent.

Filez, moulins ; glissez, navettes ; Tissez le satin, le velours; Faites des robes de toilettes, Faites des nids pour les amours.

Les plus célèbres filandières, Les Parques, Minerve, Arachné Ont brisé fuseaux et filières Lorsque le ver à soie est né.

On peut comparer la finesse De son linceul, brillant réseau, Aux fils blancs que la Vierge laisse S'éparpiller de son fuseau.

Filez, moulins ; glissez, navettes ; Tissez le satin, le velours ; Faites des robes de toilettes, Faites des nids à nos amours.

L'an deux mille, une fée, en Chine, Surnommée Esprit du mûrier, De ses jardins fit une usine, Du ver à soie un ouvrier.

Un beau jour, la France l'accueille, Et, dardant son plus chaud rayon, Du mûrier fait pousser la feuille, La soie est tissée à Lyon.

Filez, moulins ; glissez, navettes ; Tissez le satin, le velours ; Faites des robes de toilettes, Faites des nids à nos amours.

La soie au courant bleu du Khône

Se trempe aussi bien que le 1er ;

Voyez luire le satin jaune,

Le rose ou blanc, le bleu, le vert.

Quand une fille ou blanche OU noire

Danse dans l'éclat du satin,

Dans le velours ou dans la moire,

(/est comme un rayon du matin.

Pilez, moulins ; glissez, navettes ; TiflSez le satin, le velours ; laites «les robes de toilettes, Faites «les nids à nos amours

Que de métiers, que de bobines!

Que de travaux et d'œuvres d'art !

Quel essor donnent aux machines, Vaucanson et l'humble Jacquart !

Quand l'insecte a fini sa tache, Des milliers de doigts sont en jeu ; Les fils sont croisés sans relâche, L'homme achève l'œuvre de Dieu.

Filez, moulins ; glissez, navettes ; Tissez le satin, le velours; Faites des robes de toilettes.

Faites des nids à nos amours.

Dans ce labyrinthe de fées, L'esprit émerveillé se perd, Mais combien d'âmes étouffées, Dans ce travail, comme le ver !

J'entendais une jeune fille Dire en pleurant sur son fuseau :

« Je suis comme l'humble chenille, « Et je file aussi mon tombeau. »

Filez, moulins; glissez, navettes; Tissez le satin, le velours; Faites des robes de toilettes, Faites des nids à nos amours.

A vos fuseaux chantez, ftleuses, Chante canut à ton métier, Car vos heures laborieuses Fleuriront comme l'églantier.

il GUSTAVE NADAUD ET LA ui\\si>\ l UANÇÀISI

Voilà votie tour qui s'avance ; Voyez le bal élincelant, Où chaque épousée entre en danse En beaux habits de satin blanc.

Filez, moulins ; glissez, navettes ; Tissez le satin, le velours ; Faites des robes de toilettes, laites des nids à nos amours.

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