‹ Gustave ou Un héros canadien [microforme]Chapitre 10 sur 70 · L'EXTRÊME-ONCTION ET LE PURGATOIRE · texte numérisé non relu

L'EXTRÊME-ONCTION ET LE PURGATOIRE

Le lendemain, au diner, on vint annoncer à M. Dumont qu'un jeune homme voulait lui parler.

: —Faites-le entrer, dit M. Dumont.

Il avait à peine fini de parler que ce jeune homme “entra précipitamment et lui dit d’une voix triste : —Venez vite, monsieur, papa vous demande à l’instant même, il est mourant.

—Qu’a-t-il donc ? demanda M. Dumont.

—Les fièvres typhoïdes, monsieur ; mais, je vous en prie, hâtez-vous, il n'y a pas de temps à perdre, mon auvre père est à l’agonie.

M. Dumont avait pâli en entendant parler de fièvre typhoïde, et ne voulant exposer sa vie à aucun prix, il se Hhâta de répondre :

—Mon ami, dites à votre père que je ne peux rien Mfaire pour lui ; qu’il lise la Bible et mette sa confiance en Dieu.

—Qu'il lise la Bible! répéta le jeune homme; mais, monsieur, l'Eglise catholique n’abandonne pas ainsi le chrétien au lit de la mort.

— Tu as raison, jeune homme, dit le vieillard, et je te ‘conseillerais d’aller chercher un prêtre au plus vite. | —Oui, monsieur, répondit le jeune homme, papa serait au désespoir s’il se voyait mourir sans les secours de la religion. Et il sortit pour courir chez un des prêtres de la ville.

) —Beau ministre de Jésus-Christ que celui qui craint d'aller secourir un mourant parce qu'il est atteint d’une » maladie contagieuse, reprit le vieillard en s'adressant à 2 M. Dumont, son fils, et belle religion que celle-là, qui abandonne le fidèle à l'époque la plus solennelle et la | pius périlleuse de sa vie ; celle où il doit paraître devant | Dieu pour être jugé.

—AÀ quoi lui eut servi ma visite, dit M. Dumont en rougissant, qu’aurais-je pu lui faire ?

—Comment ! toi, un ministre, me demander cela fl dit le vieillard avec chaleur, ne sais-tu pas ce qu’il faut que tu fasses ? Si tu ne .e sais pas ou feins ne pas le savoir, je vais te l’enseigner, écoute bien. Ce que le bon guide fait lorsque le voyageur est arrivé à l'endroit le plus périllcux et le plus pénible de sa route ; ce que fait le piiote lorsque le vaisseau qu’il dirige dcic s'engager parmi les écueils ; ce que fait une bonne mère qui aime tendrement son fils, lorsqu'elle le voit partir seul pour un long voyage ! Voilà ce que le ministre de Jésus-Christ doit faire pour le mourant.

—Et lui donner l’Extrême-Onction, je suppose, dit M. Dumont avec ironie.

—Oui, certainement, répondit le vieillard, c’est le remède le plus fortifiant, et celui qui prépare lé mieux le mourant au grand voyage de l’éternité.

—Hé !’ hé! hé! Quelle superstition ! s’écria en riant M. Dumont, encore une invention de/Rome, une abominable idolâtrie !

—A ton argument ridicule, n’ajoute pas la dérision, prends garde, il y à un proverhe qui dit : * Ærra bien qui rira le dernier” ; il ne faut pas jouer ainsi avec les choses saintes. Cesse donc ton unique objection ; parce que les soi-disant réformateurs rejettent l’Extrême-Onction, c’est pour toi une invention de Rome. Et moi, je te dis que les apôtres eux-mêmes ont adininistré ce sacrement, et que les vrais chrétiens n’ont cessé depuis lors de suivre leur exemple.

—Or çà, vous allez trop loin; vous ne prouverez jamais votre assertion ni par la Bible, ni par les pratiques chrétiennes des cinq premiers siècles.

Il me fait peine de voir que tu es si ignorant dans la science de la Bible que tu prétends lire tous les jours ; il me semble que si je la lisais autant que toi, je la seurais par cœur ; mais, pour té répondre, que veut dire St. Jacques dans le 5e chapitre de son épitre, versets r4e et 15e? Ecoute bien ce qu’il dit :

Dumont en

r cela fl dit il faut que e savoir, je bon guide it le plus que fait le

s'engager e qui aime seul pour ésus-Christ

ppose, dit

1, c’est le é mieux le

ja en riant ine abomi-

L dérision, a bien qui les choses parce que e-Onction, il, je te dis sacrement, s de suivre

prouverez s pratiques

nt dans la S jours ; il la saurais eut dire ersets r4e

«Quelqu'un parmi vous est-il malade, qu'il appelle les prêtres du Seigneur, et qu’ils prient sur lui, l'oignent d'huile sainte au nom du Seigneur, et la prière de la foi sauvera le malads, le Seigneur le soulagera, et s’il a commis des péchés, ils lui seront remis.”

—Eh bien! est-ce assez clair? N'est-ce pas là ce que le prêtre catholique fait aujourd’hui ? Veux-tu encore des textes de l'Evangile ou veux-tu Ge l’histoire pour te

| prouver que ce sacrement était administré dans les pre-

miéers siècles ? Voyons, Gustave, ouvre ton catéchis: 1e, et regarde aux textes qui traitent de ce sujet. Gustave lut :

‘ Le sacrement qu'on administre aux mourants pour les fortifier dans le passage de cette vie à un monde meilleur, tire son nom de

} l'huile qui en est la matière. Les catholiques l'appellent Extrême-

Onction et le croient : institution divine,”

—Ce passage me réfère, ajouta Gustave, à Milner et à

| Mosheim, pour prouver que ce sacrement était administré à au temps des apôtres,

Voici ce qu'ils disent :

‘Le précepte apostolique d'oindre les malades avec de i'huile

| sainte, et de prier pour eux, était constamment observé.”

—Un précepte apostolique est-il une invention de

} Rome, demanda le vieillard en souriant ? J'espère que tu

ne nieras pas à présent que l’Extrême-Onction est un sacrement qui existait au temps des apôtres ; tu viens de

| voir que deux protestants savants et distingués l’affirment.

—Bah ! je n’ai aucune confiance en l’histoire. J'y ai

trouvé une telle contradiction parmi les auteurs, qu’il m’a

été impossible de découvrir le vrai du faux.

—Tu dois n'avoir lu que des auteurs protestants ; ils ne doivent pas plus s’accorder sur l’histoire que sur tout autre point ; Mosheim, cependant, est regardé par tous, protestants comme catholiques, comme un honnête homme et un écrivain, ou plutôt comme un historien très exact.

—Je l'avoue ; mais à quoi donc pent servir la puissante intercession et médiation de Jésus-Christ, s’il faut de l'huile et des cérémonies pour que le chrétien puisse aller au ciel ?

—Comment ! un homme qui a été catholique aussi longtemps que toi, ose-t-il me faire une pareille question ? Le catholique ne croit pas que ce sacrement est absolument nécessaire pour aller au ciel, car plusieurs ne peuvent pas le recevoir, soit que la mort soit subite, ou que le mourant soit trop éloigné du ministre de Dieu ; mais il est très utile, et même nécessaire en de certains cas. Ne sais-tu pas que les prières que le prêtre répète en administrant ce sacrement sont autant d’appels chaleureux à la médiation et à la toute-puissante intercession de Jésus- Christ, notre divin maître, en faveur de ce malade qui doit paraître devant Lui? N’as-tu jamais lu les belles et touchantes prières que le prêtre récite en ce moment solennel, prières qui remplissent tellement de bonheur et de joie le cœur du mourant, qu’il a hâte de jouir de la vue de Dieu et de ses saints ? Ensuite, si ce sacrement n'avait pas été nécessaire ou utile, les apôtres ne l’auraient pas administré, et ils n’auraient pas donné ordre à leurs successeurs de continuer cette pratique.

— Supposons un instant que ce sacrement n’est pas un mal, dit M. Tamont ; mais quelle en est l'utilité? Le juste, qui meurt en état de grâce, n’en a pas besoin pour aller au ciel ; et il ne peut servir au pécheur qui meurt sans le repentir de ses fautes ; ce sacrement ne diminuera en aucune façon la condamnation qu’il aura méritée.

—Ce sacrement ne peut que faire du b'en au juste, car il ne saurait être trop préparé pour le long voyage de l'éternité, et il est certain qu’il ne peut faire aucun mal au pécheur endurci ; je peux t’assurer que plus d’un grand pécheur se sont convertis pendant qu’on leur administrait ce sacrement ; mais que ne fait-il pas pour celui qui n'aurait commis que des fautes légères, ou qui aurait à expier ses fautes passées en purgatoire ?

—Ah ! le Purgatoire, interrompit vivement M. Dumont, il n’y en a pas ! L’Evangile le démontre clairement, car il est dit: ‘ Que l'arbre tombe au nord ou au sud, là où il tombe, il y reste.” Vous trouverez ce texte dans l’Ecclésiaste, Ainsi, il n’y a que deux états après la mort, le ciel pour le juste et l’enfer pour le pécheur.

lique aussi question ?

est absolu-

rs he peu- | |

ou que le u; mais il s cas. Ne > en admiialeureux à n de Jésusnalade qui s belles et > moment bonheur et ouir de la sacrement s ne l’auné ordre à

est pas un tilité? Le soin pour qui meurt diminuera ritée.

juste, car royage de ucun mal ‘un grand ministrait celui qui i aurait à

Dumont, ment, car ud, là où lans l’Ecla mort,

—Admettons, dit le vieillard, que l'Evangile parle ici de l’âme après la mort, qu'est-ce que cela prouve contre l'existence du purgatoire ? Nous croyons, nous aussi, que l’âme, après la mort, sera sauvée ou damnée, selon le bien qu’elle aura fait ou le mal qu’elle aura commis ; il ne faut pas, cependant, conclure de là que l’âme du juste ne sera pas obligée d’expier quelques fautes légères, ou plutôt d’être purgée avant d’entrer dans l’état de la gloire ; car autrement, à quoi serviraient les prières pour les morts ?

—Nous ne prions pas pour lés morts; nous rejetons cette pratique, que nous regardons comme une superstition grave.

— Vous condamnez alors l’Ecriture Sainte, qui recom-

. mande la prière pour les morts, et les apôtres qui ont 2 suivi cette pratique; ils ne l’ont pas seulement suivie, } mais l’ont même ordonnée.

miers chrétiens, sans parler de ceux qui, dans la suite,

Vous blâmez aussi les pre-

ont suivi leur exemple.

— Comment cela? loin de les condamner, je fais ce qu’ils ont fait eux-mêmes, rien de plus.

— Je vais tout de suite te prouver le contraire. Gustave,

D lis donc ce que Judas Machabée fit pour le soulagement

des solclats qu’il avait perdus ; je crois que tu trouveras ce

| passage au livre deuxième, chapitre 12, versets 43 à 46.

Gustave lut ce qui suit :

‘Judas, le vaillant chef, ayant fait une collecte, envoya à Jérusalem 12,000 drachmes d'argent pour qu’on offrit un sacrifice pour les morts. Ses pensées sur la résurrection étant justes et saintes ; car s’il n'eut pas espéré que ceux qui avaient été tués ressusciteraient un jour, il aurait été vain et inutile de prier pour eux' C’est donc une sainte et salutaire pensée de prier pour les morts, afin qu’ils soient délivrés de leurs péchés.”

—Arrêtez ! dit M. Dumont, nous rejetons le livre des Machabées.

—Qui le rejette ?

—Les glorieux réformateurs, et en cela, ils suivent l'exemple des premiers chrétiens, qui n’ont pas voulu l’admettre comme livre sacré.

—Ceci n’est pas exact; tous les premiers pères de l'Eglise reconnaissent les livres des Machabées comme divins et inspirés. Témoins, Saint Clément d'Alexandrie, Origène, Saint Cyprien, Saint Jérôme, Saint Augustin, etc., et l'Eglise, par le troisième concile de Carthage et le saint concile de Trente, les a reconnus comme tels. De plus, Saint Clément dit aussi que Saint Pierre leur a enseigné: ‘° Que tout en faisant d'autres œuvres de miséricorde, d'enterrer les morts suivant les rites funéraires, de prier et de faire l'aumône pour eux.’' Ainsi, tu vois que nous devons prier pour les morts, puisque Saint Pierre, le premier des apôtres, l’ordonne. Tu admettras, sans doute, que les Pères que je viens de nommer, et l'Eglise, par la voix de ses conciles, ont autant, sinon plus d’autorité que ces prétendus réformateurs qui se sont permis de retrancher et d'effacer tout ce qui, dans l'Evangile, n’était pas de leur goût. Chose curieuse, c’est qu'en acceptant les doctrines de ces Pères de l'Eglise, ils se contredisent en rejetant une partie de ces mêmes doctrines. Chacun prend ce qui lui convient et rejette le reste.

—Je n’admets et n'accepte rien qui ne se trouve dans la Bible, peu m'importe ce que disent les Pères de l'Eglise ou les réformateurs ; le vrai chrétien a la Bible pour l’étudier et juger par lui-même, sans s'occuper de l'opinion d’un autre. Si je dis qu’il n’y a pas de purgatoire, c'est parce que l'Evangile n’en parle pas, ce qu'il aurait certainement fait si ce lieu existait.

—Je me vois forcé de te dire encore une fois que tu te trompes, car il en est fait mention en plusieurs endroits. Voyons, Gustave, c’est encore toi qui dois prouver ce que je .1ens de dire. Fais-nous connaître d’abord quelle est la foi des catholiques sur ce point, tu iras ensuite aux références.

Gustave, toujours empressé de prendre la défense de sa croyance, et joyeux de pouvoir démontrer que l'Eglise catholique était la seule véritable, lut :

. “Les catholiques tiennent qu’il y a un purgatoire, c'est-à-dire un lieu où les âmes qui ont quitté cette vie après avoir obtenu. la rémis-

pères de es comme lexandrie, Augustin, arthage et mme tels.

rre leur a es de miséunéraires, si, tu vois que Saint idmettras, Jmmer, et nt, sinon rs qui se qui, dans curieuse, Pères de tie de ces nvient et

se trouve Pères de à la Bible ccuper de de purgas, ce qu’il

que tu te

endroits. rouver cè Drd quelle suite aux

éfense de e l'Eglise

st-à-dire un Lu. la rémis-

sion de la peine éternelle dûe à leurs péchés, et qui doivent pourtant subir une peine temporelle, ainsi que celles qui ont à expier quel-

ues’ péchés d« ceux que nous appelons véniels, en sont purifiées avant d’être admises dans le ciel, où rien de souillé ne peut entrer. Ils croient aussi qne les âmes retenues dans le purgatoire sont soulagées par les prières et les suffrages de leurs frères, qui combattent encore sur la terre. Mais où est ce lieu ? Quelle est la nature des peines qu'on y souffre ? Combien de temps les âmes y sont-elles retenues ? De quelle mânière les suffrages des fidèles leur sont-ils appliqués ? Est-ce par la voie de satisfaction ou d’intercession ? Ce sont là des questions inutiles à la foi.”

— J'ai déjà lu cet article dans un livre intitulé ‘ Za foi des catholiques,’ dit M. Dumont d’un ton de mépris ; mais qu'est-ce que cela prouve ?

—Je sais que, d’après toi, la doctrine catholiqne ne

prouve rien, répondit le vieillard ; mais voyons, encore

une fois, mon Gustave, montre à ton père que les apôtres

… étaient aussi catholiques que nous sur ce point.

Voici, continua Gustave, ce que dit Saint Pierre au

| chapitre 3e de son épitre, versets 18, 19 et 20 :

‘4 Jésus-Christ a souffert la mort une fois pour nos péchés ; le juste pour les injustes, afin qu’il nous offrit à Dieu, étant mort en sa chair ; mais étant ressuscité par l'Esprit Saint, par lequel il alla prêcher aux esprits qui étaient retenus en prison; qui autrefois incrédules, avaient au temps de Noé, espéré en la patience de Dieu, pencant qu’il bâtissait l’arche en laquelle peu de personnes, savoir,

2 huit seulement, furent sauvées au milieu des eaux.”

—Ah ! dit le vieillard, une prison ! il me seinblait qu’il n’y avait que le ciel et l’enfer ; et pourtant, Saint Pierre dit qu’il y a une prison. Gustave, continue ta lecture, tu trouveras bien un purgatoire aussi.

—Saint Paul, reprit Gustave, dit au 5e chapitre de sa ère épitre aux Corinthiens, versets 13, 14 et 15es :

‘* L'ouvrage de chacun sera manifesté, car le jour du Seigneur le fera connaître ; et il sera révélé par 1e feu, le feu éprouvera l’ouvrage de chacun. Celui qui aura bâti sur un fondement qui subsiste en recevra la récompense, Si l'ouvrage de quelqu'un est consumé par le feu, il en portera la peine ; il ne laissera pas néanmoins d’être sauvé, mais comme par le feu.”

—Tu vois, dit le vieillard, que Saint Pierre et Saint

Paul étaient aussi catholiques que nous; Saint Pierre nous dit qu’il y a une prison, où des âmes expièrent leurs fautes, malgré leur foi et leur espérance en Dieu; il affirme donc qu’il y a un lieu intermédiaire où Jésus- Christ alla prêcher ; et Saint Paul nous démontre très bien que l'âme souffrira par le feu, néanmoins, après avoir souffert, elle sera sauvée. Mais pour te convaincre encore plus, nous all.:s voir si les premiers chrétiens, qui ont vu et entendu ces apôtres, croyaient en ce lieu de purification ; et se tournant du côté de Gustave, il ajcuta en souriant : Sois brave, mon fils, ne jâche pas ton terrain, emploie toutes les armes à ta disposition, lis-nous donc ce que disent les Pères de l’Eglise.

Au deuxième siècle, lut Gustave, Tertullien, le fameux champion de l'Eglise, disait :

Il n’y a pas de doute que l’âme qui n’a ps assez expié ses fautes sur la terre, doit être purgée et nettoyée 1s quelque lieu, avant d'entrer en paradis. Aussi, nous faisoi prières et des oblations annuelles pour les morts.”

Au troisième siècle, Saint Cyprien dit :

‘« C’est autre chose de demander grâce ou d’arriver à la gloire ; autre chose d’être jeté dans une prison, dont on ne sortira qu'après avoir payé jusqu’à la dernière obole, ou de recevoir tout d’un coup la récompense de sa foi ou de ses vertus ; autre chose d’être en punition de ses péchés, purifié par le feu et de longues souffrances, ou d’avoir auparavant expié ses péchés ; autre chose enfin, au jour du jugement, d’attendre la sentence de grâce, ou de recevoir sans délai la couronne.”

Au quatrième siècle, Saint Augustin s’écriait :

‘ O Dieu! purifiez-moi pendant cette vie, rendez-moi tel que je n’aie pas besoin de ce feu purifiant préparé pour ceux qui doivent être sauvés comme par le feu.”

Au même siècle, Saint Ambroise dit :

“Tu que Saint Paul a écrit, néanmoins il sera sauvé comme par le feu, il démontre clairement ae l’âme sera purgée de ses fautes par le feu, afin que par ce feu elle soit sauvée ; mais ce feu ne sera pas éternel comme celui que les infidèles auront à subir.” .

Et Saint Jérôme a écrit :

onvaincre chrétiens, en ce lieu ustave, il e pas ton n, lis-nous

le fameux

expié ses elque lieu, ières et des

\ la gloire ; ra qu'après t d’un coup > d’être en souffrances, fin, au jour evoir sans

tel que je jui doivent

omme par ses fautes eu ne sera

Voici ce que veut dire Saint Paul : “ Tu ne sortiras de cette prison qu lorsque tu auras payé tout, même les fautes les plus légères.”

De plus, Saint Cyrille de Jérusalem, Origène, Saint Grégoire de Nice, Saint Jean Chrysostôme, Saint Basile, et d’autres Pères, s’accurdent tous sur ce point. Voici enfin ce que dit le quatrième concile de …

—C'est assez, Gustave, interrompit le vieillard; ton père ne croit pas aux conciles.

M. Dumont, vexé de se voir battu sur tous les points, ne savait que,répondre. Il avait beau essayer de réunir ses idées, ou de rappeler à sa mémoire des textes de l'Evangile qui pussent le tirer de l'embarras où il était, il ne pouvait réussir ; plus il essayait et plus sa confusion était grande. Prenant enfin la résolution d’en sortir le mieux qu’il pourrait, il épondit: Les Apôtres et les Pères de l'Eglise en écrivant ou parlant ainsi, ne parlaient qu’au figuré. Ils ont voulu nous enseigner par ce feu et cette prison, le péché qui nous enchaîne et nous retient dans ses fers pour ainsi dire, voilà pour la prison ; et le feu n’est autre chose, que le remords que nous ressentons à la suite du péché, remords qui nous brûle et nous consume par les chagrins que nous éprouvons, Non! iln'y a pas de satisfaction après cette vie ; Jésus-Christ, par sa mort, a satisfait pour tous les péchés des hommes. Il serait ridicule de croire que le chrétien doit souffrir les tourments horribles du feu pour les moindres fautes. . Ce serait mépriser la bonté et la miséricorde de notre divin Maître qui a expié tous nos péchés par ses souffrances et sa mort.

—Raisonnement très commode ! dit le vieillard en souriant, bon moyen pour se tirer d’embarras ! Soyons d'accord, j'accepte ta théorie pour un moment ; mais entendons-nous bien et ne confondons pas, je dis que si ce lieu où les âmes sont purifiées par le feu, n'existe qu’au figuré, comme tu le prétends, il en est ainsi du ciel et de l'enfer ; car après tout, les textes et les’ paroles qui parlent de ces divers lieux sont les mêmes. La seuie différence que jy vois, est que l’un est appelé le séjour de la gloire, et l’autre, le lieu où il y aura des pleurs et des grince-

ments de dents. Par le séjour de la gloire, je vois le bonheur et le contentement az’éprouve le juste sur la terre ; par les pleurs et les grincements de dents, le désespoir et les tourments qui ne cessent de tourmenter le pécheur toute sa vie.

—Ne méprisez pas ainsi le sens des Ecritures saintes, dit vivement M. Dumont, il ne faut point les tourner en ridicule.

—Comment ! qui de nous deux les a plus méprisés pendant cette discussion ? Je n'ai accepté ta théorie que pour un moment, et toi, tu fais toujours parler les textes à ton gré, tn leur donnes une interprétation bonne ou fausse suivant ton caprice ; s’il est raisonnable pour toi de les prendre au figuré, pourquoi n'est-il pas aussi raisonnable pour mot d'en faire autant; La même théorie ne doit pas être bonne pour toi et mauvaise pour moi ; si tu peux me prouver le contraire, nous serors d’accord.

—Vous, papiste:, vous ne connaissez pas et comprenez encure moins la Bible, Habitués dès votre enfance à croire comme articies de foi tout ce que les prêtres disent, vous ne pouvez saisir le véritable sens de l'Evangile ; c'est-à-dire, vou® ne puuvez discerner entre la figure et la réalité.

-—]Je suppose, que c'est parce que vous connaissez, distinguez, comprenez et discernez si bien, que vous, protestants, êtes si parfaitement d'accord entre vous ?

— Je vois qu’il est inutile de raisonner avec un papiste, Eglise infâme, qui fait croire à de telles superstitions ! Ah! ilest aisé de voir son but; elle envoie tous ses défunts dan: ce purgatoire inventé pour les faire rôti”, afin d’exciter la compassion des parents et des amis, et ainsi leur faire payer des messes et des prières pour le rachat ou le repos de leurs âmes ! Infamie !

— Tune devrais pas insulter et calomnier les catholiques, parcc qu'ils ôsent croire autrement que toi, dit madame Dumont ; il me semble que tu devrais au moins respecter cette “ Yberté de jugement’ dont tu es si jaloux toimême.

— Tous les moyens sont bons pour un homme qui se sent

| je vois le ste sur la s, le désesimnenter le

es Saintes, ourner en

s méprisés éorie que les textes bonne ou è pour toi pas aussi e théorie ur moi ; si accord.

omprenez enfance à res disent, Evangile ; figure et

onnaissez, que vous, vous ?

n papiste, rstitions !

| tous ses ire rôtir, amis, et s pour le

holiques, madame respécter loux toi-

ui se sent

battu, madame, dit le vieillard avec calme : les pierres jou la boue pour lui sont tout un dès qu'il peut s'en servir ur se venger de son adversaire.

à roue rt, inon pére, se hâta de dire M. Dumont, Mhumiié, que mes paroles ne vous ont point insulté. Une MBtelle offense était loin de ma pensée. J'attaque et repousse … seulenent cette fausse doctrine. gi : —Il y à un proverbe, qui dit, reprit le vieillard, avec … douceur : il n’y a pas de pire aveugle que celui qui ne “veut pas voir. Je suis ton père, et il est de mon devoir de te donner des avertissements. Prends garde que ce + proverbe ne s'applique à toi! Tu connais les paroles que mAJésus-Christ a prononcées, lorsqu'il pleurait sur Jéru- Male ; elle aussi avait refusé de voir ; tu connais les … malheurs qu’elle a subis, elle et ses habitants. Coinme loi, cette ville a reçu ce divin Maître dans son sein; et omme toi, elle l’a repoussé. Comme toi, elle l'a acclamé t porté en triomphe, et comme toi, elle lui a craché à la Migure, elle l'a insulté et calomnié. Enfin elle l'a mis à mort, comme tu voudrais le faire aujourd’hui en faisant Aout ce que tu peux pour détruire son Eglise. Arrête, Cher enfant, ne vas pas plus loin, il est temps que tu … rebrousses chemin ; des précipices sans nombre t'atten- « dent pour t'engloutir à jamais. Dieu, quaique d une bonté èt d’une miséricorde infinies se lasse de tolérer ; il frappe ën un instant, alors il est trop tard, tout est fini pour éternité. ‘ » Ces avis sont, peut être, les derniers que je pourrai te donner ; dans une heure tout au plus, je dois partir pour retourner à Montréal, et Dieu seul sait, si je pourrai nmcveni:. Prends bien garde à cet enfant que nous avons Mélevé, et à cette charmante petite fille que Dieu t’a donnée ; n’essaie point de les pervertir par les fausses … doctrines que tu as embrassées, car un jour tu en rendras « compte à Dieu.

7 Madame Dumont était émue, Gustave et Alice pleu- “Qyraient en entendant la pieuse exhortation de ce noble Micillard. Seul, M. Dumont était impassible, il paraissait même ne rien entendre.

50 GUSTAVE Là

Une heure après, madame Dumont, Gustave et Alice accompagnaient le vénérable vieillard a la station du chemin de fer, où, après avoir fait bien des recomman-# dations à Gustave et ses adieux à tous, il prit place dans le train qui devait le ramener à Montréal.

Page 1