CHAPITRE SEPTIÈME
L'IMMACULÉE CONCEPTION.—-DÉPART DE BURLINGTON. On était au mois de Mai 1856. Avec le retour de la Mn
elle saison, la nsture entière semblait se réveiller d’un NS long sommeil. Le firmament se dépouillait de son sombre PA
l il aspect, pour se revêtir de son plus brillant azur; le soleil M rh: était moins pâle, et ses rayons bienfaisants vivifiaient LS ou M nature engourdie ; la terre déchirait par lambeaux son M je ni linceuil de neige qu’elle jetait aux quatre vents, pour se M à
| | couvrir de ses vêtements les plus beaux ; les arbres se À. HS couvraient de feuilles et de fleurs aux couleurs les plus NF to | variées ; les oiseaux, joyeux de voir la fin de ieur capti- MN tis il: vité, faisaient entendre leurs chants les plus mélodieux ; MN Ja Li: l’homme même saluait ce retour, par un? humeur plus bi 1 gaie et une activité plus grande ; enfin les petits enfants C: faisaient éclater leur joie dans les jardins et les prome- SN bi nades, où ils se livraient à leurs jeux innocents. Toutes MN aq
les créatures semblaient s'unir pour chanter les louanges
du Seigneur et le remercier de ses bienfaits. n l’: | M. Dumont et sa famille étaient au saïion ; Gustave, assis av Qi à près de sa sœur, lui apprenait à lire en français. Madame SS di
Dumont tenait à la main le catéchisme de Gustave, et ! paraissait réfléchir sur ce qu’elle venait de lire. M. ? Dumont parcourait un journal ; tout à coup un para- À graphe attire son attention ; il le lit et le relit ; enfin il ! dit à sou épouse en souriant : l'Eglise romaine vient
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d'inventer une nouvelle doctrine ; le 24 Décembre 1854, le Pape a déclaré que Marie, mère du Sauveur, était Immaculée dans sa Conception,
—Je ne puis voir sur quoi l'Eglise catholique peut se baser pour proclamer une telle doctrine, dit madame Dumont ; cependant comme les. catholiques regardent Marie comme la mère de Dieu, c’est peut-êtr®= ce qui explique cette nouvelle doctrine. Pardon, ma mère, dit Gustave, cette doctrine n’est pas nouvelle ; il est vrai que l’Eglise, par la voix du Pape, ne 5s’st prononcée que dernièrement, pour la déclarer dogme de foi ; mais les catholiques ont toujours cru que la mère de Dieu a été conçue sans péché.
—Ne donne donc pas ce titre de mère de Dieu à une créature qui n’est pas plus que toi ou moi, dit M. Dumont avec force ; Dieu n’a pas de mère, et par ce titre tu la rends son égale ; c’est une infamie !
—Mais mon père, répondit Gustave, la mère d’un roi est regardée et respectée comme telle, n'est-ce pas ; cependant vous ne la regardez pas comme l’égale du roi son fils, vous ne lui rendez pas le même hommage ; c’est ce que le catholique fait à l’égard de la mère de Dieu; et je m'étonne que vous, qui aimez tant Jésus-Christ, parliez avec si peu de respect de sa mère.
— Je ne lui porte pas plus de respect que j’en porterais à toute autre personne d’un rang élevé, comme Jean-P°ptiste ou les Apôtres, dit M. Dumont, Marie n’est pas plus la mère de. Dieu, que moi je ne suis son père; c’est un blasphème de lui donner ce titre glorieux. Ma mère, dit Custave, veuillez me passer mon catéchisme ; il trouva bientôt la page désirée, et avait à peine commencé à lire qu’il s’écria :
—Mais, papa, serait-il possible que vous renouveliez l’ancienne hérésie de Nestorius, qui soutenait qu'il y avait deux personnes en Jésus-Christ ; savoir, la personne divine et la personne humaine !
Nous ne prêtons aucune attention à vos distinctions métaphysiques de personnes, répondit M. Dumont ; nous ne trouvons rien de cela dans l'Evangile ; nous recon-
Pérmettez-moi de vous dire que votre réponse est trés vague, réprit Guüstavé ; nous, catholiques, reconnäissons deux natures en Jésus-Christ, mais une seéulé personne. Or, cetle personne ést Dieu, et ce Die ést né d’une vierge ; donc,cetté viérge Marié est méré de Dieu.
—Ce sont cès distinctions qui vous Confondent, dit M, Dumont avec ‘emphase, et vous aveuglent à un tél point, que vous ne voyez point l’injure que vous faites à Tésus Christ en rendant à Marie un hommage qui n’est dû qu’à Lui. dr
—Vous prétendez donc que nous adorons la Sainte virée demanda Gustave.
— Non, je ne prétends pas cela.
— Alors, nous né réendons p:s à Marie ce qui n’ést dû qu'à Dieü ; nous avons pour principe que celui qui honore la mère honore le fils davantage. Si lé catholique vénére Märie et lui rend hommage, c’est parce qu’elle est la mère d’un, Diéu, la mère dé Jésus-Christ, qui a lui-mêmé aimé et honoré sa mère plus qué nous pouvons le faire nous-mêmes. Comme lui, nous aimons à l’appéler ñotre mère, à l’invoquer, sachant d’avancé qué son Fils ne saurait rien lui refuser,
—Mais, Gustave, dit madame Dumont, ceci ne démontre pas qué Marie a été conçue sans péché.
—Maman, que veulent donc dire ces paroles, que l’ange à prononcées, lorsqu'il vint annoncér à Marie le mystère de l’incarnation : ‘7e vous salue, Marie pleine de grâces !”
— Qu'est-ce que cela prouve, dit M. Dumont ?
—Cela prouve, répondit Gustave, que Marié n'aurait
pas jouie de la plénitude des grâces, si elle eut étéentachée
du péché de nos premiers parents.
—Je ne comprends pas bien, reprit madame Dumont, M"
explique toi mieux.
—Etre pleine de grâces, maman, dit nd M veut E Ja plé- = nitudé, c’est la posséder en entier, touté sans rién éxCep- ls ter. Or; si Marie eut été souillée du péché, lôrs même ss qu’elle aurait jouie de toutes les autres grâces, il lui en !
dire jouir de la plénitude de la grâce, et jouir de
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aurait manqué une, et ainsi elle n'aurait pas jouie de la plénitude ;-en conséquence, l'ange, envoyé :de Dieu
n'aurait pô lui dire : # Je vous salue, pleine de grâces ” Maïs pour milieux vous fairé comprendre, je vais lire les remarques suivantes que j'ai dans mon livre: “ Vous
catholiques, croyons que Marie est immaculée, parce que Dieu en a fait une créature toute spéciale et plus élevée que les autres. Quand il a dit au serpent : J'enverrai une femme qui l’écrasera la tête ;. cette seconde Eve fut crée à l'instant même, la première Eve ayant été la chute l'honime, cette seconde devait le relever. Marie est donc venue au monde par la volonté et la parole de Dieu. Si elle n'est apparu: que plus tard, nous n'avons rien à y voir
Dieu avait ses. desseins,"". De plus, est-il raisonnable de croire que Jésus-Christ, comme Dieu, eut. voulu naître et se nourrir du.lait d’une femme. entachée de péché, que le Saint-Esprit l’eût couverte de son ombre ? Non Marie
comme Fille de Dieu le Père, mère de Dieu le Fils et épouse du Saint-Esprit, dignités que Dieu seul peut conférér, et qui n'appartiennent qu'à, elle, Marie, 15 pu être coupable .ou souillée du péché de nos prémiers parents. 7 Cette pensée est certainement contraire à la raison.et à “7 lafoi.. Nos frères séparés croient pourtant à l'œvre du A 3 pourquoi. leur Marie est 1
7 Saint-Esprit dans l'incarnation de à serait-il plus difficile de croire que ‘œuvre de
} Dieu? Les deux œuvres sont les mêmes ; il. y a, parfaite
liaison entre elles et on ne peut, avec raiscn, les séparor ; De raser les mêmes moyens doivent avoir été
4 "il avait à peine fini de lire, qu’Alice vint apporter une " U lettre à son père qui, heureux de pouvoir détourner la conversation, s’empressa de l'ouvrir, Après l'avoir lue il la présenta à son épouse en disant ; Tiens, Louise, lis
donc cette lettre. €; Madame Dumont la prit et lut à haute voix.
| Sr Louis MIssQURF. 6 «118 | Au Révérend. M. Dumont, Burlington, ; AC. à