SALUT
MONSIEUR, La charge de pasteur de notre Eglise étant devente vacante et
connaissant votre grande capacité, vos talents comme orateur et votre grand attachement au bien être de vos ouailles ; nous avons osé porter nos régards sur vous et vous offrir cette charge. Espérant que Dieu exaucera nos prières, en nous accordant un pasteur aussi zélé, aussi pieux et aussi bon que vous l’êtes, ct que vous ne nous refuserez pas cet insigne honneur, nous nous souscrivons très-hum-
blement.
Vos frères en Jésus-Christ
ART A 6e Syndics.
P, S. Nous sommes chargés de vous informer que vos honoraires seront de trois mille piastres par année XXX
—Eh bien ! Louise qu’en penses-tu ? dit M. Dumont ; c'est un beau traitement qui m'est offert ; n’est-ce pas? il est de moitié plus élevé que celui que j'ai ici.
—C'est vrai, répondit madame Dumont, mais c’est une Eglise baptiste qui te l'offre, et tu devrz, prêcher leur doctrine. R
—Oh ! cela ne fait rien, dit M. Dumont ; quelques
jours suffiront pour m’y habituer. D'ailleurs la différence entre les deux Eglises n’est pas grande ; les Baptistes ne s'arrêtent à aucun article de foi proprement dit ; pour eux c'est l'Evangile pur et simple, et en cela je crois qu'ils ont raison, la foi en Dieu et en Jésus-Christ, seules suffit.
—D’après ce que tu viens de dire, dit madame Dumont, on serait porté à croire que les bonnes œuvres que cette foi nous fait accomplir sont nulles et inefficaces.
—Oui certainement, répondit M. Dumont, les bonnes œuvres sont nulles par elles-mêmes, la foien fésus-Christ, seule, nous sauve ; en mourant pour nous, Il a satisfait pour tous nos péthés. |
—Mais, mon père répliqua Gustave, Satan a eu et a encore la foi. Comment se fait-il que Dieu l'ait précipité dans les enfers ?
—C'est parce que Satan s’est révolté contre son Dieu, répondit M. Dumont.
—Ne nous révoltons-nous pas contre Dieu, reprit Gustave, lorsque nous ne pratiquons pas les bonnes œuvres qu'il nous a ordonnés d'accomplir ? je crois qu’il est dit
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—En effet, j'ai lu cette phrase dans l'Evangile, dit madame Dumont,
—FElle se trouve très-certainement dans l'Evangile, reprit Gustave, et je voudrais avoir étudié cette question pour pouvoir vous prouver que la foi dans les bonnes œuvres, servira plutôt à nous condamner qu'à nous sauver, et si vous le désirez, mon père, nous reprendrons cette question plus tard; Cependant, avec votre permission, je ferai une petite observation: Moi; je crois que vous êtes mon père, j’ai donc la foi en vous. Eh bien ! que diriez-vous ou plutôt que feriez-vous, si moi, votre fils,-je n'agissais pas comme un fils doit agir envers son père, si je ne vous obéissais pas, ou si je vous causais tous les désagréments possibles ? M’endureriez-vous ? non certes, n'est-ce pas. Seriez vous justement sévère, vous emploieriez bientôt la verge pour me faire obéir. Or, pensez-vous et pouvez-vous admettre que les obligations d’un fils envers son père terrestre, doivent être plus sévères et plus impérieures, que celles des hommes envers leur Père céleste ? Au contraire, il me semble que. .
—Tu ne devrais pas te permettre de nous interrompre, répliqua sèchement M. Dumont ; tu ne comprends rien à ces questions et plus tard je te prouverai que j’ai raison. Louise, si tu es de mon avis, je crois que nous ferions bien d'accepter cette offre.
—Agis à ta volonté, dit madame Dumont ; Toute bouleversée par la discussion qui venait d’avoir lieu.
—Alors, reprit M. Dumont, je vais leur répondre immédiatement que j'accepte, et que je partirai d’‘ci le plus tôt possible.
Madame Dumont, voyant que son époux se préparait à écrire sa réponse, se leva et sortit pour donner libre cours aux pensées qui l’agitaient. Dans les discussions qui avaient eu lieu entre son époux, le vieillard et son fils, elle s'était aperçue, que les catholiques qu'on lui avait représentés comme des idolâtres et des ignorants, connaissaient autant, sinon mieux, la Bible et son interpréta.-
tion, que les protestants. Elle ne savait à quoi attribuer les défaites que son époux avait subies. Pour elle, il lui était encore impossible de voir que le catholique avait la justice pour lui, et qu’il acceptait la parole de: Dieu, telle qu'elle était écrite, sans enrien retrancher.: ou y rien ajouter ; cependant sa haine et son dégoût pour le catholicisme commençaient à disparaître, et cette âme plongée, depuis de longues années, dans la tièdeur et l'indifférence, commençait à s'ouvrir, pour recevoir les premières lueurs de la foi et de la grâce. Espérons que Dieu, dans sa bonté, complètera son œuvre et qu'il se servira de notre héros pour la ramener à Lui.
Quelques semaines plus tard, M Dumont et sa famille partaient de Burlington pour se rendre à St Louis, non que l'Evangile qu’il devait y prêcher fut plus pur, ou que les fidèles de 'St Louis fussent plus en danger de perdition-que ceux qu’il quittait ; mais pour jouir d’un revenu plus élevé. Comme il avait été/prié de donner des conférences en plusieurs endroits sur son chemin, ce voyage dura plus dun mois.
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