UNE CONFÉRENCE DE M. DUMONT, SCÈNE TRAGIQUE, HÉROÏSME DE GUSTAVYE
Le nouveau ministre baptiste et sa famille! étaient arrivés à S.., dans l’État de l'Ohio. M. Dumont devait y faire une lecture sur le ‘catholicisme romain.’’ On voyait de toutes parts, affichés dans les principales rues dé la ville, de grands placards jaunes, sur lesquels on lisaît :
‘€ ATTENTION !.. Une lecture sur les erreurs et les (€ pratiques du ‘ Cafholicisme Romain,’ sera donnée ce ‘4 soir par le Révd, M. Dumont (séparé dernièrement de ‘“ cette Eglise), dans la salle publique, rue. No... les ‘ bénéfices de cette lecture seront employés pour la con- ‘€ version des pauvres Canadiens-Français, ses compa- ‘€ triotes, qui gémissent sous la tyrannie de cette secte ‘ infâme.’”
Billets $1.00,
Avec un appât semblable, la salle qui était très spas cieuse, fut littéralement remplie, bien avant l'heure annoncée, L'auditoire était composé en grande partie de membres d’une société très hostile au catholicisme ; lé but'et le mot d'ordre de cette société était ‘#9 crush Dapery ‘” ‘‘ écraser de papisme ; ’’ quelques protestants modérés ainsi que plusieurs catholiques y étaient vénus satisfaire leur curiosité. Gustave s’y était rendu pour répondre aux désirs de. sa mère, qui l'avait prié de l'accompagner. Il occupait avec sa mère et sa sœur un des premiers bancs ; non loin de lui, était un vieillard qui se faisait remarquer par 6a figure vénérable et ses manières distinguées. Pendant que son père se livrait, durant sa lecture, à toutes sortes d’invectives contre le catholicisme, Gustave avait cru s’apercevoir que ce monsieur ne partageait pas les opinions de la majorité de
l'auditoire, il était du reste aisé à un œil observateur de le remarquer à l’indignation et au mépris qui tour à tour se peignaient sur sa physionomie. M. Dumont en était arrivé à la confession. Les infarnies et les mensonges qu’il débitait contre cette institution, étaient si révoltants et si dégoûtants, que ce vieillard ne put retenir plus longtemps son indignation, et se levant tout à coup, il s’écria d’une voix tonnante :
‘“ C’est une honte et une dégradation pou’ un auditoire composé d'hommes qui se prétendent intelligents et civilisés, de prêter l'oreille à de telles infamies et de laisser jeter de telles injures à la face de jeunes vierges et de dignes citoyens. Et vous, qui occugez ce fauteuil depuis près de deux heures, te 1t ce que vous venez de dire, n’est qu'un tissu de mensonges et de calomnies, et je vous défie de me prouver le contraire : Honte, éternelle honte à ceux qui en vous écoutant vous ont approuvé ! Quoi ! laisser proférer de telles paroles dans une assemblée publique, et dans un pays où l’on se vante tant d’assurer liberté €t justice également à tous ! non, il ne faudrait pas avoir de cœur pour cela ;’? et d’un regard menaçant, mais noble et tranquille, ce vieillard se croisa les bras et regarda fièrement l’auditoire. Un coup de foudre n’eût pas jeté plus de stupeur dans cette assemblée que les quelques paroles de ce vieillard. Tout à coup une clameur épouvantable éclate en même temps de toutes les parties de la salle, des cris féroces se font éntendre, parmi: lesquels on remarque les menaces suivantes : % Crush the man’: “€ down with the d... papist" kill him? ‘kil him 1°”? ‘€ Ecrasez cet homme !'°‘ A bas le m.…. papiste ! ?? ‘€ Tuez le!” Tuez le !/”’ une centaine de bras se lèvent en même temps pour le terrasser. Madame Dumont avait poussé un cri ets’était évanouie ; plusieurs. autres dames affolées par la terreur, s'étaient réfugiées sur l’estrade, où M. Dumont, pâle comme la mort, était comme cloué et incapable de bouger. Seul, le vieillard était calme, il était resté à sa place, et les yeux levés vers le ciel, il attendait, en priant, le sort que lui réservaient ces forcenés. Déjà des poings fermés et menaçants s'élèvent
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GUSTAVE 59 au-dessus de sa tête, les cris redoublent et le cliquetis des revolvers se fait entendre ; lorsque Gustave, qui n’a pas perdu son sang froid, se précipite entre le vieillard et ceux qui veulent lui ôter la vie en criant de toutes ses forces : aw nom du ciel, reculez-vous ; arrêtez, par amour pour Dieu ; ne le tuez pas: ne lui faites pas de mal, Dieu nous défend de faire le mal! Alice, en voyant son frère se lancer ainsi au devant de la mort, s'était précipitée vers lui en s’écriant, mon Dieu ! sauvez mon frère, prenez soin de lui !
Le dévouement de ces deux enfants implorant Dieu, fit reculer de quelques pas les assaillants ; mais la fureur, qui les possédait, les fait avancer de nouveau, et Dieu seul sait ce qui serait arrivé, si M. Dumont, ramené à lui-même, par la vue du danger que couraient ses deux enfants, ne s'était élancé en avant d’eux en s’écriant ; silence ! arrêtez ! arrêtez ! c’est mon fils et ma fille qui protègent cet homme ; vous allez tuer mes enfants ! reculez vous dis-je ! et en parlant ainsi M. Dumont qui était d’une force extraordinaire refoulait peu à peu ces furieux ; mais ceux qui étaient en arrière et qui n'avaient pas entendu les paroles de M. Dumont croyant à la pusillanimité de ceux qui étaient en avant, poussaient de leur côté et allaient refouler M. Dumont, quand le cri sinistre au feu !... au feu !.. brûlons les! retentit dans la rue. Ce cri terrible eût son effet, une panique s'empare de ceux qui sont dans la salle; ils s’échappent par toutes les issues, et une minute plus tard il ne restait plus que M. Dumont, sa famille et le vieillard qui, pour maintenir son honneur et son droit, avait été la cause de ce tumulte.
Monsieur, dit le vieillard en s'adressant à M. Dumont ; vous êtes heureux d’avoir deux enfants aussi bons et aussi courageux. Ils n’ont certainement pas puisé ces vertus dans vos principes. Après Dieu, je leur dois la vie, et je leur en serai toujours reconnaissant ; mais je ne veux pas rester ici plus longtemps ; ces hommes peuvent revenir, et mettre leur vie et la mienne en danger, puis s’approchant dé Gustave et de sa sœur, il les embrasse et leur dit; merci! mes bons anges, que lieu bénisse sa sainte
et héroïque action que vous venez de faire, et de grosses larmes inondèrent cette figure vénérable qui, tout à l'heure, n’avait pas craint d'affronter ses ennemis. Il voulut descendre par le principal passage ; mais le gardien, craignant pour lui, le fit passer par un escalier dérobé,