CHAPITRE ONZIÈME
UNE CONVERSATION À BORD DU VAPEUR—LA ST. BARTHE- LEMI.—LES DRAGONNADES.—-L'INQUISITION.
Le lendemain, sur les neuf heures, le vapeur s’échouait de nouveau, Les passagers découragés, virent qu’ils n'avaient de mieux à faire qu’à se former par groupes, les uns pour faire la partie de cartes ou de dominos,’’ d’autres pour parler de nouvelles ou de politique. Un cercie d'amis intimes, composé de dames et de messieurs, s’amusait au salon ; l’un d’eux se mit à dire :
—Mesdames et messieurs, vous avez appris sans doute, ce qui est arrivé dernièrement à S... Ohio.
—Non, non, répondirent plusieurs voix, veuillez nous l’apprendre.
—Un M. Dumont, missionnaire et ci-devant pasteur d’une église à Burlington Vt., donnait une conférence sur le ‘* Catholicisme Romain,’ dans une des salles publiques de cette ville, (Ce missionnaire en était rendu à la confessicn secrète, lors qu’un des auditeurs, catholique, se permit de le démentir hautement devant tout l’auditoire.
—Honte ! honte ! quelle audace !
—Qui, certainement,honte ! etce catholique ne s’est pas contenté de le démentir, il y ajouta des menaces de mort et d’incendiat, qui furent répétées au dehors par une horde de bandits, catholiques comme lui, qui n’attendaient qu le signal de cet insulteur public.
Un murmure sourd et menaçant se fit entendre dans le petit auditoire.
Une partie de l'assemblée, voulut dans son indignation, lui infliger le châtiment qu'il méritait, mais en fut empêchée par l'intervention d'un tout jeune homme et de sa Sœur plus jéune encore, qui se jétèrent en avant äe cet homme pour le protéger ; ce fut alors que tout l'auditoire effrayé par les cris redoublés de ‘Au feu,” ‘ Brûlons ies’?
‘suivis par des coups terribles sur les portes pour les enfor.- «cer, s’empressa de fuir pour échapper au péril qui le memaçait.
—Nous voilà arrivés dans un temps bien critique,dit M. Lewis, qui était de ce groupe ; ce même M. Dumont a voulu donner une conférence semblable à Cincinnati; mais il fut obligé de s’esquiver sécrètement sans avoir pu parler, car les catholiques de cette ville, le menaçait de mort, s’il persistait dans sa résolution, c’est vraiment une honte et une humiliation pour nous, dans ce pays de liberté.
—Oui ; s’écria' un autre avec chaleur, nous avons besoin de veiller et de combattre ces catholiques ; car si nous les laissons faire, ils seront bientôt les maîtres,.et qui prendront plaisir à vous mettre les pieds sur la gorge.
—Oh ! j'espère que non, dit M. Lewis ; Grâce à Dieu, nous avons les yeux ouverts ; nous les veillons de près, il faut nous unir cependant pour empêcher que cette secte infâme s'implante parmi nous. Mais changement de propos, j'ai appris que ce M. Dumont, s'était embarqué sur an des vapeurs de cette ligne, pour se rendre à St. Louis ; j'aurais été heureux d’être sur le même vapeur que lui, et de pouvoir faire sa connaissance, car il passe pour un homme d’un grand talent.
—Et moi, dit vivement M. Dumont, qui n’était qu'à quelques pas et avait tout entendu, je serai flatté de savoir à qui j'ai l'honneur de m'adresser ; je suis ce :missionnaire dont vous venez de parler, et j'adhère à tout ce que vous venez de dire, sauf en ce qui me regrde ou ce qui a rapport à mes qualités.
—M. Je suis vraiment heureux de faire la connaissance d'un homme, d’un talentet d’une réputation comme les vôtres ; aussi permettez-moi de vous présenter à ces dames et messieurs, je m'appelle M. Lewis ; puis après quelques chaleureuses poignées de mains, connaissez-vous ce jeune homme, monsieur, qui discutait avec vous hier ; :il m'a paru plein de connaissance en matière dereligion.
—Ce jeune homme est mon fils, répondit M. Dumont.
—Ah ! mais, votre fils est donc catholique ?
ss À À hd
siè
les enfor:- 1i le me-
ue,dit M.
Dumont a icinnati ; avoir pu naçait de ment une pays de
us avons S ; Car Si es,.et.qui orge.
e à Dieu, s de près, ette secte ment de embarqué idre à St.
le vapeur : il passe
tait qu'à de savoir
missionut ce que 1 ce qui a
naissance omme les es dames quelques ce jeune 5 il m'a he +
Dumont.
—Oui, monsieur, et.je regrette d’être obligé de l'avouer, répondit M. Dumont.en baissant la vue ; mais il n’y a pas de ma faute, il a.été élevé par.mes ‘parents. de Montréal, qui sont fanatisés par le catholicisme ; il n’y a que.deux ans qu’il est avec moi. |
— Il est jeune encore, à présent qu'il est avec vous, il renoncera à ses erreurs, j'en suis certain.
—Je vous assure, que je fais tout en mon pouvoir pour le convertir.
—Je n’en doute pas, et Dieu bénira vos efforts ; mais, veuillez donc nous le présenter,
M. Dumont ayant fait venir Gustave,le présenta aux personnes réunies, qui furent toutes frappées, de son maintien ét de sa physionomie intelligente.
Au bout de quelques minutes, M. Lewis qui l'avait fait asseoir à côté de lui, lui demanda en souriant ; Vous
| . avez là une montre et une chaîne magnifique ?
—Monsieur, répondit Gustave, c’est un précieux souvenir,
—Ah ! un souvenir ; il fait certainement honneur au donataire ; qui a pu vous faire un si beau cadeau?
M. Dumont, avait rougi en entendant parler de cette montre, et regrettant déjà de s’être fait connaître, il s’empressa de répondre.
Ce souvenir me rappelle l'affaire de S.. ce cadeau lui a été fait par cet homme, qui m’a démenti et insulté en pleine audience. Hélas ! Comment, c’est ce polisson, ce pertubateur de la paix publique, qui lui a fait ce cadeau ! C’est votre fils qui a protégé cet homme ?
— Oui, mesdames et messieurs, c’est lui-même, répondit M. Dumont.
—Ne gardez pas cette montre, dit l’un d’eux en s’adressant à Gustave.
—Vendez-là, disait un autre.
— Jettez-là, si vous ne pouvez la vendre, ajoutait un troisième, et moi, pour un, je sousorirai pour vous en acheter une autre
—C'est cela, dirent plusieurs, nous souscrirons aussi.
Pardon, mesdames et messieurs, dit Gustave d’une voix
émue, je ne pourrais faire ce que vous demandez; je me permettrai cependant, d'ouvrir le boitier de ma montre, et vous faire connaître le nom du monsieur, qui me l’a donnée ; qui sait, vous changerez peut-être d'idée à son égard, lorsque vous le connaîtrez.
—Non ! non, nous ne voulons point connaître son nom, il n’en est pas digne ; un homme qui, se met à la tête d’une horde de meurtriers et d’incendiaires, ne doit être connu que par les gardiens de prison; mais M. Lewis, qui aimait que justice fut rendue à tous sans exception, prit la montre et lût l’inscription gravée sur le couvercle ; il n’eut pas plutôt jeté la vue sur la signature qu’il s’écria.
Comment ! j'y vois la signature de M. U. de S...Ohio; mais, c’est impossible ! M. U.. est un de mes meilleurs amis ! un des meilleurs citoyens de cette ville ! un homme qui occupe une des plus hautes positions ! Vraiment ! Je n’y comprends rien.
M. ©. de S.…. dit un autre, je le connais très bien ; ce monsieur est remarquable par ses talents et sa respectabilité.
C’est vraiment incompréhensible, dit un troisième ; jamais je n'aurais cru que cet homme, distingué autant par ses talents et richesses que, par sa respectabilité, aurait pu faire une mauvaise action.
—Il y a peut-être du louche dans cette affaire, dit une dame.
— J'espère, reprit M. Lewis, qu’afin de nous en assurer, ce jeune homme voudra bien nous raconter ce qui s’est passé ; et je suis certain, qu’il dira toute ja vérité sans rien cacher,
—Je veux bien vous satisfaire, si mon père me le permét, dit Gustave,
— Votre père ne saurait refuser, dit M. Lewis. Qu’en- Le
dites-vous M. Dumont ?
—Ce serait mauvaise grâce de ma part, que de m'y opposer, répondit M. Dumont, mais en même temps il lançait un regard sévère à son fils, pour l’avertir de prendre garde à ce qu'il allait dire.
Alors Gustave, prenant un ton sérieux, se mit à racon-
me perntre, et l’a don-
à son
tre son met à la ne doit [. Lewis, ception, avercle ; l s’écria.
... Ohio ; neilleurs \ homme ent ! Je
bien ; ce respecta-
oisième ; itant par aurait pu , dit une assurer, qui s’est érité sans e le per- Qu'’ende m'y temps il
e prendre
à racon-