‹ Gustave ou Un héros canadien [microforme]Chapitre 32 sur 70 · CHAPITRE TREIZIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TREIZIEME

M. LEWIS VISITE LES ÉTABLISSEMENTS DES SŒURS DE ST. Louis. — Démission pbE M. DUMONT ET SON DÉPART DE CETTE VILLE. — ACCIDENT PRÉVENU.

Trois jours après, Gustave reçut une lettre de M. Lewis, l'invitant à passer chez lui dans le cours de la journée, ajoutant qu’it avait de bonnes nouvelles à lui apprendre. Il s’y rendit aussitôt et fut reçu d’une maniére plus affable qu’à l'ordinaire. Après les salutations d’usage, M. Lewis lui dit :

—Vous ne savez pas pourquoi je vous ai fait demander, c’est tout simplement pour vous dire qu'hier, madame Lewis et moi, ayant voulu nous assurer si ce què vous aviez dit l’autre soir était vrai, nous sommes allés visiter les établissements des Sœurs de Charité de cette ville. Je dois avouer, que vous avez dit la vérité et que nons avons été enchantés.

—Qui, dit madame Lewis, qui venait d’entrer, j'ai éprouvé tellement de plaisir que depuislors, je ne puis m'en taire. Quelle supériorité dans leur enseignement et dans l’{Aucation que ces bonnes religieuses savent donner à la jeunesse !

—Et dites donc aussi, madame, reprit M. Lewis, avec quel courage et quelle patience, ces jeunés vierges portent les plus tendres soins aux malades, aux vieillards et aux orphelins,

—Je n’oublierai jamais, dit madame Lewis, l'émotion que j'ai éprouvée. à la vue d’une sœur jeune et belle comme un ange, qui berçait dans ses bras un petit enfant avec toute la tendresse d’une mère. Je l’ai vu le coucher tendrement dans un berceau et à peine avait-elle fini de le couvrir, qu’un autre enfant s’éveilla en pleurant ; aussitôt, elle vole à son 2ppel et recommence à prodigurr ses soins. Je ne pouvais retenir mes

larmes à cette vue et je lui demandai comment elle, si jeune et si belle, pouvait ainsi témoigner tant d'amitié à des enfants qui lui étaiént parfäitement étrangers ; elle me répondit avec le plus aimable sourire : ‘‘ Je n’ai qu’à penser à l'Enfant Jésus pauvre et nu dans la crêche, ét je le vois dans,ces pauvres petits abandonnés.

—Je comprends à présent, reprit M. Lewis, qu’il n’y a que Diéü, qui puisse inspirer un pareil héroïsmé ; je ne veux pas me glorifier en vous disant que mon épouse et moi, avons fait inscrire nos noms sur le régistre de chacune de ces institutions, en y ajoutant une souscription annuëélle, sachant que nous ne pouvions contribuér à de plus béiles œuvres.

—Je suis hetireux, monsieur et madame, dit Gustave ému, de voir que le peu que j'ai pu dire en faveur dé ces bonnes religieuses vous ait portés à faire leur connais. sance. Par vûtre influénce ét votre position, vous êtes en état de pouvoir réfuter toutes les accusations qui ont été faités et qui pourraient se produire contre elles,

— Oui, cértainement, répondit M. Lewis, c’est ce que je mé propose dé fairé à l’avenir.

—Et tu consentiras, dit madame Lewis, à placer notre fille dans une de ces maisons aussitôt les vacances finies, car je suis certaine qu'’éllé y trouvera avec une bonne éducation, les plus béaux éxemples de vertus.

—- Voilà votre ouvrage, Gustave, dit M. Lewis en sou-

riant, et pendant que vous êtes ici, je renouvelle l'offre |

que je vous di déjà faite, mais cette fois je n’y mettrai aucune condition. *

—Monsieur, répondit Gustave, je ne saurais assez reconnaître vos délicates attentions à mon égard, et l’intérêt dont vous m’entourez. La reconnaissance ést la seule chose que je pourrai vous offrir ; je ne pourrais vous refuser si mon. père y consent,

—Avec votre digne pére jé m'arrangérai bien, dit M. Lewis, ainsi c’est marché conclu, après lés vacances vous entrerez dans un collège de Votre choix ét vous pourrez compter sur moi, digne jéune homme.

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pour son sermon un texte auquel il avait donné une interprétation contraire aux vues de la plupart des membres de sa congrégation. Il avait eu le malheur de faire quelques remarques un peu sévères sur la conduite de son troupeau spirituel. Dès le lendemain, les syndics lui envoyèrent une lettre, le priant de se rétracter ou de se démettre de sa charge. Il fit part de cette communication à son épouse et sortit en disant qu’il était bien décidé à maintenir son opinion. :

—Que pensez-vous de cette manière de faire, maman, dit Gustave après que son père fut sorti, on a bien raison de dire que le protestantisme a été fait pour les protestants et qu’il est commode comme religion. Parceque papa, en sa qualité de ministre de Jésus-Christ, a voulu leur reprocher leur conduite, en leur enseignant ce qu’ils devaient éviter, où lui signifié de donner sa démission: Ce n’est pas sa doctrine qu’ils veulent, mais bien la leur ; ce sont eux-mêmes, qui prétendent enseigner ce que papa

doit prêcher ; on dirait vraiment qu'ils ne gardent un

ministre que comm: objet de luxe. Trouvez-vous cela en rapport avec la dernière recommandation de Notre- Seigneur au 28e chapitre de St. Mathieu ; voici ce qui y est dit :

‘© Allez et enseignez toutes les nations, apprenez-leur à observer ‘tout ce que je vous ai recommandé. Qui vous écoute m'écoute, ‘et qui vous méprise, me méprise’ ”

— Arrête, Gustave, dit madime Dumont, d’après ce que tu viens de dire, tu voudrais me faire croire que Jésus-Christ a ordonné d’obéir en tout aux apôtres qu’il a laissés sur la terre, ainsi qu'à ceux qui prétendent être leurs successeurs, et cela sans s’occuper de la Rible qui nous à été donnée pour notre guide.

—Oui, marnan, répondit Gustave, nous devons obéir en tout aux doctrines enseignées par les apôtres et leurs successeurs ;-Car ils ne peuvent errer dans leurs enseignements.

—Alors, reprit madame Dumont, pourquoi St. Paul ordonne:t-il à tous de lire les saintes Ecritures, ajoutant que c’est en.elles que nous trouverons la vérité et la vie ;

il n'aurait pâs donné cet ordre, s’il. avait voulu une soumission complète de notre part à l'interprétation des pasteurs de l'Eglise, sans que nous ayons à nous occuper des erreurs qu’ils pourraient enseigner.

—En recommandant de lire les saintes Ecritures, St. Paul demandait à ses fidèles de lire les prophéties de l’Ancien Testament, concernant la promesse du Messie et sa divinité, car le Nouveau Testament n’était pas encore écrit ; ila pu’aussi recommander de lire ce qu’il enseignait par ses lettres et celles des apôtres, parce qu’ils ne pouvaient pas toujours leur parler de vive voix. St. Paul, d’ailleurs, savait bien que les neuf-dixièmes de la population étaient incapables de lire, et que les évêques et les prêtres de ce temps seraient obligés d’interprèter les Ecritrres aux ignorants. De plus, les pasteurs de l'Eglise ne peuvent pas enseigner l’erreur, car Jésus- Christ à promis d'être avec eux jusqu’à la fin des siècles.

—Mais, où sont ces pasteurs, dit madame Dumont, il y a tant de divergences d’opinions entre les ministres des diverses religions, que nous ne pouvons accorder entière confiance à aucun d’eux.

—Ces pasteurs sont ceux de l'Eglise catholique ; dans cette Eglise, il y a unité dans la doctrine, unité dans la pratique, unité en tout jusque dans son langage liturgique. Comme successeurs des apôtres, ces pasteurs ont reçu la doctrine que Jésus-Christ a pratiquée et enseignée, et ils nous la transmettent telle qu’ils l’ont reçue, certains qu’ils ne peuvent errer, vu la promesse de notre divin Maître.

—Comment pouvons-nous savoir que c’est à l’Eglise catholique que cette promesse a été faite ? demanda mad. Pamont.

—- En suivant les conseils de St. Jean, afin de discerner entr: l'erreur et la vérité.

—Et quels sont ces conseils ou directions ? reprit mad. Dumont ; je ne me renpelle pas les avoir lus dans l'Evangile.

—St. Jean dit dans son 4e. chapitre, vérsait 16e : ‘ Nous sommes de Dieu ; celui qui connait Dieu nous écoute, celui qui ne connaît pas Dieu ne nous écoute pas.” Il ne

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dit pas : celui qui lisant la Bible, en fait la base de sa foi est de Dieu. Or, chère mère, depuis St. Jean, le catholique a écouté, écoute encnre et croit en l'Eglise, c’est-àdire, qu’il croit aux enseignements des successeurs de ces apôtres à qui Jésus-Christ a commandé d’enseigner toutes les nations.

—C'est vrai, dit mad. Dumont ; mais enfin je ne puis refuser de croire que la Bible est la seule source de vérité, et que nous devons fonder notre foi sur elle.

—Mais, ma mère, reprit Gustave, si la Bible est la seule source de vérité, comment se fait-il que ceux qui la lisent en tirent tant de doctrines différentes ; comme le prouve les milliers de sectes protestantes, qui se contredisent même sur les principaux articles de foi ; voyez donc mon père, depuis. qu'il s’est permis d’interpréter la Bible à sa guise, il a changé deux fois de religion, d’abord Presbytèrien il est aujourd’hui Baptiste ; qui sait si demain il ne sera pas autre chose. Ah ! ma mère, Dieu n’a pas laissé sa doctrine pour être ainsi interprétée à la guise de chacun. Il veut que nous obéissions à l’autorité qu’il a laissée sur la terre.

—Tu prétends donc, dit mad. Dumont, que Eglise catholique est la seule dans le sein de laquelle nous puissions être sauvés,

—C'est la vérité. Toutefois ceux qui croient en Jésus- Christ, au baptême, à la grâce, et mènent une vie régulière font partie, en quelque sorte, de l’âme de l'Eglise, et comme tels elle ne saurait les condamner au feu éternel ; elle laisse à Dieu de les juger, mais, ajouta-t-il en ouvrant un livre, prenez et lisez ceci attentivement, vous verrez tout ce que je viens de vous dire et beaucoup d’autres vérités, qui serviront peut-être, ce que je souhaite de toute mon âme, à vous faire connaître la vérité. Puis la saluant, il sortit pour la laisser à ses réflexions.

Madame Dumont prit le livre et lut ce qui suit : ‘€ Jésus-Christ nous a révélé les doctrines qu'il faut croire, et il ajoute: ‘‘ Celui qui ne croira pas sera condamné, ’” Comme l'Eglise catholique tient fermement à ces doctrines, et prouve qu’elle est la seule Eglise de Jésus-

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Christ, il faut donc croité ce que ses pasteurs enseignent. ” À ct Fermant subitement le livre, elle se dit en elle-même : C’entest trop... cependant:je dois l'avouer, dépuis que mon fils est avec nous, j'ai souvent ressenti la nécessité d’avoir un guide pour m'éclairer dans le sentier de: cette vie; J'ai beau lire la Bible, je n’y trouve rien qui puisse me tirer de l'embarras et de la: perplexité d’esprit que j'éprouve depuis les discussions qui ont eu lieu... La Bible.est le livre par excellence; : je la lis avec. assiduité, et pourtant je n’obtiens aucun soulagement. Cela! dépend de moi peut-être, je re comprends pas ouje:ne saisis pas le sens des textes... mais qui me les: expliquera? mon époux... non.ss car tous les jours, il donne un sens nouveau aux mêmes textés..…. Ah ! mon Dieu, que faire ? Plus je lis et plus:je raisonne, et plus: mon embarras est grand ; je‘ne vois plus devant moi: qu’un abime qui se creusé’ de jour en jour. Oh:! que: ces catholiques sont heureux et tranquilles, ils se-soumettent avec confiance à leurs pasteurs en qui ils reconnaissent une autorité infaillible. N’ont-ils pas raison: d'agir ainsi Possss..s : N'est-ce pas en conformité avec-l'ordre que l’on admire dans la! création entière ? Ne voit-on pas partout une autorité à laquelle tout se soumet ?.. dans lé monde matériel, c’est au soleil que tout est soumis comme à un ‘roi::. dans le mondé social, partoüt on voit une autorité. constituée.’ La famille a ses deux chefselle;, pour la diriger. Iln’y a jusqu'aux voleurs der ‘and chemin qui sont obligés d’obéir à la direction de ce!11 qui commande: . Si:tel:est'le)plan de Dieu dans l’ordre naturel, pourquoïserait-ilautre dans l’ordre. surnat 1rèl ? Il me semble au contraire, que ce dérnier!étant pus élévé, exige une orgauisation:plus parfaite, un gouvernement plus 'en rapport avec la grandeur et la noblesse de la fin:à obtenir; qui est: Diew::et son paradis:.. S’il'est: raisonnable d'obéir: à un: représentant d'un pouvoir naturel; pourquoi ne: serait-il pas aussi raisonnable d’obéir au représentant d’un pouvoir spirituel ?... Mais assez de ces pensées..…..: on

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GUSTAVE 127 peut se sauver hors de l'Eglise catholique après tout ; il suffit de croire en Dieu et de faire tout en son pouvoir pour le:servir...... ‘Une pensée laisaisit aussitôt ; serviraije Dieu, si je rejette son Eglise ?: Non, ilne faudra pas y penser; que.dirait ma famille si elle me voyait devenir catholique... et:monépoux... Né rejetterait-il pas loin de lui une papiste ? Et St: Paul ne dit-il pas : ‘ Femmes soyez soumises à vos maris. ?” C’estice que je ferai’et je ne continuerai pas à lire.ce livre; qui ne servirait qu’à aggraver’létat demon esprit. Se: levant tout. à coup, elle sortit pour se distraire. ;

Deux jours plustard, M. Dumont, voulant maintenir son opinion; envoya sa démission comme pasteur de cette église, qui l’avait si bien reçu deux mois auparavant. Quelques membres d’une secte à St. Joseph, Missouri, s'étant séparés d’elle pour fonder ce, qu’ils appellaient ‘ L'Eglise évangélique du Christ, ”’, eurent connaissance de ce qui était arrivé à M. Dumont. Croyant avoir trouvé'en lui un modèle des premiers apôtres, ils s'empressèrent d'envoyer deuxdélégués auprès de lui pour le prier de venir jeter les fondements de la vraie église du Christ qui, disaient-ils, avait été détruite depuis plusieurs siècles: Le:traitement qu'on offrait fut jugé suffisant par M. Dumont, qui s'empressa de l’accepter, Force fut donc pour lui de replier ses: bagages qui n’avaient eu que quelques semaines de repos, maïs il s’en consolait par la pensée qu’en cela il imitait l'apôtre St. Paui ; il se trouvait plus méritant que lui, vu qu'il avait plus qu’un bâton à traîner après lui. ds

Avant de partir, il alla faire ses adieux à M. Lewis;qui

fut fon, surpris de son: départ. Ce monsieur, à force

d’instances, obtint la promesse qu’aussitôt le mois d’octobre arrivé, Gustave et Alice reviendraient chez lui, l’un pour entrer au-collége, et Alice pour être la compagne de sa fille au couvent où il devait les placer. Après bien des adieux, M. Dumont et sa famille allèrent prendre place à bord'd’un des vapeurs qui partaïent lé même jour pour St, Joseph, but de leur voyage.

Enembarquant, Gustave avait dit à sa mère: je re-

grette bien que mon père n’ait pas choisi le vareur à côté de celui-ci.

—Pourquoi ? demanda madame Dumont, frappée de la remarque de son fils. |

—Je ne sais réellement, répondit Gustave, c’est seulement une crainte que j'ai de faire le voyage sur celui-ci ; il me semble qu’il va lui arriver malheur.

Madame Dumont,n’ayant pu perdre de vue le pressentiment d'Alice, crut prudent de tenir compte de celui de pre et aussitôt qu’elle pût voir son époux, elle lui

—Je voudrais changer de vapeur pour faire ce voyage.

—C'est impossible, répondit M. Dumont, les billets sont payés.

--Je ne m'occupe pas de cela, répliqua madame Dumont, je crains qu’il ne nous arrive malheur sur celuici. Tu dois te souvenir de l'accident arrivé au train sur lequel tu voulais te rendre à Cincinnati, et comment Alice nous a prévenus ; Gustave, cette fois, éprouve la même crainte et je yeux en tenir compte. Ainsi, fais ce que tu voudras, quant à moi, je suis décidée à ne pas faire le voyage sur ce vapeur, et prenant Alice par la main, elle descendit l'escalier en faisant signe à Gustave de la suivre,

— Encore de tes folies, dit M. Dumont, en s'adressant

à sou fils d’un ton de colère ; j'ai hâte qu’elles finissent. Vois-tu ce que tu viens de faire ? A:-t-un jamais vu absurdité semblable ; laisser un vapeur pour en prendreun autre qui doit suivre la même direction et qui n’est pas plus solide que celui-ci ; et tout cela pour des superstitions et des chimères qui sortent de ta tête aveuglée par le papisme.

Après avoir ainsi apaisé sa colère, ii se rendit. au bureau du commis pour se faire remettre ses déboursés. Ce dernier refusa ; cependant, à force de demandes et d’appels à son honnêteté, il consentit à lui en remettre la moitié, mais ne voulut pas remettre les bagages, qui, disait-il, étaient entassés à fond de cale ; le vapeur portant

les bagages, partit donc Je premier et l’autre le suivit une heure plus tard.

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Voilà notre famille en route encore une fois. Le trajet par eau entre St. Louis et St. Joseph est de quatre cent quatre-vingt-seize milles ; le vapeur doit suivre le fleuve Mississipi sur un parcours de vingt milles et s’Cagage ensuite dans la rivière Missouri, qui débouche dans le premier à cette distance de St. Louis. Le vapeur y était entré depuis plus d’une heure ; Gustave et Alice se tenant à l’avant, prenaient un soin particulier à examiner la rapidité du courant de cette rivière pleine de sinuosités, son eau sale et boueuse, les troncs d’arbres qui entraînés par le courant, s'étaient échoués sur des battures et formaient des écueuils dangereux aue le bateau devait éviter en faisant de nombreux circuits. On venait de faire un grand détour, et nos enfants, ne pouvaient deviner comment le vapeur ferait pour traverser le bois qui apparaissait devant eux, car rien n’indiquait que la rivière continuât au delà. La nuit commençait à répandre ses ombres sur la terre et approchait de plus en plus ; la direction que suivait le vapeur aboutissait à un gros arbre et il n’en était plus qu'à une vingtaine de pieds, lorsque la roue que tenait le pilote se mit à tourner rapidement et lui fit faire volte-face. Alors Gustave et sa sœur purent apercevoir une étroite lisière d’eau poussée entre deux rives hautes et escarpées, bordées de gros arbres qui laissaient voir la moitié de leurs racines dans le vide. Portant la vue aussi loin qu’il le pouvait, Gustave crut voir une tache blanche au milieu de l’eau, il en ft la remarque à sa sœur. Je la vois dit Alice, qu'est-ce cela, elle paraît grandir à mesure que nous avançons. à-Serait-ce un vapeur qui se serait échoué là ? s’écria Alice un peu plus tard.

—C'est justement ce que j'allais te dire, répondit Gustave,

On attendit encore quelques minutes, alors plus de doute. Ils distinguent la moitié de la coque du bateau, les tuyaux fument encore, ils voient la foule qui se heurte sur le dernier pont, ils entendent des lamentations, des cris de détresse, des appels au secours.

—Ah ! mon Dieu ! s’écria Alice, tu l'avais prévu, cher

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frère tu nous as sauvés ; c’est le vapeur sur lequel nous étions embarqués, qui est là au fond de l’eau, ce sont ses passagers qui se noiènt ; et laissant échapper un cri elle se jette au cou de son frère.

Les passagers, en entendant ce cri, sortirent précipitamment du salon Où ils étaient à souper. Gustave, tenant encore sa sœur toute tremblante dans ses bras, leur indique le vapeur sombré ; aussitôt grand émoi: parmi eux, le capitaine s’empresse de donner l’ordre de nousser à toute vapeur pour secourir ces malheureux naufragés, les chaloupes sont mises à flot, des hommes s’y jettentet s'apprêtent à saisir tout ce qui passerait près d’eux.

Qu'il était pénible et navrant de voir ces hommes, ces femmes :t ces enfants pêle-mêle, se heurtant et se. bousculant su: le pont du navire naufragé, les uns à genoux, implorant Diet, d’autres se livrant au désespoir et maudissant leur sort ! Une mère, affolée par la terreur, cherchait et appelait sa fille chérie en poussant des cris lamentables ; un père se jetait à l’eau pour sauver des flots quelque membre de sa famille ; des enfants demandaïent en pleurant leur père ou leur mèêïe qu’ils ne pouvaient point trouver, et tous tendaient des bras suppliants vers notre vapeur qui venait *n toute hâte pour les arracher du péril qui les menaçait. Plus d’un parmi nos passagers ne pouvaient retenir leurs larmes. En arrivant près du lieu du naufrage, notre capitaine commanda aux naufragés de se serrer autant que possible sur le milieu du pont afin de permettre d’accoster, ajoutant qu’il faudrait une grande précaution de leur part, que deux ou trois d’entre eux devraient embarquer à,la fois ; puis Al plaça des hommes pour exécuter ses ordres auxquels tous s'empressèrent d’obéir.

Depuis que les chaloupes avaient été mises à flot, les hommes qui les montaient avaient réussi à tirer plusieurs personnes hors de l’eau ; parmi.ces dernières se trouvait un prêtre. Gustave le conduisit à sa propre cabine et le fit coucher dans son lit, Le prêtre voulut le remercier, mais Gustave s'était empressé de sortir pour aller rejoindre ‘sa sœur qu'il avait laissée seule à l'avant,

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Le sauvetage fini, et après s’être assuré qu'il ne restait plus personne à bord du bateau naufragé, le capitaine fit continuer la route. C’est alors qu’on s’empressa de s’enquérir du nombre des victimes naufragées. Sur deux cents passagers, cent soixante seulement répondirent à l'appel. Je n’oublierai jamais, disait Gustave, un peu plus tard, la joie et le bonheur qu’éprouvait le père en retrouvant ses enfants qu’il croyait perdus, l'époux qui apercevait son épouse qu 11 avait vu entraînée par les flots ; la mère qui voyait sou fils ou sa fille accourir pour se jeter dans ses bras ; mais aussi quelles douloureuses lamentations, quels cris déchirants, lorsqu’un époux, une épouse ou des enfants ne répondaient pas à l'appel ; que d’anxiété, de pleurs et d'évanouissements de la part de ceux ou celles qui conservaient encore une lueur d’espérance ! Mais jetons un voile sur ce sinistre tableau.

Avec ce surcroit de passagers, notre bateau menaçait de sombrer, aussi le capitaine crut prudent de faire un relais au premier village afin d’y laisser quelques voyageurs. La foule jusque là avait empêché Gustave et Alice de rejoindre leurs parents, et ce ne fut que lorsque le surplus de passagers eut été débarqué qu ils purent se frayer un passage jusqu'à leur cabine.

Madame Dumont en les voyant venir s’écria: Voici mes chers enfants qui nous ont sauvé la vie pour la deuxième fois, et elle racontait à ceux qui l’entouraienc romment tout s'était passé ; dès lors nos deux enfants

sat les héros du voyage. Cependant M. Dumont s’é-

ra en les voyant et se dit en lui-même: Dieu a c. * «4 mes enfants pour me sauver des dangers, moi son apohé, il ne faut pas pourtant que je le leur fasse voir, de peur qu’ils s’en enorgueillissent.

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