‹ Gustave ou Un héros canadien [microforme]Chapitre 38 sur 70 · CHAPITRE QUINZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUINZIÈME

PANIQUE À BORD, DISCUSSION SUR LA TRADITION APOSTO- LIQUE, LA BIBLE, L'AUTORITÉ DANS L'ÉGLISE,

Le lendemain, .dès la pointe du jour, le vapeur continua sa route, Gustave s'était levé de grand matin pour voir et examiner, car la rivière Missouri, malgré son eau boueuse et la tortuosité de son cours, offre de l'intérêt au voyageur, surtout à celui qui y passe pour la première fois ; on admire ses rives escarpées et à demi rongées par la rapidité et la force de son courant et qui menacent de s’écrouler à chaque instant et d’entrainer avec elles les grands arbres qui les couronnent ; les nombreux détours que le vapeur doit faire pour éviter les écueils dont nous avons déjà parlé, et qui obligent le pilote d'approcher de la rive à un tel point, que les passagers sont effrayés à la pensée de voir le vapeur s’y briser, et se croient toujours à la veille d’une catastrophe ou d'un accident,

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Gustave était seul à l'avant, il ne fut pas longtemps sans s’apercevoir que le vapeur approchait de la rive avec une rapidité effrayante. Tout à coup la cloche sonne, les roues s’arrêtent et les chaines du gouvernail semblent se replier sur elles-mêmes. La chaine est brisée, s’écrie le pilote! Alors le bateau, laissé à lui-même et emporté par le courant, se met à tournoyer avec une évolution si grande, que Gustave, étourdi, tombe sur le pont; sa première pensée est pour sa sœur et il s’écrie Alice, Alice ! Au même instant, le bateau se heurte deux fois sur quelque chose d’invisible, notre jeune homme entend ce qui lui parait comme deux coups de canon partis d’un souterrain, suivis de craquements et de secousses tellement fortes que le bateau vient sur le point de chavirer. Gustave parvient à se cramponner à un pilier et se relève en appelant sa sœur de toutes ses forces, mais sa voix se perd dans le tumulte causé par les cris des passagers qui, pâles L’effroi, s'étaient jetés pêle-mêle dans le salon. Tous, hommes, femmes et enfants étaient :à se heurtant les uns contre les autres et s’écriant avec épouvante : Nous sommes perdus ! Où sont nos enfants! Papa, maman où êtes-vous ! Cette panique dura plusieurs minutes et aurait pu être cause de bien des accidents si le capitaine, entrant au salon après avoir fait réparer la chaine, ne leur eut crié d’une voix forte :

—Ce n’est rien, calmez-vous, le vapeur n’a reçu aucune avarié et a repris sa route. C’en fut assez, le calme était revenu à bord.

Le soir arrivé, les groupes se formérent ‘de nouveau. M. Dumont voulant à tout prix se venger de la défaite qu’il avait subie le soir précédent, fit asseoir. Gustave à côté de lui et se mit à dénoncer hautement quelques actes pratiqués par l'Eglise romaine. Le prêtre avec lequel le lecteur a déjà fait connaissance voyant que son jeune ami Gustave allait. être en butte à de nouvelles attaques, s’approcha de lui pour lui prêter main-forte au besoin, Je suis bien aise de vous voir, lui dit M. Dumont, lui offrant un siège, asseyez-vous, et si vous n’y ayez pas objection, nous parlerons ce soir de cette prétendue tra-

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dition dont parle tant l'Eglise de Rome ; vous n'ignorez pas, sans doute, que nous, protestants, rejetons toute tradition comme contraire aux préceptes de l’Evangile.

— Pourquoi donc, s’il vous plait ?

—La tradition est contraire à l'Evangile, premièrement parce que Jésus-Christ a dit; lisez les écritures, car c’est en elles que vous trouverez la vérité et la vie ; et quelles sont ces écritures, sinon la Bible ? Secondement, parce que tout ce que Jésus-Christ a fait, et tout ce que les Apôtres ont enseigné se trouve dans cette même Bible ; s’il en est ainsi qu'avons-nous besoin de tradition P

—Je vais d’abord répondre à votre première objection, veuillez me dire quelles sont les écritures que Jésus commandait de lire, et à quelle occasion il fit ce commandement P

—]1 me semble que je n’ai pas besoin de vous dire que Jésus-Christ, en parlant des écritures, voulait: dire ‘lisez la Bible,’”? car elle seule, possède la parole de Dieu. De plus, vous savez comme moi, que ce commandement a été répété plusieurs fois.

—St. Paul a aussi fait cette recommandation, dit M. Johnson.

— Je le sais, reprit le prêtre, mais veuillez donc répondre à ma question. Quelles sont les écritures que notre Sauveur commandait de lire, ou plutôt qu’était-ce que la Bible, ce mot vous le comprenez mieux, du temps de Jésus-Christ et de St. Paul ?

— En voilà une question ! dit ironiquement M. Dumont, la Bible n’a pas changé, c'était la même qu’aujourd’hui.

— Pardon, monsieur, reprit le prêtre, le nouveau testament n'existait pas du temps de Jésus-Christ et des Apôtres, il a été écrit longtemps après. De plus, ;e ‘dis que si Jésus-Christ a commandé aux Juifs de lire les Saintes Ecritures, il voulait parler, non pas de tout l’Ancien Testament, remarquez-le bien, mais des, pro: phéties annonçant sa venue et prouvant sa divinité: A plusieurs reprises, lorsque ces mêmes Juifs niaient: sa, divinité, Il leur a demandé de lire les prédictions des

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prophètes, afin de leur démontrer et leur prouver qu'il était véritablement le Messie qu’ils attendaient. C'était vraiment le seul but que se proposait Jésus-Christ. Il en fut de même pour St. Paul dans une occasion analogue. Mais venons-en à votre seconde objection ; moi, je dis et je vous prouverai que tout ce que Jésus-Christ a fait, et tout ce que les apôtres ont enseigné ne se trouve pas dans la Bible.

—Vous ne prouverez jamais cela, dit M. Dumont.

— Je l’ai déjà prouvé, reprit le prêtre, car hier soir, je vous ai démontré que les Apôtres avaient offert le Saint Sacrifice de la Messe et donnaient la Sainte Communion ; vous ne trouverez pas cela dans la Bible. Il en est ainsi pour toutes autres cérémonies et actes qu'ils auraient pu faire, tels que les prières d'usage, le jeûne, l’administration des divers sacrements, etc. De plus, l'Evangile même nous dit clairement que tout ce que Jésus-Christ a fait n’est pas dans la Bible ; l'Evangile affirme également en termes précis que les Apôtres ont enseigné beaucoup plus que ce qui est écrit dans leurs évangiles ou leurs épitres.

—N'allez pas aussi loin, dit M. Johnson, je n’ai rien lu dars l'Evangile pour confirmer ce que vous venez de dire.

—Vous ne l’avez pas assez lu peut-être, reprit le prêtre en souriant ; St. Jean ne dit-il pas, au chap. 21e de son évangile, verset 25e: ‘ /ésus a fait encore beaucoup de choses.” Et plus loin, dans ses épitres : ‘ Quoique Jj'eusse plusieurs choses à vous écrire, je n'ai pas voulu le Jaire sur du papier et avec de l'encre, esbérant aller vous voir et vous en entretenir de vive voix.'' Et que dit Saint Paul uans son épitre aux Thessaloniens, chap. 2e, verset 14? Le voici: ‘ Gardez Les traditions que vous avez recuetllies soit de mes discours, soit de mes lettres.’ Que dit-il encore à Timothé, au 2e chap. de sa 2de épitre: << Ce que vous avez appris de moi devant plusieurs témoins, donnez-le en dépôt à des hommes fidèles qui soient euxanêmes capables d'en instruire d'autres” Eù bien ! Messieurs, est-ce assez clair ? ce dépôt est la tradition; nous

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devons donc le garder comme une chose sacrée ; j'aimerais, cependant, à savoir ce que vous comprenez par ce mot ‘‘ tradition.””

— Je n’entends rien par tradition, répondit M. Dumont, nous la rejetons complètement.

—Et moi, reprit le prêtre, je vous dis que vous ne rejetez pas la tradition. Ne conservez-vous pas, dans plusieurs sectes protestantes, j’ajouterai même dans toutes, avec plus ou moins d’exactitude, les traditions que vous. ont laissées les pères du protestantisme, tels que le préjugé, la haine et le dégout pour tout ce qui est catholiqueromain ? Ne prêchez-vous pas, à certaines époques de l'année, dans des bois ou ailleurs, où vous vous assemblez uniquement pour suivre une coutume des premiers sectaires ? N’avez-vous pas aboli, retranché des prières d'usage, des cérémonies pratiquées par les premiers chrétiens, et ne retranchez-vous pas, n’abolissez-vous pas encore, et ne continuerez-vous pas la même besogne, uniquement pour imiter et suivre une coutume commencée par les soi-disant réformateurs ? Dites-le moi, n’est-ce pas pour conserver et continuer une tradition laissée par vos pères ? Que veut dire le mot tradition, sinon une voie par laquelle une doctrine, un usage ou des faits se transmettent d’âge en âge ? Ne dites donc pas que vous rejetez toute tradition. Vous en avez rejeté une, il est vrai, malheureusement c’est celle qui vous aurait porté bonheur, pour en accepter une autre qui ne vous relèveraæ pas devant Diet et son église.

—Et vous gardæ la vôtre, dit M. Dumont avec ironie, pour faire croire à vos fidèles que les actes pratiqués par l'Eglise romaine ont été autorisés par Jésus-Christ et ses Apôtres dans cette tradition, actes que vous ne pourriez justifier par l'Evangile, qui n’en parle pas.

— Encore le préjugé qui vous fait parler ainsi, reprit le prêtre, raisonnez donc. Notre divin Sauveur, vous le savez comme moi, n’a rien écrit, il n’a point commandé à ses Apôtres d'écrire ; il n’a laissé aucun commandement pour indiquer aux chrétiens qu’ils devaient lire ce qu’écrivaient les Apôtres ; ce n’est que lorsque sa divinité était

mise en doute par ceux qui l’écoutaient, qu’il a comman- tair amandé de liré les prophéties de l'Ancien Testament, tro! seules écritures existant alors. Qu’a donc fait Jésus- thé Christ pour propager et maintenir la religion qu’il venait écri établir ? Il a ordonné à ses Apôtres et à leurs successeurs auc dé la prêchér, tout est là. Ses Apôtres ont jugé utile de quo rassembler et mettré en écrit quelques-uns de leurs ensei- à gnements et les traits les plus remarquables de la vie du van divin Maître; c’est ce qui forme l'Evangile. Le reste, . d’après ce qu’ils disent eux-mêmes, ils ont continué à vot l’enseigner de vive voix. Voilà la tradition. qu'i —#t c'est dans cette tradition, je suppose, dit M. s Dumont avec moquerie, que vous trouvez cette autorité nati divine et infaillible que vous vous arrogez comme pas- l'Ev teurs de l'Eglise romaine. dan:

Le pasteur de l'Eglise catholique ne s’arroge point sn d’autorité, reprit le prêtre elle qu'il réclame lui a été ce L donnée par Jésus-Christ même. L’Evangile le prouve L elle clairement, et cette tradition, rejetée par vous sans savoir E d’au pourquoi, démontre que les Apôtres ont employé cette prêt même autorité divine et infaillible, qu’ils avaient reçu de man leur divin maître. Aussi dans la primitive Eglise, on É Voy priait, on jeûnait, on recevait le baptême, la sainte com- qu'i munion, on pratiquait la religion toute entière, en un forc! mot on obtenait le salut, sans pour cela lire l'Evangile mo

qui n’était pas encore écrit. Pourquoi agissait-on ainsi ?

j DEUTI Voici notre réponse. Ecoutez bien ; à vous deme prouver M Bibl 1 RER le contraire de ce que je vais vous dire. C’est parceque seule M les prémiers chrétiens, reconnaissant une autorité divine l’ho: L 1 dans les Apôtres, obéissaient à leur voix et acceptaient À ++ L PEUR leurs doctrines. Quoique tous ces actes ne furent point RE | publiés dans l’Evangile, l'Eglise ne les a pas moins con- Æ jte } à 1 servés comme nécessaires et utiles. Encore une fois, je men FR le répète, Voilà la tradition. aucu 4 (Re 1h —Je dis qu’elle n’est pas nécessaire, k nom LRU “Alors, pourquoi en gardez-vous une partie vous- M | AU même ? reprit le prêtre. Ne prêchez-vous pas? Ne don- lait < h dr nez-vous pas la bénédiction ? N’avez-vous pas, dans plu- rÉpo qi sieurs sectes protestantes, des prières prescrites pour cer- la v

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taines cérémonies ? C’est de la tradition cela, vous ne trouverez pas ces choses dans l'Evangile. D’après votre théorie, tous les sermons et discours des Apôtres ont été écrits, il ne vous reste qu’à des dire sans avoir recours à aucun ministre. Une question, s’il vous plait. Pourquoi prêchez-vous ?

—C'est afin d’expliquer les différents textes de l’Evangile, car tous ne le comprennent pas.

—Vous voulez dire, je suppose, que vous devez donner votre propre interprétation de ces textes à vos fidèles, afin qu'ils ne puissent errer. Qui vous a donné cette autorité !

— Jésus-Christ en disant ‘* A/ez et enseignez toutes les nations,” a voulu que nous prêchions son Evangile, mais l'Evangile seulement ; tant qu’à l’autorité, elle est toute dans la Bible.

—Votre propre théorie vous confond. Vous dites : ‘“ Lisez la Bible pour y trouver la vérité et la vie, c'est elle qui possède toute autorité, n’en reconnaissez pas d'autre, et cependant vous réclamez le droit d’interprêter vous-même cette autorité, de la prêcher à votre manière, de faire prévaloir l'opinion que vous en avez. Voyons, êtes-vous logique, tout en voulant faire croire qu’il suffit de lire la Bible, vous voulez en même temps forcer vos fidèles de vous écouter, nee Le vos sermons comme toute vérité.

— Je le répète, il n’y a point d'autre autorité que la Bible ; si nous prêchons, c’est sur son autorité. Ælle seule possède la vérité, et tout enseignement qui vient de l’homme, sans être appuyé sur l'Evangile est usurpation et mensonge.

—Je le sais comme vous ; maïs prêchez-vous toujours le texte de la Bible ? l’interprêtez-vous toujours correctement ? N’avez-vous jamais donné une interprétation à aucun de ces textes, contraire à l'opinion d’un: grand nombre de ‘ceux qui vous écoutaient P::

M. Dumont, frappé de cette question qui lui rappelait sa congrégation de St.:Louis, rougit et ne savait que répondre. Son‘épouse et Gustave, jetant en même temps la vue sur lui, ajoutèrent à sa confusion. Voulant cepen-

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dant rompre un silence qui le trahissait, M. Dumont dit avec chaleur ;

—Que voulez-vous insinuer, monsieur ?

—Je n’ai voulu rien insinuer, et je vous assure que je ne voulais vous rappeler aucun fâcheux souvenir; je vous en demande bien pardon.

—S$i les chrétiens se soumettaient aux enseignements des pasteurs de l'Eglise, dit Mad. Dumont, désirant détourner la discussion, et cela sans s'occuper de discuter ou de s’arrêter à leur propre volonté, ils seraient plus heureux et nous plus tranquilles ; nous ne verrions pas autant de disputes et de dissentions qui ne sont propres qu’à nous éloigner les uns des autres.

— Prenez garde, madame, il ne faut pas parler ainsi, dit M. Johnson, comment voulez-vous qu’une personne raisonnable puisse rendre compte de ses actes et répondre de son âme au jour du jugement, si cette personne s’est confiée à un pécheur comme elle, ou si elle n’a pas employé son intelligence à connaître la volonté de Dieu qui est révélée dans la Bible que notre divin sauveu: à laissée pour nous guider.

— Pardon, si je réponds pour vous, madame, dit le prêtre, je dis que le catholique agit raisonnablement et avec sûreté, en se laissant guider par ceux qui en ont reçu autorité de Dieu: Il écoute l’Eglise et obéit à ses pasteurs, parceque Jésus-Christ le lui a commandé. Ainsi il n’a pas besoin de craindre de ne pouvoir rendre un bon compte de lui-même au dernier jour.

— Alors pourquoi Dieu nous a-t-il donné une intelligence ? dit M. Johnson, si nous ne devons employer cette intelligence à connaître par nous-mêmes sa sainte volonté qui est, pour nous, l'affaire la plus importante.

—Le catholique est plus logique que vous, repïi le prêtre, car, non seulement il emploie sa raison et son intelligence à connaître la volonté de Dieu, mais aussi à connaître sa révélation qui nous manifeste toute cette volonté. En conséquence il suit un autre chemin que vous, et prend le droit sentier qui lui a été indiqué par Jésus-Christ et prédit par le prophète Isaïe au chap. 35e

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verset 8e. ‘‘ Æf là sera une voie, la voie sainte ; l'impur n'y passera pas, et elle vous sera ouverte, les insensés n'y marcheront pas.’”

—Et ce droit sentiemest la Bible, dit M. Dumont, avec elle il n’y a point de détours, point de difficultés. Oui, dans la Bible seule est toute la vérité, toute autorité, torte la religion ; elle est l’étendard de notre liberté, et tant que nous la regarderons comme notre unique moyen de salut, nous pourrons défier l’enfer et le papisme,

—Et cet unique moyen de salut est bien aisé, je suppose ? reprit le prêtre, ne voulant pas s'occuper des dernières paroles de son adversaire.

— Rien de plus aisé, tous peuvent lire la Bible ou la faire lire.

—Rien de plus aisé, dites-vous, mais quand l’ignorant ou celui qui ne possède pas une intelligence voulue, lit la Bible ou l’entend lire ; est-il aussi aisé qu’il la comprenne ?

—-Oh ! oui, presque toujours.

—Et moi je le nie, il arrive même très souvent qu’on ne la comprend pas du tout ; donc la Bible n’est pas un moyen sûr de connaître la vérité.

—Que peut-il y avoir de plus sûr que la parole de Dieu ?

—Rien de plus sûr pour celui qui la comprend, mais ils sont assez rares ceux qui la comprennent. Dites-moi, quelle sûreté peut avoir un homme, quand il voit son voisin qui lisant la Bible comme lui, diffère et soutient une opinion contraire à la sienne ?

—Tous ceux qui lisent la Bible avec sincérité, peuvent, il est vrai différer sur quelqués points minimes, mais ils s'accordent sur tout ce qu’il y a d’essentiel au salut.

—Des points minimes ! dites-vous, pourquoi parlezvous ainsi? Ne savez-vous pas que toutes les sectes protestantes diffèrent entre elles sur dés points les plus essentiels ? Elles lisent toutes la Bible cependant. N'y a-t-il pas des sectes, plus hardies que les autres, qui nient la divinité de Jésus-Christ, tandis que les autres la sautiennent ; l’autorité divine laisséé aux Apôtres et à leurs

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successeurs, n'est-elle pas acceptée. par. les. unes, pendant que les autres la rejettent ? Ne rejetez-vous pas l'utilité des. bonnes œuvres, tandis que &k catholique et avec lui d’antres protestants affirn ent que la foi non accompagnée des bonnes œuvres est.une, oh morte. qui né servira. qu'à nous, condamner ; enfin sieurs ne font pas baptiser leurs enfants, parce que, pure ils, Jésus-Christ en mourant pour nous, a effacé la tache originelle.

—Sans parler des. prerniers points que vous avez, mentionnés, vous ne nierez, pas, je l'espère, que Jésus-Christ en mourant a effacé la tache causée par la chute de nos premiers parents.

—Vous changez de sujet monsieur, je répondrai, néanmoins à votre remarque. Jésus-Christ, en mourant pour nous, nous.a rachetés de la damnation éternelle que nous avait mérité la chute d'Adam er Eve, mais Il n’a pas effacé la tache originelle.

—Notre divin Sauveur a tout effacé par sa mort, et l’effusion de son sang nous a complètement. purifiés, croire autrement serait mépriser les mérites infinis de la Passio:, et de la mort de notre divin Sauveur.

—Pourtant, d'autres protestants qui lisent la Bible ne croient pas comme vous. Que Dieu me garde de mépriser sa toute puissance et les mérites infinis de Jésus-Christ. Il aurait pû, mais il n’a pas voulu effacer la tache du péché originel, car l’eut-il effacé, nous serions revenus à l’état de nos premiers parents avant leur péché,

—Que voulez-vous.dire P

—C'est bien simple, la tache RTE il] ne serait rien resté de ce péché. Le travail, la peine, les pleurs et la

mort sont les suites et les conséquences de ce péché, si tout avait été effacé, tous ces maux auraient disparu.

— C'est vrai, dit M. Johnson, confus, mais revenons à notre sujet ; prouvez moi que celui qui lir la Bible avec toute sin cérité, n'y trouve pas son unique moyen de salut, moi je soutiens le contraire,

— Alors, reprit le prêtre, pourquoi nous, traitez-vous d’imposteurs et, d’usurpateurs ? Ne. lisons-nous pas la Bible comme vous ? Cornment pouvez-vous nous condam-

ner

nio se |

ner et nous dire que nous sommes dans l'erreur, parce

ndant que notre opinion est différente et contraire à la vôtre ? utilité =-Ah !'dit M. Dumont, je ne m’étonné” pas que l’opi ec lui nion des. cätholiques soit si différente de la nôtre; ils ne

se basent pas’sür la" Bible: qw’ils né Jisent : jämais, ils se conténtént”toüt bônnémient d’obéir etd’ écoütér” tot ce que leurs prêtres disent et” 'enséignent:

—Tu vas trop loin, dit Madame’ Dumont, notre Gé. tavé, quoique fort jeune, me ‘paraît ‘connaître la Bible autant que ‘toi; tu dois t'en être ‘aperçu avant aujourd’hui. ‘As-tu déjà oublié les discussions ‘qui ont eu Heu

agnée qu’ à Dtiser mou-

menhrist

- nos à Burlington “entré 'toÿ et ‘hotre respectable ‘pére;-ainsi. que celles sur lé vapeur qui nous a amené à St. Louis? : néan- | —Les dames ne! devraient pas intervenir dans’ des pour discussions T'üné sui haute fmpértdhoc; dit M. JUS nous d’un ton vexé. | a: pas Merci, monsieur, d'éie pareille réflexion, dit Mad. fat Dumont ; cependant, je n’éndurérai pas que Von fasse rt, et | passer mon fils pour un ignorant.

ifiés, | —Je dois savoir ce que jé dis, Louise, dit M. Dumont de la d’un ton irrité, et les passagers vont finir par croire que tu es catholique toi- met, si tu continues ainsi à prendre e ne leur défense.

riser 4 —Permettez-moi de vous dire, reprit le prêtre, que irist. madame avait parfaitément raïson d’intervenir en faveur * du de son fils. Jevous dirai aussi que l'enfant catholique LUS à apprend à connaître toute la Biblé én étudiant son caté-

chisme, qui est un abrégé de toutes’les doctrines renfermées dans l'Evangile ; les livrés d'écoles sont aussi

tien k remplis d’évangiles et d’épitres tirés de cette même

t la | Bible. De plus, tous les livres de piété en usage chez Îles

» Sk catholiques contiennent une épitre et uñ évangile' pour

chaqüe jour dé l’añnée ; ainsi, loin de né pas lire la

ns à | Bible; le catholique vient'à la connaître et même la

vec | savoir par cœur s’il le-véut, ét s’il diffère d'opinion avec

de vous, c'est parce qu’il ‘ne la regarde pas’ Cofñime ‘unique

4 moyen de salut, €o nmelüniquo règle de foi.

ous — Vous traitez là Bible’avet peu dé respect en parlant

4 ainsi, dit M. Deere

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—Loin de là, reprit le prêtre; si la Bible est traitée avec peu de respect, elle. l’est bien par vous, messieurs les protestants. qui vois permettez de l'interpréter à votre manière, de.retrancher ou d’abolir ses textes, d’y prendre ce qu’il vous plait et de rejeter tout ce,qui n’est pas de votre goût ; mais nous, catholiques, nous la considérons . comme le dépôt ie plus précieux après l’Eucharistie ; la Sainte Ecriture est avant tout le livre sacerdotal, le livre des prêtres ; ils l'expliquent au peuple et en nourrissent les âmes, tout en s’en nourrissant eux-mêmes les premiers. Les prêtres ont la mission de la faire aimer et respecter de tous, de la donner à chacun selon ses besoins spirituels, et de conserver ainsi à ia, parole de Dieu son

caractère essentiel, qui est d’être lumièr: et vie. Aussi, ont-ils, et avec eux les vrais cc‘holiques, un respect et un amour que je ne saurais démontrer par mes faibles roles, St. Augustin disait que Jésus-Christ est cachée sous l'écorce des lettres de la Sainte Ecriture comme il est caché sous les espèces sacramentelles. De plus, de nos jours encore, on voit des catholiques placer la Bible comme dans un trône au lieu le jus respectable de leur demeure. St. Charles-Borromée, St. Philippe de Néri, St. François de Salles et St. Vinc:nt-de-Paul se mettaient à genoux chaque fois qu’ils lisaisnt la Bible et l’arrosaient ensuite de leurs larmes. Oui, messieurs, Jésus, notre divin Sauveur, est la manne cachée des Saintes Ecritures ; bienheureux sont ceux qui l’y cherchent et l’y trouvent ; bienheureuse est l’âme fidèle qui, à la lumière de la sainte Eglise et de la vraie foi, scrute l’adorable parole de Dieu et en fait, avec le sacrement de l’autel, l’aliment substantiel d’une vraïe et solide piété.

Alors, con:ment se fait-il ? dit M. Dumont, que nous ne pouvons laisser de Bibles dans les familles canadiennes où nous nous présentons pour leur en donner ? Il arrive même très souvent qu'après les avoir prises de nos mains, on les jette par les fenêtres ou dans le feu.

—Ce que vous me dites ne m'étonne pas, reprit le prêtre, tontes les Bibles que vous colportez de maison en maison, sont toutes plus ou moins falsifiées, et remplies

de notes et de commentaires faits par des hommes hostiles

Altée ; au catholicisme, Le catholique voyez-vous, comprend eurs ce qu’il doit faire; son premier soin en voyant une A4 Bible, est de s'assurer si elle est approuvée par les pasd Y teurs de son Eglise ; s’il la trouve en règle, né craignez est point, il ne la rejettera pas, sinon il la regardera comme PSI un livre dangereux, et plutôt propre à l’induire en erreur, cha- qu’à lui donner la lumière et la vie: Voilà pourquoi il tal, À refuse ou brule ces livres que vous appelez la parole de our- 4 Dieu. Et vous avez si bien compris la vérité de ce que les | je viens de vous dire, que les sociétés bibliques ont fait r et imprimer des milliers de Bibles il y a deux ou trois ans pins je crois, portant en marge la signature d’un prétendu son cardinal de France, afin de mieux réussir à les répandre, ssi, L malgré cela, le stratagème n’a pas réussi, le catholique a un À besoin de bonnes preuves, on ne le prend pas au piège si les, facilement ; avec une signature ou une approbation quel- POUS: conque, il lui faut un autre signe, c’est l'approbation du est pontif suprême de Rome.

nos —Mais, dit M. Johnson, tout ceci ne regarde pas ble notre sujet de discussion : Vous avez dit tout à l’heure eu£ que la Bible est un dépôt très précieux, que Jésus-Christ ris en était la manne cachée, alors pourquoi ne l’acceptezent A vous pas comme règle de foi ?

ent | —La Bible ne peut pas être notre règle de foi, dans le tre | sens que vous, protestants, prétendez, reprit le prêtre, et S ÿ voici pourquoi ; Jésus-Christ n’a pas dit à ses Apôtres. t ; ‘ Allez et colportez des Bibles, mais bien.”” A/Uez ef ensetla | gnez toutes les nations." Qui vaus écoute, mécoute. ‘ Qui le 1 vous méprisc me méprise’ Ensuite parcequ'il suffit de nt ‘4 parcourir les livres saints et en particulier le Nouveau Testament pour s’apercevoir que ces livres ne sont pas AS un enseignement religieux clair et complet. Les Evan- > giles, les Actes des Apôtres et en généralles livres histoe | toriques, sont simplement des récits présentés à l’édifica- ) tion des fidèles ; les épitres sont des fragments détachés

traitant de tel et tel point de doctrine en particulier, le plus souvent ce sont des répenses à des questions spéciales ou bien des allusions à dé certaines erreurs qui

n'existent plus. Les Psaumés sont avant tout des prières, les livres des prophètes sont l’annonce de l'avènement du Christ'et des grandes destinées de l'Eglise, Les Apôtres et les auteurs inspirés n’ont jamais prétendu donner un code d’enseignement complet une formule de croyance dans ces fragments écrits. Mais ce n’est pas tout, il y a encore une grande objection pour nous empêcher de regarder la Bible comme unique moyen de salut ou comme règle de foi. La voici : La Bible rénferme une foule de passages difficiles qui, par leur profondeur divine, échappent aux intelligences les plus lumineuses. Les efforts des docteurs de l’Eglise pour en pénétrer le sens, et en cela, j'ajouterai les vôtres, efforts souvent décus, montrent assez combien les Saintes Ecritures sont difficiles à comprendre. Enfin, la Bible ne peut pas être la seule règle de foi des chrétiens, ‘parceque

si (2la était, la religion chrétienne ne serait pas faite

pour les pauvres, les ignorants et les petits, c'est à-dire

pour ceux que Jésus a déclarés les enfants privilégiés de:

son amour.

—Vous venez d'émettre votre opinion tout simplemerit, dit M. Dumont,

—Non pas, monsieur, reprit le prêtre, notre Eglise n'est pas, comme sont les sectes protestantes, basée sur ce faible appui, qui s'appelle opinion. Etudiez tous les docteurs de l’Eglise, j'irai plus loîn, voyez ce qu'’endisent plusieurs protestants distingués. Tenez, voici ce que dit le célèbre protestant Grotius. ‘‘Zes Apôtres n'ont pas eu l'intention «exposer tout au long dans leurs épitres les doctrines nécessaires au salut ; ils les écrivaient occasionnellenient au sujet de gnéstions qui se présentaient à eux. Lessing dit : Le christianisme ‘était déjà répandu avant qu'aucrin des évangélistes se mit à écrire la vie de Jésus.” € Z4 Luther, que dit-il ? Approfondir le sens des Ecritures ést chose impossible, Nous ne pouvons qu'en efleurer la sub:rheié, en compreritre de Sens serait merveille. Que les théologténs disent et fussent fout ce qu'iis voudront,

pénétrer le myslère d'e a paroie dieine sera toujours Une entréprise au-dessus de notre intelligence. Ses sent

on le souffle de l'esprit de Dieu ; elles défient donc l'inltigence de l'homme.” Nous voyez que je ne suis pas le partage cette opinion. J'irai encore plus loin,

y à dés grotestants marquants qui rejettent complète-

ent la Bible qu’ils regardent comme un livre purement

un. M. Caquerel dit: On ne peut nier que les livres saints contiennent des contradifions et des erreurs de faits. Le magistrat dé Berlin, dans une adresse au roi de Prusse, disait au nom du protestantisme berlinois : ‘€ L'écriture et les livres symboliques sont des témoignages sur de travail de formation du christianisme, des œuvres purement humaines; là ne réside point la vérité absolue. Enfin le professeur Schoerer de Genève appelle les Saintes Ecritures. Une ventriloguie cabalistique.” Voilà l'œuvre du protestantisme, en effet, que peut on attendre de ceux dont la foi se bâse sur l’opinion.

—Quoique je sois protestant, repartit un passager en s'adressant au prêtre, je dois avouer que vous avez raison ; je suis ministre anglican et j’affirme que tout bon protestant, ne doit pas seulement accepter la Bible comme son unique moyen de salut, mais il doit aussi croire aux trente neuf articles que la grande Eglise d’Angleterre a conservés comme appartenant à la sainte Eg!ise primitive. Et l’un de ces articles nous démontre qu’il faut obéir et se soumettre aux décisions des pasteurs de l'Eglise de Jésus-Christ. Ainsi la Bible ne peut pas être notre unique moyen de salut,

—Dites donc de suite qu'il faut se soumettre aux hommes pécheurs comme nous, dit M. Dumont ; je suis vraiment surpris d'entendre de telles paroles de la bouche d’un protestant, d’un homme qui lit la Bible ; allons dons, dites moi où vous: trouvez une pareille doctrine ?

— Dans la même Bible que vous lisez, répondit le ministre avec chaleur, je n'ai pas dit qu’il fallait se soumettre aux hommes, mais: il: faut. obéir à l'autorité dont sont investis les pasteurs de l'Eglise,

Le prêtre lança nn regard significatif à Gustave, auquel. ce dernier répondit par un sourire.

— Dieu n’a pas investi les hommes, pasteurs ou non,

d’une aussi haute autorité, dit un autre passager; je suis membre de l'Eglise baptiste, j'ai lu la Bible autant que tout autre, et je n’y ai rien vu qui puisse démontrer une telle vérité.

—Ils vont prouver eux-mêmes ‘que j'ai raison, dit le prêtre à l’oreille de Gustave. :

—Vous l’avez vu certainement, mais vous ne l’avez pas compris, reprit le ministre, il est pourtant démontré d’une manière ciaire et précise que Jésus-Christ a constitué un ministère complet pour diriger l'Eglise qu'il venait établir, et auquel il a donné une autorité spirituelle et divine ; or, c’est à cette autorité qu’il faut obéir.

—Vous n’en obéissez pas moins aux hommes, dit un autre passager.

—Non, monsieur, reprit le ministre, et pour vous le prouver, j'emprunterai ici les parles de cette brillante lumière de notre Eglise, le vénérable docteur Taylor, évêque de Down, les voici ; “ Toute obéissance rendue à l'homme, l'est Pr honneur : Dieu ct pour son amour ; lorsque Dieu communique son autorité aux enfants des hommes, il leur fait réfléchir sa propre gloire, quoique bien imparfaitement ; l'autorité est donc toujours divine, bien que conférée aux hommes faibles et éloignés de toute perfeclion, c'est pourqua l'obéissance aux pasteurs de l'Eglise doit être entière.

-Point de soumission aux hommes ni aux ministres d'aucune Eglise, s'écria un autre, point de papisme ni aucun de ses restes ; la plus grande partie de ce que ces ministres enseignent est d’invention humaine. Se soumettre à eux serait plutôt une offense qu’un honneur pour Dieu.

—Ne craignez pas d’offenser Dieu en vous soumettant aux enseignements des pasteurs de son Eglise, reprit le ministre, VOUS Savez qu al est dit et reconnu par les plus grands théologiens que ‘ Toute puissance vient de Dieu ; de sorte que la désobéissance ne peut être excusée nt par la J'atblesse ow l'indignité de la personne qui commande, ni Dar aucune circonstance extérieure.''

—À quoi peut servir une autorité visible ? demanda un

que ine

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nouvel interlocuteur, il me suffit de jeter la vue sur le 3e chapitre de:l’Evangile selon St. Jean verset 16e, pour m'assurèr que:la foi en Jésus-Christ me sauvera, voici ce qui est écrit ; “ Dieu a tellement aimé le monde, qu'il a donné son fils unique, afin que quiconque croit en lui ne pèrisse point, mais qu'il ait la vie éternelle? Ainsi tous ceux qui croient en Jésus-Christ seront sauvés ; allons à lui et donnons lui toute notre confiance.

— Un universialiste, dit le prêtre à Gustave.

—Vous vous trompez, répliqua le voisin de celui qui venait de parler ; quand wiême j'aurais toute la foi possible, je ne serai pas sauvé si je n’ai pas été élu de toute éternité, Jésus-Christ a dit “ Zeaucoup seront appelés mais il y aura pea d'élus.” Et St. J:an, dans son apocalypse, nous dit que les trônes des saints furent préparés de toute éternité. Donc, le nombre des élus est déjà compté. Heureux si nous en sommes.

— Un presbytérien souffla le prêtre.

— Alors à quoi sert à lire la Bible et de vivre en bon chrétien, s’écria M. Dumont, mais il n’eut pas de temps de finir ; uune discussion vive et animée s’engagea entre tous ceux qui venaient de parler, à l'exception du prêtre et de Gustave.

—Uñne bataille en règle, dit Gustave en souriant, et tous la Bible à la main.

Dites donc plutôt une mêlée générale, dit le prêtre, c’est chacun pour soi.

—La discussion, de chaude et animée, devint violente, c'était à qui parlerait le plus fort et le plus longtemps ; on entendait ‘ point de papisme *” ‘ce que vous dites est coniraire à la Bible’' “ce n'est pas ainsi qu'il faut interpréler ce texte’ etc. etc... pendant près d'une demie heure. Le prêtre se disposait à partir, lorsque M. Johnson, honteux de voir autant d’antagonisme et de désaccord se leva et dit d'une voix forte ; veuillez donc vous entendre et faire moins de bruit, messieurs ; que va penser ce pasteur de l'Eglise romaine, de voir autant de dissentions et de divergences d'opinions parmi nous. Ce prêtre nous a dit qu’il possédait une autorité divine ; laissons-le donc

faire sa preuve, s’il le peut ; il nous restera à lui prouver lé contraire, c'est ce qué je me propose de’ faire avec votre aide, si vous êtes disposés à mé l'accorder. Voyant que le silence s'était rétabli, il ajouta en S’adressant au prêtre ; monsieur, vous ñous avez dit que la Bible ne pouvait pas être notre règle de foi.

Oui, monsieur, et je vous en ai donné la raison, répondit le prêtre; d’ailleurs, ne venez-vous pas d'en faire la preuve vous-mêmes ?

Ne parlez pas de cela, sil vous plaît, dit M. Johnson en rougissant ; je conviens qué nous n’'interprêtons pas tous la Bible de la même rnanièré, vous prétendez donc qu'il faut reconnaître une autorité spirituelle et. divine dans les pasteurs de l'Eglise chrétienne ; laquelle autorité aurait été donnée aux Apôtres par Jésus-Christ, et transférée par ces derniers à leurs successeurs.. Sur quoi bâsezvous cette autorité spirituelle et divine P

—Sur l'Evangile même.

Je crains que vous né puissiez citer aucun texte de l'écriture, pour appuyer ou prouver cette autorité.

—Soyéz sans crainte, reprit le prêtre, la preuve est facile à trouver, Prenons d’abord St, Mathieu, chap. 16 verset 18e, c’est là où nous verrons que Jésus-Christ

lonhe, pour la première fois, cette autorité à St. Pierre ; écoutez bien ce qui est dit ‘ Z7 mor, ÿe te dis que tu es Pierre, ot Sur cette pierre je bâtirai mon Æglise, ét les portes de l'enfer ne prêévaudront point contre elle” Etye de donnerai les clêés du royaume des cieux; et tout ce que tu Vieras sur la terre sera lié dans les cieux, et fout ce que du délièeras sur da terré, sera délié dans les cieux *” YTésus- Christ donne cette autorité ensuité à tous ses Apôtres au r8e chapitre du même Evangile ‘Zn vérité, je nous le dis tout ce que vous aurez lié sur da terre sera lié dans le tel, et tout ce que vous aurez délié sur la terre, sera délié dans le ciel." Nous allons voir maintenant quelle :est cétte autorité, d’une manière plus explicite, lisons ‘ensèmble les versets 18 et 19e du 28e chapitre du même Evangile, les voici ; Tout pouvoir m'a été donné dans le ciel et sur la terre; et ce même pouvoir que ion père m'a donné

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je-vous le donne. : Allez donc, enseignez toutes les nations, lenr apprenant à garder tout je vous ai conf. et à observer tout de que je vous ai commandé. ét voilà que je serai avec vous jusqu’à la consommation dos sièeles” et que dit St. Luc au chap. 10e verset 16ede:son Evangile ; vous savez que les versets précédents traitent de la mission des Apôtres, c’est-à-dire de la manière dont-ils devaient agir, voici ce que notre Sauveur ajoute ; Qui vous écoute, m'écoute, et qué vous méprise ne méprise, cl'celui qui me méprise, méprise celui qui m'a envoyé.” Eh:bien ! messieurs, je vous le demande, ce que vous venez d’entendre, veut-il dire, que chacun doit lire la Bible, et l’interprêter à sa manière ?

—Nous connaissons ces textes tout aussi bien que vous, dit M. Dumont ; nous savons qu’il faut écouter la prédication des ministres de l'Evangile ; nous comprenons qu’il ne faut point mépriser cette prédication. Mais quels rapports cela a:t-il avéc l'autorité que prétendent avoir les prêtres de l'Eglise romaine.

—Vous me surprénez, reprit le prêtre. Que vous faut-il donc pour vous convaincre ? Les textes que je viens de lire ne démontrent-ils pas d’une manière claire et précise, que, Jésus-Christ a donné un pouvoir spirituel et divin à ses apôtres ? Je dirai même un pouvoir illimité. Ne dit-il pas: ‘ Zoufpouvoir m'a été aonné, ce pouvoir est le mien, et ce pouvoir je vous de donne 2’? Ne dit-il pas encore : ““ Zout ce que vaus, ierez ou délierez sera lié ou délié ’’ ? Ces paroles ne sont-elles pas assez compréhensibles ? . Jésus-Christ ne: donne:t-il pas à ses Apôtres tout le pouvoir: qu’il avait lui-même ? En excepte-t-il quelque chose ? N’emploie t-il, pas le mot toyf, et vous devez savoir ce que ce mot veut dire. Voyons, messieurs, qu’en pensez-vous ?

—les apôtres auraient pu recevoir une autorité de Jésus-Christ,-dit M. Johnson, mais cette autorité n’a pas étè transmise à leurs successeurs.

— Vaut: autant dire que la religion que Jésus-Christ a établie par le moyen de.ses apôtres est disparue avec ces derniers, reprit le prêtre.

Comment cela ? dit M. Johnson.

—Vous me demandez comment ? Jésus-Christ n'a-t-il pas dit: ‘Æ7 voilà que je serai avec vous jusqu’à la consommation des siècles’? Or, je vous le demande, les apôtres devaient-ils vivre jusqu’au dernier jour ? Il est donc clair que les apôtres devaient transmettre leur mission et l'autorité qu'ils venaient de recevoir à leurs successeurs, jusqu’à la fin des temps.

—Cette autorité n’existe plus, dit M. Dumont ; Jésus- Christ l’aurait peut-être laissée aux successeurs des apôtres si ces successeurs n’en eussent pas abusé, comme l’histoire le démontre. Aussi, succession et autorité ont disparu dés que les abus se sont glissés dans l'administration de cette autorité.

—Des abus se sont glissès dans l'administration de cette autorité, dites-vous ; des preuves, s’il vons plait. Vous prétendez donc que Jésus-Christ ne savait pas ce qu'il faisait lorsqu'il a établi une Eglise dans laquelle il promettait de résider jusqu’à la fin des siècles. Vous l’accusez donc d’imprévoyance ou de négligence en ne mettant pas ses ministres à l’abri de toute erreur ou abus. Croyez-vous réellement que ce divin Sauveur nous a trompés en disant: Æ7 voilà que je suis avec vous jusqu’à La consommation des siècles. Non, Jésus-Christ est Dieu, et en conséquence, il est d’une sagesse infinie, prévoyant les objections qui seraient faites dans l'avenir, il rend ses apôtres et leurs successeurs incapables d’errer dans leurs doctrines et d’abuser de l'autorité qu’ils vénaient de recevoir ; et pour cela, il leur promet son Saint Esprit, qui les dirigera et éclairera dans toutes leurs délibérations, leur promet que les portes de l'enfer ne prévaudront point contre l'Eglise qu'ils doivent diriger, leur assure que ceux qui les écouteront, l’écouteront lui-même, et que ceux qui les mépriseront, le mépriseront lui-même et son Père qui l’a envoyé. Jésus-Christ est encore plus explicite au moment de remplir sa promesse. Voyons le chap. 20€ de l’Evangile selon St. Jean, verset 21e: ‘Æ7 apres qu'il (Jésus) eut dit ces paroles, il soufla sur enx et leur dit: “Recevez le Saint Esprit” Ceux à qui vous remettrez des péchés, ils leur seront remus, ef ceux à qui

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vous les rotiendrez, ils leur seront retenus.’ Or, je vous le demande, si Jésus-Christ a donné à ses apôtres le pouvoir de remettre ou retenir‘les péchés, c’est-à-dire le pouvoir le-plus absolu et le plus essentiel à l’homme, que peut-on leur refuser en fait de pouvoir ou d'autorité ? Certes, c'est ce pouvoir de remettre les péchés que l'Eglise et ses pasteurs regardent, après l’Eucharistie, comme le plus grand et le plus élevé.

—La Rible ne parle pas de rémission des péchés.

— Quelle Bible, monsieur ?

—En voilà une question ! La Bible, il n’y en a qu’une; nous y voyons : ‘‘ Tout ce que vous lierez ou délierez,” mais pas autre chose.

—$i votre Bible n’en parle pas, reprit le prêtre, c’est parce que des prétendus inspirés, se sont permis de la changer, dans leurs révisions. Ne sont-ils pas encore à l’œuvre actuellement ; qui sait, si dans cette nouvelle révision, ils n’effaceront pas ‘‘ tout ce que vous lierez et délierez,’” ces mots seront peut-être trop forts comme preuve &e l'autorité reçue par les pasteurs de l’Eglise. Je vous laisse à vous, les traductions et les revisions de ces messieurs qui s’arrogent le droit, et cela après plus de dix-huit siècles, de retrancher et applanir les difficultés qu’ils rencontrent dans l’Evangile pour le rendre favorable à leurs gouts et caprices. Quant à nous, catholiques, nous garderons l'Evangile écrit par les Evangéliistes ei les Apôtres, sous l'inspiration du St. Esprit ; nous garderons la traduction de St. Jérôme qui, je vous assure, en connaissait plus que ces reviseurs mal inspirés.

—Vous ne prouverez jamais que l’homme, pasteur ou non, à reçu le pouvoir de remettre les péchés ; dit M. Johnson.

—-Oui monsieur, mais avant de ie prouver, je mettrai une condition, arcorderez vous aux prêtres, comme successeurs des Apôtres, une autorité divine, si je vous pronve qu’ils ont reçu le pouvoir de remettre les péchés ?

— Si vous nous prouvez ce pouvoir d’une manière satisfaisaute, il faudra bien vous accorder une autorité divine.

Ji s'engagea alors une discussion, que nous n’ayons pas

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