‹ Gustave ou Un héros canadien [microforme]Chapitre 4 sur 70 · IÈRE · texte numérisé non relu

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Le mariage de M. Dumont avait été contracté contre le vœu de ses parents, qui voyaient dans une union mixte un grand danger pour ia foi de leur fils Leurs craintes n'étaient, hélas, que trop fondées. Lancé dans un milieu hostile à sa foi, harcelé sans cesse pa des sectaires dressés à la controverse, et trop peu instruit de sa religion pour réfuter victorieusement leurs arguments. le père de Gustave abandonna peu à peu toutes ses pratiques religieuses ; puis, par insouciance, faiblesse et respect humain, continuant de prêter l'oreille à ces doctrines erronées, il abjura finalement le catholicisme pour embrasser la religion prétendue réformée.

Comme il arrive trop souvent aux âmes dévoyées, une fois sorti du droit chemin, il s’égara de plus en plus. De catholique négligent, puis indifférent, il devint un protestant zélé, militant, et bientôt fanatique Enfin, comme il avait reçu une instruction assez développée et qu’il était doué d’une élocution facile, il suivit des cours de théologie protestante, et à l’époque où nous le rencontrons, il était devenu l’un des ministres les plus zélés de la séècte presbytérienne, déjà même son remarquable talent oratoire lui avait fait une réputation parmi ses nouveaux co-religionnaires.

Ne voulant pas que son fils continuât à être élevé dans l'Eglise romaine, il l’avait envoyé chercher, afin de réformer et de parfaire son éducation, et ainsi le forcer à renoncer aux prétendues erreurs d’une église que désormais il abhorrait.

Il avait construit un édifice religieux où il se donnait pour mission de prêcher le ‘pur Ævangile” aux Canadiens-français de la ville et des environs. En dépit de tout son zèle, il n'avait guère réussi qu'à réunir une vingtaine de ses, compatriotes attirés à lui par des dons en vêtements et provisions de toutes sortes que les Américains lui envoyaient de New-York, de Boston ct autres villes Voisines, pour les leur distribuer, De grosses

caisses remplies de bibles nouvellement revisées par les

docteurs en théologie de la ‘Société Biblique ”’ lui étaient expédiées par les dignitaires de cette société, et les nouveaux ‘convertis ” les répandaient dans toutes les familles de leur nationalité. Joyeux de l’arrivée de son fils, le Rév. M. Dumont se promettait d'augmenter bientôt son église naissante d’un néophyte de plus. La suite de ce récit nous apprendra s’il réussit dans cette entreprise.

Le lendemain de son arrivée, Gustave, mu par une curiosité bien légitime, parcourut et visita sa nouvelle demeure, Tout y était splendide et luxueux, riches ameublements, gravures magnifiques, mais tout était profane. Point de crucifix, point d’images religieuses, rien qui sentait la demeure d’un ministre de la religion de Jésus- Christ. Ah! se dit-il, grand-mère avait bien raison de dire que depuis que papa est protestant, il ne s'occupe que des choses de la terre. Tout en faisant ces pénibles réflexions, il descendit au salon, où la famille l’attendait.

Sa petite sœur Alice, toute joyeuse, accourut vers lui et lui prodigua mille caresses. Après avoir salué son père et sa mère et embrassé sa sœur, qui était vraiment digne de-kæt par ses qualités, sa bonne mine et sa physionomie franche et ouverte, il s'informa de leur santé et les félicita de l’aisance dont ils jouissaient dans leur confortable demeure.

Veux-tu faire la prière en commun avec nous, lui dit son père? Gustave rougit légèrement :—J'ai fait ma prière aussitôt levé, dit-il, veuillez m’excuser ; j'irai, si vous le permettez, faire un tour de jardin en attendant le déjeuner ; et sur un signe d’assentiment de son père, il descendit au jardin, qu'il trouva charmant dans la distribution et dans la qualité des plantes rares et variées qui en faisaient la splendeur. Des statues placées de distance en distance représentaient, ici, le dieu de la guerre, là un général éminent, plus lein un lion au repos, enfin, au centre du jardin, où venaient aboutir toutes les allées, une déesse aux formes trop peu voilées se reposait au milieu d’un massif de fleurs. Comment ! se dit notre candide jeune homme, ici, à la plus belle place du jardin

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GUSTAVYE 11

et au milieu des plus belles fleurs, on a placé une statue indécente ! Ah ! ma bonne grand’maman aurait certainement mis à cette place une statue de la Ste. Vierge.

Il était livré à ses réflexions, lorsqu'il vit accourir vers jui son aimable sœur qui lui présenta une jolie fleur en disant : tiens, cher frère, voici une fleur que j’ai cueillie pour toi, Oh! que je suis heureuse d’avoir un frère que je vais bien aimer, Tu es content, toi aussi, n'est-ce pas?

— Gui, bonne petite sœur, répondit Gustave en souriant, et je te remercie de ta délicate attention.

— Papa, dit Alice en l’interrompant, m'a envoyé te chercher pour le déjeuner ; c’est le premier repas que nous allons prendre ensemble et ta place est à côté de moi. Que je suis contente !… et prenant son frère par la main, elle l’entraina gaiement vers la maison,

Dès ce jour, une tendre amitié lia ces deux enfants ; dans leurs heures de loisir, ils n’avaient pas de plus grand bonheur que de sr trouver l’un avec l’autre. Gustave en profita pour instruire sa sœur qu'il trouva, hélas ! très ignorante en fait de religion ; ce fut un grand bonheur pour lui de trouver en elle, une élève docile et favorablement disposée, aussi ne tarda-t-il pas à lui apprendre, mais dans le plus profond secret, les prières de notre sainte religion, et l’aimable enfant aimait à les répéter souvent,

Le mois de Septembre arrivé, Gustave fut placé à l’Université dont nous avons parlé plus haut, pour apprendre la langue anglaise. Son avtitude, son application et ses succès lui obtinrent bientôt la bienveillance de ses maîtres qui le désignaient comme modèle aux autres élèves.

Un jour M. Jumont lui demanda :— Eh bien ! mon fils, comment te trouves-tu au collège ?

—Mais assez bien, mon père, répondit Gustave, on nous apprend très bien la littérature et les sciences, mais... pas autre chose.

— Que veux-tu dire par ces autres choses ? reprit M. Dumont.

-— Je veux dire, papa, qu’au collège où j'étais à Montré2l, les classes ne commençaient jamais, avant que maî-

tres et élèves eussent fait une prière à Dieu et à la Ste. Vierge, afin d'attirer les bénédictions célestes sur le travail commun, et qu’elles se terminaient de la même manière pour remercier le Dieu de toutes sciences.

— Ces prières ou ces exercices de religion pouvaient être en usage dans ce collège rempli de papistes, mais... suffit pour le moment, nous aurons le temps de revenir sur ce sujet.

J'aime à te permettre la discussion avec moi ; et nous la reprendrons un de ces jours, c’est par elle que tu reconnaîtras que ta grand’mère a profité de ta jeunesse pour faire de toi un papiste, un idolâtre en te faisant pratiquer les erreurs de Rome, comme je le fis moi-même jusqu’à ces dernières années ; mais, grâce à Dieu, aujourd’hui j'ai les yeux ouverts ; avec son saint Evangile je puis me guider, et si j'ai voulu t'avoir avec moi, c’est pour te retirer de l'erreur dans laquelle on t’a plongé, et te ramener à la lumière du Christ.

.— Je suppose, cher père, que vous n’abuserez pas de votre autorité ni de votre influence pour me retirer de cette erreur, qui d’après nous est...

— Non, non, interrompit M. Dumont troublé et piqué au vif, je... je... continua-t-il en hésitant, je veux que tu lises la Bible.

— Et quelle Bible, s’il vous plaît, mon père, demanda Gustave.

— La Bible, il n’y en a qu’une, c’est la parole de Dieu contenue dans l'ancien et le nouveau testament.

—Il n'y a qu’une vraie Bible, mais je lisais hier encore, qu’il y en a de fausses, c’est-à-dire des bibles que l'on

revise tous les ans, dont on a retranché plusieurs livres, tel que les Machabées, l'Ecclésias’e, etc ; d'autres contenant des textes qu'on avait changés pour leur donner une interprétation nouvelle ; et ce sont ces bibles que les soidisant ‘‘ Sociétés Bibliques, ”? répandent par milliers. Quant à moi, cher père, je n’ai pas d’obiection de lire-la Bible de Douay, ou toute autre approuvée par les autorités de l'Eglise catholique, car elles sont toutes semblables et sont les seules véritables.

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GUSTAVE 15 — Tu trouveras une Bible de Douay dans ma bibliothèque, ainsi que plusieurs ouvrages qui serviront à t’ouvrir les yeux. Je tiens à ce que tu en fasses une lecture tous les jours.

Gustave le promit, et demanda à son père la permission d’écrire à ses grand-parents à Montréal.

Non, répondit M. Dumont d’un ton sec, et je te défends de me faire pareille demande à l’avenir.

Gustave ne sachant à quoi attribuer la cause du refus que son père venait de lui faire, en fut profondément affiigé et partit aussitôt pour le collège où l’heure l’appelait en toute hâte. |

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