UN CAM” MEETING DE METHODISTES ARRIVÉ SÀ ST, JOSEPH
Le lendemain, sur les neuf heures, Gustave, assis près de sa mère et de sa sœur, était occupé à répondre aux questions qui lui étaient adressées.
—Je conviens, dit madame Dumont, que le prêtre a
rouvé d’une manière claire et précise que les pasteurs de l'Eglise catholique possèdent une autorité divine et infaillible ; mais il me semble que ces mêmes pasteurs ne devraient pas enseigner de faire usage de vaines répétitions dans les prières ; le chapelet, var exemple, est une répétition d’Ave Maria, me paraissant plutôt une moquerie qu’une prière sortant du cœur.
—Ah! ne parlez pas ainsi, chère maman, dit Alice, vous ne savez pas combien je suis heureuse, lorsque je récite le chapelet avec dévotion.
—Mais ne crains-tu pas de faire comme les païens, reprit madame Dumont, en répétant des ‘‘ Ave Maria ’’ des centaines de fois, surtout lorsque ces prières sont adressées à une créature et non à Dieu ?
—Non, loin de là, chère mère, dit Gustave, car lorsque nous récitons les ‘‘ Pater et Ave ” qui composent ce chapelet, nous äppelons à notre mémoire les mystères de l’'Incarnation et de la Reédemption, les souffrances et Jes gloires de Jésus-Christ, et aussi la part que la Ste Vierge a prise dans ces mystères. Chaque dizaine que nous récitons, est consacré à l’un de ces mystères, tels que la nativité de Jésus, sa flagellation, sa mort sur la croix, sa résurrection, etc. De plus, le chapelet est dit autant sinon plus en honneur de Jésus-Christ que de sa mère. Nous demandons à être exaucés au nom et par les mérites de Jésus-Christ, et par l’intercession de sa sainte mère ; d’ailleurs, je vous ai déjà prouvé que tout honneur rendu à Marie rejaillissait sur son divin Fils, et que la prier, n'était pas un acte d’idolatrie. |
Oui, je le sais, reprit madame Dumont, mais ces prières répétées n’en sont pas moins de vaines répétitions que je trouve contraires au précepte de l’Evangiie ; n’estil pas dit au chap. fe de St. Mathieu, vêrs. 7e ‘‘ Zorsque vous priez, n'usez point de ces vaines répétitions tel que font ces paiens.”" >
—Ne vous bâsez point sur cette version, mainan, çar ellé est fausse, dit Gustave, voici ce qui est réellement dit: “Zn priant ne parlez pas beaucoup comme les paiens.”
Mais, reprit madame Dumont, ne parle-t-on pas beaucoup en faisant usage de répétitions inutiles.
— Veuillez me pardonner si je me permets de vous dire que vous ne saisissez pas le sens de cette version, dit Gustave, voici ce qu'elle veut signifier : ‘‘ lorsque vous priez, n’usez point du bavardage des païens,” et vous allez voir que j'ai raison ; si réellement cette version voulait dire que les répétitions dans les prièrés sont vaines et inutiles : qu'allez-vous dire de David qui dans un seul de ses psaumes, le 136e je crois, répète à chaque verse. ‘€ Parce que la miséricorde de Dieu est éterneile” Qu'allezvous penser dés séraphins qui ne cessent de dire * Sas, saint, saint est lé Seigneur Dieu tout puissant qui éfatr qui est et qui doit venir.” Qu'allez-vous croire de Notre Seigneur qui répéta trois fois la même prière au jardin des Olives. | |
C'est vrai, dit madame Dumont confüse, mais ce qui me frappe encore, ce sont les titres glorieux, les magnifiques/épithètes que vous applijuez à la Ste Vierge lorsque vous récitez les litanies en son konneur. Ce titre de- ‘6 Siège de la sagesse,” par cxeimple, ne devrait-être appliqué qu'à Dieu ; et plus loin, comment pouvez-vous appeler Marie, simple créature, ‘* Arche d'alliance," © Porte du ciel" “Réine des Anges.” Non...ces glorieux titres n'appartiennent qu’à Jésus-Christ ; c’est trop, hasarder que de les appliquer à Marie ; en agissant dé la sorte, vous, catholiques, lui attribuez une sorté d'égalité avec le souverain roi du ciel, ét vous donnez lieu,,en même temps, à notre assertion que lcs catholiques ont emprunté quelques parties de leur culte äu paganisme.
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—Laissez-moi vous dite, maman, on, Gustave, que la plupart des termes de réspeït et de louanges. donnés à Marie sont tirés des prophéties qui la concernent, quoique la plupart des commentateurs protestants les appliquent exclusivément à l'Eglise chréticane. Quand Daid dit déns un de ses Psäumes * “ Za Rerne se fent a nofre droite,” Vous ne l’accusez pas de placer l'Eglise au niveau de Dieu mêmc; donc, en cherchant le sens figuré de ces expressions lorsquié nôvs les appliquons à la bienheuteuse Marie, vous devc: d’abord vous rappeler nôtre immuable doctrine, qu’il n'y a qu’un seul Dieu, ét cette doctrine bien érâblie, bisn présen.# à votre esprit, vous ne devez pas craindre de vus joindre aux catholiques pour reconnaître la sublime dignité à laquelle, comme mère de Jésus-Christ nôtre rédémpteur, Marie est élevée au-dessus de tous les habitants créés de la céleste Jérusalem. C’est comme mére de Dieu que Marie est appelée ‘‘Szége de la sagesse,” puisque Jésus-Christ est cette éternelle sagesse qu’elle a portée dans son sein virginal ; de même elle est appelée ‘ Arche d'alliance,” parce que d’elle est né le médiateur de la nouvelle alliance ; “ Æroi/e du matin,''
lisézle vous-même.
LAN Le
de ces titres pompeux à la mère du Sauveur, et dorénavant je me gardéerai bien... mais elle n'eut pas le temps de finir, des chants de cantiques attirèrent leur attention. Prenant Alice par la main, elle se dirigea, suivie de Gustave, du côté d’où venaient ces chants. Apercevant sur la rivé gauche de la rivière, et dans un joli bois, une grande assemblée occupée à prier et à chanter, Gustave dit en souriant : ‘ Un camp-meeting de Méthodistes.”
—Qu'’est-ce que cela ? demanda Alice.
—C'est un pèlerinage, ou plutôt une assémblée dans le boïs, que les Méthodistes font tous ;?s ans à peu près à la même épouue, dit Gustave.
— J'aimerais à y aller, dit Alice, ce serait du nouveau pour moi. | :
—Mais notre vapeur est arrêté, dit Mad. Dumont, j'espère qu'il n’est pas arrivé d'accident.
—Je vais me rendre à l'avant pour en reconnaître la cause, dit Gustave en s’éloignant. Il avait à peine fait quelques pas qu’il aperçut un autre vapeur en avant et qui était échoué en travers du seul chenal par où l’on pouvait passer. Force fut donc d'attendre que le passage fut libre et le capitaine fit mouiller à peu de distance du lieu ci se tenait le ‘* meeting.” Les passagers débarquèrent aussitôt ét Gustave, voulant satisfaire le désir de sa sœur, se rendit à l'assemiblée. Arrivés auprès d’une plate-forme sur laquelle prêchait un ministre, ils purent entendre ce qui suit : ‘* mes chers frères et sœurs, vous ‘ savez tous pourquoi nous nous Sommes rendus dans ce ‘bois, c’est en commomération du passage des Hébreux ‘ dans le désert qui, ayant cuiité l'Egypte et Pharaon, ‘se dirigèrent vers la terre que Dièu leur avait promise ;. ‘nous aussi nous venons de quitter l'Egypte ét Pharaon ‘en laissant nos demeures, le monde et.les plaisirs ; nous ‘voulons, nous aussi, atteindre la térre promise par ‘Dieu, et quelle est cette terre ? c’est le ciel, séjour du. ‘* bonheur ; mais si nous voulons réussir, il vous faudra ‘€ évité” de faire comme les Hébreux qui s’arrêtérent en ‘{ chemin pour adorer des veaux d’or, malgré la défense ““ de Moïse. Il vous faudra écoutér les Moïse qui vous.
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“ ont parlé et qui vous parleront pendant notre séjour ‘jci. Nous avons aussi voulu, en venant dans ce bois, imiter Nôtre Séigneur qui se retira dans un désert pour ‘“ yjeûner pendant quarante jours ; il faudra que nous “E aussi, nous jéunions. en nous privant des Plaisirs < de ce monde durant notre séjour ici, et si Satan “vient pour: nous ‘tenter, à l'exemple dé notre divin Sauveur, nous devrons le repousser loïn- de ous et ne “nous occuper que du salut de nos âmes.’
Amen... Amen... Alleluia... lancés avec enthousiasme par des centaines dé voix, firent résonner la forêt pendant plusieurs minütes: ° Le prédicateur étant déscendu, tout ce monde commença à se disperser, les'plus âgés vers les tentes, les autres là où l’on croyait s'amuser le plus.
-—Tout est bel” ét bon jusqu’à présent, ait: Gustave, avançons donc:et faisons le tour du camp. Pendant leur promenade, nos déux enfants prenaient un sbin particulier de tout voir ét examiner ; des jéunes demoiselles donnant le bras à des jeunes gens, paraissant être trop -galants pour des fréres, et se dirigeant vers des points éloignés et isolés attirèrent leur attention ; ils virent la colère et le dépit peint sur les figures des j jeunes filles ou des jeunes galants, lorsque celui ou celle qu'il où qu’elle aurait préféré donnait le bras à un autre ;.s enténdaient les murrmures que la jalousie où ‘le dépit leur faisait prononcer. Portant ensuite leurs regards vers 1e ‘camp, ils aperçurent des tables magnifiquement dréssées sur lesquelles étaient placés les mets les plus succulents. ‘Gustave donnait libre cours à ses réflextions, «t de témps à autres, faisait des remarques à sa sœur ; AVERES sur leurs pas, il dit én souriant! ;
Ces jeunes gens" ne sont certainement pas venus ici pour jeûner, il y'en a qui jeûnent, il est vrai (en désignant'éeux ‘qui laissaiéht voir leur chagrin) mais c’est bien malgré eux. Qué: dire et penser dés plus âgés P regardé dene cés tentes spacieuses et commodes, -Cés tables bien garniés, Ice désert agréable et ses amuSemients, tout démontre qué-ée monde à eu besoin de penser au
comfort avant de se rendre ici ; on parle, on rit, et on s'amuse comme €n véritable pique-nique ; tout ce monde, parce.qu’il consacre.une heure ou deux .de 1a journée pour prier, et, entendre prêcher, croit en çela imiter Notre Seigneur dans le désert ; je t’assure que ce passage à la terre promise me paraît très agréable, et que ce jeñre neies fatiguera.point.. Ah ! chère sœur, .ce n’est pas ainsi que le;catholique jeûne ou fait sa retraite, il sait que l'on ne jeûne-point-en mangeant tout.ce que l’on désire ;
changement dans.la vie sociale de tout ce monde, le même comfort y apparaît, les mêmes mets s’y. mangent, les mêmes tête à tête s’y font, .et si changement il y a, c’est pour le mieux, car l’on goûte les mêmes avantages et les mêmes plaisir dans un local plus agréable, vu qu'il est: en plein, ,air,et dans un bois délicieux. Quelle différence entre ces protestants et les catholiques 4. Pendant le carème et la semaine ,sainte, le catholique cherche au moins à imiter les exemples de Notre Seigneur qui garda le silence pendant quarante jours dans le désert et n'ayant d'autre occupation que la priére. et le jeûne. Le sifflet du.vapeur l’arrêta dans ses observations, et il leur fallût hâter le pas pour rembarquer. . Deux jours après le vapeur accostait à St. Joseph. ; Avant de: débarquer, M. Johnson et plusieurs. autres voyageurs invitèrent Gustave à venir les voir; notre digne prêtre, lui avait serré la main en lui recommaudant de continuer à prendre :la défense dela sainte, Eglise, de réster toujours inébranlable dans ses convictions, le félicita des succès qu’il avait obtenus et lui souhaita toute prospérité. Oui, cher enfant, disaitil, Dieu vous bénira pour les. nobles efforts que vous faites en.prenant la défense de. sa Sainte Eglise, tôt ou tard vous en recevrez Ja récompense. Qui sait, Dieu. vous à peut-être choisi. pour être l’instrament, dela conversion de vos parents; si bons Pr adieu, soyez certain que jamais je ne vous oublierai .. Uñe larme échappée de ses.-yeux fut, la seule réponse DE eva donner. M.Dumont et sa famille se rendirent, à leur nouvelle
t, et on monde, journée imiter passage
le diffé- *endant rche au i garda n'ayant e sifflet r fallût vapeur ohnson à venir ain en défense le dans disaits faites bu. tard vous. à ersion certain De 2 de onner.
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demeure qu’ils trouvèrent très, comfortable ; comme à St. Louis rien n’avait été oublié. : (