CHAPITRE DIX-NEUVIÈME. à
DÉPART DE LA CARAVANE POUR LA VILLE DU LAC SALÉ— UNE SÉRÉNADE ET BRAVOURE DE GUSTAVE.—UNE MONTAGNE DE SABLE-—ÆENTRETIENS DE GUSTAVE AVEC SON PÈRE.
Nous avons laissé nôtre caravane sur le point de partir, et le lendemain, dès l’aurore, elle se mit en marche. Gustave, bién décidé de ne pas tenir compagnie à ces. Mormons, monta à cheval et galopa en avant pour être seul autant que possible. Deux jeunes gens, fils d’un riche fermièr anglais nouvellement converti au mormonisme, ne l’eurent nas plus tôt aperçu, qu’ils piquèrent leurs chevaux pour le rejoindre. Ils étaient frères et se nommaient George et Arthur.
Rendus près de Gustave, George le salua en disant :
— Auriez-vous objection à nous laisser chevaucher avec vous ?
—je.n’ai aucune objection ; cépendant, je vous avertis que jé ne suis pas un saint, moi.
—Un mormon, vous voulez dire, je suppose, dit Arthur en ridnt, un beau nom que celui-là.
Mais, n’êtes-vous pas des mormons? demanda Gustave déjà attiré vers ces deux jeunes garçons par leur bonne mine et l’éducation dont ils faisaient preuve,
—Ah! Non, non, répondirent-ils énsemble, nous ne voulons pas être des saints de leur espèce.
—J'en suis bien aise, car je pensais ne pas voir de visages amis pendant tout le cours de cé voyage ; mais je parle comme:si vous m’ aviez déjà accepté comme ami ou compagnon. Veuilléz m’excuser,
—Ne parlez pas d’excuses, dit George, mon fréré et
moi, nous sommes venus vous prier de nous accepter comnié Vos compagnons, j je dirai plus, nous aimerions à dire comme vos amis.
—Merci, dit Gustave, et tout en galoppant, tous trois se mirent à causer. On parla de collége, d’études, de ces temps joyeux ui, hélas ! n’étaient plus. .
Ils étaient àtrivés Sur le Sommèt d’un grand côteau ; frappés du magnifique coup d'œil qui se présentait à léurs regards, ils arrêtent leurs chevaux pour le contemplér. Quel beau spectacle ! et que Dieu ést grand. dans ses œuvres, dit Gustave. Voyez cès immenses prairies ondulantes, cette ceinture d’arbres qui les entourent ; ne dirait-on pas un beau et gige tesque jardin?
—Oui, répondit George, et cette vue me fait, Souvenir du domaine de mon père, ces arbres qui bordént les prairies me représéntent les plantes qui éntouraiènt nos terres, et dont la verdure ne lé cédait pas à celle que l'on voit devant nous. Et dire qu’il à laissé un si beau domaine pour se rendre dans un désert.
—C'est sa nouvelle religion qui lui a fait faire tout cela, dit Arthur.
—-Peste soit d’une pareille religion ! reprit George.
—Mais, mes amis, dit Gustave, il faut bien quitter quelque chose pour devenir saint. Et c’est un beau pays que nous avons devant les yeux.
—Ouvi, un beat pays, dit Arthur; mais atténdez un peu, dans deux ou trois jours, tout né sera pas rose comme aujourd’hui. À üne soixantaine de milles d'ici, nous allons quitter ces belles prairies pour nous éngager dans un désert, où nous rencontrérons. Fa sau és, es loups, des serpents de toutes sortes avec lesquels nous aurons raîllé À partir.
—N'essaie-doné pas de nous fairé peur, Arthur, dit une voix douce en arfière + 'ÉUx.
Tous trois sé retournent pps JE a ar ai ainsi.
C'est tof, chèré sœur e ens ici, je vai té présenter à notre ro ci 3 Hi il, ne à en S'adressan à Gustave : F otre sœ AS” Ya ct. ne 1 ‘bonne sœur poûr hoüs, je t'aissuré. ‘
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En S'abonne
Gustave s'avance et” salue respectueusement cette demoiselle, qui lui paraît âgée d’une vingtaine d'années ; frappé de sa beauté et de ses manières distingués, il se dit à lui-même Quellé pitié qu'une personne aussi accomplie soit obligée de se mêler avec ces mormons, qui, certainemént, ne l’édifieront pas par leur morale et leur conduite ; qu’il est penible de voir une aussi belle fleur jetée au milieu d’un bourbier. Je vous remercie, 6 mon Dieu, d’avoir permis que ma sœur he fut pas de ce voyage. La pensée de sa sœur le rendit triste, et, voulant donner libre cours à ses pensées, il piqua son cheval pour s’éloigner.
—Où allez-vous donc ? dit Emily ; je ne suis pas venue ici pour vous éloigner de mes frères, monsieur ; ainsi, veuillez donc nôus tenir compagnie. NT.
—Pardon, mademoiselle, j’ai manqué de politesse, dit Gustave, mais j'ai pensé que vous n’aimeriez pas un étranger. avec vous, et j'ai craint de vous déranger dans votre conversation.
— Vous n’êtes pas étranger, dit George.
--Et j'aime toujours être avec mes frères, dit Emily ; si cela vous dérangeéait, vous me forceriez à réster seule, ce qui m'affligerait beaucoup, car. je n’aime pas la compagnie de ces mormons. fe
—-Et n’êtes-vous pas mormonne ? demanda Gustave.
—Pas plus sainte que nous ne somines saints, répondit Arthur en souriant.
—Et notre sœur ne nous quitte jamais depuis que nous sommeés partis d'Angleterre, ajouta George ; ainsi, veuillez donc rester avec nous.
—Je ne sais, reprit Arthur, mais il me semble qu’Emily a confiance en nous, et qu'en notré compagnie elle ne craint pas ces hommes qui ont.tout pérdu, et honneur, et vertu. dE
—Oui, chers frères, dit Emily, je ne crains pas ces hommes lorsque je suis près dé vous; et elle ajcuta en essuyant une larme : j'espèré que vous ne m'abandonnerez pas.
--Ne parle pas ainsi, s’écrièrent ensemble George et
Arthur attendris ; 1e pensons pas à cela, tu nous attristes. Qu'un seul de ces saints réprouvés Ôôse seulement te regarder, et nous lui ferons voir ce qui serait mieux pour lui.
—Et vous pouvez compter sur moi au besoin, dit Gustave avec émotion, j'ai, moi aussi, uné bonne sœur comme la vôtre. Heureusement, Dieu a permis qu’elle ne fut pas de ce voyag: ; mais vous, mademoiselle, la rémplacerez dans la protection que je lui aurais donnée, si elle était avec nous.
—Merci, bon jeune homme, dit Emily d’une voix tremblante, Dieu vous récompensera pour votre noble résolution.
—-Et nous, dirent George et Arthur, nous vous remercions de la bonté et de l'égard que vous venez dé porter à notre sœur, et de ce jour, compte nous, ou plutôt veuillez nous regarder comme vos frères.
—Oui, chers amis, répondit Gustave, mais laissons de côté la tristesse qui commence à s'emparer de nous, chassons toute pensée lugubre. Il vaut mieux se distraire ét s’égayer. Voyez-vous ce petit arbre en avant de nous. Je propose une course pour voir qui va arriver le premier ; en êtes vous P
—Oui, oui, répondirent-ils, et piquant leurs chevaux, ils les lancèrent au galop ; la victoire, cette fois, fut remportée par Emily qui maniait un Superbe coursier avec plus d’adresse que ses compagnons ; cés derniers, piqués, de leur défaite, voulurent leur revanche et de nouvelles couïses furent proposées. On se fit plaisir d'accepter, et à partir de ce jour la plus franche gaieté ne cessa de régner entre ces jeunes gens qui s'étaient promis amitié et secours mutuel en cas de besoin.
Deux jours après le départ, la caravane campait au bord d’une petite rivière qu'il fallait traverser le léndemain. Un seul coteau la séparait de la grande prairie qu’elle devait suivre dans toute sa longueur. Les voitures étaient placées en émicicle, ainsi que cela se faisait toujours ; une ouverture de douze pieds ou plus y avait été laissée afin de permettre aux bœufs d’entrer en dedans
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GUSTAVE 217 de ce cercle. 'Uh camp ainsi formé est bon en cas d’attaque dé: la pârt des Satvages’; 1és hémtnes peuvent, dé l’intérieuf, voir cé qüi se passé au dehors, s’abriter derrière les voitüres, et dé 1à tirer sur leurs ennémis sans s'exposer à leuts flèches meurtrières,
On était à préparer le soupér, lorsque Güstave aperçut une S6ixantaine d’hôrnmes à Uheväl accourant rpidement vers le camp. Il en avertit le capitaine qui $’empressa de commañder à'ses gens de préparer leurs armés. Inquiets, hommes, femmes et enfants se demandaient : Quélle pouvait être l'intention de ces hommes ? Quelle mission venaient-ils remplir ?
— Je ne'sais que penser de cés hommes, dit le Capitaine à Gustave.
—Leurs figures sinistres et leurs allurés ne mé plaisent pas, répondit Gustave ; ils ne viennent pas en mission de paix, d’après moi:
—C'est cé que je crains, reprit le capitsins ; restez à l'entrée du camp, jeune ‘homme, je vais donner l’ordre aux femmes et aux enfants d’entrer dans les wagons, et je viendrai vous rejoindre avec du renfort.
Le capitaine commença à faire’le. tour du camp,"et Gustave se rendit à son poste, tout en examinant ses pistolets.
Sans ralentir leur course, ces hommes arfivèrént au camp ; l’un d’eux paraissant être leur chéf, s’approcha de Gustave en disanñt ;
. Qui êtes-vous! ? Où aliéz:vous ?
—Ceci ne vous regarde: pas, tépondit Gustave sans bouger:
—Ho ! ho ! Vous peñsez que nous ignorotis qui vous êtes ; vous’êtes des Mormoñis en route pour le Lac Salé; et nous sommes venus pour vous donnér une bonne sérénade. Sé tournant alors du côté de ses hommes, il ajouta ; mes amis, préparez vos instruments et jouons à l' honneur de ces Mormons afin qu’ils puissent arriver sains 4 saufs à la nouvelle Jérusalem.
Aussitôt dit, aussitôt fait, les lurinéttes, les éshiis, les violons ét les tambourines sortirent comme par énchan-
tement de dessous les selles des chevaux, et.les valses, les galops :et les cotillons se succédèrent sans interruption pendant plus d’une demie-heure. La musique finie, le chef commença un discours, durant lequel il vanta les vertus de Brigham Young qu'il tournait en dérision, et termina en disant : Vous voyez devant vous des saints, des serviteurs de ce nouveau Mahomet, il serait bon de leur donner le baiser de paix avant de les laisser, et surtout n'oubliez, pas les jeunes filles: Allons, mes amis, faites, comme moi.
Aloïs cette horde s’élança dans l’intérieur du camp et se dirigea vers les femmes et les jeunes filles qui, en entendant la musique, étaient sorties pour mieux écouter. Le chef #yant remarqué Emily, s’avança vers elle pour l’embrasser ; déjà son bras est sur le point de l’entourer, et l’affront va se commettre, lorsqu'un violent coup de cravache bien appliqué lui fend le visage. Surpris de cette attaque imprévue, il se retourne pour . voir son agresseur et aperçoit Gustave, un révolver à la main et la cravache ensanglantée de l’autre qui lui dit :
—Arrière, misérable, ou.tu meurs.
—Ah!.c'esttoi, jeune homme, dit le chef en essuyant le saig qui,coulait sur sa figure, cette fois tu vas me dire qui tu es.
—Encore une fois je te dirai que cela ne te regarde pas bandit, dit Gustave, va-t:en, te dis-je, ou une balle va fair. ton affaire, et il l’ajusta en pleine poitrine.
Cet homme, voyant: la partie trop: mauvaise, car ses compagnons, qui n'avaient pas été mieux reçus que lui, s’enfuyaient au plus vite, tourna bride en jurant vengeance, et-piqua son cheval pour rejoindre ses hommes qui étaient déjà loin: M. Dumont, craignant leur retour, doubla la garde pendant plusieurs nuits de suite. Emily, revenue de sa frayeur, voulut témoigner sa reconnaissance à Gustave, mais ceui-ci s'était empressé d'entrer dans sa tente pour échapper aux. éloges que sa conduite avait mérité. il |
Le lendemain, la caravane se remiten marche, Gustave et ses amis, ayant hâte de -voir cette grande prairie,
es, les :ption aie, le nta les on, et saints, Jon de et suramis,
imp et entenr.: Le > pour tourer, oup de le cette resseur avache
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cat ses us que nt venommes retour, Emily, aissance dans sa lé avait
Gustave prairie,
avaient pris le devant ; arrivés au sommet du côteau, ils s'arrêtent en poussant un cri d’admiration. - Un cavalier accourait dérrière eux et ils entendirent la voix d'Emily leur dire d’un ton de reproche :
—I1 me semble que vous auriez dû m'attendre pour jouir de ce spectacle en même temps que vous.
—Nous n'y avons rien dérangé, chère, sœur, dit George en souriant ; regarde, n'est-ce pas grandiose ? Vois-donc la rivière Platte, ne ressemble-t-elle pas à un gigantesque serpent déroulant ses immenses anneaux ; et cette prairie sans limites, ces hautes herbes qui la. couvrent et qui, par leur verdure et leurs ondulations gracieuses, ressemblent aux vagues de l'Océan ; pas un arbre, pas une branche pour détruire la monotonie ; ne se croirait-on pas en face d'une mer immense. Et. ‘tout en causant, ils descendaient le côteau.
—Oui, répondit Emily, c’est un beau et magnifique spectacle ; mais n’êtes-vous pas Comme saisis d’effroi en descendant ce versant ? Ne vous semble-t-il pas que l’on s'engage dans une des régions inférieures du Globe ? Ne dirait-on pas qu'ici la terre s’est effondrée jadis et a produit cet affaissement si rémarquable ?
—Oui, mademoiselle, j’'éprouve le même sentiment, dit Gustave qui venait de s’ipprocher, on dirait, à coup sûr, que nous quittons la terre pour une autre planète.
—- Ah! c'est vous, Gustave, dit Emily ; pardonnez-moi si je ne vous ai pas remarqué plus tôt. Je suis vraiment ingrate, après la noble action d'hier soir; je ne sais comment vous en témoigner ma reconuaissance.
—Ne parlez pas de reconnaissance, dit Gustave, je n’ai fait que mon devoir, et je remercie Dieu de m'être trouvé près de vous pour vous épargner un affront ; voulant détourner ce sujét, il ajouta en souriant: allons faire connaissance avec cette rivière ; je brom6ts d’être le premier à boire de son eau.
—Non, non, s’écrièrent Emily et ses frères en pique at leurs chevaux, votre cheval a besoin de courir, si vous voulez remplir votré promesse.
—Tous s'élancérent au galop, mais Gustave gardait
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toujours le devant suivi de près par Emily ; en arrivant au rivage, Gustave saute de cheval et remplit sa coupe d’eau, avant qu'Emily fut rendue ; celle-ci se hâte de descendre, alors (:ustave lui présente sa coupe et lui dit en souriant ;. ce 1est pas toujours. à vous de gagner les courses, tenez, je boirai après VOUS. .: |
Emily accepte la pulitesse, boit et lui remet la coupe en disant d'un air malin : J’aurai bien encore mon tour, et vous n'avez pas rempli votre promesse, car j'ai bu la premiére. | George et Arthur arrivaient au même instant, ils descendirent pour boire à leur tour : Mais comme vous avez brouillé l’eau de cette rivière, dit George, elle est toute sablonneuse.
—Voilà ce qu’on attrappe en arrivant les derniers, dit Emily.
—Et ces messieurs devraient être contents, dit Gustave, cet eau va leur servir de nourriture et de breuvage en même temps.
En éffet, l’eau de cette rivière, quoique moins noire que celle du Missouri, est aussi épaisse ; elle est d’un jaune blanchâtre, couleur du sable qui en forme le lit; la rapidité de son courant et son peu de profondeur, cause ce mélange du sable avec l’eau. En certains endroits cette rivière est très large et fournit une assez grande quantite de poissons aux caravanes qui doivent la remonter jusqu’aux Montagnes Rocheuses. :
Nos amis, après avoir laissé boire leurs chevaux, reprirent leur chemin : et arrivèrent à un camp de mormons, dont les uns étaier: occupés à préparer le repas, les autres à dresser les teutes. no Me .—Quel ést donc leur mode de transport ? demanda Emily, jé :e vois point de bœufs ou de chevaux, et quellés petiés voitures ils ont...
—Ce’sont des chärrettes à bres, dit Gustave, chargées de provisions, et de leur pauvre ménage. . Ss Ils doivent avoir cependant des animaux pour trainer ces chärrèttés ; ils ne peuvent pas.les frainér eux-mêmes, Oui, mademoiselle, dit Gustave. Le père ou le plus
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âgé des garçons se met une bandoulière de cuir sur les épaules et l’accroche ensuite aux timons,-la mère et les autres enfants poussent en arrière, Ils traversent ainsi les rivières, gravissent les plus hautes montagnes et parviennent à faire le voyage, mais épuisés de fatigues.
— Pauvres | et chers petits enfants, dit Emily, qu’ils sont à plaindre! Quels sacrifices, quelles privations et quelles fatigues leur imposent la conviction de la vérité de leur croyance. ue.
—Pardon mademoiselle, reprit Gustave, ce n'est pas par conviction de la vérité de leur croyance que la plupart d’entre eux agisent ainsi, mais bien par l'empire que leurs passions exercent sur eux. Ils ont en perspective la terre promise où on leur a fait croire que le lait et le miel couleraient en abondance, que tout leur viendrait sans travail et sans peine, que les Gentils seraient bientôt leurs serviteurs, et beaucoup d’autres choses que nous devons taire ; ét c’est en vue de la réalisation de ces promesses faites par leurs apôtres, qu’ils s'imposent de pareilles sacrifices... .
—Vous avez raison,dit George, cette secte qui se nomme mormonisme n’est autre chose qu'une flatterie des pas sions, une invention du diable, et je plains ceux qui mourront dans son sein.
—Ne parle donc pas ainsi, dit Arthur en souriant, ne sais-tu pas que ce sont ces saints du dérnier jour qui doivent regénérer le monde. |
—Dis donc plutôt qu’ils voudraient le dégénérer, répliqua Emily, il y aurait au moins semblant dé vérité.
En cé moment, le capitaine, qui venait de les rejoindre, demanda 4 George de planter le pavillon à une place qu’il lui indiquait pour marquér où devait avoir lieu le campement. | k su
.—Trois semaines plus tard, la caravane s’arrêtait au pied d’une montagne de sable qu’elle devait gravir le DRE ARS tien d’extraordinairé ne s'était passé ët person n'avait dbrodvé le moindre accident Le souper terminé et après la ptière du .soir ; (je dois dire ici en passant, que les priérés du matin et du soir se
faisaient toujours en commun; ces prières étai2nt précédées de quelques avis de l’apôtre et de cantiques qui produisaient le plus bel effet par suite du grand nombre de chanteurs et de chanteuses, au milieu de cette immense prairie) le capitaine ordonna à tous de se coucher de bonne heure, vu que la caravane se mettrait en marche à trois heures le lendemain matin.
A l’heure indiquée, notre caravane commença la rude âche de gravir cette montagne de säble. On ne pouvait raonter que dix wagons à la fois ; il fallait atteler à chacun d’eux de cinquante à soixante paires de bœufs, et ce n'était qu'à force de jurons et de coups de fouet que l’on parvenait à faire avancer ces animaux qui pouvaient à peine se tirer du sable dans lequel ils enfonçaient jusqu’au ventre ; aussitôt qu'un wagon était rendu au sommet, on détachait les bœufs, n’en laissant qu’une paire pour le descendre de l’autre côté, et on revenait chercher les autres qui attendaient leur tour ; les femmes et les enfants dûrent prendre l’avant pour se rendre de l’autre coté de la montagne afin de préparer le diner pour les hommes ; à chaque instant elles étaient obligées de s'arrêter pour reprendre haleine ou laisser reposer leurs petits enfants ; plusieurs d’entre elles perdirent leurs chaussures sans pouvoir les retrouver, car elles n’aimaient pas à remuer ce sable d’où sortaient.à tout instant une foule de petits reptiles qui s’enfuyaient avec la rapidité de l'éclair ; ces animaux, longs de quatre à cinq pouces, ressemblent en tout point à des crocodiles en miniature, la queue et la tête formant presque toute leur longueur, ils Gnt quatre pattes que l’on ne peut distinguer lorsqu'ils sont en mouvement, ét il est impossible de les attraper. On remarque aussi sur cette montagne, ce qui nous parait comme des souches d'arbres arrondies et sur lesquelles poussent des feuilles jaunâtres. Toute la journée fut employée à gravir cette montagne et le soir la caravane campa à deux milles du lieu d’où elle était partie le matin ; après la prière d'usage, l'apôtre capitaine donna avis que l’on venait d’entrer dans le pays. des buffles, il va falloir, dit-il, que. vous preniez beaucoup de précautions à l’avenir, surtout pour
précées qui ombre
imense her de arche à
la rude pouvait chacun n'était . parve- Jeine se ventre ; étachaiït ndre de li attenit prenontagne , chaque prendre sieurs voir les ble d’où tiles qui nimaux, ut point formant tes que ent, êt Aussi sur souches feuilles ir cette illes du d'usage, d'entrer
ue, VOLS ut pour
vos animaux ; tenez- vous constamment sur vos gardes, car il arrive assez souvent que chevaux et bœufs sont saisis subitement d’une grande panique, et ils partent tous ensemble et courent dans toutes les directions avec une rapidité étonnante, alcrs il est dangéreux de se trouver dans les wagons ou sur leur r'ssage.
Gustave, plein de tristesse et de sombres pensées depuis plusieurs j jours, ne s'était presque pas montré à ses amis, quoique ces derniers fissent tout en ieur pouvoir pour l’attirer vers eux et l'égayer ; ce soir là, plus triste encore qu’à l’ordinaire, il prit le parti de s'adresser à son père et lui dit en pleurant ;
—Que fent maman et Alice ce soir P elies sont peutêtre malades, et qui sait si la peine de nous voir éloignés ne les fait pas mourir. Ah ! cher père, comment avezvous pô les quitter de la sorte ?
—Ne me parle pas de ta mère dit M. Dumont d’un ton vexé, elle aurait pu me suivre, c'était même son devoir, mais elle ne l’a pas voulu ; j'éprouve bien de la peine, mais Jésus-Christ a dit qu'il faliait tout quitter pour le suivre et c'est ce que j'ai fait.
—-Et pensez-vous, que c’est pour suivre Notre Seigneur que vous avez tout quitté ; n'est-ce pas plutôt pour.
Je ne veux point de tes remarques, dit M. Dumont en l’interrompant, je te le répète, ta mère devait me suivre ; d’ailleurs je suis libre, j'ai obtenu un acte de divorce avant de partir de St. Joseph; par cet acte tu m'apypartiens et ta sœur reste ayec sa mère : Ainsi n’en parle plus.
Je ferai remarquer ici que M. Dumont, au moment où il obtenait cet acte de divorce, n'avait pas l’intention de se séparer de son épouse ; c'était plutôt une ruse qu'il employait atin de la décider de le suivre ; mais une fois parti et associé avec ces Mormons, Dieu l'avait abandonné et il avait oublié son épouse et sa fille ; sur Gustave seul. il concentrait toute son amitié.
—Comment ! s’'écria Gustave, vous me dites que vous avez obtenu un acte de divorce.; jl il est. donc bien facile de briser les liens s:.:rés du mariage dans ce pays. Ce
qui m'étonne le plus, c’est que vous parlez de divorce comme d’une affaire de commerce où d’uné transaction quelconaue. Quoi! on sépare un mati de sa femme et on distribue à chacun les enfants, comme si l’on avait affaire à de vils animaux. Qu'’y a-t-il de plus grave, de plus pénible et de plus navrant que cela. Laïssons là la religion et regardons seulement le côté de la morale, n'éxige-t-elle pas que les liens de la famille restent inviotables et sacrés. Ah! cher pére, pardonnez moi si je me permets de vous faire remarquer où vous en êtes rendu, dans quel abime profond vous vous êtes jeté ; ne prévoyÿezvous pas ce que deviendraient les familles si on pouvait ainsi les dissoudre ? que feraient les mères et les enfant si or pouvait ainsi les jeter sur le pavé ? Y aurait-il r*: sibilité de maintenir l’ordre social ? Non, le monde deviendrait un véritable chaos d’où il ne pourrait plus sortir. De plus, n’avez-vous pas promis sous serment que vous seriez fidèle à ma mère, que vous l’aimeriez et da protégeriez toute votre vie, lorsqu'au jour de votre mariage, Dieu vous a uni à elle ? N’avez-vous pas pris Dieu à témoin du serment que vous veniez de faire ? L'interprétation que vous donnéz à la Bible vous a-t-elle dit que pour pouviez briser un serment fait à Dieu luimême. Pensez-y bien, sinon par amour pour maman et nous, vos enfants, au moins par amour pour vous même, pour votre honneur, pour votre âme, et tâchez d'éviter le scandale que vous causeriez à notre famille et le surcroit de peines que vous infligeriez à vos bons parents, à maman et à ma sœur.
—Mais les lois du pays ne sont-elles pas sanctionnées par Dieu, dit M. Dumont qui ne savait trop que répondre aux pleurs et à la prière de son fils ; n’est-il pas dit ; “4 La voix du peuplé est la voix de Dieu.”’ Eh bien ! la loi du pays m'a donné ma liberté et j’en profiterai ; je n’aurais jamais quitté ta mèré, mais élle n’a pas voulu me suivre, elle a donc voulu cette séparation en me-laissant Partir seul. AR
Ah ! je vous en prie, ne parlez pas dinsi, réprit Gustave, vous savez que si maman ne vous a pas Suivi,
vorce iction me et avait ve, de $ là la orale, invioi sije rendu, voyezouvait nfant:
il res monde it plus ment riez et votre as pris faire ?
a-t-elle jeu luian et même, éviter urcroit ents, à
onnées pondre as dit ; | la loi é n’auulu me aissant
réprit s suivi,
c'était. par respect pour elle-même et ma sœur. Vous dites que la voix du peuple ;est la voix de Dieu, sais Dieu'se sert quelquefois dela: voix d'un ‘peuple, pour punir ce, même peuple ; d’ailleurs, pouvez-vous: appliquer ces mots à la circonstance actuelle ? ces mots sé rapportent-ils à la morale, ou : la ‘famille. : Vous qui préténdez suivre. la Bible.et rien que la Bible, pouvez-vous taccerder:la résolution:que vous avez prise de vous $éparer de maman, pour toujours, et le commandement qu'a donnë Notre-Srigneur -dans sette même Bible. , Notre Sauveur. n'a-t-il pas. dit: ff Que l’homme ne pouvait séparer. ce que Dieu: auni.”” -:: Voilà la réponse de Jésus-Christ aux -Pharisiens qui lui demandaient si um homme pouvait répudier sa:femme :pour caëse d’adultère ? Comment pouvez-vous justifier votre conduite si contraire aux devoirs-que Dieu impose à l’époux comme à l'épouse ? Comment pouvez-vous délaisser maman simplement parceque.son honneur lui refusait de:vous suivre? Ah ! cher père, l'Evangile est un livre sacré où ilne l'est pas, ou.il est.inspiré de-Dieu ou ikne l’est pas, il n’y a pas d’alternative, c'est tout l’un ‘ou tout l’autre. Les gouvernements qui prennentsur:eux d'accorder des divorces, qui pensent pouvoir séparer les familles, et vous qui les acceptez, je ne veux pas parler de vous personnellement, je parle de ceux qui, après avoir: ocbtehu acte dé divorce, se permettent de contracter d’autres alliances, et celà sur le simple. permis qu’ils ont eu. de ces gouvernements, regardez la Bible et la traitez comme tout autre livré humain, les uns et les autres ne s'occupent que très peu & Ja parole de Dieu, leur prétendu guide: Voyez si l'Eglise catholique accorde des divorces, non, elle respecte trop la parole de Dieu, elle aime trop à obêir à ce que Dieu lui commande dans la Bible que vous, protestants, aimez tant. à citer lorsqu'elle ne vient pas en contradiction-avec vos passions, mais ils ont tonjours le suim de-ne pas s'occuper! d'elle; lorsiu’elle leur reproche letir conduite par les commandements qui y sont renfermés. Mais, répliqua M. Dumont, je n'ai jamais été marié, notre Eglise seule a le droit d’unir l'époux à l'épouse, les
saints du dernier jour seuls ont le droit de marier ; (doctrine du mormonisme) j'ai vécu en concubinage jusqu’à ce jour, j'espère cependant en obtenir le pardon de Dieu, vu que je ne connaissais pas mieux, et que je croyais mon mariage légitime. : ° :
—Ah ! cher père, reprit Gustave d’un ton indigné mais respectneux, je’ sais que je vous dois l’obéissarce et le respect, Dieu ne pérmet pas à un enfäntde répliquer ou de discuter avec son: père, mais dans’ une circonstance comme celle-ci.je ne puis m'empêcher de vous dire que vous n'avez pas beaucoup:de respect’ pour votre épouse, ma mère, ni pour nous, vos 'énfants ; que dis-je, vous n’en avez pas pour vous-même. : Nous.somimes donc illé: gitimes. Prétendez-vous dire que tous les peuples, protestants comme : catholiques, vivent en concubinage. D'après votre théorie; il n’y a donc que les Mormons nouveaux-nés qui sont légitimes. : Mon père, je: vous en prie, ne parlez plus ainsi, vous ne pouvez en croire ce que vous venez de dire. Non, Dieu n’a pas dû vous punir si cruellement : Veuillez ouvrir lès yeux, je vous en supplie, et vous ne mauqueréz pas de voir l’absurdité des doctrines de cette secte nouvelle, rejetée par tout homme hcnnête et intelligent.
—Que veux-tu dire ? Comment ! toi, mon fils, tu ôses me faire des reproches et: me dicter ma conduite. Ne sais-tu pas que je suis ton père P dé —Il parait que non, d’après ce que vous! venez de
ire, .
—Tais-toi, misérable ! et pour cette dernière offense, tu seras de garde & minuit, et tu y resteras jusqu’au moment du départ de la caravane ; je te ferai connaître ton devoir envers ton père:
—Je serai à mon poste à l'heure indiquée, et là, dans le silence de la nuit, je pourrai prier pour vous. :
C'en était trop pour M. Dumont, qui se repentait déjà d’avoir été aussi sévère envers son fils ; il se détourna pour cacher l'émotion qui commençait à le maîtriser
et s’éloigna aussi vite que possible. : Qui l’eut vu en ce moment aurait remarqué des larmes couler le long de
docqu'à Jieu, mon
mais et le er OU tance e que OUSE,
vous cillé- ; proinage:
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hit déjà stourna aîtriser en ce ong de
GUSTAVE 227 ses joues. Dieu vient quelquefois frapper à la porte des cœurs endurcis ; s’il les trouvent disposés à le recevoir, il entre pour les éclairer et les embaumer du parfum de sa grâce ; mais si ces cœurs refusent de lui'ouvrir, alors Il s’en retourne, quelquefois, pour ne plus revenir.