‹ Gustave ou Un héros canadien [microforme]Chapitre 50 sur 70 · GUS. ‘"E · texte numérisé non relu

GUS. ‘"E

—Cette écluse, répond la sentinelle, à été. faite pour inonder ce ravin, dans le cas que l’armée américaine s’y eagagerait pour le traverser. Mais qui êtes-vous ? je ne puis vous laisser passer sans vous connaître,

—Nous sommes des Saints du dernier jour, dit Gustave, et nous nous dirigeons vers la nouvelle Jérusalem, cenduit par l’Apôtre S..

—Àlors vous pouvez passer, dit la sentinelle en ôtant son chapeau.

Gustave et ses compagnons reprennent leur route, montent sur un pont jeté au-dessus de l’écluse, et aperçoivent en avant d’eux un camp fait à la mode des Sauvages ; des huttes construites avec des branches d’arbres, entrelacées de rameaux plus petits et le tout, recouvert de paille et de boue, servaient d'abri aux soldats mormons,

occupés en ce moment, les uns à faire des retranchements, des batteries et des is les autres à placer de grosses pierres sur le sommet de la montagne pour être jetées sur: ceux qui voudraient passer dans le ravin.

——En voilà nne curieuse besogne pour des saints, dit Gustave toujours souriant ; en ont-ils des projets pour exterminer les damnés.. Mais tout est permis à un saint, vu qu’il n: peut plus pécher.

Un nouvel ordre, Halte ! ou donnez le mot-d’ordre; l’arrêta court dans sa remarque. ;

— Vous pouvez passer, dit Gustave en ôtant sor, chapeau, imitant en cela ce qu'avait dit et fait la première sentinelle, et il n’arrêta pas son cheval.

—Vous ne passerez pas, cria la sentinelle, Halte où je vous tue.

—Comment cela ? reprit Gustave sans se déconcerter, par quel droit nous arrêtez-vous? Je vous donne le mot d'ordre que la première sentinelle nous a donné, je répète les mêmes paroles et je fais comme elle en étant mon chapeau.

Les compagnons de Gustave étaient fous de rire; la sentinelle, surprise de, la gaieté et de la naïveté de ce jeune homme, ne peut-empêcher le sourire d’effleurer ses

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—Monsieur, reprit Gustave, je connais votre devoir et le mien, je n’insisterai pas à passer avant de vous dire qui nous sommes, et il répèta ce qu'il avait dit à la première sentinelle, mais, ajouta-t-il, va-t-on .rencontrer d’autres sentinelles sur notre chemin avant d’arriver à ce camp que je vois plus bas ; si oui, vous ferez bien de nous donner le mot d'ordre.

—Ce n’est pas nécessaire, répondit l’homme d’armes en souriant.

—Merci, Monsieur, dit Gustave en le saluant, et il s'éloigne avec ses compagnons.

—Qu'’avez-vous donc, cher ami? dit: George en s’adressant à Gustave. ù

—kKRien que. je sache, répondit Gustave. . Voyez-vous, il faut bien être gai et joyeux. avec. les saints ; mais voici la dernière sentinelle, nous allons voir ce qu’elle va dire et faire. ;

—Halte ou donnez le mot d'ordre, crie cette dernière.

—Ce n’est pas nécessaire, se hâte de répondre Guitave. qui continua d'avancer.

Nouveaux éclats de rire de ses compagnons. ù

—Je vais te montrer si ce n’est pas nécessaire, dit la sentinelle en mettant le doigt sur la détente de sa carabine. ;

—Pas si vite, s’il vous plait, reprit Gustave, toujours calme et souriant, voulez-vous me faire mal, uniquement parce que je vous donne le mot d'ordre que m'a communiqué la seconde sentinelle ? pensez-vous . que nous. aurions pu pénétrer jusqu'ici, si nous n’avions pas été des säints du dernier jour se rendant à la ville sainte.

—Pourquoi ne le disiez-vous pas plus vite? dit la sentinelle en souriant ; lorsque vous. arriverez u camp, vous lèverez la main droite en l'air et crierez ‘ Josa-

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Ë —Bien obligé, Monsieur, dit Gustave en s’éloignant avec ses compagnons; et prenant le galop, ils entrent dans le cämp sans ralentir leur course. Le commandant et les quelques soldars restés au camp, voyant arriver ces hommes au galop, crüurent à une attaque et.se préparent à la repousser,

Comme ces saints sont méfiants, dit Gustave, hâtonsnous de les rassurer en leur donnant le mot-d’ordre, Levez la main droiteen l'air et criez de toutes vos forces : <t Tosaphat.”

Ses compagnons s’empressent de lui obéir, Alors, le commandant s'approche et leur demande :

—Qui êtes-vous ?

Nous sommes l'avant-garde d’une caravane de saints du dernier jour, commandée par l’apôtre S..., répondit Gustave ; elle doit arriver tout à l'heure.

—Soyez les bienvenus, chers frères en Jésus-Christ, dit le commandant en leur tendant la main.

Quelques minutes plus tard, l’apôtre-capitaine et M. Dumont, qui avaient bien ri en apprenant comment Gustave s’y étaient pris pour donner le fameux mot . d'ordre, arrivaient au camp ét l’aperçürent causant avec le commandant. Ils se hâtent de le rejcindre, et l’apôrre lui dit en le frappant amicalement sur l'épaule :

Jeune homme, vous avez trouvé un moyen bien ingénieux pour passer et pénétrer dans un camp.

Monsieur, dit Gustave, entre saints, il y a toujours moyen de s'arranger.

—-Mais vous n’êtes pas encore saint, reprit le capitaine avec le même sourire. J'espère, cependant, que vous le serez bientôt.

+æ(C'est mon plus grand désir, dit Gustave ; et il ajouta d’une voix basse à l’oreïlle de son pére : mais pas un saint de son espèce.

“Lés voitures commencent à entrer dans le camp, et le capitaine les fait arrêter pour laisser réposer les animaux pendant une heure. Alors, les soldats $e mêlérent aux gens de la caravane ; Ces dermièrs, touchés de leur état pitoyable (plusieurs n’aväaient pas mangé de pain depuis RP jours), leur donnèrent de la farine et des jam-

ons en assez grande quantité. ds

“Gustave s'approche de on père ét lui dit :—Voyezdont, cher pété, où le fanatisme et lés passions peuvent conduire. Regardez ces hommes qui croyaient que tout leur viéndrait en abondance en venant ici; ils Ont à

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peine-de quoi se vêtir décetment, ils manquent: même de:nourriture ; regardéz:surtout les ouvrages aaxquels ils se livrent et-lés moyens‘ barbarés: qu’ ‘ils veulent opt pour repousser l'autorité légitime; |

Mais, -répliqua!-M; Dumont, :n/ sibéis pas le droit: ide se défendre:et dé repousser ceux'qui : veulent les 'attaquer injustement Pr:

Injustement, dites-vous, réphitflusthee, vous prétendez donc qu'ils ne doivent:pas obéir: aux loisiet à l’autôtité du gouvernement qui-les a tokérésiet protégés jusqu’àoé jour. Peuvent-ils, avec raison, refuser de recevoir un gouverneur envoyé par ce gouvernement pour faire respecter ses lois et protéger tous les citoyens ? et cela dans un de ses territoires. Non... ils se rebellent, parce que ce Brigham ‘Vouhg/tôût en sel proclarhant gr phète de Dieu, veut aussi jouir des honneurs civiles. ñ ne veut pas céder: sa place-de gouveméur :d’un.territoire qui. ne lui appartient .pas:et:suxdequeliil:n’a aucun-droit.

— Pourquoi,-dit M; Dumont, Brigham: Young: re jouirait-il pas des honneurs civiles, comme prophète de Dieu, autant que le Pape, comme chef de Le pa romaine ? N'est-ik pas roi,-lui?

—Je:suppose, reprit Lot rares vous.ne meéttrez. pas le pape et-Brigham Young | sur le: mêrie pied d'égalité, l’unest Je vicaire de: Jésub-Christ,»et ras n'est que le chef des mormons. Vous aivez;étndié l’histoire et vous la connaissez as502: pour savoir :que’i$i le pape jouit d'un pouvoir temporel;-c’est, parce que les rois-etlés empereurs des siècles passés, l'ont vouluainsi ;-ils lui-ont conné un petit territoire, sw: lequel.il:a8 droit à une:jbrisiliction complète, afin. qu'il fût libre :dans ses décisiôns, libré dans ses décréts, libre-dans:sés, äctions et ipdépendant de tout autre poñvaif,. En-agissant ainsi, ilscpnt youluw le mettre à l'abri de:touté influence que Fun: ou l'aûtré d’entre-eus aurait pu-excreer/sur lui, Jia sagesse de cette démayrbhe:est reconnue | par: tout homie ‘bien pensant: De plus; de pape/est que dé dépositaire de:son royaume; il doit le-remettre imtact,à soh) successeur, :! Cé royaume est la propriété du chef suprême de tous les: athoiques

de l'univers, et comme tel; le pape doit le conserver, Peut-on en dire autant de ce Brigham Young? le territoire de l’Utah lui appartient-il ?- lui a-t-il été donné en dépôt ? a-t-il aucun droit à lé réclamer plus que tout autre citoyen américain ? Non, la religion de.Brigham Young, c’est en deux mots: beaucoup de femmes et des honneurs ; nous le verrons trop tôt. Au même instant, le capitaine donna le signal, la caravane se remit en route et vint camper.sur les bords d’un ‘torrent large et impétueux qu'il lui fallait traverser le lendemain.

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