CHAPITRE VINGT-QUATRIÈME
GUSTAVE SAUVE. LA VIE D’ARTHUR,--ARRIVÉE À LA VILLE SAINTE.-—-SOURCES D'EAU, BOUILLANTE.+=POLYGAMIE. æ# LIEUX / DU REPOS DU PROPHÈTE, — LA DÎME-DES MORMONS, R
Le lendemain, Gustave et ses amis'se. mettent à l’eau les premiers pour traverser lé torrént, Le courant était fort et menaçait d'entraîner les chevaux qui ne pouvaient fixer solidement les pieds sur les cailloux ronds qui en formaient le lit. Arrivés vers le milieu, le cheval d'Arthur trébuche et son cavalier est lancé dans le courant qui's’en empare et l’entraîne avec |rapidité ; tout le monde de la caravane pousse un cri d’effroi en le voyant tomber ; il le croit pe:du.: Prompt comme l'éclair, Gustave tourne bride et lance son cheval ‘dans la direction de son ami qu'il voit disparaître ; il pique plus-fort et le voit reparaitre un peu plus loin, son cheval redouble de vitesse sous la force de ses coups, et son ami disparaît pour la deuxième tois. Les gens de la caravane tremblent d'émotion et craignent que Gustave ne soit la victime de son dévouement ; plusieurs courent le long du rivage pour porter secours s’ils le peuvent. : Gustave semble ignorer lé péril qui le menace, ses lèvres murmurent une prière; voyant
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À LA VILLE OLYGAMIE.
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sor ami réparaître tout près de lui, il saisit les rênes de son cheval d’une main nérvéusé, ét s’élanice à l’eau, De sa main restée libre; il s'empaté d’Arthüt, puis tourne son cheval du côté de la rive, tous deux atteignaient la terre ferme quelques instants après: Un cri d'enthousiasme est poussé par les gens de la caravañe, George était resté comme stupéfait au milieu de l'eau, èt n'avait cessé de regarder ce drame émouvant sans s'occuper de lui-même ni de son cheval qui tremblait de tous ses membres dans ce courant froid et impétueux. Ce cri le ramène à luimême, et il s’empresse de rejoindre Gustave et son frère maintenant hors de danger. En arrivant, il se jetté au cou de son ami et de grosses larmes inondént sa figure.
—Ah ! cher ami, dit-il, encore cette fois vous-êtes notre sauveur.
—Gustave plein d'émotion ne répond que par ces mots : Essayons de ramener Arthur à la connaissance.
Ils se mettent à l’œuvre, les hommes €: l'avant-garde arrivent : avec du sel, on lui frotte les membres, lui fait rejeter l’eau qu’il a avalée, et, an bout de quelques minutes, on parvient à le ramenér à la vie, Arthur ouvre les yeux, sa première pènsée est pour Gustave qui l’a sauvé, et lui témoigne toute la reconnaissance dont il est capable.
—Assez, cher ami, dit Gustave remerciez Dieu de ce que je fus là à temps pour vous retirer de l’eau, mais comment vous: trouvez-vous ? Etes-vous assez fort atoss remonter à cheval ?
—Oui, répondit Arthur, je suis assez bien.
Onlui apporte des vêtements secs, et quelques minutes plus tard ia caravane, se remet en route, s'éloigne de ce iorrent qu'elle quittait sans regret, et campait le soir au pied de la dernière montagne qui la séparait de la ville sainte.
Dès cinq ‘heures le lendemain matin, les voitirés commencent à monter ; Gustave et ses deux amis arrivent au sommet les premiers. lis aperçoivent au bas une belle et. large vallée au milieu de laquelle coule une petite rivière, baptisée du'nom de ‘‘ Jourdain ’’ ‘par les mor-
RAR n'a
D re DE eme mreme
mops,; au nord-oucst;ile Lac Saléos’étend: au-delà: des montagnes ; sure versant nord-est-de aetté vallée; s'élevait. comme -en: amphithéâtne daivillé: sainte, la-:nouvelle Jérusalem de: mormons:qui;vue de lois avec:ses maisons jaunes et grisâtres entourées-de -beaux-janbims/:ses rues dreites-et larges, offrait. un-coup d'œil charmant:: ; ::
— Enfin, voilà la ; nouvelle: Jérusalem;-dit Gustave:en souriant; vous voyez bien.que ses: habitans; sont-tous les saints, car.je ne vois pas: une seule-église; unseul clocher.
C'est vrai, dit: George;:cependañt:ce bâtiment-:rond que lon.voit près de la. montagne doit-être un temple:
Pour envoyer auciel-plus rondermentt,-reprit Gustave, mais voici les voitnres- qui. arrivent, -ét :le capitaine. m'a donné.ordre de les:faire:arrêter sur.ce sommet.) ! : /
Sa tâche terminée, le capitaine qui, cette fois’sétait-le dernier, arriva enfirhet.se: Lines sur'ses étriers 8’ ébria d’une voix forte::;arrc
+-Chers frèresiet: Sœurs, vous voyez devant-vous. «la cité sainte, la nouvelle: Jérusalem. pour laquelle :nous avons pravé)tant de périls et: de dangers-depuis :trois mois (la caravane-partie le.6,Juin: arrivait:le,5 Septembre; faisons éclater notre:.joie -en:faisant:.retentir: ; mos: cris, d'allégresse,.et ôtant-son chapeau, il fut imité ipar:tous les-voyageurs qui poussérent un ‘‘hourra ” dont l'écho fittrembler les montagnes aux alento:rs; À présént, centiua, l'apôtre, saluons la d’une manière digne d’elle-en déchatgeant nos carabines, et.trois cents: coups de feu partirent..en même temps. Bien, reprit le capitaine, cette: fusillade. :a averti le saint Prophète. de notre: arrwéeé ; il va daigner nous; récevoir, et je n’ai-pas besoin, de vous; dire de:lui témoigner tout le respect dû à un prophète-de Die; en passant devant lui, vous le-saluerez, lui donnetez:la main et-répondrez poliment aux questions qu’ilvous-fera ;-mäis avant de partir d'ici, je vous conseillerais de reine. vos toilettes, nous paraîtrons avec-plus d'avantage. |
Tout.le monde:se met à l'œuvre, st les. Lan Sabdie, les chapesux garnier. de: fleurs let. de ‘plumes, les faux chignons; les robes de'soie, les: rubans-écarlates etc:,-etc., emballés depuis le départ,! font leur apparition et chacun de se parer de son mieux.
lelà: des é; s'élerouvelle raisons ses rues tave:en tous :les clocher.
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Les voitures s'ébranlént dé nouveau et une heure après la caravane faisait son entrée dans la ville par une belle rue large et très propre, qui la conduisait devant le château dé Brighäni Voug, grind et élégant écifice bâti directement au pied d’une montagne trés escarpée, Gustave et ses amis regärdéni ‘de tous côtés ; ils sont frappès dé la tranquilité qui règne partout ; ls admirent les beaux jardins, luxuriants de Végetations qui entourent dé bonnes :aisons, faites de briques blanchés'et grises, (ces brique: sont cuites par le soleil) ; des régiments d’enfants, jouant dans chaque cour et ‘jardin, atticent :eur attention et lés font sourire ; de chaque cêté des rues qu’ils traversent, couient des” ruisseaux à l'eau claire et froide, ils en font la remarque et se demandent pourquoi ils sont là.
— J'aurais dû y pénser de suite, dit Gustave, c'est dans ces ruisseaux que doivent couler bientôt le lait et le miel. Ils arrivent au château, et voient un homme à bonne mine, entouré d’une trentaine. de femmes, toutes plus jeuncs et jolies les unes que les autres ; cet homme paraît approcher la cinquantaine et jouit d’une bejie figure. —Brigham Voung est vraiment un beau prophète, dit Gustave en souriant.
—Sa beauté ne le rend pas plus saint, dit George. -Sinon plus séint, au moins plus agréable à sa femme au pluriel, dit Arthur, c’est toujour; un point de gagné. —N'avançons pas plus loin, reprit (rustave, attendons que la caravane soit passée.
Ils arrêtent leurs chevaux, l’Apôtre ét M. Dumont passent près d’eux et leur font signe de les suivre, mais ils détournent la tête comme si leur attention était attirée par d'autre chose ; les voitures passent à leur tour et s'arrêtent devant le prophète. Alors ce dernier se lève et tend les bras vers l’Apôtre qui s’émpresse de se rendre à lui Nos trois amis avancent pour écouter ce qu’il va dire : le prophète embrasse l’apôtre et lui dit: Cher frère en Jésus- Christ, je vous salue et vous souhaité la bienvenue, Chacun s’avance ensuite à son tour et donne la
main au prophète qui, le sourire sur les lèvres, les félicite sur leur conversion:et sur le résultat de leur voyage.
— Notre sœur Emily n'aurait certainemeni pas touché tes mains, dit George en essuyant une larme et en lançant un regard de mépris sur le prophète.
—Ne pleurez point,. dit Gustave, remerciez. Dieu d’avoir prèservé votre bonne sœur des dangers qui l’auraient menacé, si elle était encore de ce monde.
—Passons de l’autre côté de suite, dit Arthur, je ne veux pa” être présenté à cet home que je n'aime pas.
Oui, allons, dit Gustave, et. tous trois, se glissant dans la foule, passèrent inaperçus. La caravane se remit en marche et entrait quelques minutes plus tard dans une: grande enceinte, faite pour l'usage des arrivants.
Elle n’avait pas encore fini de former son campement, que les habitans de la ville vinrent, les uns pour louer leurs maisons, les autres pour vendre leurs marchandises ou annoncer leur commerce.
—I1 paraît. dit Gustave, qu'ici comme partont ailleurs, il nous faudra payer pour tout, même le lait et le miel.
—-Taïsez-vous, dit George, nous sommes ici dans leur nid, et ils ne permettront pas que l’on s’amuse à leur dépens.
—Quoi ! faudra-t-il payer pour s'amuser aussi? reprit Gustave.
—QOui, certainement, répondit Arthur, on ne saurait trop payer ; le prophète à tant de femmes à faire vivre.
—Et d'enfants à habiller, ajouta George.
—Dont le nombre augmente toujours, dit Gustave,
Trois jours après, les gens de notre caravane commencérent à se disperser ; les uns restaient à la ville, d’autres se rendaient à ‘* Provost City ’’ à cinquante milles au sud ou à Ogden, au nord,—la plus grande partie cependant, allaient s'établir sur des terres pour les cultiver. M. Williams, père de Ccorge et Arthur, qui était trés riche, acheta une grande maison avec plusieurs acres de terre tout près des limites de la ville, et pria M. Dumont et son fils de venir rester avec lui. M. Dumont consentit, trois chambres furent placées à sa disposition, et bientôt
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GUSTAVE 291 tout alla on ne peut mieux. Les mormons étaient les gens les plus tranquilles du monde, l’ordre le plus parfait régnait dans la ville et au dehors. Point de vols, point de chicanes, point de jalousies, chacun se mélair de sa propre affaire sans s'occuper de celles des autres ; gare à celui qui aurait voulu s'initier dans les secrets de famille, ou se serait permis des familiarités avec une femme ne lui appartenant pas. En un mot, pour rendre pleine justice à ces mormons, il serait à désirer que toutes les affaires commerciales et temporelles, en ce qui régarde le droit de propriété: et les échanges, fussent conduites aussi bien partout ailleurs. |
Quelques jours après, nos trois amis, étant bien: reposés, décidérent d'aller visiter le pays et les curiosités de toutes sortes qui y abondent. Montant à cheval un beau matin, ils parcoururent les différentes rues de la ville ; dans chacune d'elles, comme nous l’avons déjà dit, il y avait un ruisseau dans lequel coulait une eau claire et froide ; vis-à-vis chaque maison, il y avait una petite trappe que l’on pouvait lever ou baisser au besoin.
—Veuillez-donc nous:dire d’où vient cette eau, demande George à un homme qui allaït baisser une de ces trappes.
æEile vient directement de la montagne, répondit ce dernier; elle descend dans des canaux que nous avons construits jusqu'aux limites de la ville, et se répand ensuite dans ceux que vous avez vus. Îl en est ainsi pour les campagnes où les ruisséaux sont plus considérables pour arroser les terres ; cette eau est bonne à boire, et sert à arroser nos/jardins pendant l’été qui ne nous donne pas de pluies. Attendez un instant, je vais baisser cette trappe et vous allez voir comment j’arrose »non jardir..
La trappe se baisse, et l’eau, arrêtée dans son cours, entre dans un petit canal conduisant au jardin, et se répand ensuite dans de petites rigoles, se ramifiant sur tous les carrés couverts de végétations et de fleurs ; cinq minutes après, tout le jardin est enseveli sous “deux ou LEUR trois pouces d’eau, alots il relève la trappe et'son voisin, 4: Li quiattendait I signal, en fait autant. Lei
—Vous voyez, dit-il, c'est à chacun son tour».
Après l'avoir remercié, nos trois amis: sortent de la ville:et se dirigent vers les sources d’eau bouillante (Hot Springs), situées: à six millés au. nord. Un bassin long d’une trentaine de pieds et largé de'vingt; d’où s’'échappé une vapeur S’élevant à une assez-grande-baüteur; et dans lequel bouillé uné eau claire, se: présente à leur :vue-; au fond repose du souffre, du mercure; et: d’autres substances vertes et rouges; au centre l’eau: bouille plus fort; et paraît sortir de déssous:les montagnes:
—D'où peut venir cétte eau ? demande Arthur.
— Je ne le sais réellement. pas, répondit Gustave, mais elle dénote l’existence de quelques volcans souterrains, assez près d'ici, et qui viendront tôt ou tard- a: se faire connaître en se débarrassant des montagnes qui les couvrent.: Je vous assure que je ‘n’aimerais pas être trop près pouf lé simple plaisir de les voir sauter.
—Et tomber sur les saints et les saïñtes de la villeb dit George cn souriant, mais, changement de propos; cette eau doit être chaude, ajouta-til en se mettant ud doigt dans le bassin, qu’il retira aussitôt.
— T'es tu brûlé le doigt ? ‘demanda Arthur.
Oui, répondit George, voyez, il est tout rouge!
——C'est Lien votre faute, dit Gustave, vous devricz savoir que. l’eau bouillante n’est pas si froide qué celle dans laquelle Arthur à pris ce bain Pautre jour.
Vous ne.m’y prendrez pas de sitôt, dit mere, l'eau était trop froide: |
—Et celle-ci est: trop-chaude, dit Giisn
En ce cas; vive:l’eaw tiède’! ajouta Gustave; CON celle de: ce: petit lac ici toutprès:1 Voyez les milliers de canards-qui's'y promènent «1 2! ) 2RtT
Après! avoir tout: éxaminé, nos trois ämis reprennent la direction della ville: : Cheñin faisant, ils rencontrént des dizaines et des vingtaine de femmes entoufant: un seul homme, qui s’efforçait de plaire à toutes; autant que possible, eñ ‘souriant à cèlle-ci ou à: celle>là et: en se dant à chacune de leurs questions. : :
—-C'est-vraiment surprétant; dit Georés, “c'est à qui, parmi elles, lui donneraït le bras élles sont obtes paie et l'accord le plus parfait semble règner.: "7 -:
t de la > (Hot n long chappé + dans r vue ; s subs:
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— Vous ne saviez-donc pas, reprit Gustave, que quand un homme a plusieurs femmes, il s'accorde et s'arrange mieux avec elles que lorsqu'il n’en a qu’une seule: Chez nous, Où l’homme ne peut avoir. qu'une femme à la fois, l'on entend parler souvent de chicanes et de es aprés un an où deux de mé
C'est vrai, dit George; et malheuretisement ces cas sont trop fréquents; cependant, je: ne puis. comprendre comment il se fait que-les femmes ici ne montrent :point de méfiance et de jalousie entre elles. :: Cet accord et cette amitié ne doivent exister qu'en apparence; car la religion qu’elles professent n ’est pas assez-$ainte, et Dieu ne peut les approuver.
—Vous avez raison, dit Gustave d’un ton ste. Oui, chers amis, cés fémmes sont aveugles, eHes: ne voient dans le saint état du mariage que l’accomplissement de leurs désirs; pour elles, il n'ya rien de sacré dañs--ce sacrement, et l’immoralité à laquelle elles se livrent .leur parait légitime. Que leur importe si la famille est divisée en autant de: branches:que l'on en compte: dans: un arbre. Cette amitié qu'elles témoignent à leur, mari n’est qu’une apparence et non: uherréalité; en‘lui,elles ne vojent point un époux, mais un homme seulement, ‘ét c'est tout ce qu'elles veulent et désirent. Néconnaissant point le lien sacré quilie l'époux à l'épouse qui se’ sont unis parce que Dieu le voulait -et quiont vu>dans le mariage uh sacrement que cé même Dieu a sanctifié dès le commencement du monde ; ellesen ignorent l’amour, la tendresse et l'appui réciproques que:se: donnent les époux craignaft Dieu. : Tout ce-qu’'il ya degrand'èt-de noble dans lé mariâge leur est inc@nnu';: pour elles, celui qui lès protége ‘est un homme et non pas:un époux, et pour ce dernier; toutes celles qui l’entourent et demeurent avec lui sont autant de mércenaires: qu'il paié pour-les services qu'elles’ lui réndent. Laissons-le spirituel de côté ; Gest leur moralé? Notre pensée et notre intelligence ne se révoltent-elles pas coûtre deparéils: actes?
Qui, dit George George, : ‘rien qu u'à y penser; on 's@ sent rorté à:regdrder ces femmes comme des êtres dégradés ;
es
pue nous voici réndus à la maison, allons prendre le iner.
—Entrons, dit Arthur, dprès dîner, nous irons voir me sources d’eau chaude, à quelques milles au sud de la vie.
—D'eau tiède, vous voulez dire, dit Gustave ; dans celle-là, au moins, vous ne vous gèlérez pas les pieds, et George ne risquera pas dese brûler les doigts.
Une :heure après, nos trois amis sortaient de nouveau et se dirigeaient vers les sources d’eau chaude, où iis arrivèrent bientôt. : Ces sources, au nombre de trois, ressemblent à des puits:; une eau tiède les remplit jusqu’à Lt surface et s'écoule dans un petit lac situé un peu pre
as.
— Je ne vois rien d'extraordinaire, dit Gustave ; avançons un plus loin,
—Allons,; dirent George et ‘Arthur, il faut voir ce pays.
Hs lancent leurs chevaux au galop, et une demieheure:plus tard, ils entraient dans un village possédant deux moulins et plusieurs jolies maisons.
—Seriez-vous assez! bon: de nous dire à qui appartiennent ces moulins, demande Gustave à un homme qui passait près d'eux. :::;:
—Au prophète Brigham Young, répondit ce dérnier, et ces six belles maisons que vous voyéz en avant servent de demeures à sept ou huit de ses femmes. De temps à autre, le prophète vient y passer quelques jours pour se remettre de la fatigue qu'il éprouve à la ville,
—C'est très commode pour lui, mon ‘brave homme, reprit Gustave ; a-t-il plusieurs de ces lieux dé repos ?
—Je lui en connais cinq, répondit-le même ; il en a peut-être d’autres, mais je ne les connais pas.
—Merci pour vos informations, monsieur, reprit Gus tave, je vous assure que vous m'avéz vraiment édifié ; c'est un grand homme, ce prophète, n'est-ce pas ?
—0Oh oui L répond-t-il en s’éloignant,
—]Je ne savais pas que c'était si commode d’être prophète, dit Gustave ; voyez-donc, ce Brigham Young peut:
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Lomme, DOS P il en a it Gusédifié ;
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voyager, s'éloigner, et n’importe où il se trouve, il est chez lui, sa femme y est toujours. ‘Qu'il:la quitte dans une place, il la retrouve dans une autre, et Chose curieuse, qu’il voyage aussi vite qu'il voudra, élle est toujours rendue avant Jui. N'aimeriez-vous päs à être des prophètes ?
—Taisez-vous donc, dirént Géctre: ‘et Arthur en riant voici un carosse qui approche, qui sait si ce n'est pas le prophète qui vient se reposer.‘
Gustave regarde du côté indiqué par ses amis et apérçoit un coupé trainé rapidement par deux superbes coursiers dans 14 direction dés six maisons que nous avons déjà vues.
—C'est bien lu, dit Guitare, arrêtons un peu pour voir la réception ; ses femmes doivent s'être ennuyées de lui.
Au même instant, six ou sept fermes et üne armée de petits enfants sortent des maïsons et s’élancent à I4 rencontre de la voiture ; c'est à qui arriverait le premier. Brighäm Young fait arrêter É chevaux, sort et est assailli par ses femmes, qui s’empressent de lui témoigner leur amitié; les enfants, joyeux, crient de toutes leurs forces, papa, papa. ,
—Tous ses enfants te connaissent, dit George en souriant.
Vous ne pourriez en dire autant du prophète, dit Gustave ; en effet, il serait difficile pour lui de les appeler tous par leurs noms.
—Il y en a peut-être parmi ceux-là qu’il n’a pas encore vus, dit Arthur.
—Dans ce cas, la foi seule suffit, dit Gustave, mais je ne comprends pas qu’un homme se décide à épouser plusieurs femmes, tandis qu'il faudrait plusieurs hommes pour faire vivre une femme tel qu’elle l'entend, c’est-àdire lui donner toute la toilette qu'elle désire... Cependant, pour un prophéte qui se fait tout donner, ça peut faire.
—Arrêtez-vous donc, dirént Gustave et Arthur en riant;
vous n'êtes jamais en peine de "prendre les choses par le côté le plus gai.
Dr prendre ln 25 ere EG D D nn Eat
Et de dire la vérité lorsque.je la cénnais, dit Gustave, . Puis, faisant volte-face, il ajouta :
—Hâtons-nous de retourner à la ville, elle est loin et le soleil -est déjà bas; .et mettant leurs chevaux au galop, nos trois amis furent bientôt de retour à la maison après avoir passé une-journée agréable et instructive,
Gustave aperçoit en, entrant un hoïame occupé à fouiller les coffres et les valises ; chemises, collets, pantalons, pardessus, etc., gisaient pêle-mêle sur.lé parquet ; surpris, .il le. regarde faire.et voit .que.cet homme faisait un inventaire de tout. en présence de M. Dumont. Un évêque, se dit Gustave, qui vient collecter la dîme, je suppose. té Le tattx) Bb rl ss | be
L'inventaire terminée, l’évêque demanda à M. Dumont :
—- Est-ce bien tout ce que vous avez ?..,: 2
C’est tout ce que je possède, répondit ce dérnier de mauvaise humeur. Re hs ft Mais n’avez-vous pas d'argent ? reprit l’évêque d’un ton sévére. | D
— Pourquoi cette question ? dit M. Dumont en rougissant. Faut-il payer dîme sur l'argent aussi?
Certainement, répondit l’évêque, le saint. prophète tient à avoir un dixième de tout ce que les saints possèdent. ..+rL'infâme, dit Gustave assez haut pour se, faire entendre, : Al h due dE de Un
— Alors, je crois avoir encore un millier de piastres, dit M. Dumont indigné ;. et: tirant son portefeuille, il se met à compter son argent devant l’évêque, qui jetait un regard avide, sur, les billets de banque.:
—C'est un, évêque qui aime les piastres, dit Gustave
sur le même ton,
M, Dumont compta quinze cents piastres,
Alors le dixième fait cent cinquante piastres, reprit l’évêque, tenant toujours la vue sur les billets ; tant qu’à vos vêtements, lits et meubles, j'en ai mis la valeur a mille piastres, donc. cent. piastres à ajouter en argent, si
vous, n'aimez pas à donner votre dixième en espèces.
—Mais, répliqua M. Dumont, je ne fais qu’arriver.
lit Gus-
oin. et le 1. galop, pn après ccupé à ,. panta- JaLquet ; e faisait nt. Un dime, je
M. Du-
nier de que d’un 1 rougisprophète ossèdent.
se; faire piastres, iille, il se j jetait un
t Gustave
res, reprit tant qu’à a valeur a argent, S1 péces.
arriver.
— Cela n’y fait rien, dit l’évêque, la dime est toujours payable d’ayänce ; les ordres du prophète sont très sévères sur cé point. F d
—Je n’en doute pas, dit Gustave plus fort, pauvre homme, il a tant de femmes et d’enfants à nourrir et à habiller. AR |
— Vous avez deux cent-cinquante piaëtres à me donner, continua l’évêque, :
—Je vais vous les donner pu’“qu'il le faut, dit M, Dumont, vexé de voir qu’il lui fallait exécuter, et comptant l’argent voulu, il le présenta, à l’évêque qui, le sou-. rire sur les lèvres, S'émpressa de le mettre en poche et se retournant, i jeta un régard sévère sur. notre héros. #5
—Regardez-moi comme vous voudrez, dit Gustave, j'ai dit la vérité, et.si vous eussiéz eu affairé à moi, vos poches seraient encore vides, RON
-— Tu, és Encore trop jeune, dit l’évêque avec un sourire moqueur; mais. tu vieilliras et tu paieras la dime à ton
— Jamais, dit Gustave en lui. jetant un, regard de EU FIL RU | PSP IOPSU F8)