‹ Gustave ou Un héros canadien [microforme]Chapitre 55 sur 70 · CHAPITRE VINGT-SIXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE VINGT-SIXIÈME

DisCUSSIONS. LE MARIAGE SPIRITUEL. LE CHAPELET, LES INDULGENCES, LE JEUNE, ETC. VIE JOURNALIÈRE ET FÉCONDE DU PRÊTRE CATHOLIQUE.

Le dimanche suivant, les mêmes se réunissaient de nouveau pour discuter sur la religion. Il en fut ainsi tous les dimanches durant l'hiver ; M. Pepin et Gustave avaizat réussi à dégoûter leurs adversaires d'u mormonisme, M. Dumont, surtout, ne voulait plus en entendre parler. Vers le mois de Mars, la nouvelle ou plutôt la rumeur d’ur: massacre à Salt Creek, situé à quelques lieues au sud de la ville, avaient augmenté le nombre des mécontents parmi les mormons, plusieurs même ne se gênaient pas de faire connaître leurs pensées hautement, et se préparaient à quitter leur secte et le territoire. L'armée américaine, dont nous avons déjà parlé, avait passé l'hiver à Fort Bridger, et des émissaires envoyés par son général, étaient venus sommer Brigham Young dé cédér sa place de gouverneur ; ce dernier sachant bien que l’armée ne pourrait passer les montagnes avant le retour de la belle saison, refusa d’abord. De nouveaux émissaires venaient justement d'arriver et menaçaient des peines les plus sévères ceux qui se rebelleraient contre l'autorité légitime, Il fallut céder, et Brigham Young remit son

mandat à M. Cummings, le nouveau gouverneur, qui devait faire son entrée dans la ville et prendre possession de son office sous peu de jours.

La veille de cette entrée, MM. Dumont, Williams, Pepin, Gustave et quelques autres mécontents parlaient de la situation et de 1 tournure des affaires en général, et la conversation finit par tomber sur les doctrines du mormonisme.

—La plus ridicule de toutes leurs dcctrines, dit M. Dumont, c’est celle du marige spirituel.

Le mariage spirituel, dit Gustave. Qu'est-ce que cela ? Un mariage au figuré, je suppose.

Oui, dit M. Dumont en souriant, un mariage au figuré contracté en réalité ; lé mariage spirituel, véut dire qu’un homme peut épouser autant de femmes qu’il vouf ‘ur en jouir dans le ciel après la mort. Aïnsi un homme ayant une ou plusieurs femmes ici-bas devra, s’il veut les avoir avec lui dans l’autre monde, les épouser spirituellement ; dans le cas contraire, elles iront avec celui qui aura pris l'avance, car le mariage temporel ne suffit pas. Il arrive même très souvent, qu'un homme épris d’une femme va la trouver et lui demande si el!: est mariée spirituellement avec Sn époux temporel ; sur sa réponse hégative, il demande son consentement à un mariage spirituel avec lui; si sa proposition est acceptée, ils partent tous deux et se rendent au temple pour faire consacrer leur union céleste, et tous deux reviennent avec la consolation de savoir, que s'ils ne peuvent iouir du bonheur conjugal sur la terre, ils auront ce bonheur apres leur mort. Aussi nous voyons dans cette ville, plusieurs femmes mariées temporairement à un homme et spirituellement à un autre. Je dois ajoutér qué, d'arirès leur croyance sur ce mariage spirituel, plus un homme aura dé femmes spirituelles et plus il sera glorieux dans le ciel.

—Dans ce cas, dit M. Pepin, un homme doit se hâter d'épouser sf femmes spirituellement, s’il véut les avoir avec Jui après sd mort, k

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qu’un homme trouve qu’il en a assez d’être marié temporellement avec quelques unes de ses femmes, et que plus tôt il en sera débarrassé, le mieux ce sera. pour lui.

—Quelle gourmandise ! dit Gustave en souriant, ces . mormors ne se contentent pas d’avoir beaucoup de femmes sur la terre, ils veulent en avoir encore plus dans le ciel ; ces dernières ne coûtent pas bien cher, il et vrai.

—Quelles doctrines :t quelles folies criminelles ! dit M. Dumont,

—je suis parfaitément d'accord avec vous, dit M. Pepin, maïs ces folies sont contagieuses monsieur ; tout homme qui s’arroge le droit d'interpréter l'Evangile à sa manière peut en être atteint tôt ou tard, et s’il ne prend garde, elles prendront un tel empire sur lui qu'aucun remède ne pourra le guérir.

—M. Dumont, piqué de cette remarque, se tourna du côté de M. Williams et lui dit : monsieur, j'ai beaucoup étudié l’Evangile, je connais les doctrines des Presbytériens, des Méthodistes, des Baptistes et autres ; après les avoir adoptées, j'ai reconnu mon erreur et je les ai rejetées pour m’enfoncer encore plus dans l’abîme en embrassant les doctrines du mormonisme. A présent que j'ai rejeté cette dernière secte, je ne sais de quel côté me tourner pour trouver la vérité. De toutes les sectes qui existent, je n’en vois pas une seule qui puisse être appelée l’Eglise de Jésus-Christ ; pas une seule qui pra- ‘ique ce que Dieu a enseigné. Je crois véritablement c'1e Jésus-Christ devra revenir encore une fois pour

-lèver l'Eglise qu’il avait bâtie, car Ce tous côtés nous ne voyons que des ruines.

Dites donc de suite, dit M. Pepin, que Jésus-Christ ne savait pas ce qu’il faisait, quand il a établi son Eglise à laquelle ii a dit: “ Je serai avec toi jusqu’à la consommation des siècles.”

—Il l’a peut-être promis seulement, dit Gustave, mais il n’a pâsttenu sa promesse,

Il ne faut pas parler ainsi, dit M. Williams, Jésus- Chrsit à toujours tenü sa promesse: Étant Dieu, il n'a pû nous tromper.

—Ce n’est pas moi, dit Gustave, qui a dit que Jésus- Christ n’a pas tenu sa promesse, mais bien mon père.

— Je le nie, dit M. Dümont.

—Et moi je l’affirme, dit M. Pepin, vous avez voulu nous faire croire que l'Eglise du Christ n’existait plus, et qu’il faudrait que Jésus-Christ vint encore une fois pour la relever.

— Vous voulez dire, je suppose, qu’elle existe encore, reprit Dumont.

—Oui, certainement, répondit M. Pepin, tout ce que Jésus-Christ a fait ne saurait périr et d'irera jusqu’à la fin des siècles,

—Alors, montrez moi où est cette Eglise, dit M. Dumont.

—Elle est partout, même dans cette ville, dit M. Pepin, et celui qui vous parle a le bonheur d’être un de ses membres.

—Ah ! l'Eglise romaine, dit M. Dumont, je an’attendais à une réponse semblable ; elle a été une fois l'Eglise de Jésus-Christ, mais il y a longtemps que Îles prêtres l'ont changée à un tel point, qu’elle à cessé de l’être.

—Et depuis quand a-t-elle cessé d'être l’Egiise de Jésus-Christ ?

— Depuis le septième siècle.

— Et depuis cette date, une autre Eglise doit avoir pris sa place.

—Elle a reparue avec la grande réformation du 16e siècle. :

—Vous avez pourtant dit tout à heure, que les sectes formées par cette réformation, n'étaient pas l'Eglise de Jésus-Christ.

— Je... je... c'est vrai, dit M. Dumont avec embarras, mais je le répète, l’Eglise romaine a cessé d'être l'Eglise de Jésus-Christ depuis que les évêques et les prêtres l'ont tout changée.

— Alors je vous demanderai à mon tour, où est-elle ?

—Je vous avoue que je ne la vois pas, répondit M. Dumont. Lui —Vous répétez donc encore une fois que Jésus-Chris

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ne savait pas ce qu il disait, puwque son Eglise est disparue; reprit M. Pepin; 104 qui a promis qu ‘elle exssterait jusqu’à la fin des temps. -

: =Non, non, je ne veux pas dire cela, dit M. Dumont en hésitant. ;

— Il est certain que: l'Eglise romaine n’est pas T Eglise de Jésus-Christ, dit M. Williams, car elle a perdu toute son autorité, par les erreurs et les ‘changements Le ’elle a recueillis dans son sein,

—Vous voudrez bien dire me quels sont ces erreurs et ces changemeñts.

— Etes-vous assez aveugle pour ne pas les apercevoir ? repartit M. Dumont ; le culte des images, les reliques, le culte à la Vierge et une foule d’autres choses, sont autant de nouveautés et de changements qui n'existaient pas du temps des apôtres et des cinq premiers siècles.

— Vous n’avez pas étudié l’histoire pour parler ainsi.

—L'histoire est là pour nous prouver que ces erreurs et ces changements ont été adoptés par les différents conciles, le Concile de Trente, entr'autres, en a introduit plus que tous les autres.

—Où avez-vous donc pris cette histoire ? Les conciles n’ont jamais introduit de changements ; ils se sont prononcés quelques fois sur des doctrines mises-en doute, ou ont établi comme dogmes de foi des vérités reconnues jusqu'alors ; ils ont approuvé des pratiques de piété suivies du temps des apôtres et depuis; mais des changements et des doctrines contraires à l’enseignement de Jésus-Christ ou à son Eyangile, jamais ; et je vous défie de me prouver le contraire.

—Je le répète, le culte des images, des reliques, etc., n’existaient pas du temps des apôtres ; pas un historien le démontre, tous s'accordent à dire...

—Que ces images et ces reliques existaient alors ; voyons, avez-vous trouvé un seul historien exact, protestant où catholique, un historien, dis-je, digne de confiance, qui ait nié que les premiers chrétiens ne recueillissent le corps et le sang des martyrs de la foi pou: les déposer dans les catacombes ou les cavernes et

322 k GUSTAVE

là, faire brûler des lampes ou des lumières sur leurs tombes? Avez-vous trouvé un seul historien honnête, qui qui ne rapporte que ces mêmes chrétiens s’agenouillaient devant ces tombes pour demander à Dieu, par leur intercession, soit la grâce du martyre, soit la cessation des persécutions, ou la persévérance et la force dont-ils avaient besoin ? que “es: mêmes chrétiens regardaient ces restes des martyrs comme des reliques précieuses et leur portaient la plus grande vénération ? Pancrace, l’illustre martyr, ne portait-il pas sur lui'un médaillon dans lequel sa bcane mère avait déposé du sang de son'époux martyr, et n’avait-il pas pour cette relique la plus grande vénération? D'ailleurs, la meilleure preuve de ce que’ j'avance, c'est que, malgré les persécutions des empereurs, malgré les saccages que Rome a subis, malgré les fréquentes invasions des barbares, ces restes et ces reliques ont été conservés . t gardés avec le plus grand soin jusqu’à nos jours. Il fallait donc une grande vénération dé la part des chrétiens -de ce temps, pour leur faire braver tous les dangers, la mort même, afin de conserver ces reliques précieuses, ces restes des glorieux martyrs de la foi.

—Il serait à désirer, dit: Gustave, que les catholiques de ce jour eussent la même vénération pour ces saintes reliques conservées avec tant de zèle par les premiers chrétiens ; mon pèré, si vou: avez lu l’histoire, vousdevez avoir vu que l’impératrice Hélène, £nouse de Constantin, après avoir trouvé la croix sur laquelle notre divin Sauveur est mort, elle convoqua les évêques qui firent séparer cette croix en petites parties, et les firent distribuer dans tout l’univers chrétien, enchassées dans des

. cadres brillants d’or et de pierres précieuses, Tout ceei se passait beaucoup avant le Concile de Trente, n'est-ce pas ? © —Oui, reprit M. Pépin, et si l’ Eglise ne s’est prononcée . que plus tard, les reliques et les images n’en avaient- pas moins existé depuis les apôtres, et même avant eux ; si - elle a, par la voix de ses conciles, décidé que telle ou telle pratique était bonne; c'est parce que des chrétiens :Méchants et pervers voulaient les rejeter,

—C'est rai, dit Gustave, en souriant, il ya toujours

eu des protestants même parmi les catholiques.

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—Et moi j'affirme, dit M, Dumont, que ces reliques, ces images et ces chapelets sont autant de nouveautés inventées par !es prêtres pour leur permettre de vivre dans la paresse ét devenir riches avec le produit de la vente de ces ‘objets ridicules et abominables devant Dieu.

—Raisonnez donc et n’aggravez pas votre causé par de faux avancés qui ne sont certainement pas basés sur la raison, mais plutôt sur votre haïne et votre antipathie pour tout ce qui ést catholique. Admettons pour le moment qu’il mé‘soit permis de vous croire, vous au. ?z au moins la bonté de nous dire quand ces houyeautes ont été invéntées ét introduites ?

—Les historiens ne nous donnent pas de dates prétibes ; ÿ plusieurs furent introduites dans les âgés obscurs, d’autres plus tard,-soit par un moine se disant inspiré de Dieu, soit par une religieise ou enfin par les conciles de temps à autre.

—Et c'est par l'introduction de cés nouveautés, dit M. Williams, ‘que l'Eglise romaine est tombée dans les erreurs lés plus graves,

—Répondez donc à ma question d’une manière claire et précise, reprit M. Pépin, pourquoi ces réponses évasives? vous dites : c’est un moine ou une religieuse qui a introduit ces pratiques dans l'Eglise romaine ? Seraient-ce des suppositions de votre part ? je lé crois, ou peut-être des on dit que vous aimez à répéter. Encore une fois, raisonnez donc et prouvez ce que vous dites, comme je viens de le faire à l'égard des reliques et des images.

—Admettons, dit M. Dumont, que ces deux pratiques étaient en usage du temps des apôtres ; mais le culte de la Vierge, lès indulgences, le chapelet etc, sont tous de dates récèntes, vous ne nierez pas cela absolur1ent. Qu’y-

à-t-il dé plus contraire à l'Evangile que ce culte de Marie ? N'a-t-on pas fait d’elle une médiatrice entre Dieu et les hommes, tandis que Jésus-Christ a dit; ‘* Je suis le seul médiateur entre Dieu et les hommes.” Venons ensuite aux indulgences, ne les vend-t-on pas à prix d'argent pour le pardon des péch”; ? N'est-ce pas un crime, de faire croire que l’on achète le pardon de ses

3524 GUSTAVE péchés avec l'argent ; et le chapelet avec lequel on fait un commerce considérable n’est.

— Assez, assez, dit M. Pepin en l’interrompant, dans votre ardeur vous vous laissez entraîner, trop. loin, une seule chose à la fois, s’il vous plaît ; répondez à ma question première ; quand ces choses ont-elles été inventées ?

—Je vous l'ai déjà dit, je n’ai pas besoin de le répéter ?

—Vous re pourrez jamais me donner ni de dates ni de noms ; Les catholiques ont toujours prié la Sainte-Vierge, et les indulgences ont toujours existé, même du temps des Apôtres ; D'abord, prouvons:le par les prières adressées à la Sainte-Vierge. Qui a composé la première partie de l’Ave Maria? n’est-ce pas l’Archange Gabriel en venant annoncer à Marie le mystère de l’Incarnation ? Qu'a:t-il dit : ‘‘ Je vous salue, pleine de grâces, le Seigneur est avec vous, vous êtes bénie entre toutes les femmes.’’ Et que dit Sainte Elizabeth, mère de Jean-Baptiste et cousine de cette vierge sainte ? Et Jésus, le fruit de vos entrailles, est béni. Or, pouvez-vous avec raison condamner une Eglise, parcequ’elle imite cet Archange, envoyé de Dieu, et cette sainte femme, mére du grand précurseur de Jésus-Christ ? Pouvez-vous la condamrer, parcequ'elle aime. vénère et prie celle qui a reçu le plus d'honneur «« dont la dignité est plus grande que celle de tous les anges, les saints et les hommes. Celle que Dieu le père a choisie pour sa fille, qui a été acceptée et traitée comme mère par Dieu le fils, choisie pour épouse par Dieu le St. Esprit ; celle enfin qui a eu le bonheur de porter un Dieu dans son sein, G:+ l’allaiter de son propre sang, de le porter dans ses bras et de lui prodiguer toute la tendresse d’une mère. Pouvez vous, disje, condamner cette Eglise parcequ’elle dit : Priez pour nous, pécheurs, maintenant et à l'heure de la mort”? N'’est-il pas raisonnable Ge croire que cette mère tant aimée et respectée sur la terre par Dieu le fils, peut obtenir de ce même fils plus que nous ; Ce fils pourrait-il lui refuser quelque chose ? non, un bon fils n’est pas ingrat, il cherche plutôt à faire tout ce ce qu’il peut pour plaire à sa mère. Ecoutez bien, nous catholiques, nous prions

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la Sainte-Vierge, non pas comme une médiatrice entre Dieu et les hommes, mzis parceqü'elle peut intercéder efficacement pour nous auprès de Jésus-Christ qui l’aime et la regarde toujours.comme sa mère. Vous dites ensuite que l'Eg'ise vend les indulgences à prix d'argent, et que nous, catholiques, les achetons pour obtenir la rémission de nos.péchés ; pour qui nous prenez-vous donc ? pourquoi portez-vous de tels accusations contre notre Eglise ? qui enseigne que, vendre ou acheter les trésors spirituels, c'est commettre un sacrilège. je ne vous accuserai point, vous, les protestants anglicans ou autres d'autoriser la simonie, quoique je vois faire et proposer tant en secret que publiquement des transactions de cette nature,pour n’obtenir que des bénéfices auxquels le salut des âmes est attaché ; je vous dirai simplenent : tout ce que vous venez de diue, en ce qui regarde les indulgences, est une calomnie ; l’indulgence n’a pas de rapport avec la rémission du péché ou avec son châtiment éfcrne/, elle n’exempte point du répentir ou des œuvres de pénitence.

—Alors, qu'entendez-vous{ par indulgences ? dit M. Williams.

—Et à quoi sont-elles bonnes ? ajouta M. Dumont.

—Elles sont très bonnes, répondit M. Pepin, les indulgences sont une diminution des peines canoniques imposées par l'Eglise, et nous croyons qu'elles obtiennent la rémission entière ou partielle des peines temporelles dûes au péché. . Vous, qui connaissez ou prétendez connaître la Bible, vous devez vous rappeler plusieurs exemples du pardon accordé par le Seigneur à de grands pécheurs : Il leur remettait le châtiment éternel dû à leurs péchés. Et pourtant leur en imposait un temporel, Ainsi, la sentence d’une mort éternelle fut remise à nos premiers parents en faveur de leur répentir, mais non celle de la mort corporelle et autres peines subies par le genre humain. Le prophète Nathan, dit au roi David : ‘ Le Seigneur a effacé vctre péché.’”’ Cela s'entend de la peine éternelle seulement, car il ajoute : ‘* Néanmoins l'enfant qui est né de vous mourra ; ”” voilà pour le châtiment tempore! de son crime. Plus tard, la vanité s’em-

pare du cœur de ce même roi, et le conduit à faire le dénombrement de son ple ; le Seigneur lui pardonne, mais il lui impose un € âtiment temporel, et lui ordonne de choisir entre la pésté, la guérre Où la famine : Les Ninivites n’appaisérent-ils pas la juste colère de Dieu, en se soumettant à la pénitence qu'il avait imposée, par la voix de Jonas, son prophète? Souvenez-vous que nonseulement cétte pénitènce fut acceptée, mais encore que cet exemple a été proposé à notre imitation par Jésus- Christ lui-même, qui a dit, ‘ Au dernier.jour, ce peuple s’élèvera en jugement FOIRE vous, si vous né l’imitez pas.”

—Votre Eglise enseigne donc, dit M. Williams, que ces indulgencés remettent 1: peine temporelle dûe au péché ?

C'est cela, sinon danssa totalité, du moins en partie, dit M. Pépin, elles remplacent les pénitences où châtiments temporéls de la primitive Eglise ; ét ceci prouve que les indulgences existaiént du temps des apôtres, comme je le disais, il y a un instant. L'histoire nous apprend que ces pénitences, souvent très sévères, étaient, par suite de la foi vive de ces témps, subies publiquement, ou du moins, on ne cherchait pas à les tenir secrètes. Dans les temps actuels, ou une orguéilleusé sensibilité et la différence des croyances rendraient impossible la pénitence publique, l Eglise ne change pas, remarquez bien, mais permet un mode plus secret de pénitence ét autorise ses enfants de substituer dés œuvres de miséricorde où de piété aux anciéns canons pénitentiaux.

—Mais qu’allez-vous faire de l’indulgence plénière ? demanda M. Dumont avec dérision, pas de limites à célle là. Jé suppose qu’une fois on l’a obtenue, l’âme se trouve néttoyée et l’on peut se rémettre à pécher de nouveau sans crainte, vu que l'on pourra en ne une autre avec un peu d'argent.

— Ne parlez donc pas -ainsi, cher père, dit Gustave ; après avoir été catholique, vous dévez connaître les conditions exigées par l'Eglise pour obtenir l'indulgènce plénière ; mais avant de nommer cés conditions, laïssez

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moi vous dire, que quoique protestant, vous ne devriez pas vous railler des indulgences, car vous vous les accordéz sans aucune condition ; je vous ai entendu dire vousmême: qu'il ne suffisait que de demander à Dieu. le pardon de ses péchés pour être. lavé et nettoyé.de toutes sés souillures ; qu'est-ce que cela, sinon. une indulgence plenière? L'Eglise est plus exigeante que cela, il lui faut plus qu’un aveu ou une demande ; n'étant pas aussi orgueilleuse et aussi prétentieuse. que vous, elle veut une profonde humilité devant Dieu, la confession de nos péchés, accompagnée d’un grand repentir et une ferme résoluion de ne plus pécher, pour en obtenir le pardon ; c'est-à-dire une vrai conversion, et déjà on entrevoit que le péché trouve dans l’indulgence plénière son plus mortel ennemi ; elle veu: que nous recevions digaenent la sainte communion, que nous fassions l’aumône si nous le pouvons ; le tout doit. être suivi par la prière, pour 1’ Eglise toute entière, pour vous qui l’avez abandonnée, pou: la paix dans toute la chrétienté, enfin, pour demander à bénédiction du ciel sur tous. Voilà les conditions exigées pour la rémission de la peine temporelle dûe au péché ; la confession ét la sainte communion reçue. dignement en remettent l4 peine éternelle. Voilà comment l’indulgence est accordée. Eh bien! n'est-il pas vrai qu'accuser l'Eglise de donner la permission de pécher ou de vendre le ciel à prix d'argent, quand elle exige de telles conditions pour remettre seulement la peine temporelle, est une accusation trop absurde pour être admise jiar aucun homme raisunnable ?

—Et celui qui dit que l’Eglise vend ces indulgences, ajouta M. Pepin, connait très peu la-question, et ne pourra jamais prouver son avancé ; je le défie même de dire la

‘main, sur la conscience : je crois ce que je viens de pro-

noncer ; si l'Eglise reçoit de l'argent, dans d’autres circonstances; c’est pour le maintien. de ses pasteurs, de ses pi ou de: ses orphelins; coujours pour le culte de Dieu ou des œuvres de charité. : D'ailleurs, vous qui dites que l'Eglise demande toujours de l'argent, pourquoi en donnez-vous autant et plus à vos ministres? Comparez

la somme donnée pendant une année par les catholiques, et celle donnée par les protestants, ét vous verrez que ces derniers donnént beaucoup plus, et cependant laquelle des deux Eglises fait le plus de bien ? Je laisse la réponse à tout homme qui a l'esprit droit et équitable.

Mais vous ne nierez pds, dit M. Williams, qu’il existe aujourd’hui! des coutumes et des cérémonies dans votre Eglise, qui n'étaient pas én usage dans les premiers siècles, et que plusieurs d’entre-elles sont contraires à l'Evangile ?

— L'Eglise ‘approuve des pratiques et des cérémonies qui n’étaient pas en usage du temps des apôtres, il est vrai, répondit M. Pepin, mais qu'est-ce que cela veut dire ? Pas une de ces pratiques ou de ces cérémonies ne sont contraires à l'Evangile ; au contraire, elles sont autant de monuments et d’ornements posés par les apôtres et leurs successeurs sur l'édifice de l'Eglise pour en honorer le divin architecte ; de même, q'’une famille isée aime à orner sa demeure, de même catholique aime à orner son Eglise en y plaçant © .10onuments impérissables,

—Et pour vous donner une idée des pratiques et des cérémonies adoptées par l’Eglise de temps à autre depuis les apôtres, dit Gustave, je vais vous en citer une seule, et vous pourrez ensuite juger des autres ; nous avons une confrérie appelée ‘‘ adoration »erpétuelle ;’’ ses membres doivent chacun passer une heure devant le sacrement de nos autels, et là, pfosternés devant notre divin Sauveur, ils doivent demander pardon des injures et des affronts qu’il recoit de la part des pécheurs qui le méprisent ; ils le prient d’oublier les ingratitudes des hommes qui ôsent se révolter contre lui ; l’implorent de répandre ses grâces

et sa miséricorde sur le monde éntier, et enfin ils prient:

pour eux-mêmes, leurs famiiles, leurs parents, leurs amis et leurs ennemis ; et remarquez bien, chacun a son heure particulière le jour ou la nuit, de sorte qu’il ne se passe pas une heure, pas une minute, sans que les uns ou les autres de ses membres soient à prier et à tenir compagnie à Jésus-Christ dans l’Eucharistie. Dites moi à présent,

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cette pratique est-elle contraire à l'Evangile, à l’enseignement de notre divin Sauveur ? Ne prouve-t-elle pas au contraire, le grand amouw dont ces âmes pieuses brûlent pour Tésus-Christ, qu’elles ne veulent pas quitter un seul moment ? Peut-on taxer d'erreur ou d’ingratitude une Eglise qui approuve une aussi pieuse pratique ?

—Je suis forcé d’avouer qu’il n’y a pas de mal dans cette pratique, dit M. Williams, au contraire elle me parait logique.

Et très bonne, ajouta M. Pepin, il en est ainsi de toutes les autres pratiques et cérémonies approuvées par l'Eglise ; elles sont toutes en honneur et par amour pour notre Sauveur et ses saints.

—Et c’est pendant ces pratiques et ces cérémonies que les catholiques marmottent des ‘ Ave Maria ’’ sur leurs chapelets, dit M. Dumont avec ironie.

—S$i les catholiques marmo tent en répétant des ‘ Ave Maria ’”’ sur leurs chapelets, dit Gustave, les chérubins qui ne cessent de répéter, Saint, Saint, Saint est le Seigneur Dieu des armées,” doivent en faire autant.

—Les chérubins, vois-tu, dit M. Pepin, ne sont pas des protestants.

—Jls ne sont pas plus des catholiques, dit M. Dumont.

—Dites donc plutot, reprit M. Pepin, que les catholiques ne sont pas tous des chérubins ; mais ils en approchent plus que vous protestants, car au moins, ils cherchent à les imiter.

—Mais pourquoi toutes ces pénitences, ces cérémonies ces jeûnes, ces prières et ces mortifications, dit M. Dumont, toutes ces choses ne constituent pas la religion qe Dieu demande de nous. Ces jeûines à temps fixe, ces

prières répétées pendant des heures entières, ces pénitences et ces disciplines sont contraires à l'esprit des Stes Ecritures, et doivent être: rejetées parce qu’elles ne sont pas nécessaires. "

—Je ne suis pas surpris, dit M. Pepin, que vous n trouviez pas de religion dans.les jeûnes, les mortifications et les pénitences, et que vous les rejetiez; c’est parfaitement naturel à vous, protestants, qui avez hérité la haine

Le

de ces choses de votre père, le grand et saint Martin Luther, dont la vie prouve combien il abhorait ces pratiques génantes, et qui disait continuellement ; ‘‘je n’aime pas ce Jérôme, parce qu’il parle toujours de jeûne et de continence.” Toutes ces pratiques ont été rejetées par les soi-disant réformateurs du 16e siècle,

Luther, Calvin, Zwingle et autres se sont séparés de notre Eglise, parce que cela les gènait trop, et ils ont formé d’autres religions qui leur permettraient de vivre à leur aise, et de suivre leurs passions, et cela après avoir violé les serments les plus sacrés. Leurs vies infâmes sont là pour notre édification ; l’histoire ne les cache pas ; il nous reste à savoir qui raison; sont-ce ces hommes débauchés, ou est-ce cette Eglise unique, universelle, sainte et infaillible ? chcississez.

—S$i Luther a rejeté ces pratiques, dit M. Dumont, c’est parce qu’elles entraînaient souvent à &es conséquences fâcheuses, telles que l'hypocrisie, le libertinage en secret, la licence etc., et en reformant ces abus il a agi sagement.

—Et de croire que mortifier son corps par des péni: tences, sauvéra, impressionnera notre âme ou l’attirera à Dieu. est une absurdité, dit M. Williams.

—Toutes ces choses sont inutiles et ridicules, ajouta M. Dumont.

—N'est-il pas “vident pour tout homme intelligent, reprit M. Williams, que Jésus-Christ a été notre Sauveur d’une manière complète en mourant sur la croix pour nous ; ncus n'avons pas besoin de rien ajouter à son œuvre toute parfaite. Essayer d’y joindre nos œuvres impar faites et entreprendre de nous aider nous-mêmes, est d'agir comme des fous, qui ne savent pas honorer, respecter et ‘econnaîtré le grand œuvre de natre divin Rédempteur qui a tout fait pour nous. Non, nous devons nous confier éntièrement à Lui pour le salut de nos âmes,

— Prenez garde à la manière dont vous parlez, dit M. Pepin. Je suis vraiment édifié de vous voir ridiculiser et traiter d'absurdité dés œuvres que Jésus-Christ a faites lui-même. Notre Seigneut n'a:t-il pas jeûné, prié, mortitifié Son cotps, subi toutes les humiliations, souffert toute

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Iligent, Sauveur x pour à son œuvres mêmes, onorer, e divin devons be âmes.

dit M.

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sa vie; il n’avait pas seulement une placé pour se reposer la tête, comme il l’a dit lui-même ? Et pourquoi ? Avait-il besoin, lui un Dieu, de faire toutes ces choses ? Allez-vous dire qu’il ne lui était pas nécessaire d’agir ainsi? Allez-vous le ridiculiser ou le traiter comme vous venez de faire à notre égard ? Vous devez convenir, vous, qui êtes s4 #nfelligents, qu’il pouvait se dispenser de jeûner et de mortifier son corps, et vous conviendrez aussi que s’il à agi ainsi, c'était pour nous faire connaître combien ces œuvres sont nécessaires au salut ét que nous devions suivre son exemple.

— Et les Apôtres n’ont-ils pas enseigné et pratiqué les bonnes œuvres? dit Gustave, voyons ce que disent St. Pierre et St. Paul dans leurs épitres :

St. Paul, 1er Épitre aux Corinthiens, chap. 9, vers, 27e.

«“ Muis je châtie rudement mon corps et le réduis en servitude, de peur qu’àprès avoir préché les autres, je ne sois réprouvé moi" même.

Epitre aux Bomains, chap, 6, vers. 13e.

‘6 N’abandonnez point vos membres au péché comme des instruments d’iniquité, mais donnez-vous à Dien, comme devenus vivants, de raorts que vous étiez, et offrez lui vos membres pour servir d’instrument: de justice.

St. Pierre, 2me Épitre, chap. Îer vers. 10e et 11e.

‘6 Efforcez-vous donc de plus en plus, mes frères, d’affermir votre vocation et votre élection par les bonnes œuvres, car en agissant ainsi, vous ne pêcherez jamais. ‘* Et une entrée magnifique vous sera préparée dans le royaume éternel de Jésus Christ notre Seigneur et notre Sauveur,”

Et ajouta-t-il, l’épitré de St. Jacques toute entière prouve la nécessite des bonnes œuvres pour obtenir le salut dé nos ärnes.

—Et Jésus-Christ, dans son seérmon sur la montagne, ajouta M. Pepin, que dit-il ? ‘* Bienheureux ceux qui sont doux, ceux qui pleurent, ceux qui ont faim et soif de La justice, les rmiséricordieux, etc., etc.” "Tout ceci ne prouve-t-il päs que les bonnes œuvres sont indispensables au salut ; qué sans elles, notre foi sérait morte êt ne servirait qu’à nous condamner ? Ce n'’ést pas moi qui vous lé dis, ais bien Jésus-Christ au chapitre 9e de St. Mathieu vers. 17e et les suivants :

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