‹ Gustave ou Un héros canadien [microforme]Chapitre 6 sur 70 · VÉRINS CN CARNET CO · texte numérisé non relu

VÉRINS CN CARNET CO

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GUSTAVE 15 auréole autour de la niche. Joyeux de leur succès, les deux enfants se mirent à genoux pour commencer leur chapelet.

—Chère sœur, dit Gustave, nous réciterons le chape: let pour papa et maman. Tu sais que papa est très sévère pour moi, que maman est toujours froide à mon égard, toi seule me témoignes de l'affection, il n’y a que toi qui me console ; récitons pieusement les prières du chapelet.

.Crois-le bien, chaque ‘‘ Ave M.ria ’” répété avec dévo-

tion, est une belle fleur que nous plaçons autour de la Sainte Vierge ; de son côté cette bonne mère les prend en

7 souriant, et va les déposer aux pieds de son divin Fils,

qui en fait une couronne resplendissante destinée à ceux qui auront ainsi honoré sa mère par amour pour Lui ; commençons, chère sœur, prions pour que Dieu touche le cœur de nos parents.

Ils priaient depuis quelques minutes, lorsque leur mère, descendue au jardin, les aperçut agenouillés. Elle s’approche d'eux à leur insu, son premier mouvement est celui de la colère et elle s’avance pour les punir ; mais une pensée salutaire l’arrête.… elle hésite, elle. n’ose les troubler dans leur prière ; elle admire la charmante petite chapelle entourée de grappes et de fleurs ; elle est touchée de l’attitude de la petite Alice qui, les mains jointes st les yeux levés vers le ciel, répondait à l’‘* Ave Maria ”? avec toute la ferveur d’un ange. Cependant bientôt la haine ou le dégoût jour tout ce qui est catholique s’empare d’elle ; d’un bond elle se précipite au milieu des enfants, saisit Alice qu'elle tire brusquement à elle, de sa main restée libre, elle enlève le bouquet sur lequel était placée l’image de la Vierge et renverse le tout sur le sable de l'allée.

—Oh, chère maman, laissez-moi donc prier avec mon frère, s’écria Alice d’un ton suppliant, Ah ! si vous saviez combien me sont douces les prières que je fais avec lui, et.

— Tais-toi, petite méchante, et toi, Gustave, si je te surprends encore à faire partager à ta sœur la pratique de pareilles folies, tu te souviendras de moi.

Gustave, en voyant tomber son image, s'était empressé de la ramasser ; il répondit à sa mère avec humilité et douceur :

—Oh ! chère mère, cette image et cette chapelle sont pourtant plus belles que cette statue indécente placée au milieu du jardin, cependant vous ne l’avez pas jetée par térte,

— Viens, Alice, dit madame Durnont confuse et toute interdite par cette observation de son fils ; je te défends . d'écouter les folies de ton frère. Maïs en s’éloignant, elle ne pouvait écarter lé remords qu’elle avait subitement éprouvé en voyant tomber cette image et les fleurs inoffensives qui l’entouraient Distraite, elle arrachaïit tantôt une plante, tantôt une autre sans trop savoir ce qu’elle faisait, N’'osant détourner la vue de peur de rencontrer le regard de son fils, elle prit le parti de rentrer à la maison. Chemin faisant, l’image et les fleurs se présentaient à son imagination troublée, comme pour lui reprocher sa conduite à l’égard de ses enfants. Qu'est-ce que cela signifie, se disait-elle, je n’ai fait que mon devoir en empêchant ma fille de se livrer à dés pratiques d’idolâtrie, et... pourtant... pourquoi ce remords que j'éprouve ? Non... ce n’est pas un remords... c’est une faiblesse de ma part. Après tout... ce n’est qu’une... oui . ce n’est qu'une image de papier ; c’est une superstition qui veut s'emparer de moi, et il me faut chasser ces sombres idées de mon esprit. Dès qu’elle fut entrée à la maison, elle fit connaître à son époux ce qui venait de se passer,

M. Dumont lui fit des éloges et lui dit :

— Dieu te bénira, chère épouse, pour les efforts que tu fais afin d'empêcher nos enfants de se livrer à des superstitions et à des actes d’idolâtrie ; je t’en félicite et t’approuve de tout mon cœur.

Gustave était resté à genoux ; après avoir fini son chapelet, il se mit à ramasser les fleurs éparses et en fit un bouquet qu’il voulait faire présenter à sa mère par Alice. Ces fleurs, pensait-il, témoins de l’insulte faite à l’image de Marie, pourront peut-être, dans leur langage, parler

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à maman mieux que moi-même. En entrant à la maison il vit, au regard sévère de son père, que celui-ci avait eu connaissance de toute l'affaire. Au souper, il prit sa place et suivant sa coutume fit le signe de la croix, et récita à voix basse le ‘ benedicite.”?

— Arrête-toi, lui dit M. Dumont d’un ton irrité, ne fais plus cela en ma présence ; je te le défends,

— Pourquoi donc, papa ?

— Parce que c’est mal, une pratique superstitieuse suivie seulement par les papistes.

— Mais, papa, il y a deux mois que je suis avec vous, et vous ne m'avez pas empêché de.

— Le fait de l'avoir toléré jusqu'à présent, dit M. Dumont en l’interrompant, ne m’oblige pas de le tolérer davantage ; je manquerais à mon devoir de père, si je te laissais pratiquer un acte d’idolâtrie, c’est un grand mal.

— Un mal dites-vous, cher père, pourrais-je vous demander sur quoi ou sur quelle autorité vous vous appuyez pour prouver votre assertion ?

— je m'appuie sur la Bible, et sur l'usage des premiers chrétiens, qui n’ont jamais pratiqué des folies semblables.

— Des folies semblables ? répéta Gustave, veuillez donc me dire comment vous pouvez appeler des folies, un acte qui représente la passion de Notre-Seigneur par un signe ; un acte qui par les paroles que nous répétons nous prévient de faire toutes nos actions au nom de Dieu le Père qui nous a créés, de Dieu le Fils qui nous a rachetés par sa mort, de Dieu le Saint-Esprit qui nous a sanctifiés ; vous me pardonnerez si je me permets de vous dire que je suis vraiment surpris de vous entendre vous appuyer en cela sur la Bible et sur l’usage des premiers chrétiens, c’est une erreur !!.….

— Ce n’est pas une erreur, cet acte n’a jamais été pratiqué par les premiers chrétiens, il n’en est pas fait mention dans la Bible, et les glorieux pères du protestantisme le condamnèrent comme étant une invention romaine, un signe .d’hypocrisie en tout point semblable à ceux que ies païens font pendant leurs cérémonies.

— Il me semble, intervint madame Dumont, qu’il

vaudrait mieux attendre que Gustave pût juger par luimême, que de vouloir lui interdire des actes auxquels il est habitué et qu’il considère comme bons ; je suis loin de les approuver, mais laisse-le grandir et étudier ; lorsqu'il sera d’âge à bien comprendre et à juger, je n’ai pas le moindre doute qu’il ne dédaigne et regrette ces erreurs.

— Tu ne devrais pas intervenir, Louise, lorsque je fais défense à mon fils de se livrer à ces folies, répliqua M. Dumont surpris, (car c'était la première fois que son épouse se permettait de le contrarier ;) n’as-tu pas fait pareille défense tout à l’heure dans le jardin ; n’as-tu pas même jeté image et fleurs aux quatre vents, et loin de te contrarier, je t'ai félicité de ta conduite,

C’en é ait trop pour madame Dumont, non seulement l’image et les fleurs, sans cesse présentes à son esprit, lui causaiznt des remords, mais son époux lui-même venait à son tour l’accabler davantage. Elle fut sur le point de quitter la table, se redressant cepenüant, elle répondit avec hauteur :

— Tu peux l’avertir ou lui démontrer ses folies ; mais ne serait-ce pas user de cette ‘‘ Influence indue sur la jeunesse ’” que tu as condamnée avec tant de force et de chaleur l’autre jour, que de lui défendre la pratique de sa religion ?

— Je ne lui ai pas défendu de faire le signe de la croix ailleurs qu’en ma présence, reprit M. Dumont piqué au vif, qu'il le fasse lorsqu'il est seul tant qu’il voudra ; mais devant moi je ne le veux pas, car cela m'offense.

— Cher père, dit Gustave, je ne pensais pas vous offenser en faisant ce signe que vous avez fait vousmême pendant plus de trente ans, signe qui fat fait même avant Jésus-Christ.

— C'est faux, dit M. Dumont, .et je te défie de me prouver la vérité de ce que tu viens de dire.

— Puisque vous me le permettez, mon père, je vais vous fournir les preuves que vous demandez.

Se levant de table, il se rendit à la bibliothèque et revint avec quatre livres qu’il déposa devant lui. Après

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GUSTAVE 19 avoir ouvert son catéchisme de controverse et trouvé la page qu’il désirait, il présenta deux des volumes à son père en lui disant : Tenez, papa, voici Milner, ministre protestant et écrivain distingué qui déclare que ‘ Ze signe de la croix était d'un usage unir'ersel pendant les cing premiers siècles de l'Eglise" Voici un autre écrivain renommé pour son exactitude dans l’histoire, je veux dire ‘* Molhein,’’ qui dit la même chose. Ce sont deux protestants éminents qui parlent ainsi ; lisez vousmême, mon père, c’est bel et bien écrit ei avoué par

…) ceux. Ensuite dans cet autre que je viens d’ouvrir, je vois

que St. Cyprien a dit :

N'ayons pas honte de confesser celui qui a été crucifié pour nous, et que le signe de la croix soit fait sur le front avec la main droite.

Un peu plus bas, je lis ces paroles du grand Tertullien :

Signons-nous du signe de la croix sur le front ; lorsque nous sortons de la maison ou que nous y entrons, en nous habillant, en nous chaussant, en allant au bain, en nous mettant À table, en allumant nos lumières, en nous couchant et en nous levant.

Vous voyez bien, papa, que dés les premiers siècles, l’on faisait le signe de la Croix.

—Et même plus souvent que les catholiques ne le font aujourd’hui, dit madame Dumont en souriani.

—Ces hommes pouvaient se tromper, dit M. Dumont. Quant à moi, je ne m'en rapporte qu’à la Bible, et elle n’en fait pas mention.

— Pardon, mon père, répondit Gustave, la Bible en fait mention à plusieurs reprises. Voici la première ; tenez, prenez votre Bible, mon catéchisme me renvoie au chapitre 17e de l’Exode, versets 9, 10, 12 et 13.

M. Dumont ouvrit la Bible au chapitre indiqué, et se mit à lire :

Et Moïse dit à Josué : Choisis des guerriers, sors et combats contre Amalec ; demain, je serai au sommet de la colline, ayant /a verge de Dieu en mains ; et le lendemain, Moïse, Aaron et Fleur montèrent

sur le sommet, et Moïse se tenait les deux bras élevés pendant que Josué combattait contre Amalec ; et quand Moïse élevait les mains,

Israël triomphait, quand il les abaissait,. Amalec l’emportait, Or, sur le soir, lés mains de Moïse s’appesantissaient, et Aaron et Fleur soutenaient ses mains des deux côtés,

—Un beau signe de la croix! n'est-ce pas? dit Gustave.

M. Dumont, tremblant de dépit, ferma rudement sa Bible s£ns répondre.

—Et Jésus-Christ cloué sur la croix, continua Gustave, n’a-t-il pas fait le plus beau signe de la croix! Il l’a fait de toute sa personne, tandis que nous ne le faisons que de la main droite,

— Assez sur ce sujet! dit M. Dumont en essuyant la sueur de son front. Tiens, Louise, veux-tu de ce pâté, qui me paraît délicieux ? et il parvint ainsi à détourner la conversation.

Nos lecteurs seront étonnés, peut-être, de voir un adolescent de 15 ans défendre ses principes et sa foi avec autant d’habileté que de courage ; mais pour lui, la tâche était assez facile. Depuis déux ans, sa grand-mère, ayant appris avc une immense douleur l’apostasie de son fils, n'avait cessé d’instruire son petit-fils sur les dogmes de l’église catholique, et sur les principales objections lancées contre elle par les protestants, De plus, le catéchisme que lui avait donné le directeur du collége à son départ, était une réfutation complète des arguments et objections de nos frères séparés. (Chaque dogme de foi y était discuté et défendu par des preuves claires et précises, un tiers de chaque page était rempli de commentaires et de références aux ouvrages des plus grands auteurs. Ainsi, la preuve était facile à trouver, et les réponses se trouvaient, pour ainsi dire, toutes préparées ; on n'avait qu'à les lire ou à les apprendre par cœur, et le plus difficile était fait, Ensuite, Gustave, sachant qu’il serait toujours attaqué dans ses principes par son père ei autres, et qu’il lui faudrait défendre sa croyance,

ainsi que l’église qui l’enseignait, s'était mis à étudier son livre de controverse avec ardeur, et lors même qu il

n'aurait pas compris parfaitement le vrai sens des réponses, 1l pouvait cependant les répéter.

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Quant au reste, il n’avait qu’à recourir aux différents auteurs indiqués, et n'ayant qu’à en faire la lecture, la tâche était assez facile pour lui, comme nous l'avons déjà dit plus haut.

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