LE GRAND'PÈRE DE MONTRÉAL.—LE CULTE DES SAINTS
M. Dumont, irrité, fut plus d’un mois sans parler à son fils, il ne voulait pas s’avouer que son enfant avait raison ; il était catholique et cela était assez pour lui donner tous les torts. Il n’en était pas ainsi de madame Dumont ; touchée de la douceur et de l’obéissance de son fils, elle se disait: depuis que Gustave est avec nous, je lui ai à peine parlé ; je n'ai cessé de l’attrister par mes reproches et mon humeur maussade ; cependant il cherche toujours à
de Rome, ## me plaire, et court même au devant de mes désirs. aurez beau S Tantôt c’est un beau bouquet qu'il me présente, tantôt entremêlées "M les plus beaux fruits du jardin qu’il m'apporte ; il est
jamais plus !
s se font, et M
> son de si
toujours doux et obéissant. Ah ! il y a quelque chose de grand et de sublime dans une telle conuuite, la religion seule peut lui faire supporter avec autant de résignation, les peines et les tracasseries que nous lui avons fait subir. Une religion qui enseigne et fait pratiquer de telles vertus, ne doit pas être aussi horrible qu’on me l’a repré- | sentée.. Oui, je vais changer de conduite à son égard ; sans toutefois l’approuver dans sa croyance, au moins je | lui ferai voir que je reconnais ses bonnes qualités. Elle tint parole et dès ce jour elle s’appliqua à témoigner à … Gustave de l'intérêt, même un commencement d'affection. 2 Gustave s’aperçut avec bonheur de ce changement dans | les manières de sa mère, et dans sa joie, il s’écriait : ‘ Mon ‘© Dieu permettez donc que mamar. se convertisse, qu’elle ‘{se jette dans le sein de cette Eglise que vous aimez | ‘tant. Et vous, Sainte Vierge Marie, qui êtes la mère de | ‘‘ toutes les mères, intercédez, je vous en supplie, auprès ‘ de votre divin Fi!:, pour obtenir la conversion de mes 0 ‘‘ bons parents. + Vous voyez les luttes qu'il me font 0 ‘‘ subir pour garder fidèlement ma foi; ne m’abandonnez ‘© pas ; augmentez la confiance que j'ai en vous, j'ai la | ‘‘ douce consolation que de là haut vous veillez sur moi
‘6 et ma sœur mieux que ne peut le faire la meilleure des ‘€ mères ici-bas. Priez pour moi qui ai recours à vous. ‘ Aïnsi-soit-il.’?
De telles prières lui apportaient toujours la consolation et l’espérance, le soutenaient dans ses ennuis et dissipaient la tristesse qu’il éprouvait de temps à autre.
A quelques jours de là, Gustave rentrant à la maison fut agréablement surpris d'entendre la voix si aimée de son aïeul, causant au salon avec son père et sa mère,
Le bon vieillard, ne recevant pas de réponses. aux lettres qu’il avait envoyées régulièrement tous les mois depuis le départ de son petit-fils, et ne sachant à quoi attribuer ce long silence, s'était décidé à venir lui faire visite. Il apprit avec peine que M. Dumont n’avait pas trouvé bon de montrer ses lettres à l'enfant.
Gustave, en apercevant son grand’père, s'était élancé dans ses bras, des larmes de bonheur inondaient son visage ; l'émotion qu’il éprouvait l’empêchait de parler ; enfin, il demande des nouvelles de sa chère grand’mère,
. du collège, de ses amis, et lui fait milie questions, aux-
quelles le bon vieillard répond en souriant. Il prend place à table à côté de lui, et se montre plein des plus douces prévenances à son égard. :
Après le souper, M. Dumont, suivant sa coutume, ouvrit la Bible, choisit pour lecture le se chapitre du Deutéronome, versets 7, 8 et 9e, et se mit à lire à haute voix :
Tu n'auras pas de dieux étrangers devant ma face. Tu ne te feras point d'image taillée, ni de ressemblance de tout ce qui est én haut dans le ciel, ou en bas sur la terre, ou de ce qui est dans les
eaux sous la terre. Tu ne les adoreras pas et ne les serviras pas, car je suis le Seigneur ton Dieu, etc,
S’adressant alors à son père et à Gustave, il leur dit :
—Je viens de lire les trois premiers commandements de Dieu, que l'Eglise romaine a retrgnchés et qu’elle n'enseigne pas. .
—Je nie ton avancé, répondit le vieillard, et je suis vraiment surpris de ton ignorance. Dans les trois premiers versets que tu viens de lire, tout homme intel-
illeure des urs à VOUS.
consolation is et dissiutre, la maison ) aimée de 1 mère.
DONSES. aux is les mois hant à quoi , venir lui ,. Dumont à l’enfant.
tait élancé daient son de parler ; rand’mère, Stions, aux- Il prend n des plus
coutume, hapitre du ire à haute
Tu ne te ce qui est én est dans les sérviras pas,
| leur dit :
andements et qu’elle
rd, et je s les trois me intel-
ligent voit un seul commandement, et ce commandement, l'Eglise catholique l’enseigne à ses enfants.
—Je suppose, reprit M. Dumont avec feu, que vous voulez justifier le culte d’adoration que votre Eglise vous fait rendre aux images et aux statues des saints qui remplissent vos églises et vos maisons. En les priant et en vous agenouillant devant elles, vous leur rendez un culte qui n’est dû qu’à Dieu seul.
—Garde ton sang-froid, dit le vieillard avec calme, et tu eomprendras que je ne veux en aucune manière justifier le culte d’adoration que, d’après toi, nous rendons aux saints. Au contraire, je nie complètement qué nous adorions les saints ; le catholique n’adore que Dieu seul, tu as été catholique toi; réponds franchement, as-tu adoré des saints ou des images ?
—Je n'ai pas adoré des images, moi, maïs les catholiques ignorants ne connaissent pas la différence qu’il y a entre le culte qu’ils rendent à Dieu et celui dont ils honorent les images et les statues devant lesquelles ils se prosternent.
—Tu me surprends vraiment, dit le vieillard avec dignité ; tu parlais avec plus d'intelligence à l’âge de dix ans. Demande-donc à l’enfant catholique le plus ignorant s’il adore les images, les statues, ou même le crucifix ; sais-tu comment il tc répondra? il rira de toi d’abord, il te demandera ensuite si tu sais ton catéchisme ou si tu crois en Dieu. Voyons, tu n'as pas répondu clairement
7 à ma dernière question, sois franc, t’'avons-nous enseigné
à adorer les images ou les saints ?
—Non, j'en conviens, mais Dieu, par ce deuxième commandement, défend même de faire des images taillées ou aucune ressemblance de quoi que ce soit ; et l'Eglise romaine a effacé complètement ce commandement, de peur de se compromettre ou d’être confondue par ses propres adhérents.
—Tu prétends donc que, par ce commandement, Dieu défend de faire aucune image ou ressemblarce de quoi que ce soit ?
—Oui.
— Alors, pourquoi, toi qui me jettes la première pierre, transgresses-tu ce commandement ?
—Comment cela? dit M. Dumont en pâlissant.
—Tu demandes comment ? mais regarde-donc les gravures qui ornent ta demeure, les statues placées dans ton jardin ; toutes ces choses sont des images ou des ressem blances, et te voilà en contravention avec ce que tu viens de lire. Eh bien ! qu’as-tu à répondre ?
—Je.. je.., répondit M. Dumont en hésitant, je ne veux pas dire que Dieu a défendu la peinture ou la sculpture ; mais il a voulu nous faire comprendre que nous ne devions pas readre aux images un culte qui n’est dû qu’à Lui seul. C’est un acte d’adoration que de s'agenoniller devant une image ; il n’y a que les païens et les idolâtres qui agissent ainsi, et, je le répète, l’Eglise romaine a supprimé ce commandement, afin de défendre et de confirmer le culte des images et des saints.
—Tu me surprends de plus en plus, ne comprends-tu pas la Bible que tu lis? N'est-il pas aisé, pour tout homme intelligent, de saisir que ces trois versets ne contiennent qu'un seui commandement, qui est d’adorer Dieu seul ? Dieu n’a-t-il pas ajouté à la fin de ce verset : Et tu ne les adoreras pas et ne les serviras pas. Ce: derniers mots ne veulent-ils pas dire, ou plutôt n’étut-ce pas la volonté de Dieu de ne pas se faire d’images taillées ou des statues POUR LES ADORERP Or, le catholique n’adore que Dieu. Tu conviens toi-mêine qu’il n’est pas défendu de peindre des images ou de sculpter des statues ; est-ce ton préjugé ou ton aveuglement qui t’empêche de voir la différence qui existe entre l’adoration que les catholiques rendent à Dieu et la vénération, remarque bien ce mot, la vénération qu’ils rendent”au crucifix, aux images et aux siatues des saints. L’Anglais adore-t-il la reine, lorsqu'il s’agenouille devant elle pour lui présenter ses hommages? L'enfant adore-t-il son père en s’agenouillant devant lui pour demander sa bénédiction ? Et toi, as-tu adoré le ministre, lorsque tu t'es agenouillé devant lui pendant qu’il t’imposait les mains pour te constituer ministre toi-même? N'est-ce pas plutôt par
re pierre,
nt.
ic les gra- ; dans ton es ressem e que tu
int, je ne ire ou la -ndre que qui n’est n que de les païens >, l'Eglise défendre SE iprends-tu pour tout ersets ne d’adorer e verset :
Ces der-
es taillées atholique n’est pas ès statues ; apêche de que les remarque icifix, aux ore-t-il la présenter en s’agetion? Et genouillé ÿ pour te Plutôt par
n’ét ut-ce.
respect pour le pouvoir dont Dieu a investi ceux que je viens de nommer ? Ne peux-tu discerner le veau d’or que les Israëlites avaient adoré du serpent d’airain que Dieu a fait élever lui-même pour être offert a la vénération de ces mêmes hommes ? Dieu n’a-t-il pas fait élever l’Arche d’Alliance avec des chérubins placés au-dessus ? N'a-t-it pas commandé à son peuple de se prosterner devant elle et de la porter avec le plus grand soin? Il avait même défendu à tous, excepté les prêtres, d’y toucher sous peine de mort ; cependant, ce peuple choisi l’adorait-il ? Tu sais bien que non; il serait cependant à désirer que les catholiques eussent une aussi grande vénération pour les choses saintes que les Juifs en avaient pour cette Arche d’Alliance et l'enceinte du Temple où elle était placée. Sache-le bien, si les catholiques s’agenouillent devant une image, c’est afm de donner une posture respectueuse au corps, et de le joindre ainsi à l’esprit dans la vénération qu’il porte à celui ou celle que cette image représente, J’affirme de plus qu'il n’y en a pas un parmi nou; d'assez stupide pour croire qu’il y a de la divinité dans les images ou les statues.
—Admettons, dit M. Dumont, pâle et défait, mais conservant encore un reste d’espérance, que le catholique n’adore pas les images, vous ne pouvez nier qu’il prie les saints, et cela est en opposition à ce que dit Jésus-Christ dans l’apôtre St. Jean : ‘ /e suis la porte et la vie, le seul médiateur entre Dieu et les hommes ; st quelqu'un veut parvenir à mon père, qui est dans le ciel, tl faut qu'il passe par moi, et tout ce que vous demanderez à mon père à mon nom vous sera accordé’ Eh bien! comment pouvez-vous accorder ces paroles avec l’enseignement de l'Eglise romaine, qui veut qu'on s'adresse aux saints ? Jésus-Christ dit: /e suis le seul médiateur ! et elle dit : ‘‘ En voici des milliers ! ”
—Des milliers de quoi ?
—-Des milliers de médiateurs.
—Et qui t’a appris cela? Ce n'est pas l'Eglise catholique, assurément ?
—Soi \ropre enseignement te démontre assez clairement, répondit M. Dumont d’un air triomphant.
—S$Si tu interprètes la Bible aussi bien que cet enseignement, reprit le vieillard en souriant, je plains ceux à qui tu sers de pasteur.
—Et comment cela, s’il vous plaît ?
— Parce que selui qui ne peut voir de différence entre un médiateur et des intercesseurs est encore moins capable de prêcher la parole de Dieu en l’interprétant fidèlement.
—-Supposons, reprit M. Dumont dans un état d'irritation mal contenue, que vous les preniez pour des intercesseurs, ce n’en est pas moins un mal; car Jésus-Christ par ces paroles, Je suis le seul médiateur, veut nous faire comprendre que nous ne devons adresser nos prières qu’à Lui, et non pas à d’autres. L’eût-il voulu, nous le trouverions dans la Bible ; mais vous aurez beau la fouiller, vous ne trouverez pas de ces intercessions, ou plutôt cette communion des saints, comme vous, catholiques, la désignez. De plus, c’est une innovation introduite par les prêtres, lors du concile de Trente, pour mieux vendre leurs médailles et leurs chapelets.
—Je vois que tu as sû profiter des leçons de tes bons maîtres dans le protestantisme, dit le vieillard avec dignité ; comme eux, tu n’as que des moqueries et des insultes à lancer à la face du prêtre catholique. Je t’assure, cependant, que de telles insultes ne lui font pas grand mal; voici ma réponse : tu dis d’abord que la Bible ne fait pas mention de cette ‘communion des saints.” Je v.1< de suite te prouver le contrair:. Voyons, Gustave, cuvr: ton catéchisme et lis.
‘ Priez les uns pour les autres. (Ephésiens, chap. 6e, verset 18e.)
‘Les quatre animaux et les vingt-quatre vieillards se prosternèrent devant l’agneau, ayant chacun des harpes et des coupes d’or remplies de parfums, qui sont les prières des saints. (Apocalypse, chap. 5e, verset 8e.)
‘ Et la fumée des parfums, jointe aux prières des saints, s’élevant de la main de l'ange, monta devant Dieu, (Apocalypse, chap. 8e, verset 4e.)
‘* Et ils criaient à haute voix...
C'est assez, Gustave, dit le vieillard, ton père doit en avoir assez pour le convaincre que les anges et les saints
cet enseins ceux à
nce entre ns capable nt fidèle-
tat d'irrides intersus- Christ nous faire os prières u, nous le ; beau la SsiONnS, OU us, cathoion intronte, pour , e tes bons lard avec ies et des lique. Je li font pas rd que la nion des Voyons,
verset 18e.) se prostercoupes d’or À pocalypse,
aints, s’éle- Apocalypse,
e doiten les saints
prient pour nous ; ils ne sauraient prier pour eux-mêmes, ils n’en ont pas besoin. Et que veut dire Notre-Seigneur par ces paroles : Gardez-vous de mépriser un de ces petits, car jé vous le déclare, leurs anges voient sans cesse la face de mon Père, g'ii est dans les cieux ; après ceci, qu’as-tu à répondre ? Non-seulement les prophètes et les apôtres déclarent que la ‘ Communion des Saints” existe ; Jésus- Christ lui-même le démontre formellement.
M. Dumont, confondu, gardait le silence ; de grosses gouttes de sueur perlaient sur son front ; madame Dumont, qui avait prêté une grande attention à cette discussion, était bien persuadée dès le commencement que son époux gagnéerait une victoire aisée sur un catholique ; mais bientôt l'inquiétude s'empara d'elle. A chaque question ou réponse du vieillard, elle voyait que son époux perdait du terrain. Ne le voyant pas répondre, elle crut lui venir en aide en disant :
—Ces paroles sont frappantes, il est vrai; mais après tout, ce ne sont pas des ordres pour nous, de prier les saints, et vu que Jésus-Christ a dit : /e suis la porte er la vie, le seul médiateur, je continuerai de m'adresser à Lui seul et lui donnerai toute ma confiance.
—Le catholique aussi, madame, dit ie vieillard, met toute confiance en Jésus-Christ, et le regarde comme le seul médiateur entre Dieu et les hommes.
— Alors, pourquoi s'adresser aux saints, puisque Jésus- Christ nous suffit, dit M. Dumont avec ironie.
—Parce que le catholique a plus d’humilité que le protestant, répondit le vieillard, il se reconnait comme un misérable pécheur ; jetant la vue au ciel, il croit que Jésus-Christ est Dieu et d’une sainteté infinie; sa propre faiblesse l’effraie, et il craint que ce Dieu ne le repousse ; alors ii cherche les moyens de s'approcher de Lui, et trouve dans l'Evangile que les saints, qui jouissent de sa présence, peuvent intercéder en sa faveur. Joyeux de cette découverte, il s’empresse de leur présenter sa requête. Ah! si vous connaissiez le bonheur que le catholique éprouve dans cette ‘‘ communion des saints,” communion pleine de charité entre l'Eglise tr'omphante
a | seré £ na cn à SR MR ES EU
34 GUSTAVE et l'Eglise militante, vous ne la rejctteriez pas comme vous le faites !
— Depuis quand existe cette communion des saints, demanda madame Dumont, ou plutôt cette croyance ?
Cette croyance à la communion des saints a toujours existée spécialement depuis Jésus-Christ et les Apôtres, répondit le vieillard. Ce sont les Apôtres eux-mêmes, qui ont redigé le Symbole dit: Syméole des Apôtres, que nous récitons tous les jours et dans lequel il est dit : 7e crois à la communion des saints.
C'est encore une invention de Rome, dit M. Dumont avec emphase ; ; nous, protestants, ne reconnaissons pas ce symbole, qu’on vous fait croire avoir été renige par les Apôtres.
—Je m'attendais à une réponse semblable, parce que vous rejetez ce Symbole, il faut que ce soit une invention de Rome. C’est votre uniçue argument ; chose curieuse, vous n'êtes jamais capable de prouver ce que vous avancez. Et moi, je te prouverai que ce Symbole existe depuis les Apôtres ; l'Eglise d'Angleterre, qui est protestante, n’a-t-elle pas conservé ce Symbole dans sa liturgie, ei, ajouta-t-il en souriant, un ministre comme toi, doit savoir que cette Eglise n’a gardé que ce qui existait au temps des Apôties et des cinq premiers siècles de l'Eglise fondée par Jésus-Christ, tu ne nieras pas cela, j'espère P
C’en était trop pour M. Dumont, il se-voyait battu sur tous les points et ne savait que répondre ; il avait épuisé toutes ses objections et cherchait en vain un moyen de se débarrasser de cette affaire. Se levant de table tout à coup, il dit d’un ton impatient :
—Vous allez m’excuser, je doisme rendre au service du soir. Ce n’était qu’un prétexte, il n’y avait pas de service ce soir là; mais grâce à ce stratagème, il sortit de la maison la honte et la rage dans le cœur.
Dès qu'il fut sorti, madame Dumont, intéressée à savoir ce que voulait dire cette ‘ communion des saint; ” demanda au vieillard :
—Veuillez donc m'expliquer cette croyance, monsieur ? —Pour mieux vous répondre madame, vous me per-
comme
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toujours Apôtres,
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(res, que dit: Je
Dumont sons pas ligé par
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mettrez une comparaison. Un gouverneur envoyé par un roi dans une de ses colonies, est un médiateur entre ce roi et la colonie, n’est-ce pas ?
Oui, monsieur.
Alors, madame, comment s'y prend celui qui veut obtenir une faveur de ce gouverneur ? Va-t-il s’adresser immédiatement à lui, s’il veat bien réussir ? non, il tâchera de se faire présenter à une personne d’un rang moins élevé, par conséquent, plus facile à approcher, et qu’il saura jouir d’un certain crédit auprès du gouverneur. Après avoir été présenté à cette personne, il lui communiquera sa requête, en le priant d’user de son influence et son crédit auprès du gouverneur pour lui faire agréer sa demande. Eh bien! madame, nous en agissons ainsi. Avant de nous présenter à Jésus-Christ, la sainteté infinie, nous prions les saints d’intercéder pour nous auprès de Lui, certains d'avance que ces saints jouissent auprès de Lui d'un plus grand crédit que nous, et qu’en consé. quence ils obtiendront mieux que nous les faveurs que nous demandons.
—Te concois, monsieur, dit madame Dumont, qu'ils jouissent d’un plus grand crédit que nous auprès de Dieu, mais Jésus-Christ est tout-puissant et miséricordieux ; ne suffit-il pas de s'adresser à Lui pour obtenir ce que l’on demande ? De plus, à mon point de vue, ceite intercession des saints, ou plutôt les prières que nous pourrions leur adresser, me paraissent injurieuses à la toute puissante intercession de Jésus-Chzist. Quand il intercède pour nous, qu'avons-nous besoin d’autres médiations ?
—Alors, madame, pourquoi priez-vous vous-même ? L'aste seul de votre prière ne semble-t-il pas supposer l'insuffisance de celle de Jésus-Christ ? Une question s’il vous plaît. N’avez-vous jamais Géemandé à quelques personnes de votre congrégation de prier pour vous ?
—Oui, monsieur, surtout à ceux que je croyais être de bons chrétiens.
—Vous êtes donc persuadée, madame, que vos prières, ainsi que celles de ces bons chrétiens, sont plus agréables à Dieu, que ceiles des saints consommés dans la gloire
que les prières de celle que Dieu a choisi pour sa mère, la Vierge Marie, et que le St. Esprit a déclarée bénie entre toutes les femmes? Vous êtes donc persuadée, dis-je, que leurs prières ne sent rien en éomparaison des vôtres ?
—Vous êtes trop sévère, monsieur.
—Pardon, madame, je veux seulement vous faire voir que c’est un préjugé, et non la raison, qui vous fait rejeter les prières des saints, comme ‘njurieuses à la toute puissante intercession de Jésus-Christ ; quand vous ne craignez pas d'y joindre vos propres prières et celles de ces bons chrétiens.
—Oh ! dit madame Dumont, c'est à mes frères que je m'adresse ; ils sont encore sur cette terre, et com oi, ils neuvent s'adresser à ce divin maître, soit pour euxmêmes cu pour d’autres qui se recommandent à leurs prières ; de plus. ‘1 n’y a pas de superstition à craindre.
—Alors, l'utilité ou le danger de l’intercession repose donc sur ce corps périssable, sur cette chair faible et co1.ompue, de sorte que les fines peuvent communiquer et sympathiser entre elles tant qu’ells sont enveloppées dans la matière ; mais aussitôt qu'elles sont sorties de leur prison, qui est ce corps périssable ; une fois qu’elles sont rendues parfaites et jouissant du bonheur infini dans le ciel, toute sympathie, toute communication est suspendue et rejetée comme dangereuse, superstitieuse et insultante à la médiation de Jésus-Christ. Voyons, est-ce logique, dites-lé moi, S'il en était ainsi, les saint, jouiraient d’un bonheur borné et non infini, et Dieu leur aurait enlevé les plus belles facultés de leur âme, qui sont celles de pouvoir aimer et assister leurs frère: moins heureux qu'eux.
—Mais, il se présente encore une objection ; vous priez St. François-Xavier, St. Augustin, St. Benoit et une foule d’autres. Qui vous a dit qu'ils étaient saints ?
— L'Eglise, madame,
—L'Eglise ne peut-elle pas se tromper, monsieur ?
—L'Eglise catholique ne se trompe pas, répondit le vieiliard ; Jésus-Christ a promis d’être toujours avec elle, et nous a donné l'assurance que le St. Esprit la présiderait