Le Gérant: Ernest Reynaud
Portraits d*Hier
François COPPEE
Par Patrice BUET
François Coppée.
Photo Nadar-,
Portraits d'Hier n ss.
François Coppée
A Mademoiselle Louise Read.
La proiiicrc fois que j'entendis le nom de François Coppée, ce nom s'associa dans mon esprit au mot bienfait. Et la première fois que je fus reçu par le poète, son accueil me fit comprendre ce que c'est que la bonté. Aussi, n'est-ce point sans émotion que je m'apprête à évoquer l'image, si vivante encore dans tous les esprits, de cet homme qui sut conserver dans la gloire tant d'affectueuse cordialité pour les jeunes et réunir si parfaitement en lui les plus belles qualités de l'homme et de l'écrivain.
François-Edouard-Joachim Coppée naquit à Paris, le 26 janvier 1842, au numéro 9 de la rue Saint-Maur-Saint-Germain, qui devint plus tard la rue des Missions, qui est aujourd'hui la rue de l' Abbé- Grégoire et qui sera peut-être un jour la rue François-Coppée. Curieuse remarque à faire: il naquit sous le signe du Verseau, symbole astrologique de l'altruisme. Ceux qui sont influencés de ce signe, dit le D"" Ely Star, doivent lutter rudement contre l'adversité durant leur jeunesse, et ils n'arrivent au succès que vers l'âge de vingt-sept ans. Or, le Passant fut joué en 1869. Son auteur avait vingt ans. Voilà un exemple bien fait pour convaincre ceux qui doutent des prédictions astrologiques.
Son acte de naissance porte bien François et non pas Francis, comme on Ta dit. Ce sont ses parents qui, dans l'intimité, l'appelaient Francis, ou a Cicis », surnom familier. Lui-même avait pris l'habitude de ce nom de Francis, mais au moment de la publication de ses premiers vers, et sur le conseil de Catulle Mendès. il reprit son véritable nom de François.
Les parents de Coppée étaient parisiens, mais son grand-père paternel était originaire de Alons, où, paraît-il, le nom est très répandu. Son arrière-grand-mère de ce côté appartenait à une famille noble de la Lorraine et avait deux frères, qui servirent dans les armées du Roi. Du côté de sa mère, ses origines sont plus humbles; son grand-père Baudrit était maître serrurier, eit, pendant la Révolution, il forgea des piques destinées aux sectionnaires.
Le père de Coppée était un modeste employé au Ministère de la Guerre, mais c'était un homme fort cultivé, passionné des lettres et très respectueux des traditions de la vieille France. Il s'était marié par inclination avec une jeune fille sans fortune, dont il avait eu sept enfants, sur lesquels il ne lui en resta tôt que quatre.
Les Coppée avaient pour voisin, rue Saint-]\Iaur. le peintre Charlet, le peintre des grognards, qui venait souvent les trouver, eit qui distrayait les enfants par ses souvenirs de l'épopée impériale. Et le petit François ne perdait pas une syllabe de ses récits et il s'enthousiasmait pour les héros de la grande armée. Le voisinage de Charlet est certainement une des choses qu'il dut regretter le plus, lorsque ses parents quittèrent la rue Saint-]\Iaur. où le logement devenait trop petit, car les filles grandissaient, pour venir habiter rue A^aneau. Allais le capitaine Blot le consola de la perte de Charlet. Ce vieux capitaine des dragons de la garde, dont il a tracé un si charmant portrait, évoquait volontiers devant lui le souvenir des grandes batailles, et surtout de celle de IMontereau, où l'Empereur l'avait décoré de sa main. Et puis, souvent aussi, la mère Bernu. une pauvre vieille femme, venait le prendre avec sa sœur pour le promener, et lui racontait mille histoires de ses garçons, qui avaient tous trouvé la mort là où le capitaine Blot avait trouvé la croix. C'étaient ses distractions du jeudi et du dimanche; les autres jours, il allait à la pension Hortus, rue du Bac, comme externe, et le soir, à la lueur de la lampe plantée au milieu de la table, il faisait ses devoirs, tandis que sa mère cousait et que ses sœurs dessinaient. Humble logis, mais où il y avait beaucoup d'amour...
En 1856, nouveau déménagement, on vint habiter rue Monsieurle-Prince afin d'être plus près du Lycée Saint-Louis, où François entrait comme externe. Encore n'était-on pas assez près, car, quelle Cjue route qu'il prît pour se rendre au lycée. François était sollicité par des (tentations auxquelles il lui était impossible de résister : c'étaient les étalages des bouquinistes, devant lesquels il s'arrêtait longuement, et surtout le Luxembourg, dont le charme tranquille, l'incitait à la rêverie. Bref, il arrivait au lycée « avec l'éblouissement de vingt vers de Vidtor Hugo ou d'Alfred de Musset, admirés à la hâte dans un volume entre-bâillé ou avec une branche de lilas chipée à la Pépinière et écrasée entre les pages de sa grammaire de Bur-
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iiouf ». Et « lorsque j'étais en classe, a-t-il écrit, au moment dei la leçon, je gardais le silence d'un cancre... M. Pierron, le bon traducteur des tragiques grecs, qui m'estimait quand même, à cause d'une ode d'Horace O fons Bandusiœ splendidior Istro traduite un jour par moi en vers passables, levait les bras au ciel en disant : « Ah ! si vous vouliez... » Et notre savant professeur de mathématiques s'écriait avec une conviction profonde et un fort accent du Midi : « Mon pôvre M. Coppée, il vaudrait mieux pour vous n'avoir pas fait votre première communion que de ne pas savoir la géométrie ! »
Mais le pôvre M. Coppée, hélas! n'eut pas le loisir de satisfaire ses maîtres. Il avait à peine douze ans lorsque son père fuit mis à la retraite légale avec une bien modique pension. Vers le même temps, l'une de ses sœurs se maria, une mourut à vingt-deux ans. Il ne restait donc plus d'enfants qu'Annette et François. En ces tristes circonstances, celui-ci vit son devoir immédiat. Il quitta le lycée après sa (troisième — François Coppée ne fut pas bachelier — et entra comme commis chez un architecte, M. Montagne. Là, il s'acquitta si bien de sa tâche, que son « patron » l'engagea à préparer l'Ecole des Beaux-Arts. Coppée sembla s'y mettre pour lui faire plaisir, mais il n'y pensa jamais sérieusement. Il avait, d'ailleurs, si peu de temps à lui ! Les rares loisirs qui lui restaient, il les employait soit à faire des copies pour les entrepreneurs, afin de grossir le budget de la maison, soit à compléter ses études à la bibliothèque Sainte- Geneviève, où il travailla avec une telle ardeur sous les lampes insuffisantes qu'il y gagna une maladie des yeux.
Cependant, il fut admis au ministère de la Guerre comme expéditionnaire surnuméraire sans traitement, et il abandonna pour toujours l'architecture. Deux ans se passèrent ainsi dans une situation terriblement difficile. On habitait maintenant, à Montmartre, un tout petit logement, et c'est là que mourut le père Coppée, qui, paralysé depuis six ans du cerveau, était soigné par sa femme avec un admirable dévouement. Sa disparition laissait son fils chef de famille à vingt ans. François Coppée accepta avec courage cette tâche à la fois si lourde et si douce. ]\Iais, sans négliger les besoins quotidiens de la famille, il commençait à se consacrer plus entièrement à la littérature. Déjà une petite revue, Le Causeur, lui avait imprimé quelques contes en prose ; avec Charles Yriarte il avait écrit une comédie en trois actes, et il venait de terminer un poème. Les Fleurs Mortelles.
C'est à ce moment, en 1863, qu'il fit connaissance de Catulle ]\Iendè?, à qui il apparut ainsi :
« Très jeune, assez maigre, pâle, l'air fin, les yeux timides, qui regardaient autour de lui ; vêtu d'un habit étriqué, neuf et très propre cependant ; il avait un peu l'air d'un employé de commerce ou de
ministère, et, en même temps, l'élégance de ses traits, la grâce ironique de son sourire, je ne sais quoi de doux et d'un peu triste, de parisien aussi, dans toute son attitude, faisait qu'on le remarquait, voulait que Ton prît garde à lui. »
Mendès, à ce moment, avait déjà fondé la Revue Fantaisiste, dont l'apparition avait fait beaucoup de bruit, et publié Philoméla. Coppée n'avait pas encore osé lui avouer qu'il faisailt des vers. Un jour, pourtant, il lui remit le manuscrit des Fleurs Mortelles. Mendès jugea ce poème remarquable et demanda à son jeune auteur de lui apporter les choses qu'il avait faites, mais après avoir lu les six mille vers qui lui furent soumis, brutalement sincère il lui déclara :
— Tout cela est exécrable. Vous êtes admirablement doué, mais vous ne savez pas le premier mot de votre métier.
Coppée eut un beau geslte :
— Apprenez-le moi, dit-il.
Et il jeta au feu ses six mille vers.
Dès lors, François Coppée fît partie du Parnasse, qui était moins une école littéraire qu'un groupe de jeunes poètes unis par les liens de l'amitié. Il fréquenta chez Mendès, rue de Douai, oi^i il se retrouvait avec J.-M. de Heredia, Léon Dierx, Albert Glaltigny, Léon Cladel, Villiers de l'Isle-Adam, Georges Lafenestre, Léon Valade. Albert Mérat. Le samedi soir, il allait avec eux chez Leconte de Lisle. boulevard des Invalides, et chaque jour de quatre à six il ne manquait point de les rejoindre chez l'éditeur Lemerre, dont la boutique du passage Choiseul était alors toute modeste. Emile Bergerat dans Ses Souvenirs d'un Enfant de Paris, a tracé de ces réunions chez Lemerre. qu'il appelle « Les thés sans thé de l'homme qui bêche », le pittoresque tableau suivant :
« La boutique d'Alphonse Lemerre. passage Choiseul, était le lieu de rendez-vous non seulement des Parnassiens dont il était l'éditeur, mais encore de la plupart des lettrés et écrivains de l'époque qu'y attirait le bruit d'ailes des Muses. Ils étaient toujours sûrs d'y voir, entre cinq et six, François Coppée, le poète à succès de la maison, celui qui « se vendait » comme brioche, souvent Théodore de Banville, et deux ou trois fois par semaine Leconte de Lisle en personne.
« François Coppée éitait alors très gai, d'abord parce qu'il était heureux. Sa gloire s'élargissait jusqu'à la popularité et laissait loin celle de ses rivaux et même de ses maîtres. Il venait de trouver la formule de ce vers pédestre dont la familiarité bon enfant cache une dextérité
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prosodique de virtuose et il était entré dans les masses profondes, comme aujourd'hui Edmond Rostand triomphe par la maîtrise du vers picaresque.
« Ce qu'il y a de plus difficile au monde pour celui à qui sourit la fortune c'est de demeurer simple et bon sous la couronne de lauriers. François Coppée avait cette grâce. Il lui dut d'être universellement aimé. Jamais il ne se mettait, lui ni son œuvre, sur le tapis, et nul ne fut plus accessibles aux efforts, plus compatissant aux déceptions et plus indulgent aux fautes de ceux que marque la déveine. Le plus sévère de ses jugements, même quand il fut critique dramatique à La Patrie, ne dépassait pas l'égratignure légère d'une réserve. Comme celles de Banville et de Gautier, sa férule était de velours.
« Un jour, chez Lemerre, il me prit sous le bras et m'entraîna dans le passage. — Venez, que je vous dise... Et nous péripatétiquâmes. — \^ous avez la fureur des néologismes et je ne les aime pas toujours. ]\Iais dans votre dernier feuilleton (j'exerçais moin.iême le sacerdoce sarceyen) vous en avez trouvé un que je vous envie. — Lequel, cher ami? — C'est à propos de la mauvaise féerie de X eit Z, à la Porte-Saint- Alartin. — Eh bien? — Après en avoir résumé l'ànerie en dix lignes, vous concluez en poussant ce cri de détresse: j'incompète! Oh! ce: j'incompète, il est trop beau pour un critique seul. ,
« Et je le lui offris sous la condition que. dès qu'il serait de l'Académie, il le rendrait au dictionnaire. Incompéter, nous incompétons. plijlt à Dieu que j'incompétasse !...
« Leconte de Lisle chez Lemerre, c'était Jupiter, pardon, c'était Zeus, venant prendre sa place au banquet des dieux. On le voyait venir, lent et majestueux de l'orée du passage, et l'on allait au devant de lui avec déférence. Il y était sensible, aimant les hommages. L'homme, en lui, beau d'une beauté classique et sculpturale, était bien l'incarnation du poète, ou, si l'on veut, sa manifestation physique. L'un réalisait l'autre aux yeux des mortels. Seul, l'usage d'un monocle sourcilleux l'humanisait et le dénonçait idoine aux contingences. Ce carreau, encastré sous l'arcade, nous donnait le signal de l'essor en nous libérant du respect, et juchés sur les coins des tables ou assis sur les gradins de l'escalier tournant, nous nous adonnions aux plaisirs du débinage, joie des Lettres et des Arts.
« Je dois à la vérité pure de dire que le Zeus n'en dédaignait pas l'exercice, et que, sauf Homère parmi les morts et Théophile Gautier entre les vivants, peu ou prou de rivaux échappaient à son esthétique militante. Mon vieil ami Léon Dierx qui l'a beaucoup hanté et qui lit ces lignes par-dessus mon épaule, m'assure que son maître était plutôt bienveillant et qu'il y avait en lui deux hommes en conflit.
le Leconte de Lisle du dedans et le Leconte de Lisle du dehors. Je n'ai personnellement connu que le second et il seyait de sortir après celui-là de chez Lemerre, si l'on ne voulait pas connaître prématurément son épitaphe.
« Car il avait un goût pour ce genre funéraire. Il entrecoupait nos fables charivariques d'épitaphes lapidaires dont l'anthologie lui étak renouvelée chaque jour par le génie inépuisé de Louis Ratisbonne, son chef de bureau au Sénat. Ce Louis Ratisbonne, qui avait traduit l'Enfer de Dante, tournait délicieusement l'inscription tombale. Il en avait fait une pour le pauvre Sully-Prudhomme que le Leconte de Lisle du dehors ne se lassait pas d'accréditer, quoique le Leconte de Lisle du dedans en déplorât l'injustice évidente.
« Dans ce morceau, imité de la fameuse Méditation de Lamartine sur Bonaparte, l'enterreur dantesque disait comme en désignant une sépulture :
Sur ce tertre où Sully-Prudhonime est remisé On distingue un vase brisé.
« Et le bon Coppée s'esquivait à l'anglaise, rebelle à ces gaîtés macabres. »
C'est dans la boutique d'Alphonse Lemerre que fut fondé Le Parnasse Contemporain, où Coppée publia plusieurs des pièces qui devaient former plus tard Le Reliquaire, le premier volume de vers que le poète publia — à ses frais.
En 1867, François Coppée obtint le prix dans un concours de parole pour un Hvmne à la Paix et il entra au Hanneton; c'est dans cette revue, dans le fameux numéro bleu « imprimé dans la Lune » et le plus rare de la collection, qu'on trouve cette étrange fantaisie du poète mêlée de prose et de vers, qui s'appelle La Gaieté du Cimetière et qui débute ainsi :
Fier de sa blouse blanche et disparaissant jusqu'à mi-corps dans une fosse commencée, un fossoyeur, gars robuste et roux, poussait joyeusement sa bêche du pied, coupant du même coup les racines, les vers de terre et les os pourris, et chantant à demi-voix ces suaves couplets :
Il fossoyait joyeusement
Et de la pioche et de la bêche ;
Le ciel était pur et charmant.
Il fossoyait joyeusement
Dans la terre odorante et fraîche.
Et quand il trouvait de vieux os.
Mêlés aux racines d'un saule,
— L'air était plein de chants d'oiseaux —
Bien loin, il jetait les vieux os
D'un geste par-dessus l'épaule.
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On peut pardonner au HaiDieton d'avoir publié cette œuvre de jeunesse, car il publia également quelques-unes des Intimités, qui ne tardèrent pas à paraître en une plaquette, qui, d'ailleurs, ne se vendit pas beaucoup plus que le Reliquaire.
Mais déjà l'auteur indiquait la voie qu'il allait suivre. Coppée, dans Toute une Jeunesse a caractérisé avec beaucoup de justesse l'heureuse évolution qui se fit dans son esprit au moment où il publia son second volume de vers : « Depuis longtemps déjà, Amédée Violette avait jeté au feu ses premiers vers, imitation maladroite des maîtres préférés, et son drame milhuicentrentesque, où les deux amants chantaient un duo de passion sous le gibet. Il revenait à la vérité, à la simplicité, par le chemin le plus long. Le goût et le besoin le prirent à la fois d'exprimer naïvement, sincèrement, ce qu'il avait sous les yeux, de dégager ce qu'il pouvait y avoir d'humble idéal chez les petites gens, parmi lesquelles il avait vécu, dans les mélancoliques paysages des banlieues parisiennes, où s'était écoulée son enfance, en un mot de peindre d'après nature, n
En attendant, il était « le plus obscur des accoupleurs de rimes ». Ses premiers vers — qu'avait bien voulu remarquer Théophile Gautier et Sainte-Beuve — n'étaient connus que d'un groupe de poètes et d'un petit nombre d'amis de la poésie. Ce public restreint suffisait pour l'instant à Coppée, qui était sans ambition aucune et qui ignorait le vain désir de la gloire. ]\Iais il arriva que Y Artiste, alors dirigé par Arsène Houssaye. publia La Bénédiction, qui itomba par hasard sous les yeux d'Agar, laquelle enthousiasmée résolut de la déclamer dans un concert. Coppée ne pouvait faire mieux que d'aller remercier son interprète. Celle-ci l'accueillit « avec une exquise bonté ». Elle l'invita à revenir. Il revint et c'est au cours d'une de ses visites qu'elle lui dit :
« — Aux termes de mon engagement, une représentation sera donnée, l'hiver prochain, à mon bénéfice, et j'en arrêterai moi-même le programme... Faites-moi donc, pour cette circonstance, une brève saynète, un dialogue à deux personnages, quelque chose de court et de facile à monter... »
Et, en quelques matinées de septembre, au bas de Alontmartre, dans une chambre si petite « qu'il fallait ouvrir la fenêtre pour enfiler la manche de sa redingote », Coppée écrivit Le Passant.
Faut-il rappeler que Chilly, alors directeur de l'Odéon, ne croyait I)as au succès de cet acte ? « Je vous jouerai votre petite machine (trois ou quatre fois ». avait-il dit à Coppée... Il la joua cent fois!... Ce fut un triomphe !... \'oici comment Coppée, dans ses souvenirs, raconte cette inoubliable soirée du 14 janvier 1869 : « C'était mon tour, à présent. On installa le décor, on alluma « le clair de lune », et les toiles peintes, vues de près, me parurent fort laides. Mes deux
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interprètes arrivèrenlt, moins belles et moins aimables qu'ordinairement, me sembla-t-il, sous le maquillage toujours un peu brutal et avec ce regard de distraction et de vague inquiétude qu'on retrouve chez tout comédien sur le point d'entrer en scène. Alors, seulement, je sentis le serremenit de cœur, la si douloureuse angoisse des « premières )). Mais on frappa les trois coups, et je me réfugiai classiquement dans la coulisse de gauche, c'est-à-dire « côté jardin », — en compagnie du pompier. La toile se leva, avec son sifflement faible et prolongé, et, dans un effrayant silence, la belle voix d'Agar lança le premier vers :
Que l'Amour soit maudit !... Je ne puis que pleurer.
« Oh ! l'atroce minute ! Je tremblais, maintenant, d'émotion nerveuse et de peur. Mais, dès le milieu du monologue de Silvia, les premiers applaudissements se firent entendre, et lorsque Zanetto fut en scène, ils redoublèrent, puis furent accompagnés d'explosions de bravos et atteignirent un surprenant degré d'intensité. A la fin de plusieurs groupes de vers, délicieusement dits par Sarah Bernhardt, j'entendis
même de nombreuses voix crier bis Cependant, ce n'était pas
encore dans cette coulisse, à côité du ]:)ompier parfaitement calme, que je pouvais mesurer la portée du succès. Dans la salle seulement, j'aurais pu m'en rendre compte. Oui, cette fameuse «première» du Passant, qui devait me rendre célèbre en moins d'une heure et décider de ma carrière littéraire, je n'y ai, pour ainsi dire, pas assisté, ou, du moins, je n'en ai qu'assez mal entendu le glorieux écho entre deux châssis du « côté jardin » et auprès d'un pompier impassible. C'est un des plus vifs regreits de ma vie. »
Le lendemain tous les journaux célébraient la gloire du poète, et il est curieux et amusant, parmi ce concert de louanges, de relire cette petite note, consignée par Got dans son journal à la date du i6 janvier 1869 : « L'Odéon vient de jouer, comme par charité, mais avec la surprise d'un vif succès, une peitite saynète en vers bleus d'un M. Coppée, Le Passant, sorte d'en-tête de romance, une femme et un travesti ; seulement ce travesti-là est charmant avec Sarah Bernhardt, une revenante... Ne serait-ce pas le point de départ d'un poète de bon second ordre elt d'une artiste presque de premier?... »
Seulement, le triomphe du Passant eut un revers, car dès lors François Coppée fut désigné partout comme l'auteur du Passant. Il accumulait poème sur poème, pièce sur pièce, et toujours il était poursuivi par cette malencontreuse périphrase, qui lui faisait presque regretter le triomphe, qui l'avait un moment dédommagé de tant de misères, si vaillamment supportées : « Pauvre petit Passant, a-t-il
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écrit depuis, douce inspiration d'une heure radieuse de mes vingtcinq ans, pardonne-moi les minutes d'impatience et de mauvaise humeur que m'a causé bien des fois ton nom, mahgnement prononcé pour déprécier mes créations nouvelles. Tu n'en es pas moins resté l'enfant bien-aimé de ma jeunesse, le rêve d'idéal, d'avenir qu'on ne fait qu'une fois dans sa vie, et, jamais je n'ai oublié, gentil chanteur de Clair de Lune, que je te devais cette première récompense du poète, ce premier rameau de laurier, qui failt pleurer de joie, et qui m'a donné pour toujours le courage et l'espérance. »
Outre la gloire, le Passant valut à Coppée d'être présenté par Théophile Gautier à la Princesse Mathilde, qui jouissait encore mais pour peu de temps de tous ses privilèges d'Altesse Impériale, et qui lui fît obtenir un emploi à la Bibliothèque du Sénat. Mais à peine s'y installait-il qu'il tombait gravement malade, et qu'il devait, aussitôt convalescent, aller finir l'hiver à Amélie-les-Bains. Là, il souffrit beaucoup, au point de se croire perdu.
Et quand il revint à la santé, une nouvelle épreuve l'attendait. La défaite, l'envahissement, le siège, la Commune, firent saigner son cœur de Français. Il fit son devoir, prit le fusil de garde national et il monta la faction sur les remparts, trompant l'ennui en rimant quelques vers, dont La Lettre d'un mobile breton et Plus de sang, ce beau cri d'indignation et de pitié, inspiré par la Commune.
Le calme revenu, il donna à l'Odéon Fais ce que dois, puis les Bijoux de la Délivrance, et au Gymnase. L'Abandonnée. Et malgré l'échec de cette dernière pièce, apprenant que Leconte de Lisle était dans une situation peu heureuse, il offrit à Jules Simon, ministre de l'Instruction publique, sa démission de sous-bibliothécaire au Sénat à condition que son maître serait nommé à sa place.
Alors, il s'essaya dans le récit en prose. Le Moniteur Universel publia en feuilleton en 1872 Une idyle pendant le siège, tandis que Les Humbles affirmaient l'originalité du poète et que Les Promenades et Intérieurs, qui les accompagnaient dans la première édition, témoignaient de son esprit d'observation aigu et pittoresque.
Parallèlement à la poésie, François Coppée cultivait le théâtre. Le II septembre 1872, il donna à l'Odéon le Rendez-vous, mais il n'eut pas, pour des raisons inconnues, la satisfaction d'y voir représenter La Guerre de Cent Ans, qu'il avait écrite avec Armand d'Artois. En mai 1874, parut le Calùer Rouge, vers intimes, patriotiques, pittoresques, mélange que l'auteur explique ainsi dans sa préface: « Tout en nous occupant de la composition de divers ouvrages assez importants, nous avions l'habitude à nos heures de fattigue d'ouvrir un mince cahier rouge, qui traîne toujours sur notre table et de nous délasser en y écrivant quelques poésies fugitives, à peu près comme un enfant illustre de pierrots perdus les marges de sa grammaire...
C'étaient parfois des strophes qu'on nous faisait l'honneur de nous demander, en faveur des œuvres patriotiques fondées à la suite des récents malheurs de la France; mais, plus souvent, c'étaient de simples fantaisies, des notes rapides, des croquis jetés, ou bien encore une plainte que nous arrachait notre mal ordinaire, le spleen... »
Cette inspiration douloureuse allait, hélas ! s'enrichir — la douleur n'est-elle pas une richesse pour le poète ? — d'un nouveau deuil, le dernier, mais le plus cruel : le 2 septembre 1874, Coppée déposa sur le fronit de sa mère expirante le suprême baiser: «J'ai été le témoin de cette simple et noble vie, écrivit-il plus tard, et c'est, j'en suis sûr, parce que j'ai grandi auprès de cette admirable femme, qui avait toutes les forces et toutes les délicatesses, que la fleur de la sensibilité s'est épanouie dans mon cœur et dans mon imagination, et que je suis devenu un poète. »
Coppée trouva, cependant, un adoucissement à sa douleur dans le culte de la poésie. Après Le Luthier de Crémone, il fut décoré de la Légion d'Honneur. Peu après, parurent les Récits et les Elégies et L'Exilée, dont nous retrouvons l'histoire dans un journal de Genève. Coppée était allé à Genève, en 1876, et il avait lu à l'Athénée Le Rendez-vous, La Veillée et quelques poésies inédites. C'est au cours de cette séance que survint l'événement qui devait laisser dans sa vie une trace profonde. Il rentra chez son hôte, M. Auguste Blondel, fort excité: « Mon ami, lui dit-il, j'ai vu ce soir la jeune fille de mes rêves... Elle éltait assise non loin de moi, et dès l'instant où mes yeux ont rencontré ses yeux, je n'ai plus lu que pour elle... » Il faisait une description si exacte de cette jeune fille qu'il fut aisé de découvrir qu'il s'agissait d'une étrangère, ime Scandinave de grande famille en séjour à Genève. Le poète dut pourtant regagner Paris, mais il laisait à Genève le meilleur de lui-même et une correspondance s'engagea avec des amis communs. Deux ou trois fois, il reprit furtivement le chemin de la Suisse; à la Pentecôte 1877, il assistait, caché dans la foule, à la réception des catéchumènes dans l'Eglise de Vaudœuvres. Il y contempla, sous son simple voile de mousseline blanche, cette enfant de dix-sept ans dont le regard avait en un instant changé le cours de sa vie. Hélas ! au bout de quelques mois, le beau rêve s'évanouit. La volonté impérieuse d'une mère s'opposa aux projets d'union si doucement caressés. Coppée ne revit pas la jeune fille, et il n'emporta de cette cruelle aventure qu'un petit bouquet de violettes jeté à ses pieds d'une fenêltre d'hôtel. Et voilà le roman d'amour qui nous valut L'Exilée.
Vient maintenant toute une brillante série théâtrale, qui débute par le Trésor, représenté à l'Odéon le 20 décembre 1879, et qui se continue par La Korrigane, ballet fantastique, en collaboration avec Louis Mérante, musique de Charles Widor, par Madame de Maintenoii, et
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par Sevcro Torclli, qui remporta à l'Odéon, le 21 novembre 1883, un immense succès, à quoi Paul Mounet et Albert Lambert fils durent leur entrée à la Comédie-Française. L'année suivante, le 21 février. François Coppée était élu à l'Académie Française, en remplacement de Victor de Laprade, et le 18 décembre, assisté de ses deux parrains, Emile Augier et Sully-Prudhomme, il y était reçu par M. Cherbuliez. C'est alors qu'il renonça à ses feuilletons hebdomadaires de la Patrie, qu'il faisait depuis quatre ans, et, à la suite d'un différent avec Coquelin, à sa charge de bibliothécairearchiviste de la Comédie-Française.
Il se retira alors à Coutainville, en Basse-Normandie, chez son éditeur et ami Alphonse Lemerre, où en deux mois il écrivit Les Jacohites. Ces cinq actes, dont le dernier peut compter parmi les chefs-d'œuvre du théâtre contemporain, et « à qui le vol des goélands et le grand vent du large semblent avoir prêté une ampleur, ime aisance et un souffle que le poète n'avait pas connus jusqu'ici » furent représentés à l'Odéon le 21 novembre 1885 et mirent en lumière le talent de JMhie Segond-Weber, qui, dans le rôle de Marie, se révéla tout-à-coup tragédienne de premier ordre.
Le 6 mai 1886, l'Opéra-Comique joua Maître Ambras, fait en collaboration avec Auguste Dorchain, musique de Charles Widor. Cette même année 1886 vit paraître Les Contes en vers, de même inspiration que Les Humbles, mais avec plus de largeur et d'éloquence, et qui furent suivis de Vingt Contes Nouveaux (1887), Contes Rapides ri888), Henriette (1889), longue nouvelle d'un intérêt psychologique délicat et profond. Le Pater, dont la représentation avait été interdite pour des raisons politiques. Les Paroles Sincères (1890), Toute une Jeunesse (1891), Les Vrais Riclies (1892).
En été 1892, François Coppée s'installa à Flandres, dans une gentille maison de campagne, appelée « La Fraizière ». Pendant les cinq ans qu'il la posséda, il y passa, durant la belle saison, des heures délicieuses, au milieu des roses, qui portent son nom, parmi la verdure où chantaient une foule de rossignols. C'est là qu'il écrivit Longues et Brèves, contes en prose, et Pour la Couronne, qui après un refus inexplicable à la Comédie-Française, fut représenté à l'Odéon. Quelques mois après, François Coppée était nommé commandeur de la Légion d'Honneur, et publiait son unique roman. Le Coupable.
Mais depuis longtemps déjà, il souffrait d'une grave maladie, qui ne tarda pas à nécessiter une redoutable opération chirurgicale, bientôt suivie d'une autre plus terrible encore. Le poète subit là une crise, d'où il sortit transformé, et qui nous valut la Bonne Souffrance. A peine était-il remis, qu'il se lança dans le tourbillon politique, que l'Affaire Dreyfus avait lancé sur la France. Eut-il raison? Eut-il tort? Il ne nous appartient pas de le juger. La seule chose que nous puis-
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sions dire c'est qu'il apporta dans la lutte la sincérité, la loyauté, qu'il montra toujours en toute occasion. Au reste, son rôle, s'il fut important, fut aussi de courte durée. Coppée, fatigué, malade, se retira sous sa tente, et, dans sa paisible maison de la rue Oudinot. il ne vécut plus que pour sa soeur Annette et pour ses nombreux et fidèles amis, pour lesquels il réserva tous les trésors inépuisables de son cœur.
On se souvient de ce logis modeste et charmant, vrai nid de poète parisien, où piaillaient des moineaux, tout adorné de nids d'hirondelles, sous les guirlandes de la vigne vierge et les spirales veites de la clématite. La salle à manger, avec sa vaste armoire normande et son horloge en cercueil, était égayée par les ébats d'une multitude de chats, roulés en boule sur des sièges, ou perchés sur la fenêtre, ou bien allongés avec nonchalance, l'œil mi-clos, devant le feu brillant sous la cendre. Le salon n'était pas encombré de tentures en peluche, de bibelots hétérogènes, de draperies et d'astragales. On y voyait un portrait de Coppée, jeune garçon, à mine éveillée, peint par sa sœur ; de vieux pastels dans leurs cadres ovales : c'étaient l'a'ieul et l'aïeule ; des esquisses de Jules Breton et de Lefebvre : sur des meubles sculptés, quelques bronzes, des éléphants en laque, en faïence, en métal, car l'éléphant était l'animal prédiligé du poète, qui professait pour lui un culte superstitieux. La bibliothèque était de celles où il y a des livres ; il y en avait beaucoup, habillés de cartonnages aux couleurs étranges, purée de pois, bleu de paon, orange; il y avait beaucoup d'autres choses aussi, des objeits d'art, des bols chinois pleins de tabac, une foule de journaux ou de revues; en déblayant les chaises de tout ce fouillis artistique, on pouvait quelquefois s'asseoir (i). En somme, demeure d'un artiste laborieux, sage et tranquille, et dont les fenêtres s'ouvraient sur un jardin que le poète décrivit avec un charme infini :
La maison est exposée au Xord, en plein Nord, et, même en été, à midi, son ombre s'étend sur un petit carré de fleurs. Celles qui sont au fond du jardin, en plein soleil, s'épanouissent et embaument dans l'air attiédi : mais les autres, les plus proches du mur, que jamais n'atteint un rayon, s'ouvrent à peine et ne donnent qu'un faible parfum. Souvent, en me promenant dans l'étroite allée circulaire de mon petit jardin, je jette un regard de compassion sur ces œillets étiolés et sur ces roses maladives, car celleslà sont nos préférées, et un moment les bruits des maisons prochaines, en parvenant jusqu'à moi, me font songer, par une mystérieuse correspondance d'esprit, à certaines existences comparables à ces tristes fleurs. C'est la chanson monotone de l'ouvrière qui tire l'aiguille dans sa chambre haute : c'est le hoquet de la machine à vapeur voisine, où s'agite, dans l'enfer
(i) Ch.\rles Buet : Médailles et Camées.
FR.\NÇOIS COPPEE
d'une forge, le peuple des artisans ; c'est la cloche du couvent, où des femmes innocentes offrent à Dieu leurs souffrances et leurs prières, pour ceux qui, comme beaucoup d'entre nous, ne savent ni souffrir ni prier; c'est, enfin, le clairon de la caserne, où de pauvres paysans, exilés de leurs champs et de leurs vignes, subissent les rigueurs d'une dure discipline, en attendant que la guerre éclate, qui les forcera de payer à la patrie le terrible impôt du sang. J'écoute ces bruits mélancoliques, je regarde ces roses languissantes, et ma rêverie unit dans une même pitié ces âmes et ces fîeurs, à qui la destinée n'a pas accordé ce qu'elle semblerait devoir à tous, une place au soleil.
C'est dans cette maison que de nouveau Coppée fut pris par le mal et cloué sur un lit de douleur, d'où cette fois-ci il ne devait pas se relever. Je me trompe. Par un dernier trait sublime de bonté, ce moribond, souffrant le martyre, se rendit à l'Académie Française, pour apporter sa voix à un ami, à Jean Richepin. M. Lavedan a tracé de cette scène un tableau émouvant : « Jamais, écrivit-il, ne s'effacera plus de mes yeux, la navrante vision de Coppée le jour où, pour la dernière fois, il parult inopinément à l'Académie, livide et décharné, semblable au Voltaire de Houdon. Qu'était devenu le masque de César? Où, les belles joues de clair et ferme bronze? le menton napoléonien? les noirs cheveux qu'avait, sur les boulevards, aux journées lamartiniennes, soulevés comme un drapeau le vent des foules ? Où était tout ce qui fut à lui? Oh! l'affreux spectacle, auquel il nous fallut, pourtant, demeurer tous en apparence indifférents et froids, comme si rien n'était changé! Chacun l'abordait en souriant la main joyeuse :
« — Ah ! la bonne surprise ! Vous voilà enfin sur pied !
« Et dès que le malheureux avait le dos tourné, le visage de son interlocuteur se ressaisissait d'épouvante. Avec une inaltérable courtoisie, Coppée acceptailt ces compliments et ces vœux, faisant semblant d'y croire et renchérissant sur nos mensonges. Et, quand il vint tomber plutôt que s'asseoir à la place accoutumée, là où j'avais la satisfaction de le voir près de moi aux séances, depuis neuf ans, j'étais si ému c|ue je ne parlais pas pour ne pas le faire parler. Il rompit le premier le silence pour me murmurer d'une voix d'outre-tombe, quelques mots charmants et bons, et je le regardais souffrir au delà de tout, tremblant la mort dans ses vêtements trop grands, et pointant avec tranquillité, d'une main de Lazare, au doigt de laquelle ne tenait plus la bague, le nombre des voltes. Après la séance, comme il partait pour toujours, droit encore, dans la galerie des bustes, au bras de son admirable ami, le docteur Duchastelet, je lui dis :
« — Au revoir! à bientôt!
« — Oui, bientôt! me répondit-il en écho, avec un regard perçant de ses yeux transformés.
« Et je supposais que ce mot bientôt avait, à cette minute, pour lui, le sens et le souhait d'une libération prochaine... »
Malgré ses horribles souffrances, Coppée trouva moyen de prouver encore son affection à ses amis.
Huit jours avant sa mort, il envoyait en ces termes, à I\I. Edmond Haraucourt, son adhésion à la Société des Poètes Français :
14 mai igo8.
Vous êtes vraiment trop gentil, mon cher Haraucourt. Soit. Inscrivez mon nom sur vos livres en attendant la date prochaine où on le gravera sur l'humble pierre de ma famille au cimetière Montparnasse.
Il me faut un très gros effort — je souffre tant — pour vous écrire ce seul mot, mais bien sincère : merci.
A vous de cœur. François Coppée.
Le malheureux eut pourtant la douleur de se voir précéder dans la tombe par sa sœur Annette. La mort de cet être bien-aimé. qui avait été sa compagne de toujours, hâta la sienne. ]\Iais avant le soupir suprême, il eut une joie dernière. Comme, sur son lit de douleur, aux rares moments où son mal faisait trêve, il repassait peut-être en songe ses années de jeunesse et remontait en esprit le chemin parcouru, une apparition se dressa soudain devant lui. Silvia. l'altière et tendre courtisane du Passant, entra dans la chambre du poète et lui récita les vers qu'il avait entendus si mal autrefois derrière le « portant » de rOdéon. C'était ]>klme Second-W'eber c|ui, ayant joué un dimanche en matinée Le Passant à la Comédie, availt eu cette touchante idée de sauter dans une voiture, à la sortie de scène, et d'apporter à Coppée mourant le souvenir vivant de son premier triomphe.
Peu après, le samedi 28 mai 1905, vers une heure de l'après-midi, François Coppée expirait dans une atroce agonie.
La splendeur imposante de ses funérailles, grandioses dans leur simplicité, est encore dans toutes les mémoires. Une foule immense et sincèrement émue, accompagna le poète à sa dernière demeure et ce fut pour tous ceux qui en étaient une de ces journées de tristesse lourde qui pèsent au cœur et dont l'impression se conserve longtemps...
Est-il bien utile maintenant de dire ici l'homme qu'était Coppée? Ses traits sont bien connus. Que de fois l'a-t-on comparé à une médaille antique! Ses cheveux noirs rejetés en arrière découvraient un front large, bien modelé ; ses yeux vert de mer avaient un regard doux et fier, très limpide, très profond, qui illuminait le teint d'une chaude nuance de bronze florentin, très clair ; le nez était droit, signe
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Aiitographe de François Coppèe.
FRANÇOIS COPPEE II5
de force et de ténacité ; la bouche, aux lèvres un peu minces, était railleuse, ironique, mais le sourire décelait une bonté sincère ; le menton fort accusé donnait de l'énergie à cette figure, que l'on a souvent rapprochée — à tort ou à raison — de celle du Bonaparte de 1800. Elle n'avait pas pourtant l'expression violente, fatale et dure de cette dernière, mais plutôt une expression de mélancolie rêveuse, parfois distraite, souvent animée par une gaieté d'adolescent espiègle. Un seul jour, elle rappela réellement celle du héros du Pont d'Arcole. Ce fut le jour de la mort du poète; alors, avec ses traits amincis, son teint blanc, on eut dit Bonaparte venant de tomber sous les balles autrichiennes. Il était superbe ainsi, et tous ceux qui l'ont vu en ont conservé une inoubliable impression.
Coppée aimait la plaisanterie, le sarcasme familier et même la (( blague » d'altelier. Son rire, vif et nerveux, ne sonnait jamais faux — rire naïf d'un collégien ou, selon le temps et le lieu, sourire amer du désabusé. Sa voix était fortement timbrée, avec un éclat métallique. Il disait admirablement les vers. Quant à sa conversation, c'était un feu d'artifice de mots charmants, d'idées singulières, d'axiomes étonnants, de sentences imagées, de métaphores absurdes, de saillies inattendues. Et tandis que la voix volubile ne s'arrêtait point, gouailleuse, rapide, coupée de rires sonores, les doigts sans cesse occupés roulaient une élternelle cigarette, hâtivement allumée, puis éteinte en deux bouffées.
Il aimait la représentation — il était trop parisien de Paris pour ne pas l'aimer — et présidait volontiers aux cérémonies : distributions de prix, inaugurations, banquets, o\\ il prononçait de fort jolis discours, qui formeront un jour un volume ou deux de conciones pour compléter son oeuvre. Le même espriit lui faisait soigner son iconographie dont pourtant il était bien rarement satisfait, et il pouvait chez lui se contempler en diverses poses, peint sur toile, taillé dans le marbre ou coulé en bronze. Il avait son portrait à quinze ans, pasitel dû à sa sœur, un autre, L'Homme au veston rouge, de Syndico. un autre encore, un médaillon en bronze, de Delaplanche, un émail splendide de Claudius Popelin ; et, en cherchant bien, on aurait trouvé quelque tiroir plein à déborder d'estampes, de gravures, de photographies, voire de caricatures, qui consacrent aussi sa gloire. Que ce culte de soi-même n'aille point, cependant, faire accuser le i)oèlte d'égoïsme : — il n'était pas d'âme plus généreuse — ou de vanité enfantine : — il n'était pas de caractère plus ouvertement simple.
On a célébré bien souvent, et l'on ne célébrera jamais assez l'inépuisable bonté de Coppée et la façon exquisement cordiale dont il recevait les « jeunes » c|ui venaient à lui avec une timidité confiante, sûrs d'être accueillis et de repartir avec l'encouragement souhaité.
Il6 PORTRAITS D^HIER
Combien a-t-il reçu, le samedi matin, de ces admirateurs de vingt ans, qu'il arrachait un moment aux déceptions amères d'une existence sans espoir et sans but et parmi lesquels il faut citer Samain, Pierre Lorin et Charles Guérin. J'ai pu moi-même témoigner de cette bonté au commencement de cette étude. En voici une autre preuve : « ... Je me rappelle, a écrit Mlle Hélène Seguin, avec une émotion particulière, avec une reconnaissance très attendrie, cerltaine visite que je lui fis un samedi où sa porte était condamnée, car la souffrance le torturait plus que de coutume : c'était au lendemain de la mort du grand Hérédia, qui m'avait profondément bouleversée, que j'allai trouver Coppée. Je fus reçue par lui avec une touchante bonté : Je lui exposai ce que je perdais en perdant un maître tel, qui m'avait éclairée à mes débuts et dont les lumières allaient me manquer ; il comprit, il excusa mes larmes que je ne pouvais empêcher de couler, il se pencha même jusqu'à écouter d'autres détails douloureux de ma vie ; il me prodigua tout son intérêt : la souffrance ne lie-t-elle pas plus vite les cœurs? En ces deux heures de causerie intime je connus moi-même toute l'âme du bon Coppée, car, avec cette simplicité qui lui était propre, il me confia aussi le calvaire qu'il montait. Puis il me dit ces paroles 1 assurantes — qui déchirent mon cœur aujourd'hui que la mort l'a pris à son itour — : « Ne pleurez pas votre maître, il m'avait parlé de vous; j'essaierai de vous le remplacer; littérairement vous êtes ma fille d'adoption! et désormais, venez frapper à ma porte pour tout conseil ou tout appui qu'il vous faudra. « De ce témoignage, je voudrais I approcher celui de Mme Bertha Galeron de Calonne, aveugle et sourde, qui, en une page touchante et charmante, a dit les marques de bonté délicate, par quoi Coppée l'aida à supporter sa double infirmité : « ... Or, je rêvais d'écrire un article sur François Coppée pour mon journal, auquel j'avais promis de collaborer, un journal en points, Le Louis Braille fondé alors depuis un an par ^Maurice de .la Sizeranne. Pour ce petit travail j'avais besoin de notes biographiques et surtout, je voulais connaître Coppée, et, sans vouloir tenir compte de cette enrageante surdité, qui, tout à l'heure, se mettrait entre lui et moi, j'allais droit à mon but. Oh! que je fus bien inspirée! Non seulement il me reçut, mais avec quelle sympathie!... Tout de suite, je fus mise à l'aise par tant de cordialité, et quand nous fîiines assis et qu'il eut approché de moi sa chaise — comme s'il avait deviné que rien ne peut m'être plus désorientant que de parler aux gens à distance, — ce fut sans le moindre embarras que je pus lui dire ce qui m'amenait en lui parlant avec enthousiasme de mon Louis Braille... Par moments, Coppée posait sa main sur la mienne, en de légères pressions, comme pour souligner et me faire sentir, en une sorte de réponse, ce qui l'intéressait le plus dans mes paroles. Il était visiblement ému en m'écoutant, je le sentais aux contradictions de sa main
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qui avait pris et retenait la mienne. Ceitte communication par le langage des mains, à force d'être intense, était devenue véritablement de l'échange. A la fin de ma visite, comme je m'informais où je pourrais trouver, et de quel auteur, une biographie de lui qui fiit tout-à-fait sûre, il alla me chercher celle qu'availt écrite Jules Claretie et me la donna. Mais en prenant congé de lui, je m'écriai : « Il faut pourtant que j'aie entendu votre voix! ne me direz- vous pas adieu à l'oreille, M. Coppée?... » Je sentis aussitôt s'approcher de moi son visage imberbe et j'entendis enfin cette voix sympathique et franche, un peu brusque, mais où vibrait, en ce moment, tant d'infinie bonté ! Et cette voix disait : « Merci, Mademoiselle, d'être ainsi venue à moi ! Venez ici quand vous voudrez; demandez-moi tout ce que vous voudrez. Toutes les fois que je pourrai vous être bon à quelque chose, j'en serai très heureux. » Il nous accompagna jusqu'au seuil de sa porte. Oh ! quel joyeux retour ce fut ! J'étais comme allégée de toutes les peines, j'avais des ailes; mes vingt-quatre ans éltaient devenus, tout à coup, aussi jeunes que les seize ans de ma petite sœur... Sut-il jamais, le cher François Coppée, à quel point, ce jour-là, il avait été bienfaisant?... »
Il est fort probable qu'il le sut car sa bonté était une bonté éclairée, et quand on en abusait, ce n'était point à son insu. Seulement, il laissait faire, effrayé qu'il était à la pensée de causer la moindre peine. Bien souvent, il fallait le violenter pour l'empêcher de se dépouiller; c'était l'affaire de son secrétaire qui recevait les innombrables demandes et de sa sœur Annette, qui était bonne, elle aussi, mais d'une bonté plus raisonnable...
Mais voilà qu'emporté par le charme de raconter la vie de Coppée et de dire sa bonté je m'aperçois qu'il ne me reste plus guère de place pour parler de son œuvre. Je sais bien que, selon Raoul Pon-
chon :
... le poète s'honore Devant la Divinité Moins d'un poème sonore Que d'un acte de bonté !
L'homme, pourtant, ne doit pas faire oublier le poète.
Le poète ! beaucoup ont refusé ce nom à François Coppée, estimant, avec dédain, que ce qu'il faisait n'était tout au plus que de la prose rimée. Et cependant... Victor Hugo n'a pas craint d'écrire :
Il avait dans sa poche une toupie en buis... Les choses tous les jours se passent de la sorte... II faut pour le comprendre avoir fait ses études.
Il8 PORTRAITS d'hier
Et même Alfred de Musset :
Ne possédant plus rien qu'un grand mal à la tête...
C'est mon opinion de gâter les enfants...
Je ne fais pas grand cas des hommes politiques.
On a essayé par ces exemples de justifier l'auteur des Humbles. Même on lui a cherché des antécédents et l'on a rappelé les œuvres du père de Balzac, en appelant « poésie intimiste » des pièces dans ce goût :
Sur la table, on admire une poule cauchoise, Des œufs frais, des anchois, la hure champenoise, Un pâté de canards natifs de Pithiviers, Un brochet monstrueux sortant de l'épervier, Du saucisson truffé, du boudin aux épiées. Et, pour plat du milieu, le buisson d'écrevisses !
A notre avis, on a eu tort. Coppée n'a nul besoin d'être justifié, et il n'a pas eu, dans son genre, de prédécesseurs. Il esit en quelque sorte un chef d'école. On peut discuter son opinion sur la forme poétique, on peut ne pas aimer sa manière — combien y en a-t-il cjui exècrent Victor Hugo ! — on ne peut pas lui refuser le titre de poète. Après les exagérations redondantes du romantisme, son œuvre, certes, semble pâlotte, mais ceux qui jugent sans parti pris les œuvres par elles-mêmes et non point dans l'ambiance où elles furent créées, trouvent en celle de Coppée la simplicité délicieuse, la touchante sincérité et le charme original qui sont les traits distinctifs de la vraie poésie.
On a crié au scandale parce que Coppée prit son inspiration chez les humbles, parce qu'il a regardé en bas au lieu de regarder en haut. Mais, pour qui sait voir, de quelque côté que son œil se tourne, la poésie est partout. Et Dieu sait si Coppée savait voir! Pensant avec raison qu'il n'y a pas de beau que le rare, il a exploré les milieux l^opulaires, les intérieurs modestes, les faubourgs bruyants, et là où d'autres, étourdis par le mouvement et le bruit, passaient d'un pas pressé, il s'est arrêté, lui, et, le premier, il a découvert ce qu'il peut tenir d'événements, d'émotions, de grandes espérances et de grandes déconvenues dans une petite et obscure destinée. Et. confiants en cet homme qui les observait avec intérêt et d'un air bon, les petits marchands, les petits rentiers, les petits bourgeois, tous ceux dont l'existence semble si mesquine aux indifférents, tous sont venus à lui. « Et ils lui ont fait leurs confidences » et il a raconté leurs joies et leurs douleurs avec une bonne grâce exquise, et, s'il s'y mêlait de temps à autre une pointe de malice, c'était une malice sans amertume et sans venin. « Un de mes amis, disait M. Cherbuliez à Coppée lorsqu'il le recevait à l'Académie Française, un de mes amis, savant docteur en
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esthétique, qui se piquait de ne goiîter que la poésie à turban et à cothurnes, nourrissait d'aveugles préventions contre vous. « Lisez-le, lui disais-je un jour, en lui présentant les Humbles, et vous changerez d'avis. » Il les ouvrit au hasard et ses yeux tombèrent sur une pièce intitulée Le Petit Epicier. Il fit la grimace et ne laissa pas de lire. Il allait toujours, il alla jusqu'au bout, et ses yeux disaient : « Eh î oui ! c'est de la vraie poésie ! » Il n'en convint pas. Les docteurs ne conviennent jamais de rien. ]\Iais il fit mieux : en me quittant, il acheta le volume... »
Eh ! oui, c'est de la vraie poésie ! Théophile Gautier l'avait bien vu de suite, lorsque, dans son Etude sur les progrès de la poésie française, il citait le Reliquaire, que Coppée venait de publier, en disant : « Charmant recueil, qui promet et qui tient: » Coppée fut pendant longtemps encore, cependant, sans oser se lancer tout à fait dans la voie qu'il avait choisie. Ce n'est que dans Le Banc qu'il dévoila complètement ses aspirations, dans cette idylle si doucement émouvante du pioupiou et de la bonne et qu'interrompt brutalement la retraite.
« Et je n'ai pas trouvé cela si ridicule », terminait le poète dans un vers, célèbre depuis, et qu'on lui a reproché comme un de ses prosaïsme. On oubliait sans doute, remarque justement AI. Gauthier- Ferrières, les très beaux vers qui composent toute cette pièce, et que la chute voulue met en valeur encore :
C'était le soir ; c'était l'heure où les amoureux, Moins timides, tout bas osent se faire entre eux Les tendres questions et les douces réponses. Le couchant empourprait le front noir des quinconces, Lentement descendait l'ombre comme à dessein ; Le vent, déjà plus frais, ridait l'eau du bassin Oii tremblait un beau ciel vert et moiré de rose ; Tout s'apaisait. C'était cette adorable chose : Une fin de beau jour à la fin de l'été.
On oubliait :
... La rivière ombreuse, le rideau De peupliers, l'endroit pour pêcher à la ligne Caché sous le houblon et sous la folle vigne. Le cerisier qu'ensemble ils avaient dépouillé, Le vieux bateau, rempli de feuillage mouillé, Qu'on prenait pour aller jouer dans le coin d'île, Les moulins, les sentiers sous bois, toute l'idylle.
Puis, ce fut la Grève des Forgerons, ce drame populaire, qu'a réalisé scéniquement Mounet-Sully d'une façon si poignante ; puis Les Humbles et toute la série de ces pièces admirables, oi^i nous est
retracée dans ses plus petits détails, toute la vie, résignée, des gens d'en-bas. Il faudrait les citer toutes, ces pièces d'une observation si aiguë, tour à tour spirituelle et attentive, et qui, réunies sous des titres divers, Les Humbles, les Promenades et Intérieurs, Les Intimités, Arrière-Saison, Les Mois, etc.... puisent toutes leur inspiration à la même source, et parmi lesquelles je cueille ces vers si jolis :
En cette vie où nous ne sommes Que pour un temps si tôt fini, L'instinct des oiseaux et des hommes Sera toujours de faire un nid...
Et ceux-là, si beaux :
... Et mourir ne doit être rien Puisque vivre est si peu de chose !
Il est à remarquer que la Muse de Coppée est essentiellement parisienne. Ce n'est point le bourgeois de province, si pittoresque, cependant, qui l'intéresse : c'est le bourgeois de Paris. Le domaine de cette muse s'arrête aux fortifications, et si parfois elle entreprend le grand voyage de Charenton ou de Suresnes. ce n'est jamais que le dimanche, jour oii le Parisien y va chercher la verdure et la fraicheur. C'est que Coppée aime Paris ; il en connaît toutes les beautés et toutes les misères. Il est deux passages dans Olivier, ce beau poème de souffrance, qui, par un contraste curieux, nous montrent ce Paris sous deux aspects aussi vrais que différents. Voici le Paris des dimanches printaniers :
Olivier habitait un de ces boulevards
Des faubourgs qui s'en vont du côté des banlieues.
Là-bas, vers l'horizon et les collines bleues,
Le peuple du quartier populaire et lointain
Bornant le Luxembourg et le pays latin
Allait aux bois voisins, foule bruyante et gaie;
— Car c'était justement un dimanche de paie —
Pour revenir le soir, les chapeaux de travers,
Les habits sous le bras et les gilets ouverts,
Et chantant le vin frais comme on chante victoire.
Les marronniers touffus, près de l'Observatoire.
Embaumaient, énervants, et sur les piétons
Jetaient leurs fleurs avec les premiers hannetons.
En gants blancs, et tout fiers de leur grande tenue.
Des couples de soldats émaillaient l'avenue ;
Les amoureux allaient, gais comme une chanson.
Faire leur nid d'un jour à Sceaux, à Robinson,