CHAPITRE XXYII. 1M
quand tous êtes entré. C'était le râle de la mort. Le voilà mort ! » Dans ce moment , on entendit plusieurs voix à quelque distance. • Ils Tiennent , dit-elle à Brown ; eussiez- vous autant de vies qu'il y a de cheveux sur votre tète , vous êtes un homme mort. » Brown jeta les yeux autour de lui , cherchant une arme pour se défendre ; il n'y en avait pas ; il se précipita alors vers la porte , dans l'intention de se jeter dans le bois et de s'échapper d'un lieu qu'il considérait comme une caverne de meurtriers. Merrilies le retint avec une force au dessus de celle de son sexe. « Restez , dit-elle , restez, et vous aérez sauvé. Mais , quoi que vous voyiez ou entendiez , ne faites aucun mouvement , et il ne vous arrivera aucun malheur. >
Brown , dans cette position désespérée , se rappela sa première rencontre avec cette femme , et pensa que le seul moyen de se sauver était de lui obéir. Elle le fit coucher au milieu d'un monceau de paille dans un coin de la chambre , en face du cadavre , le couvrit avec soin , et jeta sur lui deux pu trois vieux sacs qui se trouvaient là. Curieux de savoir ce qui allait arriver , Brown arrangea aussi doucement qu'il put les objets qui le cachaient , se ménagea une ouverture , et attendit avec anxiété l'issue de celte étrange et dangereuse aventure. Pendant ce temps , la vieille Egyptienne disposait le corps du défunt , étendait ses membres , plaçait les bras de chaque côté. « Il vaut mieux faire cela , murmurait-elle , avant qu'il soit roide. » Elle plaça sur le sein du cadavre une assiette de bois remplie de sel , une chandelle à la tète et une aux pieds , et les alluma toutes deux. Puis , reprenant ses chants , elle attendit l'arrivée de ceux dont on entendait les voix au dehors.
Brown était soldat , il était brave , mais il était homme aussi ; et dans ce moment ses craintes l'emportèrent tellement sur son courage , qu'une sueur froide lui coulait par tous les pores. Il songeait qu'il pouvait être découvert dans sa retraite par ces misérables qui probablement n'étaient autres que des assassins , qu'il était sans armes et sans aucun moyen de défense; ses supplications ne serviraient qu'à les divertir , ses cris pour appeler du secours ne frapperaient d'autres oreilles que les leurs ; enfin sa sûreté reposait sur la compassion précaire d'un être associé à ces brigands , et dont le cœur, par suite de ses habitudes de rapine et d'impostures , était fermé à tout sentiment humain. Anéanti sous le poids de ces réflexions , il s'efforça de lire dans les traits noirs et flétris de l'Égyptienne , que la lampe éclairait , quelque chose qui promit ces sentiments de pitié que les femmes , même dans le dernier degré d'à-
baissement , peuvent rarement étouffer : rien n'y respirait l'humanité. Quel que fût le motif qui la portait à le secourir , il ne provenait pas d'un sentiment de compassion , mais d'une idée secrète , et probablement capricieuse , qu'il ne pouvait pénétrer : peut-être une ressemblance imaginaire , telle que celle que lady Macbeth crut trouver entre le monarque endormi et son père.
Telles étaient les réflexions qui se succédaient rapidement dans l'esprit de Brown pendant qu'il regardait cette femme extraordinaire. Cependant la bande semblait ne pas approcher , et il M sur le point d'en revenir à sa première intention d'essayer de sortir de la butte , maudissant son irrésolution qui l'avait fait consentir à se cacher dans un endroit où la fuite et la résistance lui étaient également impossibles.
Meg Merrilies semblait aussi aux aguets. Elle prêtait l'oreille à tous les sons qui pénétraient à travers les antiques murailles ; elle retournait vers le défunt , trouvait toujours quelque chose à arranger ou à déranger dans sa position. « C'était un beau corps , se disait-elle à elle-même , et il vaut la peine d'être bien enterré. • Cette horrible occupation semblait lui causer une sorte de plaisir , et les détails minutieux dans lesquels elle entrait révélaient en elle une grande expérience. Un manteau de marin , qu'elle trouva dans un coin , fut disposé pour servir de linceul : elle laissa le visage du mort découvert , lui ferma la bouche et les yeux , puis arrangea les collets du manteau de manière à cacher les traces sanglantes et à donner au corps , comme elle le disait elle-même , « un air plus décent. »
Dans ce moment trois ou quatre hommes, que les figures et les vêtements pouvaient faire reconnaître pour des brigands , se précipitèrent dans la chambre. cMeg, membre de Satan, comment osez-vous laisser la porte ouverte? * tels furent les premiers mots du chef de la bande.
• Et qui a jamais entendu dire qu'il fallût fermer la porte lorsqu'un homme est sur son lit de mort? Comment l'esprit pourraitil passer à travers des verroux et des barreaux comme ceux-ci?
— Il est donc mort? > dit l'un d'eux en allant vers le lit pour regarder le cadavre.
« Oui, oui, et bien mort, dit un autre. Mais il y a ici de quoi passer le temps en gardant son corps. « A ces mots, il alla chercher dans un coin un baril de liqueur forte, tandis que Meg se hâtait de leur préparer des pipes et du tabac. L'activité qu'elle mettait à 1#