CHAPITRE XXVII
Ame , d'un corps de pondre , allons , prends ton essor : Écoule le chant funéraire.
Sainte mère de Dieu , hâte-toi de quitter Ta dépouille mortelle et que tout abandonne ! Dans tes pressants besoins les saints vont l'assister : N'entends-tu pas le glas qui sonne ?
Va , ne crains pas la neige aux flocons abondants , Ni la pluie et la grêle , et Paulan en furie ; Bientôt le blanc linceul couvrira tous tes sens , Car ils auront quitté la vie.
Hâte-toi d'exhaler un douloureux soupir !
La terre tourne vile , et le temps a des ailes. Une dernière fois pleure ayant de partir Pour les régions éternelles.
Ici la chanteuse s'arrêta ; le moribond lui répondit par un ou deux profonds gémissements , qui semblaient annoncer son agonie et la fin de sa lutte. « Cela ne sera pas, se dit-elle à elle-même ; il ne peut partir avec cette idée dans son esprit , elle le retient encore :
Le ciel ne peut la recevoir , La terre ne peut point l'avoir '.
1. Les rits mystérieux auxquels Meg Merrilies se livre lui appartiennent comme reine de sa race. Tout le monde sait que les Égyptiens dans tous les pays s'attribuent le don de prédire l'avenir ; mais il arrive souvent qu'ils sont soumis eux-mêmes aux superstitions dont ils tirent profit chez les autres. Le correspondant de Blackwood cité dans l'Introduction de ce roman nous donne quelques renseignements au sujet de leur crédulité.
« J'ai même appris , dit-il en parlant des Égyptiens de Yetholm , qu'ils sont extrêmement superstitieux , examinant avec un soin particulier la formation des nuages , le vol de certains oiseaux et le sifflement du vent , avant d'entreprendre quelque chose. On sait qu'ils sont revenus plusieurs jours de suite sur leurs pas , avec leurs chariots chargés , leurs ânes et leurs enfants , pour avoir rencontré des personnes qui leur paraissaient de mauvais augure , et ils ne s'engagent jamais dans leurs émigrations d'été sans avoir un augure favorable pour leur retour. Us brûlent aussi les vêtements de leurs morts , non pas tant par la crainte qu'ils leur communiquent la maladie , que par la conviction qu'ils ont qu'en les portant ils abrégeront leur vie. Us gardent pareillement avec un grand soin les cadavres , le jour et la nuit , jusqu'au moment de l'enterrement, et ils croient que le diable a la garde du corps de ceux qui à leur lit de mort ont senti l'agonie et les terreurs du remords. >»
Ces pratiques ne sont pas particulières aux seuls Égyptiens ; elles ont été répandues dans les dernières classes de l'Ecosse , mais on ne les trouve plus que parmi les gens les plus grossiers dans leurs habitudes et les plus dépourvus d'instruction. L'idée populaire que Ton prolonge la lutte entre l'agonie et la mort en laissant la porte fermée , était reçue comme une certitude par les ancêtres superstitieux des
110 GUY MANNB1UNG.
Il fout que j'ouvre la porte. » Se levant alors , elle se tourna vers la porte de la chambre , observant soigneusement de ne point tourner la tête derrière elle ; et , tirant un verrou ou deux , ear , malgré l'apparence misérable de la chaumière , la porte était bien fermée , elle leva le loquet en disant :
Fermeture , ouvre-toi ; latte , sois donc finie ; Viens , mort.; et disparais , 6 vie !
Brown , pendant ce temps , avait quitté son poste , et se trouva devant elle lorsqu'elle ouvrit la porte. Elle recula d'un pas , et il entra , quoiqu'il reconnût à l'instant , non sans une sensation désagréable , la même Égyptienne qu'il avait rencontrée à Bewcastle. Elle le reconnut aussi ; et son attitude , sa figure et l'anxiété peinte sur ses traits , lui donnaient l'air de la bonne ogresse d'un conte de fées , qui avertit un étranger de ne pas entrer dans la demeure inhospitalière de son mari. Les premiers mots qu'elle prononça ( en levant les mains d'une manière de reproche ) furent : • Ne vous avais- je pas dit : Ne faites rien , ne vous mêlez de rien ? Prenez garde au coup rougissant 9 ! vous êtes venu dans une maison où la mort n'est point naturelle. > A ces mots elle prit la lampe, en tourna la lumière vers la figure du moribond , dont les traits durs et défigurés étaient alors dans les convulsions de l'agonie. Une bande de linge qui entourait sa tête était teinte de son sang , dont la couverture et la paille étaient aussi inondées. Il était facile de voir qu'il ne mourait pas d'une mort naturelle. Brown tressaillit et recula à cet horrible spectacle , et se tournant vers l'Égyptienne , il s'écria : c Malheureuse femme ! qui a tué cet homme ? — Ceux h qui cela était permis , » répondit Meg Merrilies en examinant d'un œil attentif et perçant les traits du malheureux mourant ; c il a eu une longue lutte , mais il s'en va ; je savais qu'il était près de mourir
Écossais. Elle ne devait pu non plus être tout-à-iatt ouverte* Laisser la perte $ntr$btillée était la manière adoptée par lei vieilles femmes versées dan* le* mystère) du lit de mort et de la garde des cadavres. Dans ce eu , l'Ame avait de la pièce pour sortir , et c'était en mène temps «n obstacle , nous a-t-on assnré , pour empêcha d'entrer tonte (orme effrayante , qui autrement aurait pn s'introduire dans la chaeihre. Le seuil d'une habitation était en quelque sorte nue limite sacrée et le sujet de nombreuses superstitions. Même aujourd'hui , on soulève la fiancée pour lui faire franchir le seuil de la maison conjugale , coutume qui vient sans doute des Romains. i. Tbê rêdding tirait. Le coup rougissant , à la lettre , est un coup reçu par an homme qui se jette entre deux comhattans pour lu blesser ou les séparer , et on remploie proverbialement , dit l'auteur , pour dire le coup le plu dangereux qe'un homme puisse recevoir, a. m.