‹ GUY MANNERING OU L'ASTROLOGUEChapitre 108 sur 215 · CHAPITRE XXIX. Wl · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIX. Wl

Irattê ; je l'Interrompis de nouveau. * Quel âge a bien ni» Bertram? — Comment le saurais-je, miss ? à peu près votre âge* je suppose. — Elle est plus vieille que moi, je le pense $ vous êtes toujours à me dire qu'elle fait bien mieux les honneurs de la table à thé que moi. Mon Dieu, papa, si vous lui donniez une fois pour toutes le droit d'y présider ?— Ma chère Julia , répondit mon père, ou vous êtes une grande folle, ou vous êtes plus disposée à la malice que je ne l'avais encore pensé. — mon cher papa ! prenez-le du meilleur côté ; je ne voudrais pour rien au monde être considérée comme folle. — Alors pourquoi parlez-vous comme une Mie ! — O mon Dieu ! je suis sûre qu'il n'y a pas tant de folie dans ee que je viens de dire. Chacun sait que vous Mes un bel homme ( à ces mots il sourit) , c'est-à-dire pour votre âge (il fronça le sourcil) qui n'est pas avancé , et je ne sais pourquoi vous ne foriez pas ce qui peut vous rendre heureux. Je sens bien que je ne suis qu'une fille étourdie ; et si une compagne plus grave pouvait faire votre bonheur...»

• Mon père me prit la main avec un mélange de déplaisir et de gravité amicale : c'était un sévère reproche pour moi d'avoir plaisanté avec ses sentiments.

• Julia , dit-il , j'ai toujours supporté votre légèreté naturelle , parce que je pense qu'elle provient un peu de ce que je n'ai pas surveillé votre éducation d'assez près $ mais je ne vous permettrai pas <fe vous y abandonner sur un sujet si délicat. Si vous ne respectez H' les sentiments de votre père et la mémoire de celle que vous ayez perdue , ayez au moins égard aux? droits sacrés du malheur ; et sachez que la plus légère plaisanterie sur un tel sujet qni parviendrait aux oreilles de miss Bertram , la ferait renoncer à l'asile qu'elle occupe aujourd'hui, et la rejetterait, sans protecteur, dans le monde qu'elle a déjà quitté et où elle n'avait pas un ami. »

• Que répondre à cela , Mathilde? Mon cœur fut ému, je pleural, je demandai pardon, et promis d'être une bonne fille à l'avenir* Ainsi je suis neutralisée, car je ne puis, en toute sûreté de coiscience» tourmenter la pauvre Lucy , malgré le peu de confiance qu'elle a en moi , en agaçant Hazlewood j et je ne puis non plus , après la sévère réprimande de papa , plaisanter avec lui sur une natière si délicate. Aussi je passe mon temps à faire des découpures que je m'amuse ensuite à brûler; des esquisses de têtes de Turcs avec des cartes de visite dont je brûle le bout, et qui me tiennent foi de crayon , et je vous assure que j'ai réussi à foire hier au soir

^08 GUY MAÏWERIHG.

un superbe Hyder-Aly ; je frappe sur mon malheureux clavecin; je prends un livre sérieux et je commence à le lire par les dernières pages en remontant vers le commencement.

« Après tout, je commence à être bien tourmentée du silence de Brown. S'il avait été obligé de quitter le pays , je suis sûre qu'il m'aurait au moins écrit. Mon père aurait-il intercepté ses lettres? oh , non ! ce serait tout-à-fait contraire à ses principes. Il n'ouvrirait pas une lettre qui m'arriverait le soir , cela dût-il m'empécher de décamper (far la fenêtre le lendemain au point du jour. Quelle expression ai-je permis à ma plume de tracer! J'en ai honjte, Mathilde, quoique ce soit à vous seule que je puisse écrire une telle plaisanterie. D'ailleurs j'aurais tort de me faire un mérite d'agir comme je dois le faire, car M. Van Beest Brown n'est pas un amant assez ardent pour entraîner l'objet de son affection dans des démarches inconsidérées ; il donne tout le temps de réfléchir à ce qu'on doit faire. Cependant je ne le condamnerai pas sans l'avoir entendu , et je ne veux pas mettre en doute la fermeté de caractère d'un jeune homme dont je vous ai souvent parlé avec admiration. S'il était capable de crainte» de faiblesse ou d'inconstance, j'aurais peu à le regretter.

« Et pourquoi , me direz-vous , quand j'attends une fidélité et une constance si inaltérable de la part de mon amant , m'occupé-je de ce que fait Hazlewood et des soins qu'il prodigue i une autre? Je me fais la même question cent fois par jour , et je ne peux trouver que cette sotte réponse , que , sans vouloir encourager une infidélité sérieuse, on n'aime pas à être négligée.

« Je vous écris toutes ces folies , parce que vous dites qu'elles vous amusent , et cependant je m'en étonne. Je me rappelle que dans nos voyages à la dérobée dans le pays de la fiction , vous admiriez toujours le sublime et le romanesque; les chevaliers, les nains, les géants, les jouvencelles persécutées, les devins, les visions , les spectres menaçants et les mains sanglantes obtenaient tout votre intérêt , tandis que moi je préférais les intrigues embrouillées de la vie privée , où , au surplus , je n'admettais le surnaturel que par l'influence d'un génie oriental ou d'une fée bienfaisante. Vous auriez aimé à promener le vaisseau de votre vie sur le vaste Océan , avec ses calmes et ses tempêtes mugissantes , ses gouffres tourbillonnants et ses vagues hautes comme des montagnes , tandis que moi j'aurais aimé à laisser voguer ma nacelle sur un lac ou dans une baie dont les eaux fussent agités par un vent

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