‹ GUY MANNERING OU L'ASTROLOGUEChapitre 110 sur 215 · JULIA MANNERING A MATHILDE MARGHHONT · texte numérisé non relu

JULIA MANNERING A MATHILDE MARGHHONT

* J'ai été malade , ma très chère Mathilde , et je quitte le lit pour vous raconter les étranges et effrayantes scènes qui viennent d'avoir lieu. Hélas ! combien l'on a tort de plaisanter sur l'avenir. Je terminais ma dernière lettre fort gatment par quelques remarques bouffonnes sur votre goût pour les aventures romanesques et extraordinaires , pour les ouvrages d'imagination. Combien j'étais

lit GTJY MANHBUIlt*.

Imb de prévoir que j'aurais àjvous flaire le récit de pareil* é*to$menu quelques jours plus tard ! Être témoin d'une scène d'horreur, ou ea tire une description , sont deux choses aussi différente*, m ohàre amie , que d'être suspendue au bord d'un précipice , se tenant à un faible arbrisseau à demi déraciné , ou d'admirer ce Rèms précipice dans up paysage de Salvador. Mais je Y eu* procéder avec ordre dans ma narration , dont la premier* partie est passablement •frayante » quoiqu'elle n'ait aucun rapport avec me s seutinmfc secrets.

c II faut que vous sachiez que ce pays est très avorable an commerce d'une bande d'hommes déterminés de l'ite de Man, située en face à peu de distance . Ces contrebandiers sont nombreux , résolus , formidables , et sont devenus , à quelques époques, la terreur du voisinage , quand on a voulu mettre de* obstacles à lm trafic. Les autorités locales , par timidité ou par des motifs plus blâmables encore , négligent de les poursuivre , et l'impunité les s rendus plus audacieux et plus entreprenants. Pan» cet état de choses , vous croiriez que mon père , étranger au pays , n'y étant revêtu d'aucune autorité , n'avait qu'à se tenir tranquille. Mate il faut reconnaître que , comme il le dit lui-même , il est né quand la planète de Mars était à son apogée , et que le tumulte et le carnage viennent le trouver dans les lieu* les plus tranquilles et au milieu même d'une vie toute pacifique*

« Lundi dernier , sur les onze heures du matin , Hazlewood et mon père se disposaient à partir pour un petit lac à trois milles de distance , pour y chasser des canards sauvages ; Lucy et moi nous arrangions nos plans de travail et d'étude pour la journée , quand nous entendîmes un bruit de chevaux qui s'avançaient au grand galop dans l'avenue. La terre était durcie par une gelée très forte, ce qui rendait le bruit de leurs pas plus distinct et plus retentissant. Dans le même instant deux ou trois cavaliers armés, et conduisant en laisse chacun un cheval chargé de bagage , parurent sur l'esplanade de gazon , et sans suivre le chemin qui fait un petit détour , ils se dirigèrent droit vers la porte de la maison. Ils paraissaient extrêmement alarmés , en désordre , et à chaque instant regardaient derrière eux , comme des gens qui craignent une vive et redoutable poursuite. Mon père et Hazlewood coururent à la porte pour leur demander qui ils étaient et ce qu'ils voulaient. Ils répondirent qu'ils, étaient des officiers de la douane ; qu'ils avaient saisi

ces chevaux chargea de. marchandise* de contrebande , a Iroia

mgle* djci } gue les contrebandiers , après» «voir été chercher eu renfort > fc» poursuivais' dan.s l'intention déclarée de reprendre les inarohandjse* et de |ger les douaniers q«i avaient osé tes sajsir ; en» fin que leurs chevaux étant chargé», et les gens qui étaient à leur poursuite gagnant du terrain sur eux , fc s/éiaient réfegiés à Woodbourne , persuadés que mon père , quj avait été «A service du roi , ne refuserait pas de protéger des officiers du gouvernement mis an péril d'è$re massacrés pour avoir rempli leur devoir.

<! Map, peré, ^«e ses sentiments chevaleresques de loyauté mil», ^e Péteraient à traiter avec considération un «bien s'il se présentait au, nom du roi, «fonna l'ordre dé faire entrer 1« marchan» dises dans, la maison , et 6t prendre les, armes aux domestiques pour se (tendre dans, te. cas où \l serait attaqué- Haatewood te seconda avec beaucoup, de xète. ; cet étrange animal qu'on appelle. Sampson sortit lui-même de, *a, tannière , et se saisit d'un rusM de chasse qu» mqn père avait «uitté pour prendre une, de ces carabines avec lesquelles on chasse les. tigre* dans l'Inde. Mais te fusil part* dans ht main maladroite du pauvre ministre , et peu s'en fallut qu'il ne tuât un des <jtojian.iers, 4 cette explosion soudaine , Dominie ( c'est son Wbr«««t) %'écria : « Pre-di-gi-eux i » c'est son exclamation ordinaire quand il éprouve de L'étonnement ; mais rien au monde no put le décider à, déposer son arme : on la lui laissa done , en ayant soin toutefois, de ne pas lui donner de munitions. Rien de tout cela , «Marne vous pensez bien , ne vint à ma connaissance dans te mol ment mtm («non <Fé j'entendis le coup de fusil et en fus fort »Naée)i ce. ne fu* w'apfés la scène dont je. vais vous donner le» détails , qu,'Ça*tewood n.ous. fit un récit très amusant du courage Hue te maladroit Dom.inie avait déployé dans cette circonstance.

« Quand mon. père ejuj fait toutes ses dispositions pour la défense de la maison., et posté son, monde, l'arme au bras, aux fenêtres » il vint nous ordonner de nous mettre à l'abri du danger, dans la caVe , je. crois.... mais rien ne put nous décider à quitter bi chambre. Bien, que mourante, de peur, j'ai trop du caractère de mon pèrç, pour ne pas préférer voir en face un danger qui nous menace, phit^t que d'en entendre le bruit autour de moi, sans pouvoir juger de sa nature et de ses progrès. Lucy, pâle comme une statue de marbre, les yeux, fixés sur Haatewood , entendait à peine les instances qu/ij lui fiMsai| de se retirer. Il est vrai que, à moins que la porte de te maison ne fût enfoncée, il y avait peu à <M<$ VW m*' ^ fotttn* Paient bien b*mc*dées aveo des

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coussins, des oreillers, et, ce qui affligeait beaucoup Dominie, avec des in-folio qu'on avait apportés à la hâte de la bibliothèque; si bien qu'il n'y avait que quelques petits jours pour que les assiégés pussent foire feu sur les assaillants.

« Toutes les dispositions de mon père étant faites , nous restâmes assises dans la chambre , où il ne faisait plus clair, attendant avec anxiété ce qui allait arriver, les hommes se tenant silencieux à leur poste , occupés sans doute à réfléchir, non sans inquiétude , au danger qui approchait. Mon père, aussi tranquille qu'à sou ordinaire , allait de l'un à l'autre , et réitérait l'ordre que personne ne fit feu avant qu'il en donnât le signal. Hazlewood , qui semblait puiser le courage dans les yeux de mon père, lui servait d'aide-decamp , et portait avec la plus grande activité ses ordres à droite et à gauche, et les faisait exécuter sous ses yeux. Nos forces, les douaniers compris , pouvaient bien s'élever à douze hommes.

« Enfin, le silence qui régnait pendant cette pénible attente, fiit interrompu par un bruit qui, dans l'éloignement, ressemblait au murmure d'un ruisseau , mais que nous reconnûmes pour les pas d'une troupe de chevaux qui s'avançaient au galop. Une ouverture à travers les barricades des fenêtres me permit de voir l'ennemi s'avancer. Plus de trente hommes s'élancèrent sur l'esplanade et se dirigèrent vers la maison. Jamais vous n'avez vu d'aussi horribles figures : malgré la rigueur de la saison , la plupart étaient en chemise et en pantalon de matelot , avec des mouchoirs de soie noués autour de leur tète ; tous armés de carabines , de pistolets ou de coutelas. Moi , fille d'un militaire , accoutumée dès mon enfonce au bruit des armes, je ne fus de ma vie autant effrayée qu'à l'aspect de ces brigands. Leurs chevaux étaient couverts d'écume, à cause de la rapidité de leur course. Quand ils virent qu'ils arrivaient trop tard et que leur proie leur échappait , ils exprimèrent leur rage et leur dépit par d'horribles cris. Ils s'arrêtèrent cependant un instant à|la vue des préparatifs qu'on avait faits pour les recevoir, et parurent tenir conseil entre eux. Enfin , un des leurs , qui s'était noirci le visage avec de la poudre afin de se rendre méconnaissable, s'avança après avoir attaché un mouchoir blanc au bout de sa carabine , et demanda à parler au colonel Guy Mannering. Mon père , et j'en fus horriblement effrayée , ouvrit la fenêtre près de laquelle il était posté , et lui demanda ce qu'il voulait. « Nous voulons , répondit-il , nos marchandises qui nous ont été enlevées par ces brigands de douaniers. Le lieutenant m'a chargé de vous dire

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