‹ GUY MANNERING OU L'ASTROLOGUEChapitre 116 sur 215 · CHAPITRE XXXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXII

prenais pour un homme qui avait quelque chagrin. Mais je l'abandonne, le misérable! Tirer sur Charles Hazlewood, et en présence des jeunes dames , pauvres innocentes créatures ! je l'abandonne. — Ainsi vous reconnaissez qu'un homme à qui se rapporte ce signalement a logé ici la nuit qui a précédé cet horrible attentat? — Oui, monsieur, et toute la maison était charmée de lui : c'était un si franc et si aimable jeune homme. Ce n'était pas à cause de sa dépense, assurément, car il n'a pris qu'une côtelette de mouton, un pot d'ale, et peut-être un ou deux verres de vin. Je l'ai invité à prendre le thé avec moi , mais je ne l'ai pas porté sur le mémoire ; et il n'a pas soupe , parce qu'il était, disait-il , fatigué d'avoir marché toute la nuit précédente. J'ose affirmer maintenant que c'a été encore pour foire quelque mauvais coup. — Sauriez-vous son nom, par hasard ? — Oui , je le sais fort bien , » répliqua 1 hôtesse , main* tenant aussi empressée de donner des renseignements , qu'elle Tétait peu quelques minutes auparavant, c II m'a dit qu'il s'appelait Brown, et que c'était sous ce nom qu'une vieille femme, qui a l'air d'une Égyptienne, le demanderait... Oui, oui, « Dis-moi qui tu hantes, je te dirai qui tu es. > Oh, le misérable! Du reste, monsieur , le matin avant de partir , il paya son mémoire fort honnêtement, et donna quelque chose pour la servante; car, voyez-vous, Grizzy n'a pas d'autres gages , si ce n'est deux paires de bas neuft par année , et des étrennes au premier de l'an. » Ici Glossin jugea nécessaire d'interrompre la bonne dame et de la rappeler à la question.

« Il me dit donc : S'il vient une personne de telle façon demander M. Brown , vous lui répondrez que je suis allé voir les patineurs sur le lac Creeran , comme vous l'appelez , et que je serai de retour pour dîner ; — mais , nous ne l'avons jamais revu. Cependant je l'attendais , si bien que je préparai moi-même une fricassée de poulet à son intention et un ragoût de têtes de merluches : et c'est ce que je ne fois pas ordinairement, monsieur Glossin. Mais j'étais bien loin de penser au coup qu'il allait faire : tirer sur M. Charles , l'innocente créature ! »

M. Glossin, comme un habile interrogateur , avait laissé le témoin donner carrière à sa surprise et à son indignation ; il lui demanda ensuite si la personne suspectée n'avait pas laissé chez elle quelques effets ou papiers.

« Si vraiment. Il m'a laissé un paquet, un petit paquet, et m'a donné aussi quelque argent pour lui acheter une demi-douzaine de

326 GUY MÀNNEMNG.

chemises à manchettes : Peg Pasley y travaille en ce moment. Elles lui serviront pour aller sur la place de Lawn-Maket , le scélérat ' ! » M. Glossin demanda alors à voir le papier ; mais notre hôtesse ne se montra pas fort empressée de le satisfaire. Elle ne savait pas , elle ne voulait pas s'opposer à ce que la justice eût son cours , mais quand une chose était confiée à quelqu'un , il en était certainement responsable. Elle allait faire appeler le diacre 9 Bearcliff; et si M. Glossin voulait dresser un inventaire des effets , et en donner un reçu devant le diacre , ou si , ce qui lui plaisait bien mieux , il voulait mettre les effets sous le scellé , et les déposer entre les mains du diacre , elle serait bien plus tranquille. Elle ne demandait rien qui ne fût de toute justice.

Bien ne pouvant triompher de la défiance naturelle de mistress Mac-Çandlish , et en particulier des soupçons qu'elle avait contre Glossin , ce dernier consentit à ce qu'elle envoyât chercher le diacre Bearcliff, pour lui parler relativement au scélérat qui avait tiré sur Charles Hazlewood. Le diacre parut , avec sa perruque de travers , ce qui provenait de l'extrême précipitation avec laquelle , sur cette sommation de la justice , il l'avait substituée au bonnet de Kilmarnoc qui couvrait sa tète lorsqu'il attendait les chalands dans sa boutique. Mistress Mae-Candlish produisit alors le paquet à elle confié par Brown : on y troura la bourse de la Bohémienne. A la vue des différentes pièces de monnaie et des bijoux qu'elle contenait , mistress Mac-Candlish se félicitait tout bas de la précaution qu'elle avait prise avant de la remettre à Glossin ; et celui-ci , avec une apparence de candeur et de bonne foi , fut le premier à proposer qu'on dressât un inventaire régulier de tout le contenu de la bourse , et de la déposer entre les mains du diacre Bearcliff , jusqu'au moment où elle devrait être déposée au crown-office *. Pour lui , ajôuta-t-il , il n'aimerait pas être personnellement responsable d'objets dont la valeur paraissait considérable , et qui avaient sans doute été acquis par les moyens les plus criminels.

Il examina ensuite le papier dans lequel la bourse était enveloppée. C'était le dosd une lettre adressée à M.William Brown, esquîre? mais le reste de l'adresse était déchiré. L'hôtesse, aussi ardente

1. La chaîne des galériens prenait autrefois cette direction; elle allait, comme dit la chanson des Écossais : « Bu haut du marché de la grande plaine an bas de Tare occidental , du haut de la longue échelle au bas des petites étoupes. » ▲. h.

2. Qualification de chef de corporation ou do métiers, a. m. S. Au tribunal* ***•

Page 1