‹ GUY MANNERING OU L'ASTROLOGUEChapitre 124 sur 215 · CHAPITRE XXXIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXIV

vous qui tous êtes emparé de toute la fortune du jeune homme? Dirk Hatteraick n'a jamais touché un sou de ses revenus. —Ecoutez, écoutez. Je vous dis que c'est une opération qui sera pour notre compte à tous deux. — J'aurai donc la moitié du profit?

— Quoi! la moitié du bien? Auriez-vous envie de venir vous établir avec moi à Ellangowan, et de prendre la baronnie , tète levée? —Ouragan et tempête! je ne dis pas cela. Tous pourriez me donner la moitié de la valeur... la moitié de l'argent. Demeurer avec vous! non, jamais. J'aurais une belle maison dans un faubourg de Middlebourg, et un jardin fleuriste tout comme un bourgmestre.

— Oui, avec un lion de bois à la porte, et une sentinelle peinte sur le mur, la pipe à la bouche... Mais, dites-moi, Hatteraick , que ferez-vous de toutes les tulipes, de tous les jardins, de toutes les maisons de plaisance des Pays-Bas, si vous êtes pendu en Ecosse? »

Hatteraick changea de visage.

c Diable ! pendu ? — Oui , pendu , mein herr capitaine. Le diable lui-même ne pourrait empêcher Dirk Hatteraick d'être pendu, comme auteur d'un meurtre et de l'enlèvement d'un enfant , si le jeune EUangowan reste dans ce pays, et si le brave capitaine y est pris recommençant son ancien négoce. En outre , on parle beaucoup de paix , et il ne serait pas impossible que Leurs Hautes Puissances ne consentissent à vous livrer pour faire plaisir à leurs nouveaux alliés, quand même vous resteriez tranquille en Hollande.

— Éclairs , tonnerres et tempêtes ! je. .. je crains que vous ne disiez vrai. — Non... reprit Glossin qui s'aperçut de l'impression qu'il avait produite; non que je me refuse à foire les choses convenablement. » Et il glissa dans la main d'Hatteraick un billet de banque de quelque valeur.

« C'est là tout? dit le contrebandier. Vous avez reçu la valeur d'une demi-cargaison pour fermer les fyeuxj sur notre aventure de Warroch , et encore faisions-nous vos affaires autant que les nôtres. —Mais, mon bon ami, vous oubliez que... que vous allez retrouver toutes vos marchandises. — Oui , au risque de nous faire casser la tête. Nous n'avons pas besoin de votre protection pour cela... nous pourrions bien faire cela sans vous. — J'en doute, capitaine Hatteraick , reprit Glossin sèchement, car, si je ne m'en mêle, vous trouverez probablement une douzaine d'habits rouges à la maison de la douane. Allons, allons, je serai libéral autant qu'il me sera possible ; mais ayez de la conscience. — Le diable m'ex-

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termine! cela est encore plus révoltant que le reste.. < Vous ète* m voleur et m assassin , puisque vous me proposez de voler et 4'a** sassiner à votre profit! et» mille tonnerres ! vous vene» me parler de conscience!.». Trouver doue quelque meilleur moyen de w débarrasser de ce brave garçon? — Non, mein herr; mais ea le confiant à votre charge... — A ma charge, mille bombes! à u&* forte charge de poudre et de balles ! Mais, allons, s'il le faut, n'importe... vous avez assez d'intelligence pour deviner ce qui lui arrivera. — Oh ! mon cher ami , j'espère que vous n'emploeirez pas les moyens violents... — Les moyens violents ! répéta le capitaine avec une espèce de gémissement... Je voudrais que vous eussiez eu les rêves qui m'ont assailli cette nuit dans cette maudite caverne.D'abord, c'était ce damné douanier, les reins rompus , criant comme le jour oi je le fis rouler du haut du rocher ! vous auriez juré qu'il était étendu là, là où vous êtes , se débattant comme une grenouille sur laquelle ob a marché... Allons donc... — Eh! mon ami, dit Glossin en l'interrompant, que signifient toutes ces extravagances?... Si maintenant vous n'avez pas plus de cœur qu'une poule , nous sommes perdus, perdus sans ressource, vous et moi. — Pas plus de cœur qu'une poule!... Non, le n'ai pas vécu si long-temps pour reculer devant un diable, ou un homme mort ou vif. — Allons, buvez un autre coup... vous avez besoin de vous réchauffer le cœur. Maintenant, dites-moi , combien avez-vous encore de vos anciens compagnons?

— Aucun : ils sont tous morts , tués, pendus , noyés , au diable peutêtre. Brown restait seul... Il n'y a plus que Gabriel, et il consentirait à quitter le pays pour une poignée de pièces d'argent... D'ailleurs il est intéressé à ne pas laser... et la vieille Meg, sa tante, le fera taire pour sa propre sûreté. — Qu'est-ce que Meg? — Meg Merrilies , la vieille sorcière , l'Égyptienne , la fille de Satan. — Elle est encore en vie? — Oui. — Et elle demeure dans ce pays?

— Oui, dans ce pays. Elle était à Derncleugh, l'autre nuit , veillant sur le cadavre de Van Beest Brown, avec deux de mes gens, et quelques uns de ses noirs Bohémiens. — C'est un autre casse-cou , capitaine. Croyez-vous qu'elle ne parlera pas? — Non... elle ne le fera pas... elle a juré par Le salmon ' que, si nous ne faisions point de mal à l'enfant, elle ne dirait jamais rien de la mort du douanier. Quoique je lui aie donné un lardon sur la tète, avec mon coutelas, et fait une entaille au bras, et qu'elle ait été, pour cette affaire

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