‹ GUY MANNERING OU L'ASTROLOGUEChapitre 165 sur 215 · CHAPITRE XLV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLV

•t sa foim dévorante. Enfin , après avoir avalé un bon coup de petite aie, il se remit à causer.

t Ma foi, dit-il en regardant les restes d'une superbe poularde, elle n'était pas trop mauvaise pour une poularde élevée en Ville ; mais cela n'approche pas encore de nos gros poulets de CharKes- Hope! Parbleu, capitaine Je suis content de voir que cette vilaine, plaisanterie ne vous ait pas ôté l'appétit. — Oh t c'est que mon dîner, monsieur Dinmont, n'était pas assez succulent pour foire tort à mon souper. — Je le crois , je le crois. Mais, la fille , maintenant que vous nous avez donné l'eau-de-vie, l'eau chaude et le sucre,, tout est bien : vous pouvez nous laisser et tirer la porte , car nous avons à causer d'affaires. » La servante s'en alla donc , ferma la porte de la chambre , et mit même par précaution les vefroux en dehors.

Dès qu'elle fut partie, Dandie alla reconnaître les lieux, écouta au trou de la serrure, comme s'il eût voulu entendre une loutre respirer, s'assura, en un mot, que le mur n'avait point d'oreilles, et revint se mettre à table. Alors, remplissant son verre pour se donner de la gaité , comme il le disait , et remuant le feu , il commença son histoire d'un ton de gravité et d'importance qu'il ne prenait pas souvent.

« Vous saurez , capitaine, que dernièrement j'ai passé deux ou trois jours à Edimbourg , à cause du décès d'une parente , et j'espérais bien avoir ma part de la succession ; mais il y a toujours des désappointements , et qui peut y remédier? J'avais aussi un petit procès; mais il ne s'agit pas de cela en ce moment... Après avoir fini mes affaires , je revins à la maison. Le lendemain au point du jour, j'allai voir mes troupeaux, et, chemin faisant, il me prit envie de pousser jusqu'à Touthope-Rig , où passent les limites sur lesquelles Jack de Dawston et moi nous sommes en dispute. Eh bien! comme j'y arrivais, je vis devant moi un homme que je ne reconnus pas pour un de nos bergers, car c'est un lieu où l'on repcontre souvent du monde : mais, en m'avançant davantage, je m'aperçus que c'était Tod Gabriel, le chasseur au renard. « Tiens, camarade ! lui dis-je un peu surpris, que faites-vous donc seul dans ces montagnes ! Est-ce que vous chassez le renard sans vos chiens ? — Non, mon brave homme, me dit-il, mais je vous cherchais. — Ah! lui dis-je, auriez-vous besoin d'assistance, de quelque chose pour votre hiver ? —Non, non, répondit- il, ce n'est pas cela. Mais , dites-moi, ne vous intéressez-vous pas à ce capitaine Brown

M* GUY MÀHflEWG.

<pii est resté trait jours chez vous ? — Oui vraiment, Gabriel ^ m'écriai je; que lui est-il arrivé , mon garçon ? ^ Ah F coijtïnua-t-il, il j a quelqu'un qui s'en inquiète plus que vous , et ce quelqu'un il faut que je lui obéisse; ce n'est donc pas tout-à-faït de mon çré que je viens vous annoncer des cboses qui ne vous feront pas plaisir. — Ma foi! lui dis-je, tout ce qui peut lui faire de Ta peîjianfea fera aussi. — Éh bien , reprit-il, j'en suis fiché pour vous.; mais apprenez qu'on le mènera en prison à Portanferry sll ne se tient pas sur ses gardes , car il y a des ordres pour l'arrêter dès qu'il débarquera en avant d'AItonby. Et maintenant, brave homme, si fous lui avez jamais voulu du bien , il fout galoper à Portanferry, et né pas laisser les jambes de votre bidet s'engorger. S'il est déjà en prison , il faut rester çrès de lui pendant un jour ou deux, car il aura besoin d'amis qui aient bon cœur et bons bras. Si vous négligez cet avis , vous n'aurez qu'une fois à vous en repentir, mais ce «era pour toute votre vie. — Mais , pour Dieu f mon garçon , lui dîs-j^ Comment savez-vpus tout cela ? Il y a bien loin d'ici & Portanferry! — N'y Alites pas attention, reprit-il; ceux qui m'ont apporté ees nouvellles courent aussi bien la nuit que te jour, et vous devriez être déjà parti si vous avez de ta bonne volonté... Je n'ai plus rien à vous dire. » A ces mots , s'asseyant par terre, il se laissa glisser sur le gazon Jusqu'en bas , et il m'était impossible de le tâivre avee ma bête. Se revins donc & Charlies-Hope conter cela à là bonne femme , car Je ne savais que faire. J'aurai Fatr d'un benêt, pensais- je, si je m'en vais en pèlerinage à l'autre bout du monde sur ravis fftra pareil vagabond. Mais , Seigneur i dès que la bonne femme , qui s'y entend, m'eut montré quelle honte ce serait pour moi s*9 vous arrivait un malheur que f aurais pu empêcher, dès que nous eûmes reçu votre lettre, quf arriva comme pour nous confirmer ces mauvaises nouvelles , vite j'allai prendre dans te coffreflirt tous tes billets de banque, en cas que vous en eussiez besoin, et les enfants coururent setter Bumple». Par un grand bonheur, j'avais pris l'autre bidet pour aller à Edimbourg ^ et DnmpTe était frais comme une rose. Je partis donc x et Wasp me suivit , car vous auriez dit qu'ff devinait où j'afhis , fer pauvre frète ! Etoffa , j'ai ftit environ soixante milles totft d'une traite , et me voilà. Wasp, ce pauvre anima! , est bfen resté te tiers dû chemin devant mot sur h selle, et il se balançait comme un petit enfant quand jle trottais ou galopais. »

Dans cette étrange hisfofré Bertram vit évidemment qu'en sup-

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