‹ GUY MANNERING OU L'ASTROLOGUEChapitre 172 sur 215 · CHAPITRE XLVn · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLVn

Je coloml étonné, s- J« v<ww demande pardon, mon mpeetabfe monsieur , mais mon esprit... - Bat la campagne, je crois... Mal» voyons, remettez-vous, monsieur Sampson, et apprenez-moi en que tout cela signifie. » w

Sampson allait répondre, mais trouvant encore Une formule làtaw4'eioreisiiie au bout dé là langue, fl eut la prudence de fermer la bouche, et donna au colonel la lettre que lui avait remisé l'Êgyôtitnne. CeluM en brisa le cachet, et la lut avec un air a'étôhnëment. * Gela ressemble à une plaisanterie, lui dit-il , à Une bien mauvais» plaisanterie! ~ Elle ne vient pourtant pas d'une personne qui plaisante. -Et de qui vient-elle? » demanda Mannering.

Dominie avait toujours le plus grand soin de ne rien dire qrii pût affliger miss Bertram ; se rappelant les pénibles souvenirs que réveillerait en elle le nom de Meg Merrilies, il porta la vue sur le» deux jeunes demoiselles , et garda le silence.

■ Mes enfante , dit le colonel, nous irons dans un instant prendre le thé avec vous > je vois que M. Sampson désire me parler en pàN Uculier. — Maintenant qu'elles sont parties, au nom du eiel, moniteur Sampson, expliqueiwiioi ce myslèm — Cette lettre vient peut-être du ciel , dit Dominie , mais c'est un messager des enfer* qui me l'a remise ; c'est cette sorcière , cette Meg Merrilies qu'on aurait du brûler dans un tonneau de goudron depuis trente ans , comme gredine , voleuse, sorcière et Égyptienne. — Êtes-vôus sûr que c'était elle? dit le colonel avec empressement. — Sûr, mon respectable monsieur? En vérité, elle a une figuré qu'on n'oublie pàs\ Il ne peut y avoir deux Meg Merrilies sur la terre. »

Le colonel parcourut la chambre à grands pas, livré à de gravés réflexions, i Envoyer du mondé pour la saisir ! mais Mac-Moriaû est trop éloigné, et sir Robert Hazléwood ne sait faire que de belles phrases. Et puis, la retrouvera-t-on au même endroit ? ne lui preridra4-il pas encore envie de garder le silence comme la première toit ? Non , dussé-je passer pour un extravagant , je ne négligerai pas les conseils qu'elle me donne. Bien des gens de son espèce commencent par être des imposteurs et finissent par devenir des enthour siastes, ou par tenir une conduite douteuse entre ces deux extrêmes, ne sachant plus s'ils s'abusent eux-mêmes ou s'ils trompent lès autres. Allons, mon parti est pris ; et si mes efforts sont infructueux , ou ne dlfa point que j'ai trop suivi mes habitudes de prudence. » Sut* Ce il sonna , et dit à Barnes de le suivre dans son cabinet particulier. tÀ , Û lut donna quelques ordres dont nous pourrons par fa

3i4 ' GUY MANNERING.

suite faire connaître le résultat an lecteur. Pour le moment , nous lui ferons part d'un incident qui se rattache aux événements de ce jour remarquable.

Pendant l'absence du colonel, Charles Hazlewood n'avait osé faire aucune visite à Woodbourne. Il est vrai que la conduite de Mannering à son égard lui donnait à penser qu'il ferait bien de s'en abstenir ; et tel était l'ascendant que l'heureux militaire, le gentilhomme accompli, avait su prendre sur son jeune voisin , que celuici tenait beaucoup à ne pas lui déplace. Il voyait ou croyait voir que le colonel approuvait son amour pour miss Bertram ; mais il voyait aussi, et plus clairement encore, que Mannering considérait comme inconvenant qu'il contractât une liaison plus intime sans l'approbation peu probable de ses parents ; il respectait donc la barrière que mettait entre eux le généreux et zélé protecteur de miss Bertram. « Non, se disait-il à lui-même, je n'exposerai pas miss Lucy à quitter un asile où elle jouit d'une douce tranquillité , avant de pouvoir lui offrir une maison qui lui appartienne* »

Ayant pris cette courageuse résolution , il y persista ; et se» cheval, qui, par habitudg, prenait toujours la direction de Woodbourne , i'ayaçt amené deux fois à la porte du château , Charles Hazlewood sut résister au désir de descendre pour s'informer seulement de la santé des jeunes demoiselles et s'il pouvait leur rendre quelque service pendant l'absence du colonel. Mais, la seconde fois surtout , la tentation fut tellement forte, qu'il résolut de ne pas s'y exposer de nouveau. Il envoya savoir des nouvelles des habitantes de Woodbourne, leur fit dire mille choses aimables, et se décida à faire enfin , à une famille qui demeurait à quelque distance , une visite qu'il retardait depuis plusieurs mois ; il comptait , du reste, revenir assez à temps pour être un des premiers à présenter ses hommages à Mannering et à le féliciter sur son heureux retour , après un voyage si long et si difficile que celui d'Edimbourg. Il partit donc après avoir combiné ses mesures pour être informé du retour du colonel quelques heures après son arrivée ; il devait prendre aussitôt congé de ses amis, et venir dîner à Woodbourne, où il était toujours le bien-venu. Il se flattait, car il avait réfléchi sur ce sujet beaucoup plus qu'il n'était nécessaire , que cette conduite paraîtrait toute simple, toute naturelle, tout ordinaire.

Mais le destin, dont les amants ont si souvent à se plaindre , ne fut pas , en cette occasion , favorable à Charles Hazlewood. Il fallut d'abord faire changer les fers de son chçval , parce qu'il com-

Page 1