‹ GUY MANNERING OU L'ASTROLOGUEChapitre 186 sur 215 · CHAPITRE Lu W · texte numérisé non relu

CHAPITRE Lu W

d'étonnemenf que de plaisir. « Oh ! dit-il, si c'est Votre Hqnnçur, nous sommes aussi bien que possible. >

ÎMais, pendant que le fermier s'arrêtait pour fairçi son salut, Bertrand , ébloui par la clarté soudaine des lumières , tout étourdi de la singularité de sa situation , entra Sans savoir ce qu'il faisait , dans le salon dont la porte était ouverte , et $e rencontra face à fece avec le colonel qui s'avançait vers lui. L'appartement était trop bien éclairé pour que Mannéring ne reconnût pas sur-le-champ Ëertrâm ; et celui-ci demeura confondu à l'aspect de personnes devant lesquelles il s'attendait si peu à paraître, autant pouf le moins qu'elles le furent elles-mêmes de son arrivée inattendue. Il faut se rappeler que chacune de ces personnes avait des raisons particulières pour regarder avec effroi ce qui devait lui sembler une apparition de l'autre monde. Mannéring voyait devant lui l'homme qu'il croyait avoir tué dans les Indes ; Julia retrouvait son amant , mais dans la plus bizarre et la plus périlleuse situation $ Lucy reconnaissait celui qui avait blessé le jeune Hazlewood. Bertratn , qui attribuait l'étonnement, les regards Axes et immobiles dû Colonel au mécontentement que lui causait son indiscrétion, se hâta de s'excuser en disant que son arrivée chez le colonel était tout-àftit involontaire, puisqu'il y avait été amené sans savoir où on le conduisait.

• Monsieur Brown , si je ne me trompe? dît Mannéring. — Oui, monsieur, > répliqua le jeune homme d'un ton modeste , mais ferme ,'« celui que vous avez connu aux Indes, et qui ose espérer que ce qtii c'est passé efitre vous et lui dans ce pays ne vous empêchera pas de le faire reconnaître dans celui-ci pour ce qu'il est , pour un officier et un homme d'honneur. — Monsieur Brown , rarement... jamais... je n'ai été aussi surpris. Certainement, monsieur, malgré ce qui s'est passé entre nous, vous avez droit de compter sur tm témoignage favorable de ma part. >

Dans ce moment critique entrèrent l'avocat et Dintûont. Le premier, à son grand étoùnement , aperçut le colonel qui se remettait avec peine de sa surprise, Lucy Bertram prête à s'évanouir dé terreur, miss Mannéring dans les angoisses de la crainte et de l'incertitude, qu'elle s'efforçait en vain de réprimer ou de cacher, t Que signifie tout cela? dit-il ; ce jeune homme a-t-il apporté ici la tète de la Gorgone 1 Que je le regarde un peu . Par le ciel ! murmura-t-il en lui-même, c'est la vivante image du vieux Ellangowan! Oui , là même noblesse dans la tournure, û même régularité daqs

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les traits , mais plus de vivacité dans là physionomie. Là sorcière a tenu parole. > Alors s'approchant de Lucy : < Ma chère miss Bertram, lui dit-il, regardez ce jeune homme; n'avez-vous jamais vu personne qui lui ressemblât? »

Lucy avait à peine osé jeter un regard sur cet objet d'effroi -, il ne lui en avait pas fallu davantage pour reconnaître, à sa grande taille et à sa tournure» l'assassin prétendu du jeune Hazlewood, opinion qui prévint dans son esprit les idées plus favorables qu'elle aurait pu concevoir en le regardant avec plus d'attention. « Ne me parlez point de cet homme , dit-elle en détournant les yeux ; faitesle sortir, au nom du ciel , ou il va nous assassiner tous. — Assassiner ! où est le poker 1 ? s'écria l'avocat un peu alarmé. Mais vous vous trompez! nous sommes trois hommes, sans compter les domestiques, et voilà l'honnête fermier du Liddesdale qui en vaut à lui seul une douzaine. Nous avons le major vis * de notre côté. Quoi qu'il en soit, approchez ici , mon ami Dandie... Devis... comment vous appelez-vous? tenez-vous entre ce jeune homme et nous, pour rassurer ces demoiselles. — Seigneur, M. Pleydell, dit le fermier étonné, c'est le capitaine Brown ; ne connaissez-vous pas le capitaine Brown ? — Ah ! s'il est de vos amis > nous n'avons rien à craindre , répondit Pleydell ; mais tenez-vous près de lui. »

Tout cela se passa avec une telle rapidité que Dominie n'était pas encore sorti d'une distraction où il était plongé ; mais , fermant le livre qu'il lisait attentivement dans un coin , et s'avançant pour jeter un coup d'œilsur les nouveaux venus , il s'écria tout- à-coup en regardant Bertram : « Si le tombeau peut laisser échapper sa proie, voilà mon cher et honoré maître ! — Vous dites vrai , après tout; par le ciel L j'étais sûr que je ne me trompais pas, dit le jurisconsulte; c'est le portrait vivant de son père... Allons, colonel, à quoi pensez-vous de ne pas foire un meilleur accueil à votre

hôte?... — Je pense je crois je suis sûr que vous avez

raison, monsieur Dominie ; jamais je ne vis de si frappante ressemblance! Mais, patience... Sampson, ne dites pas un mot... Asseyezvous, jeune homme. — Pardon, monsieur. Si je suis, à ce que je crois, dans la maison du colonel Mannering, je voudrais savoir avant tout si ma présence involontaire lui déplaît, ou s'il la voit avec plaisir. > •

i. L'instrument dont on te tertponr remuer le charbon rar la grille, a* ■• . 2. La force supérieure, a. h.

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