‹ GUY MANNERING OU L'ASTROLOGUEChapitre 208 sur 215 · CHAPITRE LVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE LVI

« Correspondent-ils à quelqu'une des empreintes ? »

Le cordonnier consulta la note , régarda son instrument , la mesure qu'il venait de prendre... la vérifia une seconde fois : « Ils correspondent , dit-il , avec une empreinte plus large et moins longue que la première, il n'y a pas la différence d'un cheveu. »

Ici le génie d'Hatteraick l'abandonna. . . « Diable ! s'écrià-t-il , comment pouvait-il y avoir des traces de pied sur la terre , quand elle était gelée , et aussi dure que le cœur d'une souche de Memel? — Oui , le soir , capitaine Hatteraick , dit Pleydell ; mais pas le matin... Faites-moi le plaisir de me dire où vous étiez le jour dont vous vous souvenez si exactement ?»

Hatteraick comprit sa faute , et se renferma de nouveau dans un silence obstiné... « Consignez au procès- verbal l'observation du prisonnier , » dit Pleydell au greffier.

A ce moment la porte s'ouvrit, et à la grande surprise de tous les assistants , M. Gilbert Glossin entra.

A force d'activité et de renseignements pris à droite et à gauche , ce digne gentleman avait appris qu'il n'était point nommé dans les déclarations faites à son lit de mort par Meg Merrilies. Il ne le devait assurément pas aux dispositions favorables de cette femme pour lui, mais à ce que le temps avait manqué pour l'interroger régulièrement. Il croyait donc n'avoir à redouter d'autres dépositions que celles d'Hatteraick. Pour les prévenir, il résolut de s'armer de hardiesse et de se joindre à ses confrères les juges de paix rassemblés pour l'interrogatoire de celui-ci... « Je pourrai, dit-il , faire comprendre à ce coquin qu'il doit pour son salut ne pas séparer ses intérêts des miens ; d'ailleurs on interprétera ma présence comme une preuve de la pureté de ma conscience. S'il faut perdre le domaine , je le perdrai . . . Mais non J'espère que tout ira bien. »

En entrant il fit un profond salut à sir Robert Hazlewood. Sir Robert, qui commençait à soupçonner que son voisin l'ancien greffier s'était servi de lui pour tirer les marrons du feu , inclina légèrement la tète, prit du tabac , et regarda d'un autre côté.

« Monsieur Corsand , dit Glossin à un juge de paix suppléant , votre très humble serviteur. — Votre très humble serviteur, monsieur Glossin , répondit sèchement M. Corsand, qui composait sa figure régis ad exemplar, c'est-à-dire sur celle du baronnet.

« Mac-Morlan, mon digne ami, continua Glossin, comment vous va?... toujours à la besogne. — Hum! » dit l'honnête Mac-Morlan

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sans tenir compte ni du compliment ni du salut qui raccompagnait.

c Colonel Manneringî (Ici un salut profond qui lui fut très légèrement rendu.) Monsieur Pleydell (autre salut), je ne me serais pas flatté de vous trouver avec de pauvres juges de province, à cette époque de la session, *

Pleydell prit du tabac et lui lança un regard fin et moqueur... * Je lui apprendrai , dit-il à l'oreille de Mannering, la valeur de l'ancienne maxime : Ne accesseris in concilium antequam vo~ ceris*. —Mais peut-être je suis indiscret, messieurs. L'audience est-elle déjà commencée? — Bien loin de considérer votre arrivés ici eomme une indiscrétion , dit Pleydell , je suis enchanté de vous y voir. Il est même possible qu'avant la fin du jour votre présence nous soit extrêmement nécessaire. — Eh bien ! messieurs r » dit Glossin approchant sa chaise de la table et se mettant à feuilleter les pièces; c où en sommes-nous?... qu'avez- vous feit jusqu'à présent ? voyons un peu les déclarations. — Greffier , donnez-moi tous ces papiers, dit Pleydell. J'ai une manière à moi de les arranger, monsieur Glossin; et si quelqu'un y touche, il ne m'est plus possible de m'y reconnaître. Mais je réclamerai bientôt votre assistance. >

Ainsi réduit à l'inaction , Glossin tourna les yeux sur Dirk Hatteraick , mais il ne put lire sur son visage sombre que sa haine contre tous ceux qui l'entouraient.

c Messieurs , dit Glossin , est-il bien légal de tenir ce pauvre homme chargé de fers si pesants? Il n'est encore ici que pour être interrogé. » C'était dire au prisonnier qu'il avait un protecteur.

c II s'est déjà échappé une fois, > répondit Mac-Morlan d'un ton sec ; et Glossin fut réduit au silence.

Bertram ayant été introduit, Glossin, à son grand désespoir, vil qu'il recevait l'accueil le plus amical de tous les assistants, même de sir Robert Hazlewood. Il fit l'exposition des souvenirs de son enfance avec cette candeur et cette réserve qui sont la meilleure preuve de la bonne foi.

« Messieurs , dît Glossin en se levant , ceci est plutôt un procès civil qu'un procès criminel. Comme vous ne pouvez ignorer que la prétendue filiation de ce jeune homme doit avoir une grande influence sur ma fortune personnelle, je vous demanderai la permission de me retirer. — Non , mon cher monsieur, dit M. Pleydell, ceci ne vous peut être accordé... Mais pourquoi ditps-vous la prétendue filiation de ce jeune homme ? Je ne veux point contester

[ 1. N'entre pas tu conseil ayant d'y être^appelé. a* m.

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