‹ GUY MANNERING OU L'ASTROLOGUEChapitre 211 sur 215 · CHAPITRE LVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE LVII

Quand les prisonniers, escortés de leurs gardes, y furent arrivés % Hatteraick , dont la force et la violence étaient bien connues , &t enfermé daqs ce qu'on appelait la chambre des condamnés. C'était un grand appartement presque sous les combles de la prison. Une barre de fer arrondie , de la grosseur du bras d'un homme au dessus du coude , le traversait horizontalement à la hauteur de six pouces environ du plancher : les bouts en étaient solidement scellés daw le mur \ On enferma les jambes d'Hatteraick, au dessus 4e la cheville, dans des anneaux de fer attachés à une chaîne longue de quatre pieds » au bout de laquelle était un anneau dan» lequel passait la barre de fer dont bous avons parlé. On conçoit qu'un prisonnier ainsi enchaîné pouvait se promener d'un bout à l'autre de l'appartement, dans toute la longueur de la barre , mais qu'il ne pouvait s'en éloigner davantage que ne le permettait l'étendue de la chaîne. Après lui avoir passé ces anneaux auteur des pied** le geôlier lui ôta les menottes , et lui laissa y à cela près , l'entière liberté 4e aa personne.

Glossin arriva à la prison peu de temps après Hatteraick : par considération pour son rang et pour son éducation , on le traita avec plus d'égards. On ne lui mit point les fers ; et il fut placé dans une chambre assez propre, sous la surveillance de Mac-Guflbg, qui, depuis la destruction de la prison de Portanferry , était descendu au rang de porte- clefs. Laissé à lui-même dans sa prison solitaire , Glossin eut le loisir d'examiner toutes les chances qui existaient pour et contre lui. Il ne put s'empêcher de croire qu'il n'était pas perdu sans ressource.

« Le domaine est perdu , se dit-il ; il n'y faut plus penser, Pleydell et Mac-JVÏorlan n'auront pas de peine àm'évincer. Ma réputation,-, Mais que je me tire d'affaire, que l'on me laisse la vie et la liberté,, je saurai m'enrichir de nouveau, et avec l'argent la considération ne manque jamais. Je n'ai eu connaissance de l'assassinat du douanier qu'après que le crime fut consommé; j'ai bien retiré quelque avantage de la contrebande , mais cela ne constitue pas la félonie. Mais la soustraction de l'enfant... c'est ici que mon affaire devient embarrassante : cependant , voyons un peu. Bertram, à cette époque» n'était qu'un enfant ; son témoignage ne mérite pas grande confiance ; Gabriel est un déserteur, un Égyptien, un homme sans

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aveu; Meg Merrilies, que l'enfer la reçoive! est morte. Mais ces infernales lettres de change.. . Hatteraick les avait sans doute apportées avee lui pour me foire peur et m'extorquer de l'argent. Il fout tâcher de voir ce coquin , il fout le décider à persister dans ses dénégations , ou à donner quelque autre couleur à l'affaire. »

L'esprit absorbé dans la combinaison de nouvelles ruses pour couvrir ses friponneries passées , Glossin resta plongé dans ses méditations et ses réflexions jusqu'à l'heure du souper. M ac-Guflbg , en sa qualité de porte-clefs, entra alors dans sa prison. C'était, comme on sait , une ancienne et intime connaissance du prisonnier maintenant sous sa garde. Après lui avoir donné un verre d'eaude-vie , accompagné de deux ou trois propos flatteurs , Glossin lui fit part du désir qu'il avait de voir Hatteraick

« Impossible , absolument impossible ! c'est contraire aux ordres de M. Mac-Morlan , et le capitaine (c'est ainsi qu'en Ecosse on appelle le geôlier en chef) ne me pardonnerait jamais. — Mais comment le saura-t-il? > dit Glossin en lui glissant une couple de guinées dans la main.

Le porte-clefs fit sauter l'or dans sa main, et lança à Glossin un regard pénétrant.

« Allons, monsieur Glossin, vous connaissez les usages! Écoutez : à l'heure où l'on ferme les portes, je reviendrai, et je vous ferai monter dans sa prison : mais vous serez obligé d'y passer la nuit , car il fout que je porte les clefs au capitaine , qui les garde jusqu'au jour ; je ne pourrai donc vous foire sortir que demain matin. Je ferai ma visite une demi-heure plus tôt que de coutume , et vous serez revenu dans votre chambre quand le capitaine fera sa ronde. »

Quand dix heures eurent sonné au clocher, voisin, Mac-Guflbg arriva , une petite lanterne sourde à la main. Il dit à voix basse à Glossin : « Otez vos souliers et suivez-moi. «Quand il fut sorti de la chambre , Mac-Guflbg , pour foire croire qu'il remplissait son devoir comme de coutume, cria à haute voix : « Bonsoir, monsieur; » et ferma la porte en faisant un grand bruit avec ses clefs. Il le conduisit alors par un escalier noir et étroit , vers la porte de la salle des condamnés , l'ouvrit, remit sa lanterne à Glossin, lui fit signe d'entrer, puis repoussa les verroux et tourna la clef avec le même bruit.

Dans le vaste et sombre appartement où se trouvait Glossin , il ne put d'abord , avec sa faible lumière , distinguer aucun objet. Enfin il aperçut de la paille étendue sur le plancher à côté de la

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